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  • : Tol Eressëa est un site généraliste sur l'univers de JRR Tolkien, en particulier le Silmarillion et le Seigneur des Anneaux.
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Aiya Ilquen !  (Bonjour à tous!)
Ce site représente ma passion pour l'univers de Tolkien.


A l'heure actuelle, j'entreprends de réécrire tous les articles publiés depuis 2005 en articles beaucoup plus complets et riches, et j'envisage de monter une encyclopédie. C'est la raison pour laquelle vous verrez peut-être certains articles encore en élaboration. Tous vos encouragements sont les bienvenus.

 

Je suis toujours ouvert aux questions, qu'elles soient précises ou non. N'hésitez pas à m'envoyer un mail à tol-eressea@live.fr


 

 

 

 

 

 

 

Peinture

J'essaie d'utiliser en priorité des tableaux. Ils sont surtout de Ted Nasmith, de John Howe ou bien d' Alan Lee.(Le signaler pendant le texte le rendrait encore plus lourd à lire, alors je le fais ici). Parfois les tableaux sont trop volumineux pour rentrer, alors j'utilise des images du film, ce qui rend le texte peut-être plus compréhensible. La plupart des images sont présentes sur internet en format réel, et je peux en envoyer sans problème si vous me le demandez, mais vous les trouverez sur les sites respectifs des auteurs:

www.tednasmith.com

www.john-howe.com

(Pour Alan Lee, vous pouvez en trouver à partir de cette page... http://fan.theonering.net/ )

 

Utùlie'n aurë! Auta i lomë!

" Utùlie'n aurë! Aiya Eldalië ar Atanatàri, utùlie'n aurë!
The day has come! Behold, people of the Eldar and Fathers of Men, the day has come!"
And all those who heard his great voice echo in the hills answered crying: 'Auta i lomë! The night is passing!

The Silmarillion, XX. Of Nirnaeth Arnoediad

 
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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 10:33

Les 26 et 27 Janvier 2011, l'Ensemble Tolkien accompagné de l'Orchestre Philharmonique d'Hollywood donnait le concert "Le Seigneur des Anneaux" à Paris et à Lyon. Le public, réjoui par la présence inattendue de Christopher Lee, le Saroumane du film de Peter Jackson, fut aussi généralement surpris par le choix des musiques qui s'écartaient du seul Howard Shore.

 

Affiche du concert au Grand RexNom du concert: "Le Seigneur des Anneaux, le concert" (en allemand Der Herr der Ringe - Das Konzert) néanmoins sur les billets il est écrit "le Seigneur des Anneaux".

Intervenants: Tolkien Ensemble (Peter Hall, Caspar Reiff, Øyvind Ougaard, Katja Nielsen, Morten Ryelund. Katariina Roth, Sibeal Hill, Nick Keir, Julie Lund, Christine Nonbo). Orchestre Philharmonique d'Hollywood (?), Christopher Lee

Production: Star Entertainment GmbH (Berlin)

Dates: 16, 21, 23, 24 Janvier en Allemagne, 26-27 Janvier 2011 en France (tournée annuelle) au Grand Rex à Paris et à l'Amphithéâtre de Lyon.

Programme: 50% Caspar Reiff/Peter Hall (membres du Tolkien Ensemble) et  Tupper Saussy.  50% Howard Shore/Enya. Sur 26 morceaux, 13 proviennent du film le Seigneur des Anneaux (voir la liste plus bas).

 

Ce concert est proposé par l'Ensemble Tolkien et l'Orchestre Philharmonique d'Hollywood de façon inchangée depuis Janvier 2008. Si le concert est reproduit en France en 2012, il s'agira probablement du même programme.

 



 

I. Des intervenants déséquilibrés, une production Star Entertainment

1) Le soi-disant Orchestre Philharmonique d'Hollywood

2) Le Tolkien Ensemble: un ensemble original dévoué à Tolkien

   3) Christopher Lee, la tête d'affiche pour une prestation secondaire


II. Le programme du concert:

une publicité pour le Tolkien Ensemble 

  1) Les compositions du Tolkien Ensemble

  2) Le choix des musiques d'Howard Shore

3) Le doute du public


III. Une prestation riche mais facile

1) L'Orchestre Philharmonique d'Hollywood n'a d'Hollywood que le nom

2) Les solistes et danseurs du Tolkien Ensemble

3) Un narrateur de luxe, une mise en scène bon marché

 


 

Le soi-disant "Orchestre Philharmonique d'Hollywood"

 

L'Orchestre Philharmonique d'Hollywood n'existe pas


L'habit ne fait pas le moine. Il suffit de connaître les orchestres pour le savoir et une recherche sur internet permet de le confirmer: l'Orchestre Philharmonique d'Hollywood est une escroquerie, réalisée par Star Entertainment pour attirer le public.

1. Hollywood


Il n'y a pas d'Orchestre Philharmonique de Hollywood (ou de Hollywood Philharmonia Orchestra). Ce nom a été inventé pour l'orchestre qui accompagne le Tolkien Ensemble lors de la tournée en France, et c'est pourquoi il a été donné en français, et non en anglais. Le niveau des instrumentistes de l'orchestre du concert du Seigneur des Anneaux est largement inférieur à ce que l'on est en droit d'attendre d'un orchestre d'un rang international, rang que le nom s'amuse à suggérer. Enfin, le chef d'orchestre était un inconnu.

Mais ce n'est pas tout, car cet orchestre prend d'autres noms à l'étranger: le "Hollywood Philharmonia Orchestra" n'est qu'un faux emprunté pour la tournée en France - ce qui ne gêne personne, puisqu'aucun orchestre de ce nom n'existe.

 

2. Une collection de noms d'emprunt


a) Hollywood Orchestra

 

Si en France l'orchestre se prénomme "Orchestre Philharmonique d'Hollywood", c'est dans le but de maintenir la continuité avec les tournées allemandes où on le connaît sous le nom de "Hollywood Orchestra". L'ajout ou la suppression d'un "Philharmonique" peut ne pas paraître important et anecdotique, mais techniquement le nom de l'orchestre et l'orchestre ne font qu'un; on ne change le nom que quand on change l'orchestre.

En Allemagne, l'orchestre n'a pas de légitimité pour porter ce nom. Hollywood Orchestra est un terme générique qui ne peut désigner un unique orchestre: il y a plusieurs "Hollywood Orchestra": le Hollywood Symphonic Orchestra et le Hollywood Bowl Orchestra, des orchestres de professionnels. "Hollywood Orchestra" n'est qu'un nom "à paillettes", dénué de sens, emprunté pour berner les spectateurs.

En France, la loi empêche cette double tentative d'emprunter un nom générique (Hollywood Orchestra) et un nom mensonger. L'article L 711-1 du Code de la Propriété Intellectuelle dit ainsi que pour que la marque soit valable, elle doit reposer sur un terme distinctif permettant non seulement de la distinguer, mais aussi de ne pas empêcher l'utilisation d'un terme courant par des concurrents 1 (comme le terme "auto" pour une marque de voitures) ce qui peut s'appliquer au Hollywood Orchestra puisqu'il existe des orchestres aux noms plus précis comme Hollywood Symphonic Orchestra.

Affiche SdA

L'article L 711-1 interdit aussi les termes "déceptifs ou trompeurs" 2 (comme Evian Fruité quand il ne s'agit pas d'eau d'Evian) ce qu'utilise le nom "Hollywood Orchestra", puisque l'orchestre ne vient pas d'Hollywood.

Il serait néanmmoins inutile d'attaquer cet orchestre ou la production, Star Entertainement, en justice, puisque les créateurs/producteurs ont pris soin de ne pas déposer le nom de cet orchestre, sachant qu'ils n'étaient pas dans leur droit en prenant un tel nom. On peut remarquer que sur une affiche datant de 2007, les noms déposés sont signalés  ® (Registered trademark): ainsi Tolkien Ensemble ®, Herr der Ringe ®. A l'inverse, Hollywood Orchestra n'est pas protégé.

Si le nom "Hollywood Orchestra" n'est pas protégé, c'est qu'il est utilisable impunément par tout un chacun et n'a aucune valeur. Il n'y a donc pas d'Orchestre d'Hollywood ni d'Orchestre Philharmonique d'Hollywood.

 

b) La "Philharmonie des Rings" ou Philharmonie de l'Anneau

et l' "Auenland Chor" ou Choeur de la Comté

 

L'Ensemble Tolkien explique sur son site internet avoir réalisé en 2007 sa première tournée en collaboration avec Star Entertainement. Cette nouvelle collaboration avait pour but de faire accompagner l'Ensemble par un orchestre (ce que n'avait fait l'Ensemble Tolkien que quelques fois auparavant) de manière à pouvoir jouer des musiques d'Howard Shore  3, ce qui signifie implicitement que Star Entertainment fournissait l'orchestre. Il n'est donc pas impossible que Star E. ait aussi choisi le nom "Hollywood Orchestra".

On découvre pourtant (sur une page du site flickr.com4 ou bien sur le site herr-der-ringe-film.de5) que le premier concert de cette tournée en 2007, donné au château de Königstein en Allemagne,  ne mentionne aucun Hollywood Orchestra, mais uchorauen-copie-1.jpgn Philharmonie des Rings accompagné d'un Auenland Chor (Choeur de la Comté). C'est d'autant plus étrange que sur le site de Tolkien Ensemble, pour le même concert (capture d'écran ci-contre), l'Auenland Chor accompagne l'Hollywood Orchestra et non la Philharmonie des Rings. S'agit-il d'un lapsus, d'un changement d'orchestre de dernière minute? Ou bien...

Ou bien l'Hollywood Orchestra et la Philharmonie des Rings ne forment qu'un seul et unique orchestre, destiné à accompagner le Tolkien Ensemble: ce qui explique pourquoi la Philharmonie et l'Hollywood Orchestra n'ont pas d'autres concerts que ceux avec le Tolkien Ensemble. Ce que confirme une recherche sur internet.

Il se pourrait que l'Hollywood Orchestra ait été la réunion rapide de la Philharmonie des Rings, qui n'a joué qu'en 2007, et du Auenland Chor. C'est pourquoi, sur les pages des tournées 2008, 2009, 2010, et 2011, le site de Tolkien Ensemble mentionne toujours la Philharmonie des Rings accompagné du Choeur, tout en mentionnant ouvertement l'Hollywood Orchestra plus haut, mais seul.

philharmonie.jpg

L'Hollywood Orchestra et la Philharmonie des Rings ne font qu'un: pour la tournée en 2007, le Tolkien Ensemble dit que l'Auenland Chor accompagne l'Hollywood Orchestra. Mais sur les autres pages c'est la Philharmonie des Rings qui est accompagnée par ce choeur, alors que le nom même de la page est "Hollywood Orchestra" (capture d'écran du site ci-contre). Cette confusion est probablement due à un changement de nom intervenu tôt dans la collaboration entre Star E. et le Tolkien Ensemble.

 

Une stratégie marketing qui trompe le public


Tous ces noms ont été choisis pour attirer le public: Philharmonie "de l'Anneau", Choeur "de la Comté" pour faire penser à une spécialisation de l'orchestre dans les musiques du Seigneur des Anneaux. Quand le nom change en Hollywood Orchestra, il s'agit par psycho-marketing (jeu sur la perception du produit par le consommateur) de faire croire que l'orchestre vient d'Hollywood et qu'il est un orchestre officiel des productions hollywoodiennes.

Pourtant, le film du Seigneur des Anneaux n'est nullement lié à Hollywood et a été tourné entièrement en Nouvelle Zélande et il s'agit donc bien d'une stratégie, peu importe la pertinence du nom de l'orchestre, seul compte son impact.Affiche du concert au Grand RexLa communauté de l'Anneau

En France , l'hypocrisie a été portée aux nues quand on voit sur l'affiche du concert (ci-contre à droite) que le faux nom de l'orchestre a été mis en gras. Mais peut-être n'est-ce rien par rapport au logo le Seigneur des Anneaux, vulgairement imité de l'original, (visible sur l'affiche à gauche: remarquez la forme du S et de la police employée, puis la différence de texture des lettres) pour faire croire à une légitimité et une qualité que le concert et l'orchestre ne revêtent pas. Star Entertainment n'avait pas la licence pour utiliser le logo du film, mais l'imiter est également illégal...

Un effectif tout juste suffisant


L'orchestre est composé pour les cordes de 8 premiers violons, 6 seconds violons, 4 altos, 6 violoncelles et 2 contrebasses. Le nombre des instrumentistes dans la petite harmonie et les cuivres a sûrement été à l'origine d'une légère ré-orchestration de la partition des vents. Il en est de même pour les percussions, qui ne pouvaient pas jouer certains sons particuliers, comme le bruit métallique dans le thème de l'Isengard. Durant ce morceau, l'accordéoniste de l'Ensemble Tolkien a justement joué alors qu'il n'est pas prévu dans la partition d'origine.

Le choeur mixte est composé de 8 femmes et 14 hommes, probablement divisés de manière égale entre sopranos, altos, tenors et basses.

Les oeuvres d'Howard Shore demandent un effectif très fourni, faisant souvent appel à un large tapis de cordes et à des cuivres puissants. De ce point de vue, il manquait certainement des altos, des seconds violons, et des basses, ce qui aurait renforcé l'orchestre sans nullement gêner l'équilibre avec le choeur, dont la petite taille importe moins ici.

 

Le Tolkien Ensemble:

un ensemble original dévoué à Tolkien

 

Une initiative créatrice, un ensemble original


Le Tolkien Ensemble, créé par le dannois Caspar Reiff (né en 1971), guitariste et compositeur, se produisit pour la première fois en 1996. Pour ce concert, Reiff avait composé plusieurs chansons tirées des poèmes de Tolien dans le Seigneur des Anneaux, comme Elven Hymn to Elbereth Gilthoniel, Song of Beren and Lùthien, Song of Nimrodel. Reiff explique en effet qu'avant son premier concert "Zumindest genügte es, um ein gutes Konzertprogramm zusammenzustellen. Zu diesem Zeitpunkt hatte ich es mir in den Kopf gesetzt, einen Weg zu finden, die weltweite erste, komplette Interpretation der Lieder aus dem Herrn der Ringe zu schreiben..." 6 ("Il restait à monter un bon programme de concert. A cette époque je m'étais mis en tête de suivre une voie: composer, pour la première fois au monde, la musique de tous les poèmes du Seigneur des Annea uTolkien Ensemblex").

A ses côtés se trouve Peter Hall, le mentor du jeune Reiff. Hall est un guitariste, compositeur et chanteur anglais né en 1946. Dans leur travail de composition, Hall s'occupe des chants traditionnels ("comme Hobbit tunes",  une chanson typiquement populaire de type celtique ou irlandais) et Reiff des chants classiques (un des premiers qu'il compose est Galadriel Song of Eldamar) comprenant naturellement les poèmes elfiques, peu disposés à la musique traditionnelle.

Lors de son premier concert en Janvier 1996, le groupe comprend en plus des deux guitaristes la chanteuse Signe Admunsen. Les autres membres (un violoniste, une pianiste et deux barytons)  changeront par la suite.

Dès 1996, Reiff parvient à négocier les droits des poèmes du Seigneur des Anneaux  avec Tolkien Estate en vue de produire un premier CD qui sortira en 1997 sous le titre An Evening in Rivendell.

En 1999, invité par Priscilla Tolkien, la fille de J.R.R. Tolkien, le groupe se déplace à Oxford et joue pour The Tolkien Society à l'Exeter College.

Après plusieurs albums sortis en 2000 (A Night in Rivendell),  2002 (At Dawn in Rivendell) et en 2005 (Leaving Rivendell),  l'Ensemble Tolkien atteint son but et finit par avoir mis en musique et interprété tous les poèmes du Seigneur des Anneaux; il sort en 2006 un album de 4CDs titré Complete songs and poemes. Deux ans plus tard est édité un CD "Best of," qui intègre notamment des versions live d'un concert donné le 6 mars 2008 à Brême.

 

Une reconnaissance certaine dans les pays germaniques,

en mal de succès à l'étranger?


Car au-delà de sa production discographique, l'Ensemble Tolkien s'est produit régulièrement en spectacle chaque année dans le cadre de tournées ou de festivals, particulièrement en au Danemark ou en Allemagne: c'est ce qui explique que les images projetées durant les concerts en France étaient parfois des logos "Herr der Ringe". En revanche l'article sur wikipedia il est écrit "in the summer of 2000, The Tolkien Ensemble had reached 'cult status' among Tolkien enthusiasts all over the world" 7. Même si les disques sont sûrement vendus dans plusieurs pays, cette phrase totalement subjective ne peut cacher que les tournées ne concernent jamais que le Danemark, l'Allemagne, l'Autriche, très rarement ailleurs. Le "statut culte", s'il existe,  ne peut concerner que ces pays germaniques car aucune tournée ne se déroule en dehors de ces pays, que ce soit en Angleterre, en France ou aux Etats-Unis, où demeurent aussi de nombreux fans de Tolkien qui ne connaissent pas l'Ensemble Tolkien. Preuve en est que ces pays sont largement oubliés puisque dans le cas de grosses tournées, l'Ensemble reste en Allemagne, un terrain conquis: "Der Erfolg der drei Sommerkonzerte in Deutschland und Österreich führte zur Planung einer größeren Wintertournee durch Deutschland Anfang 2008" 8: "Le succès des trois concerts durant l'été en Allemagne et en Autriche nous a amené à planifier une plus grande tournée en Allemagne pour début 2008". Et de 2008 à 2011, seuls le Danemarherrederringe.jpgk et l'Allemagne ont accueilli l'Ensemble Tolkien, jusqu'à ce soit enfin le cas de la France, ces 26 et 27 Janv ier 2011: une tournée éclair accompagnée de beaucoup de publicité (quasi mensongère, comme on l'a vu pour l'orchestre d'Hollywood) qui laisse à penser que l'Ensemble n'est pas très connu à l'étranger.

Par ailleurs, les affiches de concert en Allemagne montrent que l'Ensemble Tolkien ne joue pas sur sa propre notoriété pour attirer les spectateurs, mais sur celle des musiques du film et la présence de Christopher Lee (voir ci-contre)

 

L'Ensemble Tolkien: une idée utile et louable au service de l'oeuvre de Tolkien


L'initiative du Tolkien Ensemble d'interpéter et composer tous les poèmes du Seigneur des Anneaux est remarquable. En effet, si de nombreux groupes de musique, de quelque style qu'ils soient, font des références à Tolkien et dédient des chansons à son univers, Tolkien Ensemble est le seul à s'être consacEnsembleTolkienré complètement à cette tâche. Par cette entreprise, des éléments du monde de Tolkien ont été diffusés d'une manière originale et avec succès. D'autre part, elle permet aussi de montrer qu'il y a d'autres musiques du Seigneur des Anneaux que celles d'Howard Shore. Or, depuis la sortie des films de Peter Jackson, il est parfois difficile d'imaginer la Terre du Milieu autrement: les films The Hunt for Gollum ou Born of Hope en sont de bons exemples: les personnages ressemblent aux acteurs de Peter Jackson, leurs bandes-son sont dans le style d'Howard Shore. En fait, ils ne sont pas indépendants de l'interprétation par Peter Jackson du Seigneur des Anneaux de Tolkien. Pour les futures oeuvres qui s'inspireront de Tolkien, il est primordial que la trilogie de Jackson ne constitue pas une référence au même titre que l'oeuvre de Tolkien, ceci afin que l'oeuvre de Tolkien demeure une oeuvre ouverte et que ceux qui s'en inspirent pour créer s'aident de multiples interprétations, et non d'une seule.

 

Christopher Lee:

un partenariat avec l'Ensemble Tolkien 


Une tête d'affiche pour une prestation secondaire.


rivendell.jpgC'est depuis 2002 que Christopher Lee est lié avec l'Ensemble Tolkien. Il s'agissait au départ p our Christopher Lee d'interpréter la voix de Silvebarbe dans l'album At dawn in Rivendell (Treebeard's Song) sorti en 2002. Malgré la faible participation en proportion, le nom de Christopher Lee et son visage servent grandement à la publicité de l'album. Lee participe aussi aux concerts dès 2002, en qualité de "présentateur" et aussi de chanteur.  Son engagement ne semble pas faire de doute lorsqu'il déclare avec humilité à concert en 2002: "Ich stehe hier als ein Mitglied eines Ensembles, einer Gruppe von Menschen: engagierte, hingebungsvolle Menschen, die auf eigene Art und Weise etwas Einmaliges geschaffen haben..."9 ("Je me tiens ici en tant que membre d'un ensemble; un groupe d'hommes engagés et dévoués, qui ont créé d'une manière originale quelque chose d'exceptionnel").

C'est peut-être à partir de 2007 et de la création (par Star Entertainment) d'un spectacle comprenant des musiques de film que le rôle de C. Lee devient celui du conteur, utile pour donner une unité narrative à l'ensemble du concert. Les programmes des concerts indiquent en effet que depuis 2008 la Treebeard's Song n'a pas été proposée alors que Lee apparaît sur les photographies.

Remarquons que Lee sert beaucoup à la publicité du Tolkien Ensemble, non sur la couverture du CD mais aussi sur l'affiche de concert plus haut, où son nom apparaît presque aussi gros que le titre "Seigneur des Anneaux" et où son visage est largement utilisé. Là, l'Ensemble Tolkien paraît tout à fait anecdotique.

 

 

Le programme du concert:

une publicité pour le Tolkien Ensemble

  

Le programme était le suivant:

 

01. Mordor National Anthem (Tupper Saussy (The Neon Philharmonic))

02. Elven Hymn to Elbereth Gilthoniel (Caspar Reiff)
03. The Prophecy (Howard Shore)
04. Concerning Hobbits (Howard Shore)
05. Dragon's Rage (Peter Hall)
06. Here I stand alone (Caspar Reiff)
07. A Knife in the Dark (Howard Shore)
08. There is an inn... (Caspar Reiff & Peter Hall)
09. Verse of the Rings (Caspar Reiff)
10. Malbeth the Seer's words (Caspar Reiff)
11. The Breaking of the Fellowship (Howard Shore)
12. May it be (Enya)
13. The White Rider (Howard Shore)
14. Hobbit tunes (Jigs 'n' Reels) (Peter Hall)

Pause

15. The Bridge (Howard Shore)
16. Go now (Caspar Reiff)
17. The Council of Elrond (Howard Shore)
18. Treason of Isengard (Howard Shore)
19. The Edge of Night (Billy Boyd)
20. Sam's Song in the Orc-tower (Caspar Reiff & Peter Hall)
21. Galadriels Song of Eldamar (Caspar Reiff)
22. Minas Morgul (Howard Shore)
23. The End of All Things (Howard Shore)
24. The Return of the King (Howard Shore)
25. The Eagle's Song (Caspar Reiff)
26. Into the West (Howard Shore, Annie Lennox & Fran Walsh)

 

Il existe une Symphonie du Seigneur des Anneaux, compilée par Howard Shore, qui contient en deux heures de musique la plupart des thèmes des trois films de Peter Jackson.  Néanmoins le choix de l'Ensemble Tolkien, s'il était de pouvoir jouer certains des thèmes de ce film, était aussi de promouvoir les poèmes écrits par Tolkien dans le Seigneur des Anneaux: d'où un partage 50/50 entre les musiques du film et celles de l'Ensemble Tolkien.

 

Les compositions du Tolkien Ensemble:


Malgré la surprise pour le public d'entendre ces musiques inconnues, l'hommage à Tolkien faisait plaisir à entendre, que ce soit en elfique ou non. 

Mordor National Anthem: Une courte pièce pour orchestre et choeur sombre et assez brutale, qui ne laisse pas aisément se distinguer un thème particulier. 

Elven Hymn tol Elbereth Gilthoniel: Une mezzo-soprano chante le poème elfique A Elbereth Gilthoniel, silivren penna miriel... de la Communauté de l'Anneau. Tolkien parlait d'une "claire voix [qui] s'éleva en solo", ce qui est restitué par Reiff. Dans une musique appaisante, accompagnée par l'orchestre, le choeur, et une harpe probablement pour un côté plus elfique. Peut-être un choeur féminin pour accompagner la soliste aurait-il suffit, afin de conserver l'apect elfique et d'éviter un côté orchestral qui perturbe une chanson qui n'en a pas besoin.

Dragon's Rage: Avec Here I stand alone, une des deux musiques inspirées de Bilbo le Hobbit.

Here I stand alone: Un chanteur (C. Reiff?) dans le rôle de Bilbo, accompagné par l'orchestre. Le chant est légèrement récité, mais l'orchestre effectue de nombreux contre-chants et est mis en valeur.

There is an inn...: dans un style assez country, le chanteur, qui s'accompagne à la guitare et est suivi par un violon (jouant assez celtique) et quelques percussions légères, chante sympathiquement "There is an Inn, A Merry Old Inn". 

Verse of the Rings: le narrateur récite le poème de l'Anneau Unique "Trois anneaux pour les Rois Elfes sous le ciel...". Le morceau est très court et peu riche musicalement. Reiff a opté pour une orchestration et une musique des plus noires. L'orchestre accompagne le narrateur en fond sonore avec des notes tenues et des harmonies très graves, comme pour un récitatif, sur toute la durée du morceau. A la fin, dans un élan dramatique, l'orchestre et le choeur montent en crescendo, mais c'est tout. L'intérêt reste d'avoir mis ce poème important en musique, mais peut-etre méritait-il mieux: il ne s'agit que de la prosodie sur un fond sonore peu recherché.

Malbeth the Seer's words: Une référence à Malbeth le Voyant, contemporain de la chute du Royaume d'Arnor, et au poème qui mena Aragorn au Chemin des Morts. Il s'agit d'une musique sombre et assez dissonnante, jouée par les cordes dans un style assez proche des adagios pour cordes de Barber ou Bruckner. Vers la fin, le narrateur doit dire les paroles de Malbeth. Autrement, le style change peu et la musique risque de lasser.

Hobbit tunes: Une musique enjouée aux accents très celtiques. Il s'agit d'une chanson à boire assez répétitive, où les solistes (violoniste principalement, doublié par la flûte) de Tolkien Ensemble jouent accompagnés par l'orchestre et le choeur. C'est aussi la chanson proposée en bis.

Go now: une musique sensible, triste-joyeuse, chantée par une mezzo-soprano accompagnée par l'orchestre et le choeur qui finissent par prendre une place assez importante (en grande pompe). On regrettera que le début du thème soit aussi le début du thème de Titanic.

Sam's Song in the Orc-tower: Une chanson aux accents tristes, que Sam chante quand il sait que Frodon est vivant et qu'il le cherche désespérement dans la Tour de Cirith Ungol. Le chanteur s'accompagne lui-même à la guitare, ce qui donne un genre country assez décalé.  

Galadriels Song of Eldamar: sur les paroles anglaises de Galadriel dans la Communauté de l'Anneau, une soliste chante une mélodie assez ornée, accompagnée par un orchestre et un choeur discret, avec un violon jouant quelques fois le contrechant. 

The Eagle's Song: Un chant reprenant les paroles de l'Aigle écrites Tolkien dans le Retour du Roi. 

 

Les compositions d'Howard Shore

 

Elles sont choisies parmi les plus populaires, comme "Concerning Hobbits" , "The Bridge of Khazad-dûm", "The Breaking of the Fellowship", "The Return of the King" ou "The White Rider". On aurait pourtant apprécié entendre le thème  du générique, le fameux "thème de l'Anneau" (The Great River), ou encore quelques musiques du Rohan, et surtout les inoubliables "Minas Tirith" ou "Lighting of the Beacons". De bons morceaux cependant, souvent réorchestrés pour s'adapter à l'effectif de l'orchestre (ou pour avoir moins de droits à verser).  

The Prophecy: peut-être peu reconnue par ceux qui n'ont pas écouté les musiques de Shore en-dehors du film, The Prophecy est une belle musique, qui utilise tous les registres et toute la palette orchestrale, du pianissimo choral au fortissimo pour l'orchestre complet. Les thèmes les plus connus en sont par contre absents, sauf à la fin. The Prophecy constitue une très bonne introduction pour les autres musiques.

Concerning Hobbits: Une musique pastorale, avec un violon solo très mis en valeur, mais ni celtique, ni virtuose. Des mélodies naïves et joyeuses correspondant aux Hobbits.

The White Rider: Issue des Deux Tours, cette musique puissante du côté du choeur comme de l'orchestre propose également un chant solo fin, mais n'est pas la plus intéressante. Etrangement, cette musique a été placée entre des morceaux de la Communauté.

The Bridge of Khazad-dûm: Ce morceau culte et principalement dans la nuance forte-fortissimo permet de présenter de manière évidente le thème principal de la Communauté de l'Anneau. Le choeur des hommes représente les Nains de la Moria.

The Council of Elrond: Encore étrange de placer le Conseil d'Elrond après la Moria! Il s'agit d'un très beau chant pour soprano soliste, accompagnée par un orchestre sur la réserve.

The Treason of Isengard: Une des plus belles musiques, rappelant l'arrivée de Gandalf à Orthanc. Le thème principal est jouée de façon mineure pour renverser l'aspect épique en impression dramatique, ce qui colle avec la trahison de Saroumane. Le combat contre Saroumane est représenté par une forte présence des choeurs sur une mélodie mineure forte et renforcée par les timbales et les cuivres principalement.

The Edge of Night: une chanson presque anecdotique que chante, dans le Retour du Roi, Peregrïn Touque pour Dénéthor II. Néanmoins la chanson a été composée par l'acteur et non par Howard Shore, et elle est chantée au momen de l'assaut inutile mené contre Osgiliath par Faramir.

Minas Morgul : Ce morceau n'existe pas en tant que tel. Il s'agit d'un thème effrayant où les violons jouent un rôle important. Cette musique dépeint la sortie de l'armée de Morgul et dramatise le début de l'assaut contre le Gondor.

The End of All Things: Ce morceau tient une place importante dans le film puisqu'il commence à l'instant même où Frodon décide de ne pas jeter l'Anneau dans la lave. Il y a, comme souvent dans les autres morceaux, une partie fortissimo et tragique qui ici accompagne la décision de Frodon et sa détermination, et une autre pianissimo qui fait intervenir une soprano solo pour peindre la plénitude retrouvée de Gollum.

The Return of the King: Une musique très émouvante, une des plus belles de la trilogie qui accompagne la fin du film et le couronnement du Roi. Les paroles elfiques " Et Eärello Endorenna utulien" prononcées par Aragorn dans le livre se retrouvent ici mises en musique et chantées.

Into the West: On ne la retrouve pas telle quelle dans le film, mais son thème a été utilisé pour The Grey Havens. Il s'agit d'un beau chant pour soprano où l'orchestre tient un rôle un secondaire pendant tout le morceau -pour une fois. Il a été composé par Howard Shore et Annie Lennox.


Le doute du public


La salle s'attendait peu ou prou à entendre un équivalent de la "Symphonie du Seigneur des Anneaux" d'Howard Shore, à cause de la publicité qui comportait le logo (imité) du film "Le Seigneur des Anneaux", ainsi que la mention "tous les grands thèmes de la trilogie". Ce fut donc un flottement étonné qui accueilla le Mordor National Anthem de l'Ensemble Tolkien, chacun se demandant s'il n'était pas tombé dans un piège et si Howard Shore allait être joué ou non. L'Elven Hymn, s'il fut apprécié des Elendili, n'ôtait pas le doute. Ce n'est qu'après, rassuré, qu'on s'habitue à l'ambivalence Shore/ Ensemble Tolkien.

Le fait que l'Ensemble Tolkien ait profité des signes ambigus (logo, image de l'anneau, terme "trilogie" équivoque: le film est une trilogie, pas forcément le livre) pour amener à lui un public attiré par les musiques de Shore, et lui jouer des compositions qu'il n'attend pas, c'est une tromperie et une honte pour un groupe qui se vante de promouvoir l'oeuvre de Tolkien. Cela débouche sur une déception la plupart du temps, surtout quand le prix du billet va de 50 à 60€ environ. D'autant que, mis à part Tupper Saussy (dont le Mordor Anthem est anecdotique de par sa durée), il n'y a aucune autre musique que celle du Tolkien Ensemble. Les musiques de Shore sont jouées la moitié du temps, mais on en vient à se demander  si ce n'est pas parce que le Tolkien Ensemble n'assume pas de jouer ses musiques seul. Il n'aurait pas eu autant de public dans la salle sans la tromperie sur Shore, et pas autant de succès aussi.

 

Le concert: une prestation riche mais facile


L'Orchestre Philharmonique d'Hollywood n'a d'Hollywood que le nom


 Le concert avait cependant plusieurs atouts. Il est dommage de ne pouvoir passer sur la contre-perfomance de le soi-disant Orchestre Philharmonique: les musiques de Shore étaient la plupart du temps coupées; elles n'étaient pas les plus difficiles et pourtant on note un grand nombre de flottements, d'imprécisions pour un orchestre qui devait être pourtant habitué à ce programme. Le choeur tient le coup, mais l'orchestre donne une impression de fouillis dans les fortissimo et d'hésitation dans les piano. Quel dommage que les musiques d'Howard Shore, ce que le public aime le plus, soient parfois fausses et gâchées!

 

Les solistes et danseurs du Tolkien Ensemble


Le niveau des solistes était, lui, amplement suffisant. On notera quelques écarts de comportement de la part de l'accordoniste, gâchant une des musiques de Shore (le thème de l'Isengard à cinq temps) pour faire l'idiot sur scène avec son accordéon, alors que c'est à l'orchestre seul de jouer; ou bien s'emparant de la baguette du chef à la fin, pour mimer une direction d'orchestre pathétique. Un comportement d'amateur qui convient peut-être à des salles des fêtes dans des bourgades allemandes, mais qui est très déplacé au Grand Rex quand le public veut profiter des musiques qu'il est venu entendre (qu'il a payées assez cher et qu'on ne lui joue qu'à 50%).

Mis à part cela, l'Ensemble brillait par son éclectisme en ayant incorporé à sa formation déjà originale (guitariste qui joue parfois de la flute, violon, accordéon, chant) des danseuses (soit de type danse traditionnelle soit d'un type approprié aux calmes chants "elfiques").

 

Un narrateur de luxe, une mise en scène bon marché

 

The End of the ageSi les musiques d'Howard Shore cont grandement contribué au succès (?) du concert, la présence de Christopher Lee fut incomparablement galvanisante pour la salle, absorbée par la diction  de l'acteur pendant tout le concert. Si le rôle de Lee pouvait être joué par n'importe qui (il ne s'agissait que de lire un texte en français résumant le Seigneur des Anneaux), son installation sur un fauteuil bien en évidence en tant qu'une sorte de "parrain" de l'orchestre (qui dit C. Lee dit qualité) était un plus dont le public avait bien besoin après l'étonnement du programme proposé. Les quelques erreurs ou baffouillements de l'acteur lisant son texte à 88 ans ne sauraient effacer le souvenir de sa présence sur scène. 

Durant le concert étaient projetées des images sur trois tableaux suspendus derrière l'orchestre. Les images étaient parfois des tableaux, comme "The End of the Age" de Ted Nasmith (ci-dessus), mais souvent moins connus, et ils étaient aussi utilisées à répétiton. Il semble que Nasmith ait donné son accord pour l'utilisation de ses peintures9 . Une des images provenait d'une affiche du film mais n'était pas dévoilée entièrement (à cause des droits?) et ne montrait que le menton de Frodon.Lotr - conquest

Comble de la honte, on voit apparaître lors d'une musique épique d'Howard Shore un tout autre type d'illustration: l'image du jeu vidéo The Lord of the Rings Conquest (ci-contre), tronquée pour qu'on ne voie pas les logos. Pourquoi tant d'amateurisme dans un concert à 50€ le billet? Il est remarquable qu'on propose au public la présence de luxe d'un acteur comme Christopher Lee en même temps qu'on projette derrière lui des images qui faussent l'ambiance dans laquelle on nous a installé avec Elven Hymn to Elbereth, qui sonnait comme un noble hommage à Tolkien. Avec cette image de jeu vidéo, où est l'hommage?

 

Cette incohérence déplorable conduit à se demander pourquoi le concert coûte si cher au public: ce n'est pas la présence de Lee, car les organisateurs n'étaient pas sûrs qu'il viendrait, ce n'est pas la mise en scène, ce ne sont pas les musiques du Tolkien Ensemble...Peut-être s'agit-il de la salle louée, mais les billets ont tous été vendus et ont largement compensé le prix des salles de Paris et Lyon. Finalement,  peut-être est-ce simplement la certitude que les spectateurs paieront pour écouter du Howard Shore. Quelle désillusion!



  Notes


1. http://www.brmavocats.com/avocats/2000/01/les-marques/?article_id=7

2. Ibidem

3. http://www.tolkien-ensemble.net/ensemble/ensemble4.html "Das Jahr 2006 markierte auch den Beginn der Zusammenarbeit mit einer neuen Agentur, Star Entertainment aus Berlin, mit denen ich zu arbeiten begann um eine kombinierte Show aus unserer und der Filmmusik vorzubereiten.

4. http://www.flickr.com/photos/freizeit_kuenstler/598319850/  "Christopher Lee, das Tolkien Ensemble und im Hintergrund der Chor des Auenlandes auf der Burg Königstein bei der Veranstaltung "Der Herr der Ringe in Concert""

5. http://www.herr-der-ringe-film.de/v3/de/news/tolkienallgemein/news_13271.php "Die Zuschauer erwartet neben dem Tolkien-Ensemble, der Philharmonie des Ringes und dem Chor des Auenlandes auch erstklassige Gesangssolisten..."

6 http://www.tolkien-ensemble.net/ensemble/ensemble.html

7 http://en.wikipedia.org/wiki/The_Tolkien_Ensemble

8. http://www.tolkien-ensemble.net/ensemble/ensemble6.html

9. http://www.tolkien-ensemble.net/ensemble/ensemble5.html "Der kanadische Künstler und berühmte Tolkien-Illustrator Ted Nasmith gestattete uns, seine Illustrationen während des Konzerts auf der Bühnenleinwand zu zeigen."

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 23:17

Originaire du Belfalas, cette noble dame vécut en Lossarnach avant d'être l'épouse du Roi Thengel de Rohan, pour lequel elle quitta le Gondor. Mère de Théoden, le dernier Roi de la Seconde Lignée, grand-mère d'Eowyn et d'Eomer, grâce à elle furent réunies les branches longtemps disjointes des lignées du Gondor et du Rohan.

 
Noms: Morwen  de Lossarnach (du sindarin mor-, noir; et wen, jeune fille: jeune fille sombre); la Scintillante; la Blanche comme l'acier. (ne pas confondre avec Morwen, l'épouse de Hùrin au Premier Âge)
Parenté: descendante d'un Prince de Dol Amroth (haute noblesse nùmenoréenne).  Fille du premier Seigneur de Lossarnach. Existence probable d'un frère ou d'une soeur.
Epoux: Thengel, Roi de la Marche du Rohan.
Enfants: Une première fille, puis Théoden (2948) et une autre fille inconnue, tous nés au Gondor; puis une fille et enfin Théodwyn (2963), nées au Rohan.
Résidence: Belfalas (si pays de naissance), Lossarnach, Rohan (à partir de 2960environ)
Dates: 2915 (Belfalas?) - ? (décès entre 2963 et 3002 sûrement en Rohan) 

 


 

  ~plan de l'article~

I. Une dame de haute lignée

1) une allure noble

2) Le fief de Belfalas

3) La seigneurie du Lossarnach

 

II. L'union entre le Gondor et le Rohan

1) Morwen  + Thengel

2) Un descendance liée au destin du Gondor

 

 

I. Une dame de haute lignée

 

  1) Une noble allure

 

Alan-Lee/ Eowyn-et-AragornMorwen de Lossarnach devait être grande, et élancée, car elle transmit son physique à Eowyn, la fille de sa fille Theodwyn, qui hérita également de son teint très pâle1. Ce teint était devenu populaire parmi les Rohirrim qui avaient surnommé Morwen la "Blanche comme l'Acier" ou même la "Scintillante" en référence à sa peau très blanche qui contrastait avec la leur (les Rohirrim étaient apparentés aux Nortmen, et seulement de loin aux Gondoriens, d'où une différence de physique). Son nom sindarin, "jeune fille sombre", se rattache probablement à sa "sombre chevelure" 2 et non pas à son teint, car si Morwen était dite de Lossarnach elle n'avait aucun lien de sang avec la population de cette région (qui descendait des Hommes Sauvages vivant dans les montagnes) dont la peau était basanée3. La pâleur d'Eowyn comme de Morwen laissait entrevoir un sang et une ascendance autrement plus illustres. 

 

2) Le fief de Belfalas

 

C'est de la région du Belfalas que provient la famille de Morwen. C'était une famille noble, car son père descendait "d'un ancien Prince" 4 de Belfalas et appartenait donc à la famille princière de Dol AmLa fuite des Elendili. Nasmithroth, une des plus nobles familles du Gondor. Au-delà de leur rang de "seigneurs" de Belfalas, cette famille p rincière était de fait en parenté avec Elendil le Grand, premier Roi du Gondor5, et ainsi les Princes de Dol Amroth étaient les plus prestigieux vassaux du Roi et de l'Intendant. Dans les veines de Morwen coulait donc un  sang de Nùmenor comme il y en avait peu en Terre du Milieu, et même au Gondor, où les héritiers d'Elendil n'étaient plus. Car la lignée d'Anarion s'étant éteinte, et hormis donc les descendants d'Isildur en Arnor il ne restait de famille liée à Elendil que celle des Princes de Dol Amroth. Cette parenté entre Morwen de Lossarnach et les  Princes de Dol Amroth devait être reconnue explicitement bien plus tard, lors de la fameuse Guerre de l'Anneau en 3019 du Troisième Âge, lorsque le Prince Imrahil de Dol Amroth reconnut en Eomer (le petit-fils de Morwen) un membre véritable de sa parenté6.

Par ailleurs, la légende de Dol Amroth attribuait aux Princes de Belfalas du sang elfe (car  le Prince Imrazôr aurait prit pour femme une suivante de Nimrodel7), et c'est aussi ce que reconnaît Legolas Vertefeuille en voyant le Prince Imrahil8. Selon toute vraisemblance, Morwen de Lossarnach devait avoir avoir conservé une petite partie au moins de cet héritage elfique.

 

3) La seigneurie du Lossarnach

 

Attiré par la beauté du Lossarnach, le père de Morwen avait quitté le Belfalas9 et était devenu seigneur du Lossarnach, la région la plus proche de Minas Tirith au sud.  Cette région avait été colonisée très tôt par les Exilés de Nùmenor10, mais était principalement peuplée par une population basanée qui descendait des Hommes Sauvages d'avant la venue des Rois du Gondor11. Mais cLossarnachomme on l'a dit plus haut, Morwen n'était d'aucune façon basanée, car elle n'apparetenait pas au peuple de Lossarnach mais à la "haute noblesse nùmenoréenne" 12 par l'appartenance de son père à la famille princière de Dol Amroth.
Il est difficile de déterminer si Morwen est née ou non en Lossarnach, car son père vint s'y établir et fut le premier seigneur de cette terre. Elle-même naquit en 2915 du Tiers Âge13, mais il est possible que Morwen soit née en Belfalas, dans le pays d'origine de son père, voire à Dol Amroth même. Cette idée est soutenue par un fait  singulier, que précise Tolkien: que Thengel ne prenne épouse que tard dans sa vie. S'il avait connu Morwen plus tôt, peut-être l'aurait-il épousée; mais ce ne pouvait pas être possible si elle ne se trouvait pas à la cour de Minas Tirith, mais encore en Belfalas, jusqu'à l'âge de 25 ans environ (elle se maria à 28 ans); mais ce n'est qu'une hypothèse. Qu'elle s'appelle "de Lossarnach" a pu n'être qu'un qualificatif le jour où les Gondoriens la virent à Minas Tirith.
Quel que soit son lieu de naissance, on aurait pu penser que le Lossarnach, en tant qu'un des plus petits fiefs du royaume du Gondor, aurait eut tôt fait d'amoindrir son prestige et celui de sa famille. Mais il n'en fut rien: comme en témoigne le poème des Tertres de Mundburg, dédié à ceux qui tombèrent devant Minas Tirith lors de la Guerre de l'Anneau en 3019 T.A.,  le seigneur du Lossarnach du moment, Forlong, fut nommé comme l'égal de tous les autres seigneurs. Mais Morwen devait jouir d'un destin qui prouve son appartenance à la haute noblesse: elle fut mariée à Thengel, futur roi de Rohan, et engendra une lignée de Rois.  

Mais Forlong le Vieux ne semble pas apparenté à Théoden, et les deux filles de Morwen qui naquirent au Gondor s'établirent probablement au Rohan avec leur père Thengel quand il monta sur le trône. On peut cependant déduire de l'existence de Forlong le Vieux, seigneur du Lossarnach lors de la Guerre de l'Anneau, le fait que Morwen avait un frère ou une soeur qui perpétua la lignée des seigneurs du Lossarnach.

 

II. L'union entre le Gondor et le Rohan


1) L'union de Morwen  et Thengel


En 2943 T.A., Morwen de Lossarnach épouse Thengel de Rohan. Celui-ci est le fils du roi Fengel de Rohan et vit au Gondor depuis qu'il a atteint "l'âge d'homme"; mais c'est déjà un homme d'âge mûr quand il se marie à Morwen, qui n'a que vingt-huit ans. Même si Thengel ne devient roi qu'en 2945, il est un hôte de marque pour le Gondor et son mariage ne doit pas se faire avec n'importe quelle dame; et comme on l'a vu, Morwen est d'ascendance illustre. Ils ont d'abord trois enfants, deux filles et un fils, Théoden (2948), qui naissent au Gondor. Mais à la mort de Fengel, Thengel est rappelé au Rohan pour monter sur le trône, et Morwen abandonne le Gondor. Deux filles complètent la famille: la dernière est Théodwyn en 2963:  "tard-venue", car Morwen a désormais 48 ans.14

Le reste de la vie de Morwen est difficile à distinguer: nulle information sur sa mort, nulle tombe mentionnée pour une si haute dame au Rohan. Tolkien dit que "Théodwyn" est l'enfant d'un âge avancé: peut-être Morwen ne bénéficiait-elle pas de la longueur de vie associée à une haute ascendance nùmenoréenne. Mais si elle avait survécu à Thengel, qui était plus vieux qu'elle, peut-être serait-elle revenue vivre au Gondor ou au pays de ces ancêtres.

 

  2) Une descendance liée au destin du Gondor


On dit souvent que le Serment de Cirion et d'Eorl fut une des raisons de la survie du Gondor lors de la Guerre de l'Anneau. Sans Cirion et Eorl, qui présidèrent à la création d'un lien fort entre le Rohan et le Gondor, aucun renfort ne serait venu lors de la Bataille des Champts du Pelennor. Il en est de même pour Mithrandir, sans qui le Gondor serait tombé.

Mais sans Morwen de Lossarnach (et cet élément est beaucoup moins connu) et sa descendance, qu'en aurait-il été? Aucun ThéoEowyn et le Roi Sorcierden, fils de Morwen, pour rassembler ses hommes et partir défendre le Gondor, chevauchant en avant de tous lors de l'assaut final sur les légions du Mordor. Aucune Eowyn, petite-fille de Morwen, pour faire tomber le Roi-Sorcier.

Et étrangement, ce fut grâce à Théodwyn,  la dernière fille de Morwen, que le Rohan fut sauvé. Théodred mort, c'est Eomer fils de Theodwyn qui devint Roi du Rohan à la suite de Théoden en 3019 T.A. Non seulement Eomer sauva la royauté (il était le dernier de sang royal), mais il épousa aussi Lothiriel, la fille du Prince Imrahil de Dol Amroth15, liant le Gondor au Rohan comme Morwen et Thengel avant lui. De la même manière, mais inverse, Eowyn, la soeur d'Eomer, épousa Faramir, Intendant du Roi Elessar, liant le Rohan au Gondor. Ainsi débuta le Quatrième Âge dans l'harmonie entre le Rohan et le Gondor, alors que leur alliance était presque oubliée16 avant la Guerre de l'Anneau.


 


Notes


I. 1.

1. Le Seigneur des Anneaux, Appendice A, II, La maison d'Eorl

2. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, I, Appendice.

3. Livre V, chap. 1.

 

I. 3

9. Contes et Légendes Inachevés, le Troisième Âge, I, Appendice.

10. voir la thèse qui arrive à cette conclusion dans l'article sur le Lossarnach (II. 1)

11. Le Retour du Roi, Livre V,  chap. 1

12. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, I, Appendice.

13. Le Seigneur des Anneaux, Appendice A, II, La maison d'Eorl

I. 2.

4. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, II, note 39.

5. Ibidem.

6. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, I, Appendice.

7. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, II, note 39.

8. Le Retour du Roi, Livre V, chap. 9

 

II. 1

14.  Le Retour du Roi, Appendice A, II, La maison d'Eorl

II. 2.

15. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, I, Appendice.

16. Le Retour du Roi, Livre V chapitre 4: " [Théoden] viendra t-il? Se souviendra t-il de notre alliance?".

 

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 16:38

 

Le Lossarnach est une des plus petites régions du Gondor. Mais c'est probablement l'une des plus anciennement habitées par les Exilés de Nùmenor, et elle est la plus proche de Minas Tirith. Il s'agit d'un pays agricole assez bien peuplé, dont la population est liée étroitement à la capitale du Gondor.

 

Noms: Lossarnach, (du sindarin Loss, neige); Arnach * La fuite des Elendili
Type: Région, puis fief du Gondor au début des années 2900.**  
Seigneur: Forlong le Vieux (fin du Troisième âge;  3019 T.A.)** 
Emplacement: Entre la Lebennin et Minas Tirith; délimité au sud par la rivière Erui et au nord par le Rammas Echor. (voir la carte)
Population: Gondoriens légèrement "basanés"; 7000 habitants environ (estimation) 
Chef-lieu: (?) Arnach * (non situable)

* "Jamais à Arnach en son propre pays" (Le Retour du Roi, Livre V, chapitre 8). Le nom d'Arnach fait partie des noms de lieux "remontant à la nuit des temps, bien avant que les Nùmenoréens ne prissent la mer" (Le Seigneur des Anneaux, Appendice D, Des Hommes)

** Le premier seigneur du Lossarnach fut le père de Morwen de Lossarnach, voir la partie II. 3 et l'hypothèse quant à la création du fief. 

 


 

~plan de l'article~

 

  I. Lossarnach, le vert pays

1) Une flore abondante

2) Un monde d'agriculteurs

 

II.Un fief fidèle au Gondor

  1) Une des premières régions colonisées par les Exilés de Nùmenor

2) Une population nombreuse, basanée mais fidèle à Minas Tirith

3) Une terre de hauts seigneurs

 

 

I. Lossarnach, le vert pays

 

1) Une flore abondante

 

Tolkien et ses personnages décrivent le Lossarnach comme un pays où la nature est très florissante. LossarnachLe Lossarnach est d'abord un pays de terres planes situées entre les montagnes (Blanches) et l'eau (l'Anduin, sinon la mer), une région proche des bouches du Grand Fleuve, abritant donc un climat frais dû au fleuve et aux vents de la mer et à la proximité des montagnes, mais pas froid en été ("Il y fait bon au printemps" 1  ) et propice au développement de  la nature. Le nom même de Lossarnach le rappelerait, par une parenté entre son préfixe loss- et le s indarin loth, fleur (mais en l'occurence il s'agit certainement du sindarin los, quenya lossë, neige, en raison des Montagnes Blanches, ce que l'on verra plus tard).
Le jeune Bergil, fils de Beregond de la Garde de la Citadelle, dit qu'au printemps "les bois et les champs sont emplis de fleurs" 2  et on lit dans le poème des Tertres de Mundburg que Forlong le Vieux ne reviendra jamais "aux vallées fleuries, (...) à Arnach en son propre pays" 3. On rencontre la même mention quand on lit que le premier seigneur de Lossarnach s'était installé dans la région "par amour de vallées fleuries"4. Les bois de Lossarnach ("emplis de fleurs"), dans lesquels on peut trouver en grande quantité la fameuse Athelas, sont aussi évoqués par Ioreth des Maisons de Guérison 5.
  
2) Un monde d'agriculteurs

Au moment où Aragorn mène l'armée d'Occident à la Morannon, elle est composée de "jeunes hommes de Rohan, du lointain Ouestfolde, ou des agriculteurs du Lossarnach" 6.  Par ailleurs, quand il s'adresse à Ioreth (dont les soeurs vivent en Lossarnach), il qualifie involontairement sa famille de "gens de la campagne" 7. On comprend  par cette description d'un monde rural pourquoi aucune ville n'est indiquée sur la carte, mais cela ne signifie pas qu'il n'en existe pas. Par ailleurs, nombreux sont les agriculteurs, "bouviers ou les cultivateurs" qui travaillent leur terre dans les champs du Pelennor (les terres devant Minas Tirith protégées  par le Rammas Echor, le grand Mur Extérieur) et qui demeurent soit à Minas Tirith soit en Lossarnach 8  car seul le Rammas Echor sépare les Champs du Pelennor du Lossarnach, et les agriculteurs sont parfois plus proche du Lossarnach que de Minas Tirith et il y a peu d'habitations dans les Champs du Pelennor.


 

 

II.  Un fief fidèle au Gondor 

1) Une des premières régions colonisées par les Exilés de Nùmenor

 

Athelas

Le Lossarnach est sans aucun doute une des régions les plus anciennement colonisées par les Nùmenoréens en exil. En témoigne l'Athelas, que l'on trouve à foison dans les bois de Lossarnach mais qui manque à Minas Tirith et dans les autres régions du Gondor, (même Pelargir, port des Fidèles au Second Âge, n'est pas mentionné)  tant et si bien que le seul approvisionnement d'Athelas de la capitale du Gondor est assuré par un roulier du Lossarnach (la réserve n'est "pas suffisante" car "il y a des éternités qu'aucun roulier n'est venu de Lossarnach au marché" 9). Ce détail est déterminant: Aragorn dit que l'Athelas est "une plante (...) que les Hommes de l'Ouest ont apportée en Terre du Milieu. Ils l'appelèrent Athelas et elle croît à présent de façon très clairsemée et seulement près des endroits où ils résidèrent ou campèrent dans les Temps Anciens" 10. Aragorn parle bien du Royaume du Sud car il ajoute  "et elle est inconnue dans le Nord". Comme Minas Tirith n'est pas très loin, on peut imaginer que le Lossarnach fut le lieu où débarquèrent les Elendili (Amis des Elfes) menés par Anarion après la chute Nùmenor, et aussi l'endroit où ils "campèrent" avant que Minas Anor commençât à être construite.

2) Une population nombreuse, basanée mais liée à Minas Tirith

 

Les habitants du Lossarnach n'ont, il est vrai, aucune ville d'importance, mais on peut estimer leur population grâce aux renforts qu'ils envoient à Minas Tirith: 200 hommes. Mais les habitants de Minas Tirith jugent: "Deux cents (...). On en espérait dix fois plus. (...) Ils ne se privent que du dixième de leur force" 11. Si les hommes en âge de porter les armes au Lossarnach sont au nombre d'environ 2000, on arrive à 4000 en comptant la population féminine. Il ne reste qu'à ajouter les enfants et les vieillards et l'on arrive facilement au chiffre de 7000 (avec une marge d'erreur assez large mais moindre que pour les autres régions, car on ne dispose de l'indication "dixième" que pour le Lossarnach).

Ces habitants étaient considérés comme "Hommes de Gondor, mais ils étaient de sang-mêlé, et il y avait parmi eux des gens basanés de courte taille". Lors de la venue des renforts de Lossarnach, Pippin remarque qu"ils avaient un visage "farouche" et qu'ils étaient "plus courts et quelque peu plus basanés" que les Gondoriens de Minas Tirith. Leurs ancêtres "venaient davantage des hommes oubiés qui demeuraient dans l'ombre des montagnes (...) avant la venue des rois [de Nùmenor]" 12 en Terre du Milieu.  Et c'est probablement de l'origine de ces hommes que vient le nom Lossarnach, du quenya Lossë, "neige" (sindarin los), car ces hommes qui demeuraient au pied des Montagnes Blanches (qui, comme leur nom l'indique, sont neigeuses) durent être nommés Lossoth, Peuple des Neiges, par les Nùmenoréens qui débarquèrent en Terre du Milieu; et le Lossarnach continua d'être peuplé par les descendants de ces Hommes Sauvages gondorisés.

Mais, tout sauvage qu'elle ait été, cette population est parfaitement intégrée au Gondor. D'abord, elle l'est par la route qui lie Minas Tirith à Pelargir, et de là,  tous les fiefs du sud  (carte), car cette route doit traverser le Lossarnach. C'est une grande route, permettant le passage des armées (Aragorn la fait emprunter par 4 000 hommes 13) et la région profite sûrement du passage pour s'enrichir. Surtout, le Lossarnach est particulièrement lié à Minas Tirith, la grande ville la plus proche: Ioreth des Maisons de la Guérison habite à Minas Tirith, mais ses soeurs vivent en Lossarnach; Bergil rencontré par Pippin vit séparé de son grand-père de la même manière 14. La proximité entre Minas Tirith et le Lossarnach a facilité les échanges et les membres d'une même famille peuvent vivre à l'un et l'autre endroit.  Et on l'a vu, [ I.2 ] les agriculteurs des Champs du Pelennor sont soit des habitants du Lossarnach soit des habitants de Minas Tirith, (les Champs ne sont pas réservés à Minas Tirith) ce qui a dû encourager le brassage des deux populations. Lorsque vient Forlong, seigneur du Lossarnach, avec ses renforts, les acclamations fusent pour l'accueillir comme s'il était particulièrement connu de Minas Tirith, avec des surnoms tels que "Forlong le Vieux", "Forlong le Gros", "ce bon vieux Forlong" 15.  

 

3) Une terre de hauts seigneurs

 

 

Dans le chant des Tertres de Mundburg, 16, Forlong est nommé comme étant un "seigneur du Gondor" à part entière parmi ses semblables. ForlongEt la seigneurie du Lossarnach, si son prestige était amoindri par le taille de la région (le plus petit fief du royaume) avait dans l'histoire du Gondor au moins  une raison d'entretenir une certaine fierté: Théoden, le Roi du Rohan lors de la Guerre de l'Anneau, était le fils du Roi Thengel de Rohan et de la fameuse Morwen de Lossarnach. Car Thengel "quitta le Rohan lorsqu'il atteignit l'âge d'homme et vécut longtemps au Gondor où il s'illustra au service de Turgon", grand-père de Denethor II. C'est au Gondor que Thengel épousa Morwen de Lossarnach, en 2943 T.A., et au Gondor aussi que naquit Théoden. Mais, même si les héritiers du trône du Rohan (comme Thengel) n'avaient pas beaucoup à voir avec la grandeur des souverains du Gondor ("Théoden est un vieillard bienveillant", dit Gandalf, "Dénethor est d'une autre sorte (...), subtil, plus puissant et de bien plus grande lignée, quoiqu'il ne porte pas le titre de roi" 17 ), Morwen de Lossarnach, elle, était issue de la haute noblesse nùmenoréenne. Tout d'abord, elle n'était certainement pas "basanée", contrairement au reste de la population (de "moyenne extraction", pourrait-on dire)  comme le prouve le surnom que lui donnèrent les Rohirrim: "la Blanche comme l'acier", ou la "Scintillante" 18.

Car du moins dans les seigneuries, et celle de Lossarnach en particulier, le sang de Nùmenor coulait encore presque comme autrefois et il y avait eu moins de mélange avec les hommes moindres. Et pour cause: Morwen était "de Lossarnach" car elle vivait dans cette région, "mais elle n'appartenait pas au peuple de ce pays". C'était son père qui, venant du Belfalas, en avait fait sa demeure et y avait établit sa seigneurie, probablement vers une période comprise entre 2915 (date de la naissance de Morwen19) et 2943 (date à laquelle on entend pour la première fois parler d'une Morwen de Lossarnach). Cela permet d'estimer la date à laquelle le Lossarnach passa du statut de région à celui de fief proprement dit, avec un seigneur à sa tête. 

Enfin, le père de Morwen était un descendant d'un Prince de Dol Amroth (c'est-à-dire du fief de Belfalas) ce qui fait que la seigneurie du Lossarnach était apparentée à la seigneurie de Dol Amroth, l'une des plus prestigieuses et plus anciennes familles Nùmenoréennes du Gondor. Donc Morwen était une dame "de haute noblesse Nùmenoréenne" 20 puisqu'elle tenait des premiers seigneurs de Dol Amroth, qui étaient des Elendili de Nùmenor qui s'étaient réfugiés en Terre du Milieu avant la submersion du Pays du Don.

 

b) A propos de Morwen et Thengel:

une hypothèse sur la date de la constitution du fief de Lossarnach.

 

Tolkien insiste sur le fait que Thengel, le fils du roi Fengel de Rohan, ne prit pas femme avant un âge avancé. Cette précision incite à supposer qu'il ne se maria jusqu'à ce qu'il connaisse Morwen de Lossarnach.  Or, pourquoi aurait-il connu Morwen alors qu'elle avait 28 ans, et pas avant? Peut-être parce que Morwen ne fut présentée à la cour de Minas Tirith qu'à cet âge, et qu'auparavant elle demeurait dans sa région natale, en Belfalas. Le fait que son père se soit établit en Lossarnach aurait déclenché sa venue à la cour, car le père de Morwen faisait partie de la haute noblesse et auraité mérité d'être invité, surtout quand on voit que le Lossarnach est la région la plus proche de Minas Tirith. Par ces propositions, on pourrait définir comme date arbitraire (mais possible) pour la constitution du Lossarnach en fief les environs de 2940, lorsque Morwen a 25 ans, trois ans avant qu'elle n'épouse Thengel.

Néanmoins cette hypothèse ne repose que sur le détail de Tolkien, et présuppose en plus que Théoden ait toujours résidé à Minas Tirith.



Notes

I.1

1. Livre V, ch. 1

2. Livre V, ch. 1

 3. Livre V, 6

4. Contes et Légendes Inachevés, le Troisième Âge, I, Appendices.

5. Livre V, 8

I.2

 

6. Livre V, 10

7. Livre V, 8.

8. Livre V, 1.

II. 1

9. Livre V, 8

10. Livre I, 12

II.2

11. Livre V, 1

12. Ibidem

13. Livre V,  9

14. Livre V, 1

15. Ibidem

II.3

16. Livre V, 7

17. Livre V, 1

18. Le Retour du Roi, Appendice A, II, La maison d'Eorl

19.  Le Retour du Roi, Appendice A, II, La maison d'Eorl

20. Contes et Légendes Inachevés, le Troisième Âge, I, Appendices.

 


  15/08/2010 15:39

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1 septembre 2010 3 01 /09 /septembre /2010 05:00

 

Fondée par Isildur après la chute de Nùmenor, Minas Ithil fut la jumelle de Minas Anor de l'autre côté de l'Anduin. Cette cité, souvenir de l'Ouistrenesse, tomba lors du siège des Esprits Servants de l'Anneau en 2000-2002 du Troisième Âge, fut renommée Minas Morgul et devint le repaire du Roi-Sorcier. Les environs, désormais lieux d'épouvante, se pourrirent sous l'effet du Mal environnant, ne laissant rien subsister du passé de l'ancienne forteresse nùmeno-gondorienne.


Noms: Minas Ithil, Tour Isil, Tour de la Lune, Tour de la Lune Montante (ToMinas Ithilwer of the Rising Moon). Après 2002 du Tiers Âge: Minas Morgul, Morgul, Tour de la Sorcellerie/ Tour du Sorcier/ Tour des Sorciers (traduction du sindarin), la Cité Morte (mais continue d'être parfois appelée Tour de la Lune * ).
Type: Cité forte du Gondor. Après la prise par les Spectres de l'Anneau en 2002 III, devient la forteresse du Roi-Sorcier.
Fondateur: Isildur, Roi du Gondor.
Emplacement: sur une colline** dans Imlad Morgul, Vallée des Esprits et Vallée de la Mort Vive, près de la rivière de Morgul-duin  et du Col de Morgul (noms postérieurs à la fondation); sur une avancée de l'Ephel Duath, entre l'Ithilien et le Mordor; quasiment en face du site de Minas Anor. (voir carte)
Dates: Construction vers 3320 au Second Âge. Prise par les Nazgul en 2002 du Troisième Âge, puis détruite au Quatrième Âge par le Roi Elessar de Gondor.

* Le Seigneur des Anneaux, Livre IV, chapitre VII (Gollum). "C'est la route de la Tour de la Lune à la cité ruinée".

** Ibidem, chapitre VIII. "Frodon (...) arracha son regard de la cité sur la colline".


 

"Comme vous le savez, cette cité était autrefois une place forte, belle et fière, Minas Ithil, jumelle de notre propre cité. Mais elle fut prise par des Hommes Sauvages que l'Ennemi avait dominés dans sa première force (...). Ils prirent Minas Ithil et y résidèrent et ils l'emplirent de pourriture, comme toute la vallée environnante"

Les Deux Tours, Livre IV, Chapitre 6. 

 

~plan de l'article~


I. Une place forte stratégique en Mordor

1) Les origines nùmenoréennes

2) Une vie discrète au sein du Gondor

3) Une deuxième naissance sous Sauron (2002 T.A.): Minas Morgul


II. La cité blanche

1) Une cité populeuse

2) Une tour et un fort imprenables

3) La lumière de Minas Morgul


 




I. Une place forte stratégique en Mordor (3320 S.A. - 3019 T.A.)


1) Les origines numenoréennes


a) Conjectures sur la fondation de la cité


Le site de Minas Ithil avant l'arrivée d'Isildur était probablement inoccupé, et il ne devait se trouver aucune fortification ou embryon de ville préexistant à la fondation d'Isildur du fait de la présence menaçante de Sauron au Mordor (depuis environ l'an 1000 du Second Âge) jusqu'en l'an 3262 S.A., date à La fuite des Elendililaquelle il fut emmené de force sur l'île de Nùmenor.
Au contraire, après la Submersion de Nùmenor, en 3319-3320 S.A., les Exilés pensèrent que "la catastrophe [de Nùmenor] avait eu cela de bénéfique que Sauron avait péri lui aussi"1 et ne virent pas de danger à s'installer sur les frontières  du Mordor.

  Note  : Le Silmarillion, dans "Les Anneaux de Pouvoir..." soutient que c'est pour "menacer Morgoth" que Minas Ithil fut érigée si près du Mordor. Mais comme il indique également que les Nùmenoréens ne se rendent compte de la présence de Sauron qu'après, il s'agit probablement d'une omission. 

Mais si Anarion fonda peut-être Minas Anor à son débarquement en Terre du Milieu, Isildur ne débarqua pas près du site de Minas Ithil, mais bien loin à l'ouest, au plein milieu des Montagnes Blanches où il déposa la Pierre dite d'Erech ramenée de Nùmenor1b. En fait de débarquement, il est probable qu'Isildur, après avoir retrouvé Anarion près de l'Anduin, entreprit de coloniser l'autre côté du fleuve plutôt que de suivre son frère cadet. Il nomma cette région selon son nom propre (l'Ithil-ien, la région de la Lune de Isil-dur, l'Ami de la Lune), et débuta la construction d'une cité en face de celle de son frère, le chef-lieu de la nouvelle région de la Lune, qui trouva un nom tout prêt, Minas Ithil (la Tour de la Lune), tout en ignorant que Sauron se trouvait de l'autre côté des Monts de l'Ombre. Il disposait pour cela des Exilés qui se trouvaient sur les trois navires sous son commandement lors du départ de Nùmenor et qui fournirent pour ses débuts l'embryon de la population de Minas Ithil, ainsi peut-être que des Nùmenoréens du continent déjà établis dans les environs, si la chose est possible.
Par ailleurs, si Minas Ithil était effectivement le chef-lieu de l'Ithilien, la vallée de Minas Ithil offrait une place facilement défendable, en retrait de l'Ithilien. Elle était plus éloignée d'Osgiliath que Minas Anor, de laquelle il ne fallait qu'une poignée d'heures pour joindre la capitale, alors qu'il fallait compter environ deux jours pour faire le trajet de Osgiliath àMinas Ithil.
Quoi qu'il en soit des conjectures, Minas Ithil fut fondée vers le même temps que Minas Anor et Osgiliath, peu après le débarquement de Exilés, dès les débuts du Gondor dont la création officielle remonte à 3320 du Second Âge.


b) La première prise par Sauron

 

Il s'avéra un siècle plus tard que Sauron n'avait pas été détruit lors de la submersion de Nùmenor, et que son esprit s'en était retourné au Mordor. Il surprit les Exilés en attaquant le nouveau Gondor et en s'emparant de Minas Ithil, en 3429 du Second Âge. Cet acte marquait le renouveau d'une guerre entre Sauron et les Nùmenoréens qui allait entraîner la création de l'Ultime Alliance des Hommes et des Elfes. Sauron avait cru les Nùmenoréens tous engloutis jusqu'à ce qu'il apprenne "qu'Elendil, qu'il haïssait plus que tout autre créature, lui avait échappé, et qu'il aménageait un royaume sur ses frontières" 2. Quand Minas Ithil fut prise, apparut ainsi l'erreur d'avoir construit une cité aux si proche de Sauron., au pied du Mordor. Néanmoins, une note des Contes et Légendes Inachevés nous informe qu' "Aratan et Ciryon n'avaient pas participé à l'invasion du Mordor et au siège de Barad-dûr, car Isildur les avait envoyés défendre sa forteresse de Minas Ithil" 3. Comme l'assaut sur le Mordor  et la bataille sur Dagorlad avaient eu lieu en 3434, cela signifie que Minas Ithil avait été déjà reprise à cette époque par le Gondor. Elle serait donc restée moins de cinq ans sous le contrôle de Sauron (qui l'avait prise en 3429) avant d'être reprise par le Gondor, au minimum en 3434, sinon avant. Néanmoins il faut avouer que cette note n'a pas été exploitée dans ce sens, et que comme il n'y a pas d'autre détail à ce sujet il peut s'agir d'une omission de la part de Tolkien; il n'existe donc pas plus d'informations sur l'épisode de cette occupation par l'ennemi, et il semble qu'elle a été suffisamment brève pour ne pas laisser de séquelles. Il est à noter un fait sur lequel  Tolkien ne donne non plus aucune précision: la palantir de Minas Ithil ne fut apparemment pas inquiétée lors de cette  prise de 3429 S.A. alors qu'elle s'y trouvait sûrement déjà. Se pourrait-il qu'Isildur, s'enfuyant avec un rejeton de l'Arbre Blanc, ait aussi emmené la palantir? Ou la palantir ne s'y trouvait pas (à l'instar de la Pierre Orthanc, car Isengard ne fut fortifié que plus tard) ou encore elle ne put être découverte par les serviteurs de Sauron qui ignoraient son existence. Quoi qu'il en soit, le fait que Minas Ithil ait été vidée de ses habitants gondoriens à la fin du Second Âge participe à expliquer, par ce mauvais départ, le peu d'importance que la cité revêtit au Gondor par rapport aux autres, notamment Minas Anor, durant le Troisième Âge.

 


2) Une vie discrète durant le Tiers Âge (1 - 2002 T.A. )

 

Le moins que l'on puisse remarquer est que Minas Ithil ne brille pas par sa présence durant le Troisième Âge. Il n'est tout simplement fait aucune mention d'elle dans les annales (Appendice B du Seigneur des Anneaux) jusqu'aux fameuses années 2000-2002 de ce Troisième Âge au terme desquelles la cité fut prise par les Esprits Servants de l'Anneau. Qu'était-elle devenue entre temps? S'était-elle lentement vidée au cours des années, et seulement brièvement repeuplée après sa libération due à son occupation par l'Ennemi au Second Âge? Etant donné le peu d'informations qui nous sont proposées, il reste à essayer de déduire des événements que nous connaissons ce qui a pu concerner Minas Ithil.

 

a) Minas Anor ou la "soeur préférée".

 

Au tout début du Tiers Âge, dans les années 1-2, le Gondor est de nouveau délimité par Isildur.  Il gratifia  Minas Anor du rejeton de l'Arbre Blanc de Minas Ithil, abattu par Sauron en 3429. On aurait pu interpréter ce geste comme une marque de préférence pour Minas Anor, n'eût été la précision qu'Isildur planta cette graine "en souvenir de son frère Anàrion" 4 mort lors du siège de Barad-Dûr.

Par ailleurs, Sauron défait, on ne craint à cette époque plus le Mordor, comme après la chute de Nùmenor. La Pierre-Isil, la palantir de Minas Ithil, fut réinstallée; elle a pu aussi rester dans la tour au cours du siège de 3429. Minas Ithil est de nouveau une cité, et pas une pure forteresse comme l'Insengard allait le devenir.

L'action d'Ostoher, septième roi du Gondor en 420 T.A., est intéressante. Les Tables Royales nous apprennent qu'il reconstruisit Minas Anor. Minas TirithEst-ce parce que la cité avait été assiégée par le Mordor avant qu'Elendil et l'Ultime Alliance ne descendent des Monts Brumeux? Cela paraît improbable, même si Anàrion était en difficulté, car il aurait supporté un assaut plus grand encore sur Osgiliath. Dans l'Appendice A, on apprend que Minas Anor devait par la suite (après 420) devenir résidence d'été des Rois, mais il est probable que Minas Anor fut plutôt reconstruite par Ostoher dans ce but  même. Elle fut choise pour son cadre plaisant, plus plaisant que celui de Minas Ithil (enfermée dans les montagnes de l'Ephel Duath, et à l'inverse de Minas Anor, ne donnant pas balcon sur Osgiliath), et ce roi comptait bien l'aménager pour en faire une résidence royale, même si ce n'est pas franchement indiqué. Quant à savoir pourquoi les rois ne se plaisaient plus l'été à Osgiliath, la question reste sans réponse; mais cela informe bien que le rois ne résidaient jamais à Minas Ithil. Et alors qu'au Second Âge, Minas Ithil avait été une demeure royale, celle d'Isildur, comme Minas Anor pour Anarion, au Tiers Âge on lui préféra Minas Anor. Il n'y avait plus qu'un roi, contrairement aux deux premiers rois du Gondor se partageant le pouvoir, et il fallut trancher, d'autant que ce n'est pas la proximité de la contrée tant haïe du Mordor qui dût aider les choses. Et les rois choisirent de ne plus résider que l'été à Minas Anor et l'hiver à Osgiliath, et jamais à Minas Ithil.

On peut expliquer la préférence de Minas Anor en raison de son cadre idyllique et de sa situation stratégique (non enfermée comme Minas Ithil), mais il est peut-être plus vrai de penser  que les Gondoriens s'étaient aperçus du danger du Mordor, et qu'il n'était pas sage de faire de Minas Ithil une capitale politique, elle qui avait prouvé qu'elle pouvait être prise.

Surtout, après Isildur, les rois du Gondor étaient de la lignée directe d'Anarion (Meneldil, le premier roi du Gondor au Tiers Âge, était son fils) et non de celle d'Isildur, et le fait qu'ils aient voulu honorer cet héritage en choisissant Minas Anor et non Minas Ithil pour résidence d'été puis pour capitale du Gon dor, et en l'aménageant régulièrement (depuis Ostoher), est à considérer. Car le problème ne se posait pas forcément en termes de beauté, et Minas Ithil n'était pas dénuée de charme même comparée à Minas Anor, et on lit qu'elle se tenait jadis "belle et radieuse au creux des collines" 5 et Faramir dit qu'elle était "belle et fière" 6

En tout cas, cette tendance de la préférence s'accentua à partir du XVe-XVIIe siècles par un fait nouveau: la ruine d'Osgiliath, qui profita à Minas Anor. Le siège de la royauté, transféré en 1640 par Tarondor7 , devait conforter la citadelle dans son contrôle des routes du Gondor: pouvant joindre aussi bien l'Anôrien et le Calenardhon au nord des Montagnes Blanches que la Lebennin et les autres pays à l'ouest, il s'agissait d'un carrefour tout désigné, probablement détenteur d'un comptoir marchand déjà en concurrence avec celui d'Osgiliath. La question d'une Minas Ithil éloignée ne se posa donc pas, et se posa d'autant moins par la suite, d'autant qu'à l'époque la Tour de la Lune avait suivi un autre chemin: elle était une pierre maîtresse dans la surveillance du Pays Noir.

 

b) La surveillance du Mordor

 

Il est probable qu'au fil des années et de l'attraction exercée sur la population par Minas Anor et Osgiliath, la cité de Minas Ithil se soit vidée de beaucoup de sa population civile, devenant semblable au Cercle de l'Isengard, une fortification imposante maintenue par une garnison gondorienne dont le chef ou le lieutenant s'assurait par intervalles réguliers de la liaison avec la capitale via la palantir de la Tour. Il devait bien s'agir d'une garnison, même forte, plutôt que d'une armée; car à aucun moment dans l'histoire du Gondor il n'est fait mention de renforts quelconques de Minas Ithil. Lorsque le Roi-Sorcier et son armée sortirent de la cité sous les yeux de Frodon en l'an 3019, "jamais une aussi grande armée n'était sortie de cette vallée depuis le temps de la puissance d'Isildur"8.

Minas Ithil, si elle était mal située pour être préférée par les habitants de l'Ithilien, troLes Tours des Dentsuvait néanmoins dans cette passe de l'Ephel Duath un intérêt stratégique. On ignore exactement quand furent bâties les constructions gondoriennes qui devaient surveiller le Mordor: au Nord, les deux Tours des Dents, Narchost et Carchost, et près de Minas Ithil, la Tour de Cirith Ungol, ouvrages qui devaient empêcher la sortie du Mordor. Ce fut sûrement sous le règne de Hyarmendacil, qui vainquit le Harad et marqua l'apogée du Gondor en 1050, car désormais la terre du Mordor était "surveillée par de puissantes forteresses qui gardaient les passes". Or, dès son successeur Atanatar II au XIIe siècle, "on négligeait de monter la garde aux frontières du Mordor". Cette situation dût s'aggraver jusqu'à la Grande Peste de 1636 qui frappa le Gondor, et les annales indiquent qu'en 1640 "on ne monte plus la garde aux frontières du Mordor" 9. Tolkien dit que "durant de longues années, les Tours [des Dents] restèrent vides" 10 et c'est presque le même cas pour la Tour de Cirith Ungol, où "ici aussi la vigilance avait fait défaut" mis à part que "la trahison avait livré la Tour au Seigneur des Esprits Servants de l'Anneau" 11. Car les serviteurs de Sauron revenaient, pour prendre possession de ces forteresses.

 

c)  Le siège


Il est intéressant de constater qu'à l'inverse des Tours des Dents et de la passe de Cirith Ungol, Minas Ithil n'était pas vide, et sa garnison assurément forte alors, puisqu'elle soutint un siège de trois ans sur lequel on ne peut que déduire des éléments. Les orcs, à l'époque de la Guerre de l'Anneau, le nommen t encoreLes Ulairi, Spectres de l'Anneau "le Grand Siège" 12 et un siège de trois ans, c'est très long (Minas Tirith tombe en deux jours, Barad-dûr en sept ans). Cela peut tenir autant à la force des murs de Minas Ithil et à la puissance de la garnison qu'à la faible importance de l'armée des Esprits Servants. Car ceux-ci étaient au  complet, mais assurément pas seuls. Quelles que soit leurs troupes, ils vinrent devant Minas Ithil en "franchissant la passe de Cirith Ungol", ce qui est très étrange: s'il arrivèrent bien par les escaliers qu'empruntèrent Frodon et Sam avec Gollum, à n'en point douter ils ne devaient pas être très nombreux, encore qu'ils purent être rejoints par des renforts venus du Sud ou du Nord. Il est donc finalement plus vraisemblable qu'ils aient pris la cité par revers en venant du Col de Morgul, et non par devant comme s'ils venaient de l'Ithilien.

Le deuxième point qui manque de précision et qui constitue un questionnement jamais résolu est comment, sans ravitaillement, la garnison de Minas Ithil put tenir pendant trois ans. Peut-être le roi du Gondor Eärnil envoya t-il des renforts qui ravitaillèrent Minas Ithil durant ce siège, mais nous n'en avons aucune trace. S'il en avait envoyés, le Gondor aurait assurément balayé les forces des Spectres de l'Anneau car lors de la dernière guerre d'Arnor le Gondor avait envoyé une armée, "une puissante armée (...), pour une guerre des Grands Rois. Ainsi jugèrent les gens du Nord car, au Gondor, cela ne représentait qu'un corps expéditionnaire de dimensions modestes au regard des Forces Vives du pays"13. Cette armée, qui avait d'ailleurs vaincu le même Roi Sorcier, avait bien eu le temps de revenir au Gondor, puisque c'était en 1975, et que le siège de Minas Ithil eut lieu 25 ans plus tard, et le reste des "Forces Vives" du Gondor n'était alors distrait par aucun autre ennemi. Pour tenir tête au Gondor dans la prise de Minas Ithil, le Roi Sorcier avait donc assurément une puissante armée, comme le laisse entendre l'expression "Le Grand Siège" mais ce ne sont encore que des déductions. Ou encore, le Gondor laissa "tomber" Minas Ithil de la même manière qu'il ne se souciait plus, rappelons-le, des Tours des Dents. Enfin, peut-être n'eut-il pas vent du siège avant qu'il ne soit trop tard, car Minas Ithil se trouvait dans un défilé et les messagers ne pouvaient pas parvenir au Gondor, pas plus que les vivres ne pouvaient entrer. Mais dans ce cas, il semble évident le chef de la garnison aurait utilisé la Palantir d'Isildur pour prévenir le Gondor d'un fait si important, et ce à moins qu'il n'ait su l'utiliser. Et qu'aurait fait le Gondor, avec la force dont il disposait encore à l'époque?


3) Une deuxième naissance (2002 T.A.): Minas Morgul

 

a) Quelques changements. Des environs corrompus.

 

 

Pour Sauron, l'un des objectifs de cette prise était la Pierre-Isil, une des palantiri apportées de Nùmenor par Elendil et ses fils lors de la Submersion. Mais elle fut sûrement conservée longtemps à Minas Ithil, car Sauron demeurait dans sa forteresse de Dol Guldur dans la Forêt Noire, et Barad-dûr n'était pas reconstruite alors. Quand Sauron revint au Mordor (2942 T.A.) et remit sur pied la Tour Noire (2951) il prit enfin possession de la Pierre-Ithil, mais la palantir était restée à Minas Ithil pendant près d'un millénaire. Rien ne permet d'affirmer qu'elle fut utilisée.Palantir

Peu après sa prise, Minas Ithil fut rebaptisée Minas Morgul, la Tour des Sorciers, (ou la Tour de la Sorcellerie) car elle était devenue le repaire des Nazgûl et du Roi-Sorcier d'Angmar. Nombre d'éléments du  paysage reçurent aussi de nouveaux noms: la rivière qui coulait de Minas Ithil à l'Anduin (s'appelait-elle Ithil-duin?) fut renommée Morgul-duin (la rivière du Morgul) car, au moins à proximité de Minas Morgul, son eau "fumait; mais la vapeur qui s'échappait en spirales ou en volutes autour du pont était mortellement froide" 14; on appela Col de Morgul la passe qui menait de Minas Morgul à l'intérieur du Mordor. La nouveau pouvoir installé à Minas Ithil inspira une si grande crainte aux Hommes qu'ils surnommèrent la vallée, d'ailleurs renommée Imlad Morgul, "Vallée de la Mort Vive", et les prairies qui s'étendaient autour de la cité "émettaient une faible et écoeurante odeur de charnier" si bien qu'une "senteur de pourriture emplissait l'air"15. Ces champs étaient d'ailleurs "nocifs"16.

La Puissance Ténébreuse s'appropria tout de Minas Ithil, et même les statues du pont, originellement "habillement sculptées en formes humaines et animales" étaient devenues "corrompues et repoussantes" 17.

Enfin, les hommes ne s'approchaient plus de cette vallée "maudite" 18 car leurs esprits y étaient alors "en proie à la folie et à l'horreur" 19.

 

b) Un important rôle au Mordor

 

Avec la prise des forteresses gondoriennes, construites autrefois pour interdire la sortie du Mordor, les serviteurs de Sauron contrôlaient désormais toutes les passes occidentales du Mordor. Leur forteresse principale était Minas Ithil, renommée peu après sa prise Minas Morgul, car Barad-dûr n'était que ruines.

 

On peut voir dans le Retour du Roi que Minas Morgul avait une place spéciale au Mordor. Sam, se trouvant à Cirith Ungol, "remarqua deux livrées, l'une marquée de l'Oeil Rouge, l'autre d'une Lune défigurée par une horrible tête de mort"20. Ces deux livrées, représentant l'une Sauron, l'autre Minas Morgul,  sont intéressantes à plus d'un titre. Il n'est pas révélé l'existence d'autres emblèmes (pour la Morannon, ou le fort de Durthang..) et l'on sait que Cirith Ungol était occupée par les orques de l'Oeil (dont ils avaient donc la marque) et non par des orques "de Cirith Ungol". Minas Morgul était donc probablement la seule forteresse en Mordor à se distinguer par une livrée différente. On pourrait l'expliquer par l'histoire de Minas Morgul (synthétisée par la Lune de l'emblème: une cité du Gondor désormais détenue par Sauron), ou par le fait qu'il s'agissait de la plus grosse forteresse du Mordor (après Barad-dûr). Mais c'est peut-être plutôt parce que Minas Morgul fut la forteresse des Spectres de l'Anneau, et notamment du Roi-Sorcier, le capitaine de Sauron, qu'elle se distingua. Sam dit aussi à Frodon (même chapitre) "Les trucs de Morgul, l'équipement de Gorbag, allaient mieux et ils étaient mieux faits" 21, ce qui autorise à penser que non seulement Minas Morgul possédait des armureries (nécessaires pour l'armée qu'elle hébergeait) mais qu'en plus la qualité était différente, et donc qu'elle n'était pas reliée ni dépendante de Barad-dûr. Surtout, plus qu'un emblème et des armures, Minas Morgul  possédait ses gens propres, et les orques de Morgul n'étaient pas les mêmes que ceux de l'Oeil. 

Ces remarques invitent à penser qu'à l'époque où Sauron ne résidait pas en Mordor mais à L'oeil de SauronDol Guldur, aucun orque portant l'emblème de l'Oeil Rouge n'ait servi. en Mordor Il ne dut y avoir, de 2002 à 2951 T.A., que des orques de la Tour de la Lune, portant cette même livrée. Il est intéressant de voir que Sauron toléra l'existence d'un autre emblème que le sien après son retour au Mordor. Certes, c'était son plus fidèle serviteur, son Noir Capitaine, Roi d'Angmar et Seigneur des Nazgul, mais on peut remarquer que Sauron aurait pu laisser à Morgul le commandement de la passe de Cirith Ungol, ce qu'il ne fit pas, car ailleurs qu'à Morgul tous les orques arboraient l'Oeil Rouge.

On peut considérer cela comme une marque relative d'autonomie, car Saroumane  (mais ce n'était qu'un allié, et un traître) ne fit pas porter à ses serviteurs l'Oeil, mais la Main Blanche. Cela participe à démontrer que Minas Morgul, sous Sauron, ne fut pas une simple forteresse contrôlant une passe, comme les Tours des Dents ou la Tour de Cirith Ungol; c'était, en plus de la résidence des Esprits Servants de l'Anneau, un haut-lieu du Mordor.

 

c) La rivale de Minas Tirith


Jusqu'au retour de Sauron, le pouvoir agissant à Minas Morgul suffit tant à faire face au seul Gondor et à Minas Anor que la capitale du Gondor fut rebaptisée Minas Tirith, "la cité toujours en garde contre les maléfices du Morgul". Harcelant Osgiliath, provoquant même la chute de la royauté (Eärnil II fut provoqué en duel  et tué par le Roi-Sorcier en 2050 T.A.), Minas Morgul était devenue bien plus malfaisante que la secrète Dol Guldur, mais durant la paix vigilante (2063- 2460) on n'entendit plus parler des deux.

Minas Morgul avait beau se trouver en face même de Minas Tirith, le Gondor avait décliné depuis Hyarmendacil (XIe siècle) et malgré la puissante expédition d'Arnor de 1975, qui témoignait de la force militaire du Gondor, Minas Morgul ne fut ni reprise ni inquiétée. Peut-être est-ce parce que le Gondor profita de cette période pour panser ses blessures, comme la perte d'Osgiliath, ou pour se reposer des guerres incessantes (1856, 1899, 1944, 1975). Et dès la fin de la paix vigilante, Morgul recommença à attaquer le Gondor (2475) avec une nouvelle race d'Ourouks particulièrement robustes. Mais les Surintendants "ne pouvait guère faire plus que de défendre ses frontières, tandis que ses ennemis lui préparaient des coups qu'il ne pouvait parer" 22 et ainsi Morgul put toujours menacer le Gondor. Au retour de Sauron au Mordor en 2951, Minas Morgul perdit son importance politique au Mordor, mais elle était toujours l'une des deux forteresses les plus puissantes de Sauron.

Après la Guerre de l'Anneau, Minas Morgul, vidée des serviteurs de l'Ennemi, ne fut pas repeuplée par le Gondor. Le Roi Elessar n'avait aucun doute à ce sujet "car, dit-il, Minas Ithil dans la Vallée de Morgul sera rasée, et, bien qu'elle puisse être nettoyée avec le temps, nul homme ne devra y demeurer durant de longues années" 23. A sa place, la Seigneurie d'Emyn Arnen, que le roi Elessar confia à Faramir, sembla prévaloir pour le commandement de la région de l'Ithilien.

 

d) L'Ithilien sous la menace du Morgul


Durant toutes ces années où le Mal résidait à Minas Morgul, l'Ithilien, la région du Gondor la plus proche du Mordor, perdit ses habitants, mais jusqu'à une période très éloignée. Carte de Minas MorgulOn aurait pu  c roire qu'à la date de 2002 l'Ithilien aurait perdu ses habitants, ou même que lorsque Osgiliath fut "définitiv ement ruinée" en 2475 la peur d'être coupée de Minas Anor dut pousser les derniers résidents à fuir.  Il n'en est presque rien, puisque les derniers habitants partirent en 2901 - 2954 (selon les Tables Royales) et qu'on aménagea à cette é poque le refuge secret d'Henneth Annûn (l'endroit où fut amené Frodon par Faramir et ses hommes) pour tenir tête aux émissaires du Mordor. Mais malgré cela, il est vrai qu'à la prise de Minas Ithil en 2002, "bien des gens qui demeuraient encore en Ithilien s'exilèrent"24. Et c'était une région importante, qui attirait l'attention des dirigeants, rois ou intendants; en 1447, au retour d'Eldacar, le roi légitime du Gondor, les gens d'Ithilien "accoururent se joindre à lui", car la population était encore forte, assez importante pour être comparée à celle de Minas Anor, ce à quoi Minas Ithil ne pouvait prétendre (cf la phrase "On en avait gardé la mémoire à Minas Anor et en Ithilien) ; et en 1640, les gens désertant Osgiliath s'établirent notamment en Ithilien.

 

 

II. La Cité Blanche, une cité véritable

 

1) Une cité populeuse

sous le Gondor comme sous Sauron


On a souvent tendance à considérer Minas Ithil comme une seule forteresse, à l'image du Cercle d'Isengard qui contenait certes des habitations en grand nombre pour y faire tenir une garnison, voire une armée, mais qui n'eut jamais le statut de cité. Minas Ithil était bien une cité, en témoignent les diverses allusions de nombreux protagonistes du Seigneur des Anneaux. Gollum (qui est un puits de science) parle des "maisons blanches"25 à l'intérieur. Faramir, qui connaît l'histoire du Gondor pour s'être enfermé des livres, dit sans équivoque de Minas Ithil qu'elle était "une cité" "jumelle" de Minas Anor, tout en étant une "place forte, belle et fière" 26. Frodon dit "Y aura t-il deux cités de Minas Morgul?" 27 et plus tard  il pense "la cité des Esprits Servants de l'Anneau" 28 et on lit "de la cité vint une clameur (...). De l'autre côté (...) se voyaient les murs de la cité funeste". Par ailleurs son autre nom est la Cité Morte (en parlant des tunnels de Torech Ungol, la demeure d'Arachne: "Les orques (...) étaient souvent contraints de l'employer comme voie la plus rapide de la Cité Morte à travers les montagnes" 29 ). Mais, si Minas Morgul avait autrefois tout d'uMinas Ithilne ville, l'adjectif "morte" n'est là que pour imager la réalité: Minas Morgul est toujours une cité, non pas morte, mais emplie de créatures des Ténèbres.

L'un des principaux arguments en faveur de la "cité" de Minas Morgul à l'époque de la Guerre de l'Anneau tient à une réalité dont fait part Gollum:  "Il [Sauron] sortira un jour de la Porte Noire (...). C'est la seule voie par laquelle des grandes armées peuvent venir"30, ce qui signifie que les armées ne peuvent pas emprunter le Col de Morgul (c'est cette même raison qui fit emprunter l'Udûn à l'Ultime Alliance), trop étroit. Et la seule explication possible à la grande armée qui quitte Minas Morgul devant Frodon, le 10 Mars 3019, et qu'elle était simplement déjà là, et y habitait. Saroumane parvenait bien à héberger ses serviteurs dans le Cercle de l'Isengard, et la Cité de Minas Morgul offrait sans nul doute assez de place pour permettre à une armée de s'installer. Faramir dit "Elle paraissait vide, mais elle ne l'était pas"31. Et comme diraient Sam et Gollum  "La Tour n'est pas vide, n'est-ce pas? - Oh non, pas vide! (...) De terribles choses y vivent. Des orques, oui, toujours des orques; mais des choses pires, des choses pires y vivent aussi "32.


2) Une tour et un fort imprenables

 

Il en est de même pour Minas Tirith: une des principales caractéristiques de cette forteresse nùmenoréenne est la puissance de ses murs: "grands" et blancs. Gollum le répète souvent comme s'il était frappé par la puissance de l'édifice: "Eh bien, maître, elle [la Tour de la Lune] était là, et elle y est encore: la haute tour, et les maisons blanches et le mur" 33. Tolkien écrit que les murs se "dressaient", "haut perchés sur une assise rocheuse". Il s'agissait en outre de "murs de marbre" 34. Faramir semble dire que les murs étaient en ruines35. Peut-être étaient-ils abimés car les consolidations des ouvriers du Mordor ne pouvaient remplacer l'art nùmenoréen, mais la citadelle se tenait. On lit aussi que la porte se trouvait dans le "cercle extérieur des murs", ce qui incite à penser qu'il y en avait un autre au moins à l'intérieur.

La Tour était véritablement "haute" 36 et abritait peut-être les Esprits Servants de l'Anneau, puisque c'est là qu'eut lieu le flamboiement d'éclairs "jaillisant de la tour" pour signaler le départ de l'armée de Morgul. La Tour avait une forme spécifique: "l'assise supérieure de la tour pivotait lentement, d'abord d'un côté, puis d'un autre, énorme tête spectrale".

Au-delà de la porte on passait par un pont, pas en face mais "en contrebas" de la cité, après avoir descendu une route "serpentant dans des détours". De la même manière, "une route de lacets"37   menait de là à la sortie de la vallée. Il y avait certes des prairies de part et d'autre du pont, mais la thèse du siège des Spectres de l'Anneau peut-être encore mise à l'épreuve.

 

3) La lumière de Minas Morgul

 

Une lumière provenait de Minas Morgul, mais "ce n'était pas le clair de lune emprisonné qui jaillissait au travers des murs de marbre (...). Plus pâle en vérité que la lune (...) était sa lumière présente, qui vacillait et soufflait comme une exhalaison fétide de pourriture, une lumière cadavre, une lumière qui n'éclairait rien".38 Mieux, cette lueur a une couleur; car les yeux de Gollum "brillaient alors d'une lumière blanc-vert, reflet peut-être de l'infecte luminosité de Morgul" 39. Cette lumière est à mettre en rapport avec le signal émit par la Tour de Minas Morgul, en réponse à l'appel de Sauron:  après les éclairs "livides", on voit "des zigzags de flamme bleue jaillissant de la tour et des collines environnantes jusque dans les sombres nuages". 40

La lueur semble être en lien avec les Spectres de l'Anneau ou même le Roi-Sorcier, puisqu'après son départ pour l'assaut sur Minas Tirith, "la lumière s'affaiblissait à l'intérieur. Toute la cité retombait dans une ombre noire". 41 On lit aussi qu'elle "était sombre (...) car les orques (...) avaient été détruits, et les Nazgûl étaient sortis" 42. Cependant, en s'éloignant un peu, Minas Morgul était encore pour Frodon une "lueur grise" alors que la nuit et l'obscurité étaient totales, et que la cité était vidée.

Mais les environs aussi étaient emplis de la même lumière "infecte": les prairies étaient "emplies de pâles fleurs blanches (...)" qui les rendaient aussi lumineuses, et la route était "luisante" 43

 

 


Notes

 

I.1. a

1. Le Seigneur des Anneaux, Appendice A, I.

1b. Le Retour du Roi, Livre V ch. 2.

I.3.b

20. Livre VI, chap. 1

21. Ibidem

I.1. b

2. Le Seigneur des Anneaux, Appendice A, I

3. Contes et Légendes Inachevés, le Troisième Âge, I, note 11

I.3.c

22. Le Seigneur des Anneaux, Appendice A, I

23. Le Retour du Roi, Livre VI chapitre 5

I. 2 a

4 Le Silmarillion, Les Anneaux de Pouvoir et le Troisième Âge.

5. Les Deux Tours, Livre IV, chap. 8

6. Livre IV, chap. 6

7. Le Seigneur des Anneaux, Appendice B

I.3.d

24.  Le Seigneur des Anneaux, Appendice A, I

I. 2 b

8. Livre IV chap. 8

9. Le Seigneur des Anneaux, Appendice A, I.

10. Livre IV, chap. 3

11. Livre VI, chap. 1

II. 1

25. Livre IV, chap. 3

26. Livre IV, chap. 6

27. Ibidem.

28. Livre IV, chap. 8

29. Livre IV, chap. 10

30. Livre IV, chap. 3

31. Livre IV, chap. 6

32. Livre IV, chap. 3.

I. 2.c

12. Livre IV, chap. 10 (fin)

13. Le Seigneur des Anneaux, Appendice A, I.

II. 2.

33. Livre IV, chap. 3

34. Livre IV, chap. 8

35. Livre IV, chap. 6 (fin).

36. Livre IV, chap. 3; Livre V, chap. 10

37. Livre IV, chap. 8.

I. 3 a

14. Livre IV, chap. 8

15. ibidem

16. Livre V, chap. 10

17. Livre IV, chap. 8

18. Livre V, chap. 10

19. ibidem.

II. 3.

38. Livre IV, chap. 8.

39. ibidem

40. ibidem

41. ibidem

42. Livre V, chap. 10

43. Livre IV, chap. 8.

 


Si vous avez des remarques, questions, réclamations, je suis à votre disposition à tol-eressea@live.fr


15/08/2010-01/09/10  

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 15:16

 

Le Dùnadan Halbarad était un parent d'Aragorn II. Rôdeur et gardien de la Comté, il fut surtout le chef de la Compagnie Grise et le porteur de l'étendard confectionné par Arwen pour le Roi du Gondor. Halbarad tomba lors de la Bataille des Champs du Pelennor.

Halbarad

Noms: Halbarad (seul nom connu). Sindarin. Signification précise inconnue. Peut-être hall, "élevé, de haut rang", barad "destiné, maudit" (et non "tour, forteresse")*.
Race: Dùnadan.
Lignée: Inconnue; "parent" d'Aragorn (son "cousin") à un degré non précisé.
Fonction: Rôdeur (angl. "Ranger")
Résidence: Terres du Nord (terres de l'ancien Arnor).
Dates: Naissance inconnue   - 15 mars 3019. (Comme les autres Dùnedain, Halbarad avait probablement passé la quarantaine tout en restant dans la fleur de l'âge).

* voir la traduction donnée par ces termes dans le dictionnaire Sindarin d'Hiswelokë.

 


 

"On put voir dans le clair de lune un cavalier mettre pied à terre et s'avancer lentement. Sa main se détachait, blanche, comme il la levait, paume en avant, en signe de paix, mais les hommes du roi empoignèrent leurs armes (...). Sa voix claire retentit alors (...).

- Je suis Halbarad Dunadan, Rôdeur du Nord, cria l'homme. Nous cherchons un certain Aragorn fils d'Arathorn, et nous avons entendu dire qu'il était en Rohan"

SdA, Livre III, chapitre 2.


~plan de l'article~


I. Le Rôdeur du Nord

1) Un Dùnadan
2) La défense de la Comté

 

II. Un acteur dans la Guerre de l'Anneau

1) Un chef des Dùnedain?

2) L'ami d'Aragorn...

3) ...qui tombe au champ d'honneur.


 



 


I. Le Rôdeur du Nord


1) Un Dùnadan

Halbarad était "grand" et c'est le seul détail de son physique que nous ayons. Sûrement était-il un "homme fort et majestueux" ou avait-il le "visage farouche, marqué (...) comme un  roc altéré par les intempéries" (Livre V, ch. 2) comme les autres Dùnedain de la Compagnie Grise. C'était en tout cas un Rôdeur "à la main obstinée" (signifiant par là son habileté aux armes).


2) La défense de la Comté

Halbarad faisait partie des Rôdeurs qui protégeaient Bree et la Comté. Il dit à Aragorn: "ce sont de petites personnes que les gens de la Comté, mais de grande valeur. Ils ne connaissent pas  grand cHalbaradhose  de notre long labeur pour la préservation de leurs frontières, mais je ne leur en tiens pas rigueur" (L iv re V, ch. 2). De fait, les Rôdeurs avaient eu affaire aux Nazgul les 22 et 23 septembre 3018, au moment où Frod on quittait Cul-de-Sac, et ils étaient depuis longtemps aux prises avec les orques ou autres créatures: le départ de la Compagnie Grise fit découvrir aux populations de Bree l'effroi du Mal, et la Comté vit s' élever le pouvoir de Saroumane qui put en traverser les frontières sans encombres.
Halbarad faisait peut-être partie de ceux qui pouvaient encore affronter les Nazgul de jour (car de nuit leur pouvoir devenait trop grand), mais trop peu de détails existent sur les Dùnedain et lui en particulier.



II. Un acteur dans la Guerre de l'Anneau

 

1) Un chef des Dùnedain?

Ce fut lui qui parla au nom de la Compagnie lorsqu'elle fut arrêtée par l'escorte du Roi Théoden de Rohan, ce qui autorise à penser que c'était lui qui la menait, bien qu'il n'en ait rien dit ni revendiqué (il dit de manière neutre "J'ai avec moi trente hommes (...) que nous avons pu rassembler")
D'autre part, il portait l'étendard d'Arwen confectionné pour Aragorn, et semble avoir été au courant de sa fabrication ("Elle l'a confectionné en secret, et la fabrication en  fut longue. Mais elle envoie aussi ce message..."). Il était probablement un homme de confiance pour Elrond et Arwen, qu'ils connaissaient mieux que les autres Dùnedain.


2) L'ami d'Aragorn.

Il semble être un ami d'Aragorn, qui "étreignit le nouvel arrivant. Halbarad! dit-il. De toutes les joies, voici bien la plus inattendue!". Un autre passage peut nous informer de la qualité de leur relation :http://www.bracegirdle.it/Arda/images/halbarad.jpg
"-Où est Aragorn? demanda [Merry]
- Dans une chambre haute du Fort [de Helm], dit Legolas (...). Il y est monté (...) disant qu'il lui fallait réfléchir, et seul son parent Halbarad est allé avec lui". C'est le moment où Aragorn décida d'user de la Palantir et de se montrer à Sauron, un moment d'importance où l'accompagna ce que l'on peut imaginer être son compagnon d'armes et ami. Néanmoins une personne à qui il peut parler d'autre chose que de la guerre:
"Puis il se tourna vers Halbarad.
- Voilà partis trois hommes que j'aime, et le jeune non le moins, dit-il. Il ne sait pas vers quelle fin il se dirige; mais il n'en irait pas moins s'il le savait."
De même, au moment où Eowyn supplie Aragorn de l'autoriser à partir avec lui, " il la releva. Puis il lui baisa la main, sauta en selle et partit sans se retourner; et seuls ceux qui le connaissaient bien et étaient près de lui virent la douleur dont il était saisi", ceux dont fait partie probablement Halbarad. Néanmoins c'est surtout Aragorn qui lui adresse la parole, comme si Halbarad savait l'attitude qu'il devait adopter face au Chef des Dùnedain.

 

3) ... qui tombe au champ d'honneur.

Le fait qu'Halbarad nous soit présenté, parmi tous les autres Dùnedain, nous permet de savoir sa fin. Halbarad tomba le 15 mars 3019 à la Bataille du Pelennor. "Beaucoup (...) avaient été blessés, estropiés ou tués sur le champ de bataille. (...) Hirluin le beau ne retournerait pas à Pinnath Gelin (...) non plus que Halbarad dans les Terres du Nord." (Livre V, chapitre 6)

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 11:15

 

L'Argonath est une antique construction du Gondor représentant Isildur et Anarion statufiés. Datant du milieu du Troisième Âge, elle fut érigée pour  dissuader les étrangers de descendre l'Anduin et d'atteindre le Gondor. Après l'âge d'or et le temps des Grands Rois, elle fut peu à peu abandonnée, mais la grandeur et la finesse des deux statues témoignent encore de l'art de Nùmenor avant son déclin. La Communauté de l'Anneau passa entre ces deux piliers peu avant sa dissolution.l'Argonath

 

Noms: Argonath (nom sindarin; Ar-, roi, gon-, pierre). Portes de l'Argonath, Piliers des Rois (Angl. Pillars of the Kings), Pierres des Rois (trad. du sindarin), Porte des Rois.
Détail: Deux grandes statues d'Isildur et d'Anarion, coiffées d'un heaume et d'une couronne, portant une hache à la main droite et levant la main gauche.
Emplacement: Entrée du lac Nen Hithoel sur l'Anduin, près de l'Emyn Muil au nord du Gondor.
Fonction: Interdit la descente de l'Anduin aux étrangers du Nord, mais ne marque pas la frontière.
Dates: Troisième Âge. Construction vers 1248 et abandon probable en 1636 du T.A. .



 

"Elles étaient, en fait, taillées et façonnées: l'art et le pouvoir de jadis s'y étaient appliquées, et elles conservaient encore en dépit des soleils et des pluies d'années oubliées, les puissantes images qui leur avaient été données. Sur de grands socles fondés dans les profondeurs des eaux se dressaient deux grands rois de pierre: hiératiques, ils contemplaient sévèrement le nord de leurs yeux voilés, sous des sourcils crevassés. Leur main gauche était levée, paume en dehors, en un geste d'avertissement; la main droite tenait une hache; sur leurs têtes étaient un heaume et une couronne effrités. Gardiens silencieux d'un royaume depuis longtemps disparu, ils étaient encore empreints d'une grande puissance et d'une impressionnante majesté. Une crainte respectueuse envahit Frodon (...). Même Boromir baissa la tête (...) sous l'ombre permanente des sentinelles de Nùmenor."

La Communauté de l'Anneau, Livre II.



~Plan de l'article~

I. Une construction menaçante
1) Les ennemis du Gondor et l'aspect menaçant de l'Argonath
2) le territoire du Gondor à son apogée

II. Un symbole de l'art perdu de Nùmenor
1) Une construction impressionnante...
2) ...mais une roche naturelle

III. Représentations picturales
1) Howe ou la version filmique de P. Jackson
2) Hildebrandt, une alternative
3) Nasmith, le respect du texte
 



I. Une construction menaçante

 

1) L'origine de la construction de l'Argonath: les ennemis du Gondor


Au début du XIII siècle, le Gondor s'était protégé des incursions des Orientaux en octroyant la région au sud de Vertbois-le-Grand aux Nortmen (ou Hommes du Nord), car les Orientaux s'étaient toujours infiltrés par la plaine entre les Monts Cendrés et la Mer Intérieure. Malheureusement pour le Gondor, certains Hommes du Nord en vinrent à s'allier aux Orientaux dans leurs raids contre Gondor, provoquant la guerre qu'en 1248, Minalcar, fils du roi du Gondor et régent du royaume depuis 1240, allait mener contre les Orientaux. Il remonta jusqu'à la Mer intérieure de Rhûn à l'est de laquelle il détruisit "tous leurs campements et établissements" (Appendice A, II), et prit alors le nom de gloire "Romendacil" ("Vainqueur de l'Est) pour marquer cette victoire, nom sous lequel il fut couronné en 1304. Entre 1248 et 1250, Romendacil, qui n'était encore que le régent du Royaume, entreprit de fortifier l'Anduin entre l'Emyn Muil et le Limeclair (un confluent de l'Anduin venant de la Forêt de Fangorn). Et ce fut vers cette date que fut érigée l'Argonath.

 


2) Le territoire du Gondor à son apogée

 

Son emplacement "aux abords du lac Nen Hithoel" plutôt qu'à la frontière plus au Nord (laquelle s'étendait de part et d'autre de l'Anduin jusqu'à Fangorn et la Forêt Noire) s'explique par le fait qu'après l'Argonath se trouvaient les montagnes, infranchissables pour une armée, de l'Emyn Muil, qui interLe lac Nen Hithoel et l'Argonath.disaient à quiconque venant de l'est la traversée du Grand Fleuve, et donc que personne ne pouvait embarquer après l'Argonath. Au nord de l'Emyn Muil et de l'Argonath, par contre, de nombreux bas-fond entre les deux méandres de l'Anduin incitèrent à la constitution d'une ligne de défense du côté occidental de l'Anduin. Mais surtout, si l'ennemi décidait, non de traverser l'Anduin, mais de descendre le Grand Fleuve qui l'amènerait au coeur du Gondor, il le pouvait justement jusqu'au lac Nen Hithoel avant les chutes du Rauros, où il pouvait débarquer du côté occidental. Une peur qui explique l'emplacement de l'Argonath, à l'entrée du lac, et la fortification d'Amon Hen, et d'Amon Lhâw de l'autre côté de l'Anduin).L'on pouvait ensuite faire le reste du trajet à pied, mais aussi embarquer après les chutes du Rauros, puisqu'il arrivait que des embarcations parviennent à Osgiliath par le Nord.


3) La menace des deux rois

 

C'est pourquoi la situation de l'Argonath, en tant que dernier avertissement aux étrangers malveillants ayant entrepris la descente de l'Anduin, est intéressante. Minalcar y fit représenter les deux figures légendaires des créateurs du Gondor, les deux frères Isildur et Anarion, qui avant l'Ultime Alliance se partagèrent le pouvoir du royaume. Ce choix n'est pas anodin: il aurait pu s'agit de Minalcar lui-même, ou simplement de deux guerriers menaçants (puisque c'est à peu près déjà le cas). En fait, Minalcar joue sur le fait que ces deux figures ont probablement revêtu une allure de mythe au-delà du Gondor et que leur représentation est à même de rappeler la puissance du Royaume.
Ceci dit, l'aspect des deux rois ne fait aucun doute quant à leur fonction: ils étaient (la Communauté de l'Anneau, Livre II) "menaçants", des formes "menaçantes dans leur mutisme", "contemplant sévèrement" le nord, véritables "sentinelles" et "gardiens". Enfin, "hiératiques" et aux visages "puissants", ils étaient empreints "d'une grande majesté". Des attributs permettaient de les reconnaître et d'ajouter à leur force: une hache pour chacun; "un heaume et une couronne" sur chacune des têtes (ceci dit, la Couronne du Gondor est en fait un heaume serti d'une couronne). Enfin, les deux rois de l'Argonath levaient "leur main gauche en un signe d'avertissement". On en conclut que si la hache est tenue par la main droite, c'est qu'elle est prête à être utilisée si l'avertissement ne suffit pas.


II. Un symbole de l'art perdu de Nùmenor
  

 1) Un édifice impressionnant...


Ces "grandes et vastes formes" "étaient, en fait, taillées et façonnées: l'art et le pouvoir de jadis s'y étaient appliquées". L'art et le pouvoir de jadis, autrement dit le temps où le Gondor était au faîte de sa grandeur, une époque où l'héritage de Nùmenor se maintenait encore. Cet héritage peut se lire ailleurs: non à Minas Anor, Ithil, ou Osgiliath, qui ont plus à voir avec Nùmenor qu'avec le Gondor, mais en des places fortes comme Aglarond (le futur Gouffre de Helm) ou Angrenost (Isengard en langue du Rohan) et sa tour Orthanc, constructions grandioses dont l'édification remonte plus que probablement à cette période où le Gondor était à son apogée, du XIe au XVIe siècle environ. La plus impressionnante caractéristique de l'Argonath est bien sa taille: les statues s'élèvent "à des hauteurs vertigineuses" et nécessitent dans les profondeurs des eaux "de grands socles" de pierre.
Le 25 Février 3019, lors du passage de la Compagnie de l'Anneau, l'Argonath a donc 1800 ans, et, abandonnée et abimée par les intempéries, on y voit alors que les couronnes sont "effritées".
Pourtant, les statues sont "encore empreintes d'une grande puissance et d'une impressionnante majesté" si bien  que Frodon fut envahi "d'une crainte respectueuse" et que "même Boromir baissa la tête".


2) ...mais en partie naturel


L'Argonath n'est pas une pure édification. Il s'agissait avant cela probablement de deux avancées rocheuses qui furent par la suite sculptées par les Gondoriens. On peut comparer ce genre de construction à la tour d'Orthanc, véritable pic naturel qui fut seulement aménagé et ciselé, et non érigé. L'Argonath appartiendrait donc à l'Emyn Muil, comme le laisse supposer le paysage rocheux de ces montagnes.
La description qu'en donne Tolkien dans le Livre II abonde en ce sens: il s'agissait de "deux grands rochers", de "falaises".

 

III. Représentations de l'Argonath: fantaisies et réalités.


1) Howe et la représentation filmique de P.J.

     
La représentation du film est la plus populaire et la plus éloignée d
 esArgonath PJ descriptions de To  lkien. Ces st atues se distinguent de l'Argonath originelle par plusieurs aspects, dont le plus  futile n'est e ncore que le remplacement de la hache par une épée pour l'un des deux rois. Mais ces statues, qui devaient être de "grands rochers", n'ont presq ue plus rien qui rappelle leur ancien état naturel, hormis leur bases et leurs flancs (remarquez à quel point la pierre de l'Argonath n'est pas la même que celle des falaises).

 

Surtout, alors qu'il s'agissait d'édifices "verticaux", tels des "colonnes de pierre" Argonathou des "tours" ou des "piliers", les bras sont tendus horizontalement vers le Nord (alo rs que Tolkien ne mentionne que la main gauche, et non un bras entier). Cette conception est particulièrement  farfelue si l'on remarque que l'Argonath de  P.J. fait apparaître les rainures des blocs de pierre sculptée sur tout l'édifice, comme si l'Argonath avait été élevée pierre par pierre,  ce qui est particulièrement visible sur la seconde l'image ci-contre. Si c'était effectivement le cas, il est difficile de soutenir l'idée que les bras d'Isildur et Anarion puissent tenir, même avec tout l'art de Nùmenor.

 

Malgré tout, lJohn Howe - The Argonatha reconstitution du film est de loin la plus précise (la seule à avoir imaginé et dessiné des sandales nobles pour les deux rois) et reste très soignée (le drapé, le visage) et globablement fidèle tout de même (remarquez la beauté du heaume-couronne du Gondor, avec les ailes sur les côtés) ce qui la rend digne d'être comparée aux autres versions.

Howe a servi de source d'inspiration, ici comme en bien d'autres choses, pour les équipes de Peter Jackson. Son tableau, ci-contre à gauche, rappelle la filiation par les deux bras très relevés, et on peut aussi remarquer un visage imberbe et un autre barbu, comme dans le film. Par contre, les deux haches sont bien présentes et Howe insiste sur le paysage rocheux environnant, comme si les piliers avaient bien été taillés et non édifiés.


2) Hildebrandt, une alternative.
  

     
Hildebrandt, la représentation la plus ancienne,  propose une idée plus proche de celle
 d e  THildebrandtolkien, puisque cet te fois-ci les bras sont levés vers le ciel, et non tendus vers le Nord comme dans Howe. Cette conception plus verticale reste assez vraisemblable, vu que la pierre de l'Argonath est la même que celle des falaises. Les deux visages sont vieux, mais portent une couronne et non un heaume. On ne distingue que peu la hache... En fait, les deux rois sont systématiquement identiques.

 
3) Ted Nasmith, le respect du texte.

 
C'est
Ted Nasmithassurément Nasmith qui mérite le plus l'attention. Son Argonath est clairement beaucoup plus originale et reste la plus crédible aussi, dans le sens où bras et mains sont rapprochées du reste du corps, ce qui rend vraisemblable le fait de la roche taillée et rappelle au mieux le nom "Piliers des Rois" alors que les autres versions ressemblent plus à des statues. Les rois sont aussi plus minces. C'est la seule version où Isildur et Anarion portent la hache près de leur coeur. Remarquez l'originalité des visages et des parures des ris. Néanmoins, il faut remarquer que les bras sont toujours tendus l'avant, mais pas autant que ceux de l'Argonath de PJ.


27/11/2005 14:00  - 23/07/2010 10:54

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 00:35

Les palantiri sont les pierres de vision lointaine. Au nombre de huit, elles  servaient à observer des lieux éloignés ou à s'entretenir d'une pierre à l'autre. Leur origine est antique, mais elles sont connues des hommes depuis le Deuxième Âge, lorsqu'elles furent offertes par les Eldar d'Aman aux Elendili de Nùmenor. Amenées en Terre du Milieu lors de la submersion de l'île, elles furent réparties dans les places-fortes des Royaumes en Exil d'Arnor et Gondor. Dans le Seigneur des Anneaux, on les connait pour être les instruments de Denethor II de Gondor, Saroumane, et Sauron, luttant, servant ou commandant par l'intermédiaire des Pierres.


lotri6-1.jpgNoms:  une palantir (nom Quenya; pluriel palantiri. Palan "partout"; Tir-, "regarder, surveiller"); Pierre de vision lointaine ("Seeing-stone, far-seer"); Clairvoyante; Pierre (ainsi que: Pierre-Orthanc; Pierre-Ithil pour la palantir de Minas Ithil passée à Sauron; Pierre-Anor pour la palantir de  Mina s Tirith, Pierre-Elendil, pour la palantir d'Elostirion).

Emplacements:  Voir tableau ci-dessous.

Distinctions: quatre Pierres Mineures: à Minas Anor, Minas Ithil, Orthanc, Annùminas; deux Pierres Majeures: Osgiliath, Amon Sûl; une pierre à Emyn Beraid dirigée exclusivement vers l'ouest; une Pierre-Maîtresse qui n'a jamais quitté l'ouest, à Tol Eressëa.

Créateur: Fëanor, durant l'Âge des Arbres, avant la création des Silmarilli.

 


 

 

Palantiri (découpe arbitraire) Emplacement Pouvoirs Changements intervenus au cours du Troisième Âge
1 Tour d'Avallonë (Tol Eressëa) Pierre Maîtresse.

 

Aucun changement connu

2 Elostirion (Arnor)

Pierre spéciale. Fixe l'Occident. Correspondance impossible avec les autres pierres.

 

Ramenée par Cirdan en Aman lors du départ des Havres Gris en 3021.

3 Annùminas (Arnor)

Pierre Mineure.

 

Déplacée à Fornost, puis perdue dans Forochel en 1975.

4 Amon Sûl (Arnor) Pierre Majeure.

 

Déplacée à Fornost en 1409, puis perdue dans  Forochel en 1975.

5 Orthanc (Gondor) Pierre Mineure.

Tour fermée sous les Surintendants1 jusqu'à Saroumane en 2759.

Pierre utilisée par Saroumane à partir de 3000 environ.

Ramenée à Minas Tirith par Aragorn en 3019 2

6 Minas Ithil (Gondor) Pierre Mineure.

Prise en 2002 par les Nazgul, conservée à Minas Morgul.

Apportée à Sauron à son retour au Mordor (2942-2951).

Détruite lors de la chute de Barad-dûr en 3019.

7 Minas Anor/Tirith (Gondor) Pierre Mineure.

 

Vision fixée sur les mains de Dénéthor.

"Inutilisable"3.

8 Osgiliath (Gondor) Pierre Majeure.

  Perdue dans l'Anduin lors de la Guerre Fratricide de 1437.

 

 

1Contes et Légendes Inachevés, Le Troisième Âge, V, Appendice B. "Les clefs d'Orthanc furent soigneusement remisées à Minas Tirith".

2Le Retour du Roi, Livre VI, chapitre 6. " La palantir d'Orthanc, le Roi la gardera".

3 ibidem. " Il n'en reste plus qu'une d'utilisable, répondit Aragorn".


 ~plan de de l'article~

 

I. Histoire des Palantiri

1) Un héritage ancestral

2) Placement originel des Palantiri en Terre du Milieu au début du Tiers Âge

3) Enjeux de conflits et déplacement de palantiri à la fin du Tiers Âge


II. Qu'est-ce qu'une palantir?

1) Aspect

2) Pouvoirs 

 3) Un objet caché du public?

4) Des utilisateurs légitimes

 



I. Histoire des Palantiri


1) Un héritage ancestral

 

Quand Gandalf explique à Pippin l'origine des palantiri, il commence par lui apprendre qu'elles "venaient (...) d'Eldamar. Les Noldor les fabriquèrent. Il se peut que Fëanor lui même les ait conçues, en des jours si lointains que le temps ne peut être mesuré en années"1. Le magicien ne se trompait pas:  Fëanor, le plus doué des elfes, qui avait créé de nombreux joyaux dont les Silmarilli, "fit d'autres cristaux, dans lesquels on pouvait apercevoir, petites mais nettes, des choses lointaines, comme avec les yeux des Aigles de Manwë"2. Les Palantiri furent donc créées au temps des Deux Arbres de Valinor, mais avant que Fëanor n'atteigne "sa pleine maturité"et donc avant les Silmarilli. Ce fut d'ailleurs "le moindre de ses travaux". On peut par ailleurs faire un lien entre le nombre des palantiri (8) et le fait que Fëanor ait eu sept fils avec lesquels il aurait pu vouloir rester en contact. Ce n'est néanmoins que supposition.

 

Avec l'exil des Noldor et de Fëanor, les palantiri restèrent en Aman tout le Premier Âge et une grande partie du Second, jusqu'à ce qu'elles fussent offertes par les Eldar à Amandil, le père d'Elendil, à l'époque où Nùmenor sombrait dans la folie et le mépris de Valinor. On peut déduire que les palantiri arrivèrent à Nùmenor entre 3262 et 3319, c'est-à-dire entre le moment de l'emprisonnement de Sauron et la submersion de l'île.  On ne sait pas beaucoup de la période nùménoréenne des Pierres, sinon qu'étant un don à la Maison d'Amandil, Elendil avait toute légitimité à les emporter. La fuite des ElendiliElles étaient destinées au "confort des Fidèles Nùmenoréens"3 en leur facilitant la vie face aux serviteurs de  Sauron, le maître véritable de Nùmenor. La Pierre-Maîtresse, la plus puissante de toutes, les Eldar la conservèrent en  une tour à Avallonë, sur Tol Eressëa, peut-être moins pour rester en contact avec les Nùmenoréens qu e po ur pouvoir continuer à surveiller de loin le reste du monde. En conséquence, tout ce qui  se rappo rte à cette Pierre ne peut qu'être déduit.

 

Lors de la submersion de l'île qui vint punir l'arrogance de Nùmenor, seuls purent s'échapper ceux qui étaient restés fidèles aux Valar et à Eru. Elendil, qui après le départ de son père pour Aman était devenu le chef des Fidèles, débarqua au port du Lindon en Eriador en ayant pris avec lui trois palantiri. Les quatre autres avaient été emmenées par ses fils Isildur et Anarion, dont les vaisseaux les menèrent bien au-delà des bouches de l'Anduin. Cette histoire des sept pierres est rapportée dans un poème, très connu au Gondor4:

 

Tall ships and tall Kings

  Three times three

What brought they from the foundered Land

       Over the flowing sea?

Seven stars and seven stones

      And one white Tree.

 

  De grands vaisseaux et de grands rois

Trois fois trois

Qu'ont-ils apporté de la Terre effondrée

          Sur le flot de la mer?

Sept étoiles et sept pierres

      Et un Arbre blanc. 


NB: Trois fois trois fait référence aux neuf vaisseaux qui s'échappèrent de Nùmenor avant sa submersion, pour les trois futurs rois: Elendil (quatre), Isildur (trois), et Anarion (deux vaisseaux).


2) Placement originel des palantiri en Terre du Milieu au début du Tiers-Âge

 

 Après la défaite de Sauron et la victoire de l'Ultime Alliance à la fin du Second Âge, les royaumes d'Arnor et de Gondor, tout récemment constitués et délimités, détenaient les palantiri dans des places fortes attribuées, qui ne changèrent pas.

En Arnor, une palantir se trouvait à Annùminas, la Tour de l'Ouest, et une à Amon Sûl, la fière tour de garde du haut de laquelle Elendil avait vu arriver la grande armée des Elfes de Gil-Galad peu avant le départ pour Emyn Beraidle Mordor. La question de savoir pourquoi furent choisis ces deux emplacements plutôt que Fornost n'a pas de réponse unique. On peut supposer qu'Annùminas devait recevoir une palantir puisqu'elle était la capitale de l'Arnor; concernant Fornost et Amon Sûl, la Tour de Garde était plus éloignée d'Annùminas que Fornost, d'où une plus grande nécessité de devoir joindre Amon Sûl et surtout, pour Amon Sûl, de pouvoir avertir Annùminas. Par ailleurs, rien n'indique que Fornost existât au début du Troisième Âge. La véritable question serait de savoir pourquoi Amon Sûl a hérité d'une palantir plus puissante qu'Annùminas, ce qui pourrait être expliqué par le fait que la fonction de tour de garde d'Amon Sûl la prédisposait à ce genre de prérogative, ou que le Roi ait été plus souvent à Amon Sûl qu'à Annùminas, étant l'utilisateur légitime de la Pierre; rien ne permet de valider une thèse plutôt qu'une autre. Quoi qu'il en soit, Elendil plaça la troisième pierre à Elostirion, la plus haute des tours d'Emyn Beraid (les Collines aux Tours), non pour un usage politique ou militaire, mais pour tenter d'apercevoir par-delà la Grande Mer les rivages de Tol Eressëa, ce qui était impossible, car Eru avait séparé Aman et Eressëa du reste d'Arda.

Au Gondor, contrairement à l'Arnor, la pierre majeure fut placée dans la capitale Osgiliath, sous le Dôme des Etoiles. Les deux rois Isildur et Anarion commandaient à deux le nouveau royaume, comme le montre le fait qu'il y avait un trône pour chacun à Osgiliath. D'ailleurs, si chacun possédait une cité-forteresse -Anarion Minas Anor, et Isildur Minas Ithil - Osgiliath était le symbole de leur union. En conséquence, il est tout à fait vraisemblable qu'ils aient décidé d'y installer la palantir majeure plutôt que l'un des deux la garde pour lui. Minas Anor et Minas Ithil reçurent chacune une Palantir (qu'on nomma respectivement Pierre-Anor et Pierre-Ithil, ou même Pierre d'Isildur pour cette dernière). Quand Orthanc fut aménagée au Troisième Âge dans le cercle d'Isengard, la tour reçut aussi une palantir. Il est impossible de savoir où était cette dernière palantir avant qu'elle ne soit confiée à Orthanc, ou alors il s'agirait de prouver qu'Orthanc fut bâtie en même temps que les autres forteresses.


3) Enjeux de conflits et déplacements des palantiri à la fin du Tiers Âge


Au cours du Troisième Âge et plus particulièrement à partir du XVe siècle, des changements majeurs intervinrent dans l'agencement de ces pierres.

En Arnor, dès 1409, Amon Sûl fut détruite par le Roi Sorcier, et sa palantir transférée à Fornost. La palantir Les Palantiri au Troisième Âged'Annùminas fut également transférée à Fornost et en 1974, lorsque le Roi Sorcier prit Fornost et mit fin au royaume du Nord, le dernier roi de l'Arnor Arvedin prit la fuite dans le nord avec les deux palantiri d'Annùminas et d'Amon Sûl. Le bateau de Cirdan venu secourir Arvedin dans la baie de Forochel coula avec le roi et les palantiri, les perdant à jamais, en 1975. Il ne restait donc en Arnor que la Pierre-Elendil, fixée sur la vision de la Grande Mer et Tol Eressëa. Elle resta à Elostirion jusqu'à la fin du Troisième Âge, jusqu'au départ de Cirdan, Gandalf, Galadriel et Elrond le 21 septembre 3021. C'était les elfes de Cirdan qui avaient en leur garde la palantir, et leur départ signifiait que la palantir partiraient avec eux.

En Gondor, la situation est aussi intéressante:

En 1437 du Troisième Âge, la guerre civile au Gondor entraîne l'incendie d'Osgiliath, la destruction du Dôme des Etoiles et la perte du Palantir dans l'Anduin. La Pierre-Ithil fut en possession des serviteurs de Sauron lors de la prise de Minas Ithil en 2002, mais Sauron ne put en faire l'usage qu'à son retour en Mordor (2942 T.A.) quand il fit reconstruire Barad-dûr (2951), donc la palantir fut conservée par les Spectres de l'Anneau dans la haute Tour blanche de Minas Ithil jusqu'à cette époque.

A la fin du Troisième Âge, le Gondor possédait toujours la Pierre-Anor, mais celle-ci ne permettait pas de voir autre chose que "deux mains de vieillard se desséchant dans la flamme"5, c'est-à-dire celles de Dénéthor II. C'est pourquoi, après la chute de Sauron le 25 mars 3019, Aragorn prit possession de l'Isengard ainsi que de la Pierre-Orthanc dont Saroumane avait fait usage, puisqu'il était installé à Isengard depuis 2759 (néanmoins il n'avait pas osé utiliser la palantir dès le début). Aragorn dit à propos des palantiri "qu'il n'en rest[ait] plus qu'une d'utilisable [la Pierre-Orthanc] (...). Celle-ci, le Roi la gardera". 


 

II. Qu'est-ce qu'une palantir?

 

1) Forme

 

Toutes les palantiri présentent la même apparence de boule de cristal, ou de "globe de cristal lisse"6 car "elles étaient parfaitement sphériques", "parfaitement lisses" et "semblaient avoir été façonnées dans un seul bloc de verre ou de cristal". Elles étaient "d'un noir opaque" et "n'étaient marquées d'aucun signe extérieur"7

Les palantiri étaient probablement "très lourdes"8, et Pippin dit "C'était si lourd!", mais le Hobbit arriva quand même à "soulever lentement la masse", qui d'ailleurs "ne lui parut pas tout à fait aussi lourde qu'il s'y attendait"9.

Leur taille varie: "les plus petites avaient environ un pied de diamètre" (un pied = 30 centimètres) mais les pierres majeures comme celles d'Amon Sûl ou Osgiliath étaient probablement beaucoup plus grosses; a fortiori celle d'Avallonë.

Elles étaient extrêmement solides, "et si par accident ou vilénie, elles étaient déplacées ou bousculées, elles ne subissaient point de dommage. Et de fait, aucune violence dont était capable l'homme de l'époque ne les pouvait briser", à l'image d'autres oeuvres indestructibles forgées par des maîtres forgerons, comme Sauron et l'Anneau Unique (n'oublions pas que les palantiri furent forgées par Fëanor).

Enfin, "initialement elles étaient posées sur un socle accordé à leurs dimensions, et aux usages prévus: une table basse en marbre noir, de forme circulaire, où l'on pouvait au besoin les faire pivoter à la main". "Elles étaient logées dans [ce] site originel de manière à se tenir droite".


2) Pouvoirs et utilisation


Elles comportaient deux pôles, inférieur et supérieur, invisibles mais permanents, situés de part et d'autre du diamètre du globe. Les pôles devaient être orientés de manière à ce que le pôle inférieur pointe vers le sol. Ainsi seulement la palantir pouvait accueillir les visions.Saroumane et la palantir

Pour ce faire, l'observateur devait se situer par rapport à ce qu'il voulait observer: celui "qui désirait voir l'Ouest s'installait du côté Est de la Pierre, et s'il désirait transférer sa vision vers le Nord, il lui fallait se déplacer vers sa gauche, en direction du Sud" 10  

Concernant la lumière émise par la pal antir lorsqu'elle est utilisée, il s'agit d'une sorte de flamme v acillante qui éclaire le visage de l'observateur: "(...) et voilà qu'il avait entre les mains une palantir. Et comm  e il l'élevait, le globe parut aux assistants commencer à luire d'une flamme intérieure,[inner flame] de sorte que le visage émacié du seigneur était éclairé comme d'un feux rouge". On notera que la lumière qu'émettait la palantir était suffisamment forte pour être vue de loin. Ainsi "nombre d'entre nous virent une étrange lumière dans la chambre haute, dit Beregond". Jusqu'au point peut-être d'être vue depuis toute la cité, puisque "on a longtemps murmuré dans la Cité [Minas Tirith] que le Seigneur luttait parfois en pensée avec son Ennemi"11


a) Pierres Mineures et Pierres Majeures


Il semble que les pierres mineures, comme celles de Minas Anor, Ithil, Orthanc et Annùminas, avaient "une orientation fixe, de telle sorte que leur face ouest (par exemple) était tournée vers l'Ouest, et [que] manoeuvrée dans une autre direction, [elle] ne reflétait plus rien". On en a l'exemple avec Pippin, qui réussit  à voir dans la Pierre-Orthanc, parce qu'il est du côté Ouest et regarde vers l'Est, en plus d'avoir par chance installé correctement la palantir. A l'inverse, on remarque que Dénéthor II a pu entrer en contact avec Orthanc et aussi sonder le Mordor depuis la Pierre Anor (qui est une pierre mineure). La Pierre Anor devait originellement tournée vers Osgiliath, aussi ne pouvait-elle pas, théoriquement, fonctionner avec la Pierre Orthanc, si l'on suit la citation ci-dessus. S'il faut faire la part des choses expliquées dans les Contes et Légendes Inachevés, peut-être doit-on déduire qu'un utilisateur doté d'une grande force de volonté (comme c'était le cas pour Dénéthor) et d'une légitimité dans l'utilisation de la Pierre (comme c'était également le cas) pouvait malgré tout forcer les limites de celle-ci. Par ailleurs, une note de Tolkien lui-même contredit cette version en disant que les palantiri n'étaient "ni polarisées ni orientées" 12, ce qui dans ce cas, remet en question aussi la "chance" de Peregrïn Touque. Par contre, on peut exclure que la Pierre-Anor était été une pierre majeure, on qu'encore on ait interverti celles d'Osgiliath et de Minas Anor, afin de doter Minas Anor de la plus puissante (et qu'en fin de compte on aurait perdu la palantir mineure). En effet, la perte de la palantir majeure date de 1437 tandis que la Maison du Roi fut déplacée d'Osgiliath à Minas Anor en 1640.  Enfin, la dernière caractéristique des pierres mineures est leur portée limitée à 500 milles ("soit la distance qui séparait la Pierre-Orthanc de la Pierre-Anor").

A l'inverse, "les pierres majeures n'avaient pas de telles contraintes: on pouvait les faire pivoter, elles n'en voyaient pas moins dans toutes les directions". Elles avaient, en outre, une plus grande portée de vision que les mineures. Surtout, seules les pierres majeures pouvaient "écouter aux portes" lorsque deux autres Pierres étaient en contact. Il semble qu'aucune force de volonté n'ait pu parvenir à augmenter la portée de la Pierre ni à pouvoir écouter aux portes: en effet, "Sauron, quant à lui, ne pouvait s'entremettre dans ces entretiens [de Dénéthor et Saroumane]", une troisième Pierre Mineure trouvant les deux premières "muettes" lorsqu'elles étaient en contact.


b) Les visions du passé. Les visions des lieux. Les entretiens.


"Or ces Pierres avaient pour vertu qu'on pouvait y voir des choses très éloignées, que ce fût dans le temps ou dans l'espace"

Silm., Les Anneaux de Pouvoir...


Les Palantiri pouvaient voir "en un passé lointain", qui était le passé  vécu par la Pierre. Il s'agissait apparemment d'un phénomène qui n'était pas maîtrisé ("les scènes se présentant sans aucune explication"), en tout cas pas à l'époque de la décadence du Gondor. Une note indique  cependant que l'on  pouvait se "projeter" dans le passé, donc que le phénomène a pu êytre volontaire. Par ailleurs, la vision du passé était plus nette à mesure que l'on remontait dans le passé" mais pour éviter que les pierres ne se surchargent de souvenirs, on les couvrait, ou les gardait dans l'obscurité, d'un coffre noir par exemple pour les "mettre en sommeil". Car "elles conservaient les images reçues, de sorte que chacune d'entre elles contenait en elle-même une profusion d'images et de scènes, remontant parfois au passé immémorial". Gandalf dit d'ailleurs  "Mon coeur désire (...) regarder au-delà des vastes océans d'eau et de temps vers Tirion la Belle, et voir à l'oeuvre la main et la pensée inconcevables de Fëanor, alors que l'Arbre Blanc et l'Arbre d'Or étaient tous deux en fleur!" 13 .

 

Mais principalement, les palantiri servaient "à voir à grande distance et à s'entretenir en pensée avec les autres". En ce qui concerne la vision des lieux, les palantiri pouvaient traverser tous les obstacles matériels, une chaîne de montagnes aussi bien que les murs d'une chambre, et de fait leur nom en quenya  en rend compte: l'élément "palan" de palantir signifie "partout". Il existait cependant une contrainte, qui était d'abord la portée de vision pour les pierres mineures, et aussi le fait qu'il y avait une "bonne distance, variable selon les Pierres, qui livrait l'image la plus nette des objets considérés". Cette distance "parfaite", en dehors de laquelle l'objet devenait plus flou (que celui-ci soit proche ou lointain) était d'environ 500 milles pour les Pierres Mineures, c'est-à-dire 800km si l'on prend le mille anglais de 1,6km, soit la distance Minas Tirith - Orthanc. D'ailleurs, la "Pierre Ithil était trop rapprochée" des deux Pierre d'Osgiliath et Minas Tirith, et ne servaient pas "pour les contacts personnels avec Minas Anor". La Pierre avait donc une vue précise à 500 milles, et c'était tout. L'autre contrainte était la clarté de la scène. Une palantiri n'éclaire pas, si bien qu'elle peut montrer une scène qui se passe dans une caverne sans pour autant rendre visible les protagonistes "si aucune lumière n'éclaire la scène". "De sorte qu'elles pouvaient voir au travers d'un pan de ténèbres ou d'ombre", car il n'y a pas d'obstacle à leur vue, "mais ne rien discerner à l'intérieur qui ne fût éclairé", car elles n'éclairent pas. C'est pourquoi on plaçait les palantiri dans l'obscurité afin qu'elles ne voient ni n'enregistrent rien. Par contre elles pouvaient toujours voir d'autres lieux, si tant est qu'ils fussent éclairés. C'est pourquoi, étant donné qu'elles passaient outre tout obstacle physique, "on pense, ou du moins on imagine, que dans leurs sites originels, les Clairvoyantes étaient renfermées dans (...) des coffres-étuis, [qui] devaient être fabriqués en un quelconque métal ou une autre substance aujourd'hui inconnue" et qui devaient mettre complètement les Pierres en sommeil.

Par ailleurs, "non soumises à un esprit directeur, elles se faisaient fantasques" et délivraient des visions "sans aucune explication". On notera que, "aux époques les plus tardives, l'observateur avait des difficultés à dégager les visions qu'il voulait ou désirait révéler".


Enfin, les palantiri pouvaient entrer en contact les unes avec les autres. Un usage politique et non altruiste, car c'est de cette manière, dixit Gandalf, que les Hommes "gardèrent longtemps et qu'ils unirent le royaume de Gondor"14. On lit aussi que "dans l'ancien temps du Gondor,  ils [les feux d'alarme] n'étaient pas nécessaires, car ils avaient les Sept Pierres"15. Il convient de rappeler qu'elles "ne pouvaient que voir: elles ne transmettaient aucun son"."Lorsque deux esprits en accord mutuel sondaient une Pierre, la pensée pouvait se transmettre (c'est-à-dire sous forme de parole) et les visions qui occupaient l'esprit d'un observateur pouvaient dès lors être vues par l'autre. " "Par le truchement des Pierres, deux observateurs échangeraient des pensées; non toutes leurs pensées ou leurs intentions véritables, mais un discours silencieux, c'est-à-dire les pensées qu'ils souhaitaient précisément transmettre (et qui avaient déjà pris forme linguistique dans leur esprit ou avaient même été prononcées à haute voix) et que leur correspondant recevait et traduisait immédiatement en paroles". Comme il a déjà été précisé, seule une Pierre Majeure pouvait s'inviter dans la conversation de deux autres Pierres, une pierre mineure trouvant deux autres Pierres muettes si elles étaient en entretien. Surtout, à l'origine les Pierres étaient "innocentes", car "Sauron fut seul à faire usage d'une Clairvoyante pour imposer sa volonté"; mais tout usage de la Pierre requérait une grande concentration et "entraînait un état de tension mentale", comme cela fut visible chez Dénéthor avec son aspect "prématurément vieilli".

c) Un objet caché du public?


Au tout début de l'essai sur les palantiri dans les Contes et Légendes Inachevés, Tolkien précise que "les palantiri ne furent certes jamais d'usage courant ni de notoriété publique, même à Nùmenor" (rappelons qu'à Nùmenor elles étaient destinées aux Elendili, les amis des Elfes, et non aux les serviteurs de Sauron ou même au roi Ar-Pharazôn, ce qui implique une utilisation secrète ou clandestine). De même, en Terre du Milieu "on les tenait enfermées (...); on ne les consultait ni ne les exposait jamais au vu de tous". Enfin leur souvenir même devait s'oblitérer du sens commun", durant la décadence du Gondor au Troisième Âge. Il est cependant intéressant de noter trois personnages du Seigneur des Anneaux qui ont connaissance des palantiri. Le premier est Faramir. Il est probable qu'il connaisse les palantiri grâce à son éducation et à sa culture hors pair, mais aussi par le fait qu'il est le fils du Surintendant: "Jusqu'à ce moment ou quelque autre au-delà de la vision des Pierres de Vision de Nùmenor, Adieu!" 16. Le second est Eomer, qui n'a pu en avoir connaissance que par ouï-dire (contrairement à Faramir qui en a une connaissance sûre) et n'avait pas du entendre beaucoup à leur sujet, mais qui se doutait de la présence d'une palantir dans la Tour Blanche. Gollum (qui est un véritable puits de science en matière de traditions) est même capable, en parlant de Minas Ithil, de dire "dedans, il y avait une pierre semblable à la Lune". Gandalf dit que "les hommes les avaient presques oubliées. Même en Gondor, c'était un secret connu seulement d'un petit nombre; en Arnor ils n'étaient plus rappelés que dans un chant traditionnel parmi les Dùnedain"17 ou bien "les Intendants s'imagin[aient] que c'était un secret connu d'eux seuls" 18. En bref, l'image des palantiri ne s'est transmise que de manière traditionnelle, par le biais  de la  "chanson archaïque" comme De grands vaisseaux et de grands rois, trois fois trois présentée plus haut. Cet oubli populaire va d'ailleurs de pair avec la perte de connaissances concernant les Palantiri qui accompagnèrent la décadence du Gondor.


d) Des utilisateurs légitimes


"Les Pierres se laissaient beaucoup plus aisément manier par leurs usagers légitimes" 19. Il y a deux types de légitimité: A l'origine, la pierre était un "don inaliénable fait à Elendil et à ses héritiers": ainsi Aragorn avait tout à fait le droit (ainsi que la force nécessaire) de défier Sauron par l'intermédiaire de la Pierre-Orthanc peu après la chute de Saroumane (ce qu'il ne révèle que dans le Retour du Roi), étant " de jure le Roi légitime et du Gondor et de l'Arnor". Les héritiers d'Elendil ne restreignirent pas l'utilisation des palantiri à Saroumane et la Palantir d'Orthanceux seuls, et légalisèrent le maniement d'une Pierre par quiconque détiendrait une "autorisation, soit  d'un héritier d'Anarion, soit d'un héritier d'Isildur, autrement dit d'un roi légitime du Gondor ou de l'Arn or". Ces autorisations concernaient les gardiens, qui pouvaient visionner les Pierres à intervalles réguliers (comm e cela a du être le cas pour la palantir d'Isengard, où aucun roi ne résidait) ou sur ordre, et les hauts foncti onnaires, comme les Intendants dont allait faire partie Dénéthor, ainsi que pléthore de "ministres de la C ouronne chargés plus particulièrement des Renseignements", auxquels on donnait le droit de sonder la Pierre . Avec la fin de l'Ere des Rois et la transmission héréditaire de la fonction de Surintendant (1998), la palantir était devenue de fait la propriété "de plein droit" du Surintendant.

Pour ceux ne disposant pas d'autorité légitime, comme Saroumane, l'utilisation était rendue plus difficile.  Même si "ceux qui avaient assez de volonté et de force d"esprit pouvaient apprendre à diriger leur regard"20, les Contes et Légendes Inachevés insistent sur le fait que "Saroumane tomba sous l'emprise de Sauron (...) alors que Denethor devait rester inébranlable"21. On peut donc en déduire qu'en plus de se laisser manier plus docilement, la Pierre apporte une assise mentale à l'observateur légitime; et Aragorn en bénéficia peut-être, lui qui dit que sa force  ne fut suffisante face à Sauron que de justesse.


Références 

I. Histoire des Palantiri

12. note n°17, CLI, idem

  1. Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours, Livre III, chapitre 11

13. Les Deux Tours, Livre 3, chapitre 11

  2. History of Middle-Earth, tome 10: Morgoth's Ring. Partie Trois, I, 6: Des Silmarils et de l'enténèbrement de Valinor. (traduction française par Dior, Eru, Incanus.). Même citation dans le Silmarillion, chapitre 6.

14. Les Deux Tours, livre III chap. 11

  3. Le Silmarillion, Les Anneaux de Pouvoir et le Troisième Âge

15 (Le Retour du Roi, livre V, chap.1

  4. Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours, Livre III, chapitre 11.

16 Les Deux Tours, livre IV, fin du chapitre 6

  5. Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Livre V, chapitre 7

17. Les Deux Tours, Livre III chapitre 11

II. Qu'est-ce qu'une palantir?

18. Le Retour du Roi, Livre V chapitre 7

6. Les Deux Tours, III, 11

  19. CLI, idem

7 CLI, Les Palanti

20. Silmarillion, les Anneaux de Pouvoir et le troisième Âge

8 CLI, Les Palantiri

  21. CLI, idem

9 Les Deux Tours, III, 11

 
10.  CLI. , idem
 
11. Le Retour du Roi, livre V chapitre 7  

 

 



L'article sur les palantiri a été originellement posté le 19/12/2005 20:32, puis fut édité en Juin 2010. 

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 02:15

 
Gondolin, la Cité Cachée, fut durant le Premier Âge la cité de Turgon et la protégée du pouvoir d'Ulmo, le Vala des Eaux. Après Nirnaeth Arnoediad et la chute de Nargothrond, Gondolin fut le dernier bastion elfe à rendre la maîtrise de Melkor sur le Beleriand incomplète. Finalement mise à bas au terme du plus grand siège de tous les âges, son nom reste à jamais ancré dans les chants et légendes de la Terre du Milieu, notamment comme étant le lieu de l'accomplissement du destin de Tuor fils de Huor, de par la naissance d'Eärendil, dont l'action engendra la chute de Melkor.
Noms: En quenya ou Haut-Elfique, on la nomme Ondolindë (le Roc de la Musique des Eaux), et en sindarin Tuor atteint la cité de GondolinGondolin (originellement traduit par la Pierre de Chanson; en réalité le Roc Caché). En langage commun, on la désigne comme la Cité Cachée. Mais les Sept Noms de Gondolin sont: Gondolin la Pierre de Chanson (selon la traduction archaïque des Contes Perdus), Gondobar la Cité de Pierre, Gondothlimbar la Cité de Ceux qui demeurent dans la Pierre, Gwarestrin la Tour de Garde, Gar Thurion le Lieu Secret, Loth la Fleur, Lothengriol la Fleur qui fleurit sur la Plaine.

Type:  Grande cité des Noldor, mais y vivent également des Sindar, sans doute plus nombreux.
Roi: Turgon, dit le Sage, second fils de Fingolfin, frère de Fingon et de Finrod Felagund.
Emplacement: plaine de Tumladen au centre d'Echoriath, à l'Ouest du Dorthonion au Nord du Beleriand.
Dates: 102 -  510 du Premier Âge

 



~Plan de l'article~

I. Genèse. Paix et Prophétie
1) De Turgon et de l'apparition d'Ulmo
2) "Côr se dresse à nouveau!" ou la splendeur de la cité
3) Sur Aredhel, Eöl et Maeglin

II. La Guerre en Beleriand
1) Dagor Bragollach, Nirnaeth Arnoediad, et la retraite de Turgon.
2) Tuor, l'envoyé d'Ulmo.
3) La recherche de Gondolin par Melkor et la trahison de Maeglin.


1) Les forces en présence
2) "Melko est sur nous"
3) L'accomplissement des destinées

IV. Historiographie de "La Chute de Gondolin"
Le legs de Gondolin dans l'oeuvre de Tolkien




I. Genèse. Paix et Prophétie

Gondolin est pour la première fois nommée peu avant l'an 1 du Soleil (Premier Âge), lorsque les Noldor menés par Fëanor rencontrent un Maia serviteur du Vala Vefantur : "[il] les aperçut et, demandant ce que pouvait signifier ce cheminement, plaida avec eux qu'ils revinssent, mais ils lui répondirent avec mépris, de sorte que se tenant sur un rocher élevé il leur parla d'une voix forte, et sa voix porta même jusqu'à la flotte sur les vagues; et il leur prédit un grand nombre des mauvaises aventures qui leur advinrent, les avertissant à l'encontre de Melko, et enfin il dit: "Grande est la Chute de Gondolin", et personne qui se trouvait présent ne comprit le sens de ces paroles (...)" (LCPt1, VII). Mais les Noldor n'avaient pas encore affronté la traversée du désert de glace de l'Helcaraxë et devaient n'arriver que bien plus tard en Beleriand. On sait aussi que Melkor craignait beaucoup Turgon, car à Valinor "chaque fois qu'il s'approchait de lui une ombre venait peser sur son esprit, annonçant que dans un avenir encore inconnu c'est de Turgon que viendrait sa ruine" (Silm, XX)

1) Turgon et l'apparition d'Ulmo


L' histoire de la Fondation de Gondolin commença en la 30e année du Premier Âge. Cette année-là, les fils du Roi Fingolfin virent en songe Ulmo, le Vala des Eaux, qui leur inspira la recherche de lieux aisément fortifiables où bâtir une ville hors d'atteinte de Melkor. L'aîné, Finrod, battit Nargothrond, à l'image des cavernes de Menegroth en Doriath. Mais Turgon ne trouva rien qui convint, car il n'avait d'autre modèle que la belle cité des Noldor en Aman, Tirion, que les Noldor avaient abandonnée et dont la beauté ne souffrait de rivale. Après une année, Ulmo réapparut à Turgon à qui il montra la vallée de Tumladen dont la colline centrale, Amon Gwareth, serait pour la future Gondolin le haut promontoire qu'était la colline de Tùna pour Tirion. Regagnant son royaume, Turgon commença à élaborer en secret les plans d'une ville ressemblant à sa Tirion bien-aimée.

En l'an 50, Turgon accéléra la mise en oeuvre de son plan. Les armées Eldalië venaient d'entamer un siège contre Angband qui en 400 ans n'allait jamais aboutir, et Melkor, conséquemment cantonné, ne représentait  qu'une donnée inconnue bien plus dangereuse et le potentiel d'une revanche assurée. Ainsi commença la construction de la cité dans le secret le plus grand, car la réussite complète de l'entreprise ne dépendait  que de l'ignorance de l'Ennemi, de sorte que les alliés de Turgon n'en furent pas plus informés. Pendant cinquante-deux années, les artisans de Turgon oeuvrèrent en secret, protégés par  le pouvoir d'Ulmo. Lorsqu'en 102 la cité fut achevée, Turgon quitta Vinyamar en Nevrast en emmenant avec lui les Noldor de son royaume ainsi que de nombreux Sindar qui résidaient alors avec eux. Au moment du départ, Ulmo lui apparut pour la dernière fois et lui signifia ses paroles pleines de sens:
"Gondolin tiendra plus longtemps devant Melkor que tous les autres Royaumes Eldalië (...). Il se peut donc que la malédiction des Noldor te rejoigne avant la fin, et que la trahison se réveille derrière tes remparts. Mais si vraiment ce péril approchait, c'est de Nevrast encore qu'un messager viendra t'en avertir. Laisse donc dans cette maison des armes et une épée afin que le jour venu il puisse les trouver, et tu ne te tromperas pas." (Silm, XV)
De ses paroles ne découlent que des vérités: Gondolin sera le dernier fort Elfe à s'élever contre la toute-puissance de Melkor; Turgon sera trahi par l'un des siens; un messager viendra l'aider de la part d'Ulmo. Enfin, Turgon restera soumis à la Malédiction de Mandos, comme tous les Noldor, et à ce titre Gondolin semble déjà condamnée.

2) La splendeur de la cité (analyse)

a) L'héritière de Tirion

La documentation au sujet de Gondolin est d'une telle profusion qu'elle permet une étude approfondie de cette pierre angulaire de la mythologie tolkienienne, ce mythe au coeur du mythe; mais l'intérêt d'une telle étude se justifie, car aucune autre cité Elfe n'a jamais été décrite aussi précisemment par Tolkien et ceci fait d'elle la principale référence concernant l'architecture elfique et de l'organisation cité: Gondolin ne fut-elle pas, lors de sa conception, voulue par  Turgon le Sage comme une digne réplique de la belle Tirion en Aman, une des premières cités des Premiers-Nés sur Arda, que les Noldor furent nombreux à regretter lors de leur exil ? En effet, ceux-ci "aimaient trop Tirion et ce qu'ils y avaient construit", et ils "se retournèrent souvent pour voir la belle cité qu'ils abandonnaient (...), conservèrent dans leur exil le souvenir du bonheur qu'ils avaient laissé." (Silm, IX). N'oublions pas non plus que la première cité de Turgon, Vinyamar ("Nouveau port") fut construite comme pour permettre aux Noldor de mieux vivre leur nostalgie d'exilés: donnant sur la mer, faisant face sans les voir aux côtes d'Aman et à ce que les Noldor venaient d'abandonner, Vinyamar n'était pas une ville mais un observatoire, qui plus que la mer, regardait vers le passé. Un passé lourd de tristesse: comme b.eaucoup d'autres, la femme de Turgon mourut loCarte de Gondolinrs de la traversée de terres glacées de l'Helcaraxë. C'est la raison pour laquelle ce peuple maudit par les dieux tient tant à se rappeler son passé idyllique, et pourquoi lorsque Gondolin fut achevée il s'écria "Côr se dresse à nouveau!" (Les lais du Beleriand, chap. II, 3; Côr, Kor ou Khor étant le nom primitif de Tirion). Ce que nous savons par ailleurs de l'aspect de Tirion est étroitement apparenté avec ce qui nous parvient de l'architecture de Gondolin: la colline de Tirion, Tùna ou primitivement Tûn, [était] "couronnée de tours" (ibid, chap. II, 1). Y étaient construites "des fontaines d'une grande beauté", "de belles demeures de blanc brillant", et des "rues blanches", et à son sommet se trouvait "la demeure d'Inwë [plus tard Finwë] qui surplombait toutes les autres et possédait une mince tour d'argent qui pointait vers le ciel comme une aiguille" (LCP t1, chap. V).
L'étude de Gondolin, voulue et acceptée comme la nouvelle Tirion en Terre du Milieu, permet d'ouvrir les portes de toutes les autres cités elfes affiliées, car l'histoire de Gondolin traversa les âges telle une légende et continua d'influencer les peuples, de la même manière que les cavernes de Menegroth furent le modèle avoué de la cité des Elfes de la Forêt Noire.
Mais l'intérêt de Gondolin n'est pas seulement théorique: si elle impressionna tant les générations suivantes, c'est de par son cadre naturel hors du commun, de par les descriptions enchanteresses que donne Tolkien  de sa beauté quasi-divine: rappelons-nous que quand Tuor posa ses yeux sur elle, "il alla tel un homme pris dans quelque rêve des dieux, car il jugea de telles choses impossibles à voir par des hommes, même pendant les visions de leur sommeil, si grande était sa stupeur devant la splendeur de Gondolin" (LCPt2, III). C'est sa splendeur si particulière que nous allons tenter de restituer, en hommage à la cité dont rien n'égalait la beauté, sinon son histoire grandiose; cette cité qui se dressait autrefois "dans le milieu de la plaine", mais "pas tout à fait au  centre" de Tumladen, sur la colline du guet, Amon Gwareth, "au sommet nivelé". Une plaine qui était assez grande pour demander une journée de "marche légère" à ceux qui voulaient atteindre son centre, mais un peu moins pour les hordes de l'Ennemi qui se précipitaient vers le Destin depuis les monts enneigés de l'Echoriath.

b) Architecture: une cité de Roc. "Gondobar, La Cité de Pierre"

En ce qui concerne la structure architecturale de la cité, c'est sur les tours que Tolkien insiste particulièrement. C'est aussi le premier élément de ressemblance avec Tirion. Leur importance s'explique par leur nombre, car elles "parsèment la cité" et sont "nombreuses"; ainsi que par leur hauteur surprenante: elles "piquent les cieux" ; sont "dressées" et  "s'élèvent dans le ciel", ce qui rapproche la cité du domaine de Manwë et des ses aigles, dont certains survolent avec bienveillance la plaine de Tumladen. Si les Fêanoriens ont renié les Valar, il n'en est rien pour le reste des Noldor qui continue d'honorer les puissances de l'Occident: en témoignent la Place des Dieux, ainsi peut-être que le nom d'une des compagnies de la soldatesque de Gondolin, celle d Gondolin sur Amon Gwareth e l' Arc en Ciel.
La plus belle d'entre elles (ou du moins la plus hautes des tours) fait office de palais pour le roi Turgon, dont la demeure domine ainsi le reste de la ville et Tumladen, comme la tour de Finwë dominait Tirion au sommet de Tùna. Mais plus que des bâtisses de protections ou de simples tours de guet, les tours de Gondolin s'élèvent fièrement, car ce sont des tours "de grande finesse et beauté", "bâties de marbre blanc et sculptées très merveilleusement". Ce raffinement ne fait qu'insister sur la maîtrise architecturale des Noldor, à qui peu de sciences résistent (les Noldor, rappelons-le, sont les Elfes les plus versés dans la connaissance): en effet, Gondolin finalement "se dresse belle à voir". Par la référence au grand intérêt accordé à la pierre et à la construction, une autre Companie de soldats de la cité porte le nom de l'Arche, un autre type de haut et noble édifice.
La hauteur n'est cependant pas, et de loin, le premier des éléments décrits par Tolkien: avec les "pinacles reluisants" sont introduites, avec l'idée de la hauteur, celles de la blancheur et de la lumière: Gondolin était "très claire", les "pinacles reluisants", et le " marbre blanc", d'une blancheur comparable à celle de Tirion. De plus,  "les  murs [étaient] en pierre", et les escaliers, "de pierre et de marbre", étaient "bordés par de délicates balustrades". Quant aux rues, "pavées de pierres", elles sont "larges", ce qui s'oppose ici aux chemins tortueux, et s'apparenterait plutôt à la clarté de la vision; et disposent aussi de "trottoirs de marbre". Tout dans la cité indique la finition, la perfection des allées. Enfin, les maisons sont "belles" et "disposées"  autour des voies, une idée de l'ordre qui rejoint celle des maisons de Tirion qui s'élevaient chacune "d'une "paule plus haute que la précédente"
Grâce à ce portrait de Gondolin, nous pouvons nous représenter une ville resplendissante,  pleine de splendeur, dont les principaux éléments sont la hauteur et la beauté de l'architecture (les hautes tours finement ouvragées), et la blancheur d'une cité faite de marbre 
 
c) L'élément de l'eau ou la présence d'Ulmo. "Ondolindë, le Roc de la Musique des Eaux"


L'eau occupe une place notable dans le décor et la vie de tous les jours, ce qui n'étonne guère quand on sait l'importance qu'a eue Ulmo, le Vala des Eaux (aussi bien des Océans et des Mers que des rivières et des lacs) dans la création de la cité. Il faut en contre-partie dénoter l'inexistence d'un culte ou d'un hommage particulier qui lui serait rendu: si l'eau fait partie intégrante de la construction de la cité, c'est peut-être moins pour signifier l'allégeance des Noldor au dieu que pour représenter la protection d'Ulmo, et par là, la présence continuelle des Valar auprès des Noldor par-delà même la Malédiction de Mandos. Après tout, les Gondothlim ne sont pas fëanoriens et ne poussent pas plus loin l'outrage du Massacre fratricide d'Alqualondë.

Du côté des Valar, Ulmo a toujours été le plus excentrique, vivant seul et à l'écart de tous. Symboliquement peut-être, représente-t-il le lien entre Valinor et le Beleriand, car sa résidence est Belegaer, le Grand Océan entre les deux terres. On le sait puissant Vala et grand ami de Manwë depuis le début d'Arda, et pourtant il n'assiste pas à tous les conseils des Valar, ne venant qu'à ceux qui importent pour lui: Ulmo semble vouloir affirmer son indépendance vis-à-vis de Valinor, sans pour autant se désintéresser d'Arda puisque Gondolin et Nargothrond sont créées grâce à lui. Le rôle d'Ulmo est donc d'une importance capitale pour le Beleriand: c'est la seule divinité qui viendra en aide aux Noldor, les autres Valar restant délibérement inactifs face à la montée en force de Melkor, et qui préparera la défaite de ce dernier (car le refus des Valar prendra fin avec la requête d'Eärendil, le dernier espoir des Hommes et des Elfes, fils de Tuor l'envoyé d'Ulmo).

La particularité de Gondolin tient en ceci: son destin est d'abriter Eärendil, l'union de Tuor et d'Idril, celui qui demandera pardon pour les Noldor et qui déclenchera la Guerre de la Colère, c'est-à-dire le déchaînement des forces de Valinor. C'est ce qui fait de Gondolin une cité si importante, ce qui fait qu'elle a du rester cachée, et que sa chute sera aussi terrible que la cité était splendide. Car à l'instar de Gondolin, Nargothrond a elle aussi été inspirée par Ulmo, mais celle-ci ne semble pas forcer l'hommage au Vala par l'existence de nombreuses fontaines, comme c'est le cas à Gondolin. Véritablement, cette cité est le lieu de l'accomplissement de destinées qui présidèrent à la fin du Premier Âge.

Ces raisons justifient le fait qu'Ulmo soit sans conteste le Vala vénéré de la cité, comme l'indique l'omniprésence de l'eau dans toute la ville. De multiples références indiquent la nature aquaphile de la cité: tout d'abord les subtiles cascades, « minces », qui « raffraichissent » par des « bons », « comme des fils qui partaient à la recherche de la plaine, depuis les fontaines d'Amon Gwareth », ces cascades qui sont donc « à l'origine du nom Ondolindë: Roc de la Musique des Eaux », « car des sources naissaient sur la colline ». Vient ensuite la magie des fontaines qui « illuminent les places » et qui « jaillissaient à vingt et sept brasses dans l'air », c'est-à-dire 27x1,8 mètre, soit une hauteur impressionnante de 49 mètres; avant de retomber en une pluie « chantante », « de cristal » (on retrouve l'idée de la Musique des Eaux).; en outre, les rares descriptions de Tirion font aussi état de belles fontaines. L'eau devient finalement un élément de beauté: « Au dedans le soleil étincelait magnifiquement le jour, et la lune miroitait avec grande magie la nuit. » (LCP,t2, III). La place principale de la ville contient « un grand puits de grande profondeur », ce qui n'est pas contraire à une tout aussi grande «pureté». De nombreux noms, parsemés dans la ville, insistent sur la place accordée à l'eau: aussi bien le « Puits du Peuple » que la « Voie des Eaux Courantes » ou encore la « Rue des Pompes », sans compter le « Lieu du Puits », ou les « Fontaines du Sud ». Autre référence, une compagnie des gardes de Gondolin, et non une des moindres puisqu'il s'agit de celle d'Ecthelion, se nomme « la Compagnie de la Fontaine » dont les soldats, qui comme il se doit, partent à la bataille « accompagnés d'une musique de flûtes ». Le nom de Ondolindë est bien clair: un roc, au centre d'une plaine, dont les cascades sont musique. Si la musique est à ce point mise à l'honneur, c'est parce que Ulmo peut être considéré comme le Vala "qui fait de la musique au plus profond de l'Abysse" (LCP, t2, III)  notamment avec ses conques. Il faut aussi se souvenir que le premier des signes apparus à Tuor (CLI, Premier Âge, I), est que l'eau d'Ulmo se réveille sous l'effet de la musique de Tuor: "à mesure qu'il chantait, la source, à ses pieds, se mit à bouillonner avec un grand flux d'eau, et elle déborda". Plus tard, celui-ci demeure à écouter la musique de l'eau: "écoutant la rumeur perpétuelle des eaux", avant d'y méler la sienne, car il "éleva la voix et toucha les cordes de sa harpe, couvrant le fracas des eaux" (CLI). Ulmo lui-mêle crée la musique: "Ulmo brandit une trompe puissante et l'emboucha, et il sonna une note unique, si grave que le mugissement de la tempête n'était guère plus, à côté, que le  murmure d'une brise". Cette musique semble étroitement liée à la mer car "à l'instant même où il entendit cette note (...) il sembla à Tuor (...) qu'il contemplait toutes les eaux de la Terre (...). Son regard plongeait jusqu'aux entrailles de la Mer Immense" on trouve aussi une occurence de "la musique-des-mers d'Ulmo" et de "son grand instrument de musique ; (...) soufflant dedans et jouant de ses long doigts il fabriquait des mélodies profondes, d'une magie plus grande qu'aucun autre" (LCP, t2, III); c'est ce lien entre Eau et Musique qui est incarné dans le nom d'Ondolindë, "roc de la musique des eaux" . Enfin, cette effusion d'honneurs à l'élément d'Ulmo ne peut manquer de s'accompagner d'un hommage aux Valar de par la "Place des Dieux", une des grandes places de la ville, proche du palais de Turgon.

Comme nous le verrons dans la troisième partie, l'eau revêtira toute son importance lors de la bataille pour la défense de la ville, où elle affrontera  le feu des serviteurs de Morgoth de façons diverses: Ecthelion recouvrera ses forces grâce à la Fontaine de la Place des Dieux, et c'est la même fontaine qui tuera Gothmog. Son assèchement assène au lecteur une triste vérité: Gondolin est perdue, tout comme Ecthelion est mort. Tolkien qualifie aussi cet affrontement de "batailles de flammes en des eaux fraîches",  mais on pourrait aussi dire "Morgoth contre Ulmo". Enfin, Ulmo aidera Gondolin et Eärendil jusqu'au bout, en recouvrant d'une brume (la vapeur d'eau provenant des sources asséchées par les dragons et balrogs) les survivants s'achappant de la cité, ce qui les rendra invisibles aux yeux des serviteurs de l'Ennemi.


d) La nature et la musique: "Loth, la Fleur", "Gondolin, la Pierre de Chanson"

La Nature se trouve être très présente à Gondolin, où les arbres sont "anciens" et les jardins constitués de "fleurs vives". La place des dieux abrite des "chênes et peupliers", "nombreux" et "magnifiques". On note aussi une "Allée des Roses" et la Compagnie de la "Fleur d'Or" dont le chef  est Glorfindel (dont le nom signifie Cheveux d'Or).  Mais la plus belle preuve de l'amour de la nature se trouve dans le souvenir des Deux Arbres d'Aman: "De chaque côté des portes du palais étaient deux arbres, l'un qui portait une floraison d'or et l'autre d'argent, et ils ne se fanaient jamais, car ils étaient d'antiques scions des Arbres glorieux de Valinor, et ces arbres les Gondothlim les nommaient Glingol et Bansil" (LCP, t2, III). Cependant la version du Silmarillion contredit le fait que les arbres se trouvent devant la porte, ainsi que la parenté entre les arbres de Gondolin et ceux d'Aman, puisqu'il ne s'agit que de sculptures: "Dans les palais de Turgon se dressaient des images des Arbres d'autrefois, taillées par le Roi lui-même avec le talent des Elfes. L'arbre qu'il sculpta d'or fut nommé Glingal, celui dont les fleurs étaient d'argent étaient Brethil" (Silm, XV). Cette référence au passé des Eldar semble aller de pair avec les honneurs faits aux Dieux: ce n'est pas parce que les Noldor ont été maudits qu'ils ont renié ce qu'ils ont abandonné, pas plus que les dieux qui ne les aident pas. Encore une fois, une des Maisons ou Compagnies de Gondolin porte le nom de l'Arbre. De manière plus générale, il convient de rappeler que deux des sept noms de Gondolin sont Loth (la Fleur) et Lothengriol (la Fleur qui fleurit sur la Plaine).
Mais la Nature est étroitement liée à la Musique, car les oiseaux "chantaient dans le branchage de leurs arbres anciens", et la musique elle-même est largement chantée par ces oiseaux,  qui étaient "de la blancheur de la neige" et dont les "voix" étaient "plus douces qu'une berceuse de musique". L'amour des oiseaux est retrouvé dans les Compagnies de l'Hirondelle et de l'Aile Blanche (celle des cygnes que Tuor croisa à Vi nyamar), et celui de la musique dans la Compagnie de la Harpe (sans oublier la Compagnie de la Fontaine, dont les soldats jouent de la flûte). Chose notable, durant la bataille finale les hurlements des orcs s'opposent aux clameurs des Gondothlim, ce qui sera vu dans la partie III. Mais en conclusion, souvenons-nous que Turgon avait voulu cette cité comme une image de Tirion la belle, sur Tùna en Aman, et que c'est ce qu'elle devint, "d'une beauté digne d'être comparée avec la cité des Elfes, Tirion d'au-delà des mers".

3) Sur Aredhel, Eöl et Maeglin

Aredhel était une elfe de sang royal qui vécut pendant longtemps à Gondolin aux côtés de s onRoyaumes du Beleriand frère, le roi Turgon le Sage. Mais en l'an 302 du Premier Âge, elle entreprit de rendre visite aux fils de Fëanor qui résidaient en Himlad, et partit en dépis des conseils de Turgon. "Pars donc, si tu le veux, mais cela va à l'encontre de tout ce que je sais, et je prévois qu'il n'en sortira que du mal pour toi comme pour moi." En effet, quiconque s'aventurait hors de Gondolin pouvait être pris par l'Ennemi et révéler l'emplacement de la Cité Cachée, et c'était une des plus grandes peurs des Gondothlim, avec celle d'être trahi par un Elfe réapparaissant étrangement après de longues années d'oubli et qui était en fait enchaîné à la volonté de Melko et ne servait que ses intérêts malveillants.

Note sur les esclaves de Morgoth: Car les esclaves elfes, surtout Noldor, qui peuplaient les mines de Melkor n'en sortaient qu'en s'échappant, ou en étant relâchés par Melkor pour espionner les Eldar. La peur des tourments de Melkor semblait souvent être la plus forte, si bien que les Eldar en vinrent à se méfier de leurs parents qu'ils avaient crus morts et qui s'étaient soi-disant échappés d'Angband. Rejetés, les fugitifs finissaient par se regrouper: à Gondolin, les forgerons de la Maison du Marteau étaient en réalité tous d'anciens esclaves de Melkor et leur taille était d'ailleurs bien inférieure à celle des autres Noldor, car courbée par les années d'esclavage.

Aredhel partit avec une escorte que lui avait donnée Turgon, mais ses gardes la perdirent en chemin et revinrent à Gondolin avec des nouvelles funestes. Elle avait pourtant bien continué à avancer vers l'Himlad, où elle trouva les gens de la Maison des fils de Fëanor, mais sans les fils eux-mêmes, et après les avoir attendus un an, elle repartit à l'aventure. C'est en pénétrant dans la forêt de Nan Elmoth qu'elle fut piégée par son unique habitant, qui tissa des sortilèges pour qu'elle ne puisse sortir et qu'elle arrive finalement à sa demeure. Il s'agissait d'Eöl l'Elfe Noir, un des plus grands forgerons elfes de son temps, avec qui elle se maria et eut un fils que son père nomma Maeglin ("Regard Vif") quand il eut 12 ans. Aredhel ne fut pas complètement retenue contre son gré, car elle se plaisait dans Nan Elmoth, mais Eöl lui ordonnait de fuir la lumière du jour et au fur et à mesure que le temps passait, elle en vint à regretter Gondolin. Maeglin était de son côté plein de qualités et noble d'esprit, et avec sa mère ils formèrent le projet de s'enfuir et de rejoindre la Cité Cachée. Ils partirent avec deux jours d'avance sur Eöl, mais celui-ci était si furieux d'avoir été dupé qu'il oublia qu'il n'aimait pas le Soleil et finit par arriver sur leurs talons aux Sept Portes qui protégeaient la cité.Eöl est mené sur les remparts
Aredhel et Maeglin furent "accueillis avec joie" (Silm, XVI) par Turgon et les habitants, et Maeglin prêta allégeance à Turgon, mais il était émerveillé par la cité et en particulier par la fille du Roi, Idril Celebrindal. Cependant, voici qu'Eöl arrive et, prétendant qu'Aredhel est sa femme, il est conduit par les gardes de Gondolin jusqu'à Turgon. Celui-ci le traita "honorablement, se leva, et voulut lui prendre la main", le déclarant son parent, mais il ne put lui cacher qu'il devrait rester à Gondolin; car telle était la règle pour tous ceux qui découvraient son entrée. A cela Eöl répondit avec mépris, et il retira sa main, crachant que les Noldor n'avaient aucun droit sur les terres qu'ils occupaient, et déclara qu'il partait avec Maeglin, avec ou sans le consentement de Turgon. "Turgon alors remonta sur le trône, il saisit le sceptre de la loi, et parla d'une voix sévère: "Tes forêts sans soleil ne sont défendues que par les épées des Noldor (...). Tu n'as qu'un seul choix: rester ici, ou mourir ici, et il en est de même pour ton fils"." Animé par son orgueil, Eöl déclara prendre le second choix pour lui et pour son fils, et il prit un javelot qu'il lança sur Maeglin. Alors Aredhel s'interposa et reçut le javelot dans l'épaule à la place de Maeglin, et elle mourut, si bien qu'Eöl fut condamné à être précipité depuis les remparts dans le Gouffre de Caragdür. Voyant que son fils Maeglin allait le regardait mourir sans rien dire, Eöl lui prédit une fin similaire."Alors c'est ici que tu perdras tout espoir, ici aussi que tu mourras de la même mort que moi!" Et ainsi mourut Eöl de Nan Elmoth. Mais le mal avait commencé à germer dans la paix de Gondolin.

II. La Guerre en Beleriand


1) Dagor Bragollach, Nirnaeth Arnoediad et la retraite de Turgon

a) Dagor Bragollach ou le retour de Melkor

Après deux siècles de paix, à l'hiver 455 de ce Premier Âge, Melkor attaqua soDagor Bragollachudainement; "et on dit que son désir fit taire sa raison, car s'il avait pu attendre un peu plus, jusqu'à l'achèvement de ses plans, les Noldor eussent péri jusqu'au dernier". Mais en réalité Melkor submergea les Elfes et ainsi s'amorça leur chute et la reconquête du Beleriand. Car les Noldor, en dépit de leur haine pour Melkor, avaient sous-estimé ses forces pendant qu'elles croissaient, lentement et sûrement dans les tréfonds d'Angband, et quand elles sortirent, jamais elfe n'avait vu d'armée plus grande et terrible. Pourtant, hormis Fingolfin, Angrod, et Aegnor, ils avaient été peu à s'en soucier, et cependant tous moururent à la fin.
Ard-galen, la Verte Région qui s'étendait devant Angband, s'enflamma soudainement: elle brûla les Noldor qui furent emprisonnés dans ses flammes et dès lors on renomma cette plaine  Anfauglith, la Poussière d'Agonie. Ainsi le siège des armées Eldalië soutenu depuis 400 ans fut-il emporté par Dagor Bragollach, la Bataille de la Flamme Subite, et les armées de Melkor, Glaurung le Père des Dragons en tête, se déversèrent sur le Beleriand.
Hithlum, le territoire occidental du Haut Roi des Noldor Fingolfin, fut défendu à grands-pertes, mais tint bon; et Gondolin ne fut pas touchée, car Melkor ignorait son existence. Mais Dorthonion tomba  tout comme Lothlann, et les armées de Melkor s'engouffrèrent à l'est en causant la défaite des fils de Fëanor qui les défendaient. Les Noldor, étaient séparés les uns des autres, avaient subi de très lourdes pertes, et faisaient face à un ennemi beaucoup plus puissant que ce qu'ils avaient escompté. Poursuivant sur son élan, Morgoth allait attaquer de nouveau en 457 et 462, réussissant même à s'emparer de la citadelle de Minas Tirith sur Tol Sirion, l'ancienne forteresse de Finrod Felagund.
Voyant dans Dagor Bragollach la fin de son peuple et la ruine finale des elfes, le Haut Roi des Noldor Fingolfin chevaucha vers Angband provoquer Morgoth en duel. Après sa mort, son fils Fingon, le frère de Turgon, prit la relève; les larmes cessèrent et la contre-attaque s'organisa.

b) Nirnaeth Arnoediad et la retraite de Turgon

A la même époque, un Silmaril fut arraché de la couronne de Melkor par Beren et Lùthien; et dans le coeur de Maedhros, le fils aîné de Fëanor, se dessina alors la certitude que Melkor pouvait être vaincu si on lui opposait  tous ses ennemis réunis. Maedhros entreprit alors avec Fingon de créer une ligue, qui rassembla, outre les Noldor, des Nains, des Hommes de l'Est (Easterlings) ainsi que des Hommes des Maisons de Haleth et de Hador, des maisons amies des Elfes; et en toute dernière vint, sans y avoir été invitée, l'armée de Gondolin, totalement inattendue, et sa venue fut comme une tempète de joie pour les Noldor.
Mais Melkor avait entendu les échos des projets de Maedhros bien avant l'heure de la bataille, et il avait envoyé en conséquence ses espions nouer des amitiés secrètes avec les hommes de l'Est. Il déjoua le plan de Maedhros et attira l'armée de Fingon, qui malgré l'ordre d'attendre fut emportée par la colère "et si féroce et rapide fut leur assaut que les plans de Morgoth en furent presque anéantis" (Silm, XX), car leur fureur les fit même pénétrer dans Angband, mais là ils furent pris, et les plans de Morgoth furent enfin prêts à être réalisés. "Au quatrième jour de la guerre commença Nirnath Arnoediad, la bataille des Larmes InnombraFingon et Gothmogbles, car aucun chant ou conte ne peut contenir toute sa peine". Ce jour-là de l'an 472, la Ligue fut repoussée avec vigueur par Morgoth; et au cinquième jour, alors que Turgon arrivait enfin aux côtés de son frère Fingon, Angband se vida et Fingon fut séparé de Maedhros, qui ne put contrer le mauvais coup de la trahison des Hommes de l'Est et fut défait; enfin Fingon se trouva aussi séparé de Turgon et fut tué par Gothmog en personne.
Alors Hurin dit à Turgon: "Allez maintenant, seigneur, pendant qu'il est encore temps! Car l'espoir des Eldar vit en vous, et tant que Gondolin se dressera, le coeur de Morgoth connaîtra encore la peur!"
Mais Turgon répondit: "Gondolin ne peut plus rester cachée longtemps, et tombera une fois découverte"
Alors Huor parla et dit: "Mais si elle tient encore un peu, alors de votre maison  viendra l'espoir des Elfes et des Hommes. Ceci je vous le dis, seigneur, alors les yeux de la mort: Quoique nous nous séparions maintenant pour toujours,  et que plus jamais je ne porterai mon regard sur vos blanches murailles, une nouvelle étoile s'élèvera de vous et de moi . Allez!"
Et Maeglin, le fils de la soeur de Turgon, qui se tenait à côté, entendit ces mots, et ne les oublia pas; mais il ne dit rien." (Silm, XX)
Alors Turgon ordonna à son armée de repartir et il s'en fut, emmenant avec lui à Gondolin ce qu'il put rassembler de l'armée et du peuple de Fingon, car il savait qu'il était protégé sur ses arrières par Huor et Hurin ainsi que par les restes des hommes de Dor-lomin, qui les empêcheraient d'être poursuvis. Mais Hurin fut pris vivant car Morgoth voulait désormais connaître l'emplacement de la cité du nouveau Haut Roi des Noldor, qui seule avec Nargothrond s'opposait encore à sa mainmise sur le Beleriand.



2) Tuor l'Envoyé d'Ulmo et le Refus de Turgon

En 472, la même année que Nirnaeth Arnoediad, naquit en Hitlum Tuor, fils de Huor. Et il fut tôt abandonné par Rian, sa mère, qui partit pour le Mont des Morts rejoindre son époux. Après avoir vécu seize ans aux côtés des Elfes Gris, il fut capturé et mis en esclavage par les populations d'Orcs et d'Orientaux qui avaient pris possession de l'ancien royaume des Noldor. Il endura trois années de captivité avant de s'enfuir et de vivre dans la solitude d'un hors-la-loi. En 495, Tuor traversa l'Hitlum vers l'ouest où il pénétra dans l'ancien territoire de Turgon, Nevrast, car Ulmo avait choisi Tuor "pour être l'instrument de ses plans" (Silm, XXIII) . Lors Tuor trouva les pierres délaissées de Vinyamar et s'empara des armes laissées par Turgon en 102 avant son départ, et enfin rencontra Ulmo lui-même, qui lui signifia la teneur de sa mission:
"Quel est donc mon but, Seigneur?"
" Cela même à quoi ton coeur a toujours aspiré, répondit Ulmo. Trouver Turgon, et de tes yeux contempler la cité cachée. (...) Seras-tu mon émissaire?
"Je le serai, Seigneur".
"(...). De la vaillance des Edain, toujours se souviendront les Elfes durant les siècles à venir (...). Mais ce n'est pas seulement pour ta valeur que je t'envoie, mais pour apporter au monde un espoir qui échappe à ton regard, et une lumière qui percera les ténèbres". (Contes et Légendes Inachevés, Premier Âge, I)Ulmo et Tuor
Sur sa route, Tuor rencontra Voronwë, un marin du dernier bateau que Turgon avait envoyé pour quérir de l'aide à l'ouest. De cette manière parvinrent-ils à Gondolin, car Voronwë était un Gondothlim qui connaissait le chemin de la Cité Cachée et il était dévoué à la mission divine qui était assignée à Tuor. Quand ils arrivèrent enfin à Gondolin, l'année 495 avait vu la cité de Nargothrond s'effondrer; et sa chute, orchestrée par Glaurung, signifiait que Gondolin demeurait le dernier bastion des Noldor en Beleriand, et le seul bastion elfique à se dresser encore contre Melkor, car la ruine était aussi tombée sur Doriath du fait du Silmaril de Thingol. C'est donc en ces temps où les orcs et les loups pouvaient traverser à leur guise les terres autrefois défendues que Tuor parvint à Gondolin. Là on le reconnut pour tel qu'il était, Tuor fils de Huor, honoré parmi les Elfes; mais aussi on vit l'armure de Nevrast dont il était revêtu, et que beaucoup reconnaissaient, car ils avaient vu Turgon "en personne suspendre ce harnais sur le mur, derrière le grand trône de Vinyamar" (CLI, PÂ, I). Mais enfin tous entendirent les paroles d'Ulmo qui sortirent de la bouche de l'Adan transfiguré:
"Voici, ô père de la Cité de Pierre, je suis mandé par celui qui fait de la musique au plus profond de l'Abysse, et qui connaît les esprits des Elfes et des Hommes, pour te dire que les jours de Libération approchent. Il est venu jusqu'aux oreilles d'Ulmo des échos de votre demeure et de votre colline de vigilance contre la malice de Melko, et il est heureux: mais son coeur est irrité et les coeurs des Valar sont pris de courroux, qui siègent dans les montagnes de Valinor et qui contemplent le monde puis le pic de Taniquetil, à considérer le chagrin dee la servitude des Noldoli et les errances des Hommes; car Melko les cerne dans le Pays des Ombres au-delà des collines de fer. C'est pourquoi j'ai été mené par un chemin secret pour te demander de compter tes armées et de te préparer à la bataille, car les temps sont mûrs". (LCP, t2, III) Turgon reçoit Tuor et Voronwë
"Turgon réfléchit longuement aux conseils d'Ulmo, et il lui vint à l'esprit les mots qui lui avaient été adressés jadis à Vinyamar: "Ne t'attache pas trop aux oeuvres de tes mains ni aux désirs de ton coeur, souviens-toi que le véritable espoir des Noldor est à l'Ouest et qu'il vient de la mer" Mais l'orgueil lui était venu au coeur, Gondolin lui semblait aussi belle que le souvenir de l'elfique Tirion et il se fiait encore à ses remparts invulnérables et secrets, même si Un Vala lui disait le contraire" (Silm, XXIII). Et finalement "Turgon dit qu'il était roi de Gondolin et qu'aucune volonté ne le forcerait contre son propre avis à mettre en péril le cher labeur de longs âges révolus" (LCP, t2, III). 
Ainsi Turgon prit-il cet avis pourtant contre son propre intérêt, car Melkor allait mettre tous ses forces pour trouver et détruire Gondolin. Mais si la ville semblait dès lors condamnée, étant la seule à s'opposer fièrement au joug de l'Ennemi, un espoir parut naître quand Tuor décida de rester à Gondolin car "son coeur était empli d'amour" pour Idril, la fille de Turgon. Tuor et Idril Celbrindal s'unirent après que se soient passées sept années depuis sa venue, au grand dam de Maeglin; et ce fut, après celle de Beren et Lùthien, la deuxième union des Hommes et des Elfes; puis en 503 naquit Eärendil, le futur tout premier  'Roi des Hommes de l'Ouest', ultime espoir des Eldar et des Edain contre la furie de Morgoth.

3) La recherche de Gondolin par Melkor et la trahison de Maeglin.

Peu après Dagor Bragollach, les jeunes frères Huor et Hurin étaient partis à la guerre et avaient été amenés à combattre si près de la mort que l'aigle Thorondor les avait fait secourir par deux aigles qui les amenèrent à Gondolin, "qu'aucun Humain n'avait encore vue". Ceci était en même temps le germe de l'espoir que celui de la défaite, car de cette manière Turgon rencontra Huor, le futur père de Tuor, et se lia d'amitié avec les deux frères; mais ayant quitté Gondolin  la faveur du Roi, les frères revirent leurs proches qui les questionnèrent sur leur absence d'une année; et leur silence, qu'ils avaient promis à Turgon, en fit deviner beaucoup quant à la nature de la vérité, et c'est ainsi que "l'étrange aventure de Hurin et Huor parvint aux oreilles des serviteurs de Morgoth" (Silm, XVIII)
En effet, Melkor était "inquiet malgré ses victoires, et voulut savoir à tout prix ce que faisaient Felagund et Turgon. Car ils s'étaient évanouis sans que nul n'en sache rien, pourtant ils n'étaient pas morts, et il craignait ce qu'ils pourraient entreprendre contre lui. Il connaissait bien le nom de Nargothrond, mais rien ni de l'endroit où elle se trouvait ni de sa force, il ignorait tout de Gondolin et en était d'autant plus inquiet en pensant à Turgon" (Silm, XVIII). Cet épisode explique la joie de Turgon quand ils se retrouvèrent, au plus fort de la bataille à Nirnaeth Arnoediad, et la teneur du discours des frères lorsqu'ils choisirent de mourir aux marais du Serech pour défendre la retraite de Turgon, le nouveau Grand Roi des Noldor. Mais comme Melkor avait entendu parler de "l'étrange aventure" des frères, il fit prendre Hurin vivant, sachant bien l'amitié qui l'unissait à Turgon. "Morgoth ne cessait de penser à Turgon, car de tous les ennemis qu'il voulait en premier capturer ou détruire, c'était celui qui lui avait échappé. Et ces pensées le troublaient, faisaient tâche sur sa victoire, d'autant que Turgon, de la Haute Maison de Fingolfin, était maintenant de droit Roi de tous les Noldor" (Silm, XX). Morgoth donc questionna Hurin, mais celui-ci "lui résista et l'accabla de moqueries". Hurin alors fut maudit, sa lignée destinée à s'éteindre, et lui, prisonnier, condamné à voir de ses yeux le destin s'accomplir. Quand enfin mourût son fils Turin Tùrambar,  Morgoth relâcha Hurin.  Il alla devant Echoriath, le cercle des Montagnes entourant Gondolin, mais là Turgon le laissa à l'extérieur, le jugeant corrompu; et quand enfin il se ravisa, Hurin avait disparu. Celui-ci pourtant, "ne se souciant pas d'être entendu", s'écria "Turgon, Turgon, souviens-toi du Marais du Serech! Ô Turgon, n'entends-tu rien derrière tes remparts?" (Silm, XXII). Ainsi les serviteurs de Morgoth qui avaient suivi Hurin entendirent-ils ces paroles, et l'Ennemi sut désormais où se tenait Turgon.
Morgoth disposait de bien des espions qu'il envoya vers Echoriath: des orcs, des serpents, des loups et des chiens, des fouines, des hiboux, des faucons. Tous  sont des animaux prédateurs: le serpent, l'hibou, le faucon, la fouine se nourrissent de petits mammifères; par ailleurs, les loups, fouines et hiboux sont connotés par leur activité nocturne élevée. Cependant ces serviteurs infatigables étaient aidés dans leurs recherches par les moins braves des esclaves Noldor (selon LCP) qui les avaient rejoints par peur des menaces de tourments. Leur aide fut précieuse, car ils étaient seuls capables de percevoir l'entrée secrète aménagée dans la montagne, ce "Chemin d'Evasion par où Tuor et Voronwë [étaient entrés] auparavant". D'autre part, de nombreuses créatures parvenaient à approcher les environs de Gondolin par les montagnes: selon LCP certaines purent voir Gondolin de loin mais ne purent continuer, du fait de la difficulté du terrain; le Silmarillion dit que les orcs qui s'approchaient trop d'Echoriath étaient immédiatement attrappés par les aigles, de sorte que le secret de l'emplacement de la cité fut gardé.
Cependant cette myriade d'espions n'aurait pas eu d'aboutissement s'il n'y avait eu ce que l'on peut considérer comme la plus grande trahison de l'histoire des Elfes, c'est-à-dire la fourberie de Maeglin. Un jour que celui-ci s'était aventuré dans les montagnes pour trouver des matériaux utiles à la forge, ce malgré l'interdiction de Turgon, il fut pris par des orcs qui patrouillaient. Selon LCP, alors que ceux-ci allaient le tuer, Maeglin révéla tout du dispositif de défense de Gondolin pour sauver sa vie, et fut amené à Angband où il participa activement à l'élaboration d'un plan pour prendre la cité. Selon le Silmarillion, il fut directement amené à Angband, où les tortures eurent raison de sa résistance et lui firent avouer l'emplacement de Gondolin. Dans les deux cas il revint sain et sauf à Gondolin avec la garantie qu'il "pourrait posséder Idril Celebrindal dès que la ville serait prise. Son désir pour Idril et sa haine pour Tuor facilitèrent la trahison". Cette trahison fut décisive pour Melkor car elle lui permit de cerner l'emplacement et de comprendre les défenses de Gondolin. Pourtant elle était aussi dirigée par le destin, car Maeglin était forgeron comme son père, et c'est pour cela qu'il fut pris; sa parenté avec Turgon lui permit de se faire une place auprès du roi, mais cela même lui interdisait une union avec Idril, qu'il aimait. Ce crime d'amour permet de réhabiliter quelque peu Maeglin, dont Tolkien dit qu'il n'était '"ni faible ni lâche". Pourtant ce fut par sa faute que Gondolin tomba, et désormais le destin n'avait plus beaucoup à attendre avant de s'abattre.

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Abréviations:
LCP:  Les Contes Perdus
Silm: Le Silmarillion
CLI: Contes et Légendes Inachevés

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 02:14
I. Genèse de Gondolin. (rejoindre l'article)
II La guerre en Beleriand (rejoindre l'article)

III. "Grande est la Chute de Gondolin"
 

Le 20 juin de l'année 510 du Premier Âge, toute la population de Gondolin, rassemblée sur les remparts, s'apprêtait à saluer l'arrivée du nouvel été. Les troupes de Melkor arrivèrent à ce moment de joie, comme lui-même autrefois lorsqu'il s'était introduit à Valinor pour détruire les Deux Arbres et que les Elfes festoyaient.  Au moment de la soirée où le soleil disparut à l'ouest, une lueur rouge se manifesta au nord,  "là où les montagnes étaient les plus hautes, et la garde moins importante" (Silmarillion).  En quelques heures, les hordes de Melkor étaient dans Tumladen.
1) Les forces en présence

a) Les armées de Melkor


Gothmog, le Balrog, était leur chef, étant le grand capitaine d'Angband et le fils spirituel de Melkor.
On distinguait alors les orcs, armés de cimeterres et de lances, qui formaient en même temps les troupes de choc et les troupes de pillage. Elles permirent à Gothmog de prendre rapidement des quartiers non défendus en se déversant dans la cité et de submerger les Elfes.
Les unités de cavalerie légère, les chevaucheurs de loups, étaient de petites unités et n'eurent pas à jouer un grand rôle (le principal enjeu de la bataille étant d'abord de prendre la Porte, puis de gagner la ville rue par rue), mais semblèrent assignées à attaquer les fuyards.
Ces troupes de fantassins et de cavalerie étaient appuyés par les Balrog (mot elfique donc invariable)  - une demi-douzaine probablement, même si Les Contes Perdus insistent sur des centaines, version que Tolkien rejeta finalement lui-même. Ce sont des esprits de feu, qui pouvaient aussi bien infliger des dégâts au corps à corps avec leurs griffes de feu et leur fouet, que tirer des flèches de feu pour produire un incendie dans la cité. Leur force impressionnante leur permit de faire littéralement tomber la grande Tour de Turgon.
Les Dragons, fils de Glaurung le Doré, furent d'une aide importante pour ce qui était de déblayer les points de résistance dans la ville ou de tenir une place, du fait de leur souffle et de leur taille, mais semblèrent moins mobiles et en même temps plus résistants que les Balrog.
Cependant ces troupes classiques de Melkor n'auraient jamais pu prendre la cité, n'eût été la trahison de Maeglin. Car celui-ci, qui était un grand forgeron, "poussa [Melkor] à façonner des bêtes comme des serpents et des dragons", et ces créatures artificielles étaient de métal ou de feu. On en distingue trois types:
Des transports d'orcs; "Certains étaient tout de fer si adroitement relié qu'ils pouvaient couler comme de lentes rivières de métal ou bien s'enrouler autour et par-dessus tout obstacle (...); ils étaient emplis dans leurs intérieurs profonds par les plus sinistres des Orcs". Pendant la bataille ils servirent également à entreposer les futurs esclaves.
Des transports de Balrog: "D'autres étaient des créatures de pure flamme qui se tordaient comme des cordes de métal fondu, et ils ruinaient tout tissu dont ils s'approchaient, et le fer et la pierre fondaient devant eux et devenaient comme de l'eau, et sur ceux-ci chevauchaient des Balrog"
Enfin, des Dragons de métal: " D'autres de bronze et de cuivre reçurent des coeurs et des esprit de feu brûlant, et ils réduisaient en cendres tout ce qui se trouvait devant eux par la terreur de leur souffle ou écrasaient tout ce qui échappait à leur ardeur".


b) Les armées de Gondolin


On doit distinguer pour Gondolin deux choses: Gondolin elle-même, ses remparts et protections immobiles; enfin ses forces proprement dites.
D'abord, les remparts, la fierté de Turgon; c'est leur grandeur qui incita Melkor à construire des monstres de métal pour les surmonter. Sur les remparts on trouvait des "engins et catapultes"; les uns servaient à arroser les ennemis de métaux fondus et de feu, les autres de flèches et de pierres.
A l'ouest, Sept Portes permettaient de défendre l'entrée de Gondolin. Les Sept Portes avaient érigées là en raison de la faiblesse constituée par le Chemin d'Evasion, qui se situait au sud-ouest de Tumladen, dans les profondeurs de l'Echoriath. Les Portes ne se situaient pas dans la plaine (contrairement au tableau de Ted Nasmith) mais directement dans le ravin sur la colline de Gondolin. Chacune des portes était faite d'un matériau différent et était finement ouvragée. Il y avait un type de garde pour chacune, mais c'était Ecthelion de la Fontaine qui commandait la dernière. Leur matériau était de plus en plus résistant: il y avait d'abord les portes de Bois, de Pierre, de Bronze, Fer forgé, d'Argent; puis se trouvait la Porte d'Or, la plus belle et la plus résistante des six portes érigées par Turgon avant Nirnaeth Arnoediad; mais la Septième l'avait été par Maeglin au retour de cette guerre, et c'était la Porte d'Acier.
Les deux seules sorties de Tumladen étaient donc le Chemin d'Evasion au sud-ouest, et le col des Aigles, ou Cirith Thoronath ou encore Cristhorn au sud, de parcours difficile et qu'aucune garde ne surveillait, sinon la vigilance constante des Aigles.Idril Celebrindal (emblème)
Une sortie dérobée à l'intérieur de Gondolin fut construite à l'initiative d'Idril Celebrindal, car la fille de Turgon « par sa pensée, possédait un grand pouvoir de pénétration de l'obscurité dans le coeur des Elfes et des Hommes, et des pénombres de l'avenir qui en découlaient – plus loin encore que le pouvoir habituel des peuples des Eldalië ». Ainsi en prévoyance du malheur à venir incita t-elle Tuor à organiser le forage de ce tunnel, qui amenait à plusieurs lieues au sud de Tumladen, près du Chemin d'Evasion, sans y mener tout à fait.

Enfin, les forces armées de Gondolin, comme sa population étaient divisées en onze Maisons. Chacune avait ses couleurs, son emblème, ses habiletés, et son chef. Lors du tumulte produit à la vue des armées de Melkor, les onze maisons se rassemblèrent avec discipline (probablement devant le Palais de Turgon). Elles étaient:
- La Maison du Roi; ses couleurs étaient de blanc, d'or, et de rouge, et ses emblèmes la lune, le soleil et le coeur écarlate; ce coeur était celui de Fingon, que Turgon avait arraché aux Orcs à Nirnaeth avant d'en faire son emblème. Leur mission était de ne pas entrer dans la bataille avec les autres les Maisons afin d'être dispos pour protéger le Roi si jamais elles étaient défaites.
La Maison de la Taupe, commandée par Maeglin, n'avait pas d'emblème; mais ses guerriers était vêtus couleur de sable, portaient des peaux de taupes, et se battaient avec des haches à double tranchant; beaucoup avaient « la mine sombre et le regard menaçant ».
La Maison de l'Hirondelle, commandée par Duilin, le plus sûr des archers; ses guerriers « portaient un éventail de plumes sur les heaumes, et leur parure était de blanc et de bleu foncé, et de pourpre et de noir; et ils montraient une pointe de flèche sur leurs boucliers ». (LCP, t2, III)
La Maison de l'Arche Céleste, commandée par Egalmoth, qui tirait plus loin que tous les gens de sa Maison et qui était le seul à combattre avec une épée courbe. Elle était composée des meilleurs archers; ils étaient donc placés sur l'enceinte. Leur richesse était grande et « leurs armes étaient serties de joyaux s'enflammant dans la lumière ».
Les Maisons du Pilier et de la Tour « obéissaient à Penlod, le plus grand des Gnomes en taille. »
La Maison de l'Arbre avait pour seigneur Galdor, le plus valeureux des Gondothlim; ses soldats étaient habillés de vert, et combattaient « avec des massues cloutées de fer ou bien avec des frondes ».
La Maison de la Fleur d'Or avait Glorfindel; et ses gens portaient un bouclier où figurait un soleil rayonnant?
La Maison de la Fontaine, dont les gens habitaient au Sud, avait pour chef Ecthelion; ils combattaient avec « des épées très longues et brillantes et pâles, et ils partaient à la bataille accompagnés d'une musique de flûtes ».
La Maison de la Harpe, commandée par le lâche Salgant, « qui flattait Maeglin »; il était lourd et trapu, le seul à cheval, et portait une harpe d'or. Leur blason était une harpe d'argent sur fond noir.
La Maison du Marteau de la Colère, dirigée par Rog, « le plus fort des Gnomes ». Elle était très nombreuse, et composée des meilleurs forgerons et artisans. « Ils combattaient avec d'énormes masses d'armes comme des marteaux, et leurs boucliers étaient lourds, car leurs bras étaient très forts ». Beaucoup parmi eux s'étaient échappés des mines de Melkor et « la haine de cette maison envers les oeuvres de cet être maléfique (...) outrepassait tout ». Leur emblème était « l'Enclume frappée, et un marteau lançant des étincelles était représenté sur leur bouclier ».
A ces onze Maisons s'ajouta celle de Tuor, la Maison de l'Aile, car Idril lui avait donné pour conseil « que certains des plus valeureux et les plus loyaux des seigneurs et des guerriers des Gondothlim fussent choisis avec grand soin et (...) devaient être groupés en une garde robuste, et porter son emblème et devenir ses gens, et de faire ainsi sous le prétexte du droit et de la dignité d'un grand seigneur, de la famille du Roi ». Le secret du chemin creusé sous Gondolin ne fut révélé qu'aux guerriers de cette Maison, afin qu'aucune oreille malveillante ne puisse avoir connaissance de cette issue. Mais Maeglin avait fini par en entendre parler et avait pris ses dispositions pour contrecarrer ce plan.

2) "Melko est sur nous"


Résumé succinct de la Prise de Gondolin

 "La ville fut assiégée sans espoir de salut" (Silm, XXIII)
1) La porte Nord cède et Gothmog tient rapidement une partie de la cité nord.
2) Les Gondothlim reculent progressivement et l'incendie se déclare dans la cité, mais Rog effectue sa sortie meurtrière.
3) A la mort de Rog les Gondothlim reculent à nouveau vers le centre; Gothmog a gagné la moitié de la ville et n'avance pas plus en attendant l'acheminement des Balrogs.
4) Les Balrogs débarquent, les forces convergent vers la Place du Roi; mort de Gothmog et d'Ecthelion. Le Roi tient un dernier conseil et jette sa couronne; il s'enferme dans sa tour; Tuor et les survivants s'en vont, excepté la Maison du Roi; destruction de la Tour par les Balrogs et mort de Turgon.
5) Tuor et Idril gagnent le passage et s'enfuient. Une fois dans la plaine, une partie des survivants s'en va vers le chemin d'Evasion vers un destin de mort; Tuor et les autres montent vers la Faille des Aigles; la ville est en flammes.
6) Les Aigles viennent au secours des rescapés attaqués par les orcs; mort de Glorfindel et errance de Tuor et des huit cents survivants, qui descendent le Sirion jusqu'en Arvenien.
(Pour un résumé précis de la bataille lire les pp231-263 des Contes Perdus tome 2, Edition Pocket.)


a) La bravoure des Gondothlim

Malgré la supériorité numérique écrasante, les Eldar parvinrent à infliger force de revers aux armées de Melko; des exploits très nombreux furent accomplis, et en vérité beaucoup le furent par Tuor. Cependant si les Gondothlim n'eurent pas peur de se battre et le firent vaillamment, il est inutile de parler de tous ici alors qu'il est important d'en dénombrer trois principaux:
Dans les premières heures de la bataille, alors que les orcs tenaient la Porte Nord, un incendie se déclarea dans la cité du fait des Balrog en contrebas des remparts, qui tiraient des flèches enflammées. Alors la Maison du Marteau, qui affrontait depuis le début les orcs et perdait progressivement du terrain "sous le nombre toujours croissant", effectua une percée, remonta jusqu'à la Porte et effectua une sortie inattendue. Fondant sur Tumladen, Rog entraîna la Maison du Marteau à l'assaut des Balrogs, "et le nombre des balrogs qui périt là fut un prodige et une terreur pour les armées de Melko, car avant ce jour jamais un Balrog ne périt des mains d'un Elfe ou d'un Homme". Cependant Gothmog referma sur eux un piège mortel en les empêchant de revenir dans la cité. Promise à la mort, "la Maison du Marteau se dispersa en tous sens, frappant et tailladant les troupes stupéfaites de Melko (...). Là autour de Rog ils périrent, frappant jusqu'au dernier". L'exploit de Rog exprime combien il aurait été nécessaire pour Gondolin de faire une sortie dès le début, comme l'avaient conseillé Tuor et les autres seigneurs, Rog compris. Rog effectua donc cette sortie sans en avoir reçu l'ordre et contre l'avis du Roi, qui était enclin à écouter les paroles corrompues de Maeglin, et prouva par l'exemple le tort de Turgon, car on peut voir aussi qu'aucune Maison ne les suivit, et que Turgon était décidé à défendre une cité au prix des nombreuses pertes qui allaient suivre.
Glorfindel et le Balrog Le deuxième grand haut fait de la bataille fut accompli par Ecthelion de la Maison de la Fontaine. Les Gondothlim, submergés, reculèrent jusqu'à la Place du Roi où convergeaient les armées de Melkor, et là, au coeur du carnage qui s'ensuivit, s'avança Gothmog, le capitaine des armées d'Angband. "Alors bondit Ecthelion, seigneur de la Fontaine, le plus beau parmi les Noldoli, droit sur Gothmog (...) et le Balrog hurla et tomba en avant; mais tous deux chutèrent dans le bassin de la fontaine (...). Là cette créature trouva sa destinée mortelle; et Ecthelion sous son fardeau d'acier coula dans les profondeurs, et ainsi périt le seigneur de la Fontaine après bataille de flammes en eaux fraîches". Ecthelion était mort, mais la mort de Gothmog, Prince des Balrogs, constitua une des plus grandes victoires au sein de la bataille, et vengea en partie la mort de Fingon.
Le dernier exploit se déroula après la bataille, lorsque Tuor, Idril, et Eärendil, accompagnés de tous les rescapés qu'ils avaient pu trouver, furent attaqués par une troupe d'orcs dans le Col des Aigles. Un Balrog apparut alors: "Glorfindel bondit en avant sur le Balrog et son arume dorée luisit étrangement sous la lune". Glorfindel, qui commandait la Maison de la Fleur d'Or, combattit contre ce démon avec "ardeur" dans un "combat mortel", le "repoussant", et lui infligeant un véritable "tourment de la douleur et de la peur", malgré le fait que ce démon "faisait deux fois sa taille". Enfin Glorfindel "réussit à percer le ventre du Balrog" mais en tombant celui-ci "s'aggripa aux mèches jaunes de Glorfindel (...) et tous deux tombèrent dans le gouffre" (le même scénario se produisit avec Gandalf, le Balrog emportant son ennemi dans la mort). Ce Glorfindel, Seigneur de la Fleur d'Or, est le même qui au cours du Troisième Âge prédit que le Roi-Sorcier d'Angmar ne serait pas tué par un homme, et qui plus tard sauva Frodon des Nazgûl (voir le Seigneur des Anneaux). Après sa mort contre le Balrog, l'esprit de Glorfindel quitta son corps (comme il est toujours le cas pour les elfes) gagna les Cavernes de Mandos, cavernes de l'attente où sont rassemblés les esprits des morts. Là il lui fut permis de se réincarner, et ainsi naquit-il une nouvelle fois en Terre du Milieu: et c'était bien le même, avec les mêmes souvenirs du Premier Âge

b) "Bataille de flammes en eaux fraîches"

Il est intéressant de voir à quel point Tolkien oppose les éléments du feu et de l'eau, assimilés aux deux divinités protectrices des deux armées: Melkor et Ulmo. En réalité, toute la bataille tourne autour de leur combat personnel. On a vu combien l'élément de l'eau était présent dans la cité (voir I. 2. c. sur les fontaines et rôle d'Ulmo dans la création de la cité) et que Melkor utilisait des Balrog (divinités de feu), des Dragons, et des machines (qui peuvent être de flamme ou avec un coeur de feu). Le relevé et l'analyse de ces éléments permet de bien mieux comprendre l'enjeu et l'issue de la bataille.
La Chute de Gondolin (Alan Lee) Le fait que les Balrogs aient enflammé la cité peut être caractéristique de n'importe quel siège, mais Gondolin était une ville aquaphile, et l'approche seule des serpents de métal et de feu fit que "toutes les sources de la cité, hormis seule la fontaine du Roi, s'échauffèrent et fumèrent" (on sait que la fontaine de la Place du Roi était la plus profonde). On remarque aussi que les eaux qui dévallent les pentes d'Amon Gwareth " éteignent les flammes" de ces démons. Malgré tout à la Place du Puits "les eaux étaient polluées des carcasses [des orcs]". Mais le fait le plus significatif est l'épisode de la mort de Gothmog. Ecthelion avait été blessé et rammené par Tuor à la Fontaine du Roi où, évanoui, Tuor " lui donna à boire, éclaboussant son visage afin que son évanouissement le quittât". Alors que Tuor combattait aux alentours, Ecthelion "gisait au bord de la Fontaine". C'est pourquoi quand Gothmog apparut le seigneur de la Maison de la Fontaine était "de la pâleur de l'acier gris "et  que son "bras-bouclier pendait sans vie"; pourtant, la Fontaine permit à Ecthelion de recouvrer ses forces et d'accomplir l'exploit que l'on sait. Au moment le plus intense de la bataille, sur la Place du Roi, ce fut le paroxysme du combat de l'Eau contre le Feu, d'Ulmo contre Morgoth, à représentants interposés, ce que synthétise Tolkien dans sa formule "bataille de flammes en eaux fraîches". Ainsi Ecthelion, qui était bien " de la Fontaine", représente l'eau, et Gothmog, qui était un Esprit de Feu ou Balrog, lui est antithétiquement opposé. Leur affrontement les annule donc, et tous deux périrent. Par ailleurs, la Fontaine permit aussi à Tuor de se reposer et d'accomplir d'autres combats.
Cependant après leur duel la Fontaine fut assechée; la disparition de l'eau de la Fontaine dans le conte est tragique et correspond à la mort d'Ecthelion et au fait que Gondolin est perdue. Ainsi Melkor, en ayant asséché les sources de Gondolin et mis la ville en flammes, fut-il victorieux en partie sur Ulmo. Mais seul Ulmo savait ce qu'il en était véritablement: c'est grâce à lui que les survivants qui s'enfuirent dans Tumladen furent protégés par une brume, qui les dissimula; "ces airs brumeux" d'ailleurs créés par les évaporations des sources de la ville. Après la bataille, Ulmo pouvait encore espérer gagner la guerre, car les rescapés portaient dans leurs bras Eärendil, l'ultime espoir des Enfants d'Ilùvatar.
On peut aussi remarquer que l'eau n'était pas le seul élément à dépérir du fait de Melkor, et la parole de Turgon "Et maintenant [Ulmo] laisse se faner [La Fleur de la Plaine] dans le feu" le montre bien. Peu avant la chute de sa tour, les deux Arbres (qui dans le Silmarillion ne sont que des images taillées) étaient bien mal en point: "Glingol était flétri (...) et Bansil entièrement noirci"; l'Allée des Roses était devenue une "ruelle de noirceur", et la Place du Puits qui "avait auparavant abrité de nombreux arbres (...) était pleine de l'émeute (...) de ce peuple hideux". Le même relevé peut se faire concernant la musique, qui était l'un des éléments de Gondolin: Ecthelion arriva en renfort avec "une douce musique" mais les orcs poursuivis par Rog émettèrent des "hurlements [qui] déchirèrent les airs". Si en effet Rog parla " d'une voix puissante" ou "élève sa voix puissante" pour effrayer ses ennemis, le dragon de feu blessé par Tuor et Gothmog touché par Ecthelion "hurlèrent" tous deux, de même que les orcs qui "hurlèrent de dérision" quand Turgon "s'écria d'une voix pareille à une corne soufflée au milieu des montagnes".

3) L'accomplissement des destinées

de Maeglin
Alors que le combait venait de s'engager à la Porte Nord, Tuor passa faire ses adieux à Idril. Arrivé à sa demeure il vit les gens de Maeglin, et aussi Maeglin qui avait emporté Idril sur les remparts pour lui faire voir la chute cruelle de son fils dans les flammes du contrebas. "Tuor fut sur lui et sa fureur était terrible à voir". Tuor prit sur les murs Maeglin et le "lança au loin (...). Longue fut la chute de son corps, et il frappa Amon Gwareth trois fois avant de chuter au milieu des flammes" Maeglin mourut donc comme son père le lui avait prédit, et personne, malgré les circonstances qu'on pourrait lui prêter, ne le pleura car "le nom de Maeglin a disparu dans la honte d'entre les Eldar et les Noldoli".

de Turgon
Profitant du désarroi lors de la chute de Gothmog, la Maison du Roi attaqua et dispersa les forces de Melkor. Les rescapés se rallièrent devant le Palais où se tenait Turgon et alors il dit  "Grande est la chute de Gondolin", et tous tressaillirent". Ils se tenaient là, Turgon et Tuor, "comme ils s'étaient tenus lorsque Tuor annonça l'ambassade d'Ulmo. Mais Turgon dit "Le malheur ai-je mené sur la Fleur de la Plaine malgré Ulmo, et maintenant il la laisse se faner dans le feu. Voici! Il n'y a plus d'espoir en mon coeur pour ma cité de ravissement, mais les enfants des Noldoli ne seront pas toujours vaincus". Alors Turgon jetta sa couronne, et Glingol qui la ramassa lui représenta, mais il la refusa et monta "au pinacle de la tour blanche"; et de là il leur cria "Grande est la victoire des Noldoli!", mais jamais plus on ne l'entendit, car il voulut seul affronter le destin qu'il s'était forgé. Ce dépit peut s'expliquer par le fait qu'il ait enfin compris pourquoi Ulmo l'avait mis en garde contre son attachement à Gondolin: son aveuglement et sa croyance en l'invulnérabilité de la cité, sa confiance en Maeglin furent pour une part responsable de la chute de Gondolin. Cependant l'amour qu'il nourrissait pour sa cité prenait sa source dans la nostalgie de Tirion, l'abandonnée des Noldor; et Ulmo le savait bien, de la même manière qu'il avait prévenu Turgon de la trahison de l'un des siens. Destin et destinées se mélèrent encore lorsque le secret absolu de la cité fut trahi par Turgon lui-même, quand il cèda la sortie à sa soeur, qui eut pour fils Maeglin, ou aux frères Huor et Hurin, dont l'aventure ne passa pas inaperçue, mais qui sauvèrent le secret de Turgon à Nirnaeth Arnoediad et grâce à qui s'éleva Tuor. Ainsi peut-on expliquer ce "malheur" qu'il amena sur sa propre cité.

de Tuor, Idril et Eärendil
C'est donc grâce à la clairvoyance d'Idril qu'il y eut des rescapés, et parmi eux Eärendil; elle seule avait pressenti le sort de la cité et avait mis au point une solution pour y échapper. Mais on doit apprécier à quel point Idril perçait le voile du destin car le forage du tunnel avait commencé avant la trahison de Maeglin, et car toujours pressant Tuor (qui la suivait car "meilleure est n'importe quelle idée en l'absence de conseil") d'accélérer le forage, elle lui avait dit "cette voie ne doit pas mener vers le Chemin d'Evasion (...) mais au contraire jusqu'en ce col très lointain de la Faille aux Aigles"; en effet, Maeglin allait apprendre plus tard l'élaboration de ce tunn La fuite de Gondolin el et en conséquence indiquer aux troupes de Gothmig de s'y rendre afin d'y surprendre des rescapés. Et c'est ce qui se produisit car "une grande compagnie d'hommes et de femmes se sépara de Tuor et s'en fut vers Bad Uthwen, et là dans les mâchoires d'un monstre". Les rescapés qui avaient assisté à l'exploit de Glorfindel étaient environ 800; de là on peut en déduire que la compagnie qui emprunta le tunnel devait s'approcher des 1500; mais un dizième moururent dans le tunnel du fait d'éboulements. Après avoir erré longtemps en descendant le Sirion jusqu'au Lac du Crépuscule (Aelin Uial) et en endurant des escarmouches ainsi que les maladies, cette compagnie fut au final réduite à 580 survivants, un bien triste reste des Gondothlim quand on sait que déjà, devant probablement chaque porte de Gondolin, se trouvaient 300 archers. Les rescapés "prirent le nom de Lothlim, le peuple de la fleur, car Gondothlim est un nom trop douloureux pour leurs coeurs".
Mais Gondolin avait rempli son rôle: elle n'aurait pu, seule, vaincre contre Melkor, mais avoir tenu fièrement contre lui pour abriter l'espoir qui allait déclencher la Guerre de la Colère fut sa victoire. Tuor, vieillisant, qui se languissait de la mer depuis qu'il était venu à Vinyamar, prit la mer en secret, et l'immortalité lui fut accordée à Valinor. Eärendil tenta de le retrouver chez Mandos et fit naufrage, mais Ulmo le sauva et lui ordonna de naviguer vers Kôr (Tirion), lui disant "car pour ceci as-tu été sauvé de la destruction de Gondolin". Idril prit la mer seule un soir et se rendit à Valinor retrouver Tuor. Quant à Eärendil, désormais porteur du Silmaril arraché par Beren et Lùthien de la couronne de Morgoth, sa mission était de demander pardon aux Valar. "Les Valar tinrent conseil (...). Eärendil parut devant eux et leur porta le message des Deux Races. Il demanda pardon pour les Noldor, pitié pour leurs souffrances, grâce pour les Elfes et les Humains et secours pour leur détresse. Sa prière fut entendue." (Silm, XXIV) L'armée de l'Occident franchit Belegaer, "Beleriand s'embrasa", et Melkor fut vaincu.

IV. Historiographie de La Chute de Gondolin:
Le legs de Gondolin dans l'oeuvre de Tolkien


Lectures et choix de lecture

Tout d'abord, le caractère unique de Gondolin s'exprime en dehors de toute lecture par la documentation exceptionnellement abondante qui la concerne; Pas moins de trois textes sont entièrement dédiés à sa chute: au sein du Silmarillion, le chapitre XXIII, Tuor et la Chute de Gondolin, qui fait consensus; dans le Second Livre des Contes Perdus, le chapitre III, La Chute de Gondolin, qui est le plus riche; et dans les Contes et Légendes Inachevés, le chapitre I, De Tuor et de sa venue à Gondolin, qui se concentre sur l'aventure de Tuor. A ces proses s'ajoute le fameux et fragmentaire lai La Chute de Gondolin (au sein des Lais du Beleriand, II, 3).
Les différences entre les textes sont parfois énormes, c'est pourquoi j'ai pris soin de préciser à chaque fois d'où venait la citation, si citation il y a. Autrement, le découpage de l'histoire a fait l'objet d'un questionnement, et j'ai la plupart du temps laissé le choix au lecteur pour ce qui était de savoir si Glingol et Bansil étaient de vrais arbres ou bien de simples sculptures, si Melkor connaissait l'emplacement de la cité ou non, si Maeglin révélait simplement l'emplacement de Gondolin ou aidait à la construction des machines de fer (Christopher Tolkien commente d'ailleurs qu'il aurait alors été "un transfuge de bien grande valeur!") mais les textes, en particulier en fait ceux du Silmarillion et des Contes Perdus, sont si imbriqués (car le texte du Silmarillion est une synthèse) qu'il paraissait nécessaire de les faire voir ensemble, et non de trancher en faveur d'une version plus récente qui ferait l'unanimité ou non. Ce qu'il fallait c'était retranscrire l'avec le plus de précision l'épopée entière de Gondolin, qu'importe si le personnage de Maeglin avait eu une évolution dans l'esprit de Tolkien, ceci n'important que si l'on faisait un tableau à son sujet (dans le Silmarillion il n'est "ni faible, ni lâche" alors que dans LCP il aide même Melkor sans en être obligé).
La plus grande différence cependant, et il faut noter, concernait les Balrog, que Tolkien dénombrait par "centaines" dans LCP, si bien que Tuor en tue trois, Ecthelion quatre en comptant Gothmog et qu'un assaut vigoureux en tua " deux vingtaines, ce qui fut une très grande prouesse en vérité". Devant l'étonnante facilité avec laquelle les Elfes pouvaient tuer un Balrog alors que Gandalf, lui, dut peiner pendant bien des heures avant d'y parvenir, il était certain que cette fois l'évolution du Balrog dans la démiurgie tolkienienne le faisait partir d'une trop grande faiblesse pour qu'il soit intégré à l'ensemble de l'histoire, et d'ailleurs Tolkien corrigea à la fin de sa vie en disant qu'il n'y en avait que "sept, au plus". J'ai donc cette fois-ci tranché en défaveur des Contes Perdus; mais pour le reste il est certains qu'un trop grand nombre d'éléments restent généralement inconnus peut-être à cause de ce dédain de la version "primitive", alors qu'il s'agit (à mon avis) des textes les plus riches et les plus intéressants.
Cependant, j'ai eu recours à de nombreux autres textes pour offrir un panorama complet sur Gondolin. Ainsi dans le Silmarillion, le texte Tuor et La Chute de Gondolin (le chapitre XXIII) ne concerne t-il qu'une partie de l'histoire, et retrouve t-on le reste du conte éparpillé dans d'autres chapitres; par exemple la découverte de la vallée de Tumladen par Turion est-elle située dans le chapitre XIII (Le retour des Noldor) et la construction de la cité entamée au chapitre XV (Les Noldor à Beleriand). Ces textes sont bien entendu tout aussi nécessaires pour la compréhension de l'histoire générale que celui qui traite de la Chute proprement dite; difficile en effet d'écarter l'histoire de Maeglin (chapitre XVI). A ceci s'ajoutent les lectures concernant Tirion (LCP t1, V; Silmarillion, V, IX, XXIV;  les Lais du Beleriand, II, 1), utiles pour la comparaison avec Gondolin, et tout ce qui concerne enfin le contexte historique.

Le souvenir de La Chute de Gondolin dans l'oeuvre tolkienienne:
Le chant de Gimli "Le monde était jeune..."

Dans le conte de la Chute de Gondolin, nombreuses sont les références au futur, car l'histoire est racontée bien après les évènements par des elfes vivant en Aman. Le narrateur (Petitcoeur, fils de Bronweg) fait une intrusion dans son texte, rompant le temps du récit par le temps du discours. Ici ces commentaires concernent presque exclusivement le siège de la ville, par exemple lorsque Rog effectue sa sortie: "Une grande action fut cette sortie, comme les Noldoli la chantent encore". Petitcoeur ajoute plus loin que "on chante encore que chaque homme du Marteau de la Colère prit la vie de sept ennemis". Au moment de la contre-attaque d'Ecthelion, il précise "et on dit que le peuple d'Ecthelion occit là plus de gobelins que jamais il n'en tombât dans toutes les batailles des Eldalië". Lors de la bataille près de la Place du Roi, on lit que "cette résistance fut la plus obstinée et la plus valeureuse dont on se souvienne dans tous les chants ou dans quelque conte". Il n'est pas non plus du plus inutile de relever que "Toujours, les Eldar disent lorsqu'ils voient un combat courageux d'un pouvoir bien faible contre une furie de maléfice: "Hélas, C'est Glorfindel et le Balrog".
Si l'on se place du point de vue de Tolkien écrivant son récit, c'est inscrire, dès l'écriture du conte, le souvenir de Gondolin dans la mémoire de ceux qui vécurent après elle, comme Petitcoeur. Mais la vérité est que l'histoire de Gondolin est si grande qu'elle transcende son histoire pour s'inscrire dans d'autres. Ainsi les commentaires de Petitcoeur fils de Bronweg ne sont-ils pas exagérés.

Dans le Seigneur des Anneaux (livre II, 3), lorsque la Compagnie traverse la Moria, Gimli entonne un chant:

"Le monde était jeune et les montagnes vertes.
Aucune tache encore sur la Lune ne se voyait,
Aucun mot n'était apposé sur les rivières ou les pierres,
Quand Durïn s'éveilla et marcha solitaire. (...)

Le monde était beau, les montagnes altières
Aux Jours Anciens d'avant la chute
De puissants rois en Nargothrond
Et en Gondolin, qui maintenant
Au-delà des Mers Occidentales ont disparu ;
Le monde était beau en l'Ere de Durïn (...)"

Hormis dans ce même livre II où Elrond dit qu'il est le fils d' "Eärendil, né à Gondolin" ce poème est bien la seule référence à Gondolin dans le Seigneur des Anneaux. " La chute de puissants rois"  fait référence aux Ve et VIe siècles du Premier Âge (Nargothrond chute en 495, Gondolin en 510), peu avant la Guerre de la Colère qui balaiera le Beleriand. Donc la "beauté" se situe donc dans une période qui va jusqu'à la Chute de Gondolin, qui marque l'entrée dans une période sombre. D'ailleurs, s'il fallait faire une analogie dans l'Histoire, je comparerais volontiers Gondolin à Troie, car sa chute (vers 1250 av. JC) correspond justement à ce que les historiens appellent les Âges Sombres; l'autre ressemblance est que les rescapés, dans les deux cas, s'enfuient par un chemin secret pendant que la ville brûle. Notons que c'est cependant l'antique cité grecque de Thèbes qui est connue pour ses Sept Portes.
Revenons au chant de Gimli: cette référence peut paraître mince, mais elle offre l'aperçu unique de ce dont parle Petitcoeur fils de Bronweg: les chants. Le poème de Gimli ne parle pas particulièrement de Gondolin, mais  les poèmes qui abordent Gondolin d'habitude sont différents: ils ne sont pas insérés dans le contexte d'une autre histoire comme celle du Seigneur des Anneaux. Ce sont des poèmes livrés dans des recueils comme dans les Lais du Beleriand, des poèmes qui forment déjà un tout. Bien entendu ces poèmes, que j'ai cités plus haut comme bibliographie, sont censés avoir été et être chantés par des elfes. Mais ils ne le sont pas en contexte, on entend pas les elfes les chanter quand on croise des elfes dans tel ou tel récit. Ici  il s'agit d'un chant dit par un protagoniste, Gimli, au sein d'une histoire totalement différente de Gondolin, celle du SdA. La réalité de l'immortalité de Gondolin, qu'évoque Petitcoeur au sein du Conte, est confirmée par cette évocation de Gondolin dans le chant de Gimli. C'est ce qui fait de ce poème une pièce unique, rien que par l'évocation de cette cité antique.
Le souvenir de La Chute de Gondolin dans l'oeuvre tolkienienne:
La découverte des épées de Gondolin dans Bilbo le Hobbit
 
Une référence peut-être moins riche de sens mais plus croustillante historiquement est donnée dans l'autre oeuvre majeure de Tolkien, Bilbo le Hobbit. Je n'insiste pas sur le fait que Gondolin est ainsi citée dans chacune des oeuvres de Tolkien, car beaucoup d'autres mythes le sont; cependant la plupart  de ceux-ci sont des mythes souvent proches des protagonistes (histoire de Nùmenor pour Aragorn, Beren et Lùthien pour Arwen, etc.), contrairement à Gondolin qui n'a que peu légué d'elle-même (ses rejetons n'ont pas fondé de royaume) mais dont le mythe traverse tout de même les Âges de la Terre du Milieu. (pas loin de 6000 ans entre sa chute et Bilbo ou le SdA). Ainsi, alors que Gandalf, les nains, et Bilbo sont dans l'antre d'un Troll (chapitre 2):

"Il y avait quantité d'effets suspendus au mur (...) et parmi ceux-ci se voyaient plusieurs épées (...). Deux attirèrent particulièrement leur regard à cause des superbes fourreaux et des gardes enrichies de pierreries. (...)
"On dirait de bonnes lames, dit le magicien, les tirant à demi et les regardant avec curiosité. Elles n'ont pas été forgées par un Troll, ni par un homme de cette région ou même de ce temps. Mais nous en saurons plus quand nous aurons pu déchiffrer les runes qui y sont gravées"

Par la suite (chapitre 3):

"Elrond savait tout des runes de toute sorte. Ce jour-là, il examina les épées qu'ils avaient emportées du repaire des trolls, et il dit: "Elles n'ont pas été fabriquées par les trolls. Ce sont des épées anciennes, très anciennes, des Hauts Elfes de l'Ouest, ma famille. Elles furent forgées à Gondolin pour les Guerres des Gobelins. Elles doivent venir d'un trésor de dragon ou d'un butin de gobelin, car cette ville fut détruite il y a des siècles par les dragons et les gobelins. Cette épée, Thorïn, les runes la nomment Orcrist, le fendoir à gobelins dans l'ancienne langue de Gondolin. Ceci, Gandalf, était Glamdring, le marteau à ennemis que portait jadis le roi de Gondolin. Gardez-les bien!
- Comment sont-elles venues entre les mains des trolls, je me demande? dit Thorïn, examinant son épée avec un intérêt nouveau.
- Je n'en sais rien, répondit Elrond, mais on peut penser que vos trolls avaient pillé d'autres pilleurs ou étaient tombés sur les restes d'anciens brigandages dans quelque trou des montagnes de jadis."

On en apprend par la suite un peu plus (chapitre 4):

"Et il ne s'est pas expliqué sur ceci!
[Le gobelin] tendit l'épée que Thorïn avait portée, cette épée qui venait de l'antre des trolls.
Le grand Gobelin poussa un hurlement de rage véritablement affreux quand il la regarda, et tous ses soldats grincèrent des dents, entrechoquèrent leurs boucliers et trépignèrent. Ils avaient aussitôt reconnu l'épée. Elle avait tué bien des gobelins en un temps, quand les elfes blonds de Gondolin les pourchassaient dans les collines ou bataillaient devant leurs murs. Ils l'avaient appelée Orcrist, le fendoir à gobelins, mais les gobelins l'appelaient simplement Mordeuse. Ils la haïssaient (...).
Glamdring, le marteau à ennemis. Les gobelins l'appelaient seulement Batteuse, et ils la haïssaient encore plus que Mordeuse, si la chose était possible".

L'une des énigmes de ce texte (à laquelle il est bien difficile de répondre) est la rapidité avec laquelle les gobelins (ou orcs) reconnaissent les deux épées. L'ont-ils jamais vue -et si c'est le cas, à l'oeuvre, donc à Gondolin, il y a 6000 ans? Ou en ont-ils tous seulement entendu parler et leur peur s'est répandue comme une rumeur (mais comment expliquer qu'ils les aient reconnues au premier coup d'oeil, eux qui ne lisent pas les runes elfiques?) ? Toujours est-il qu'un élément auquel aucun texte précédemment cité ne faisait allusion est apparu: Glamdring, l'épée de Turgon. Certes, il s'agit d'une broderie sur le thème récurent chez Tolkien du passé, lointain, afin d'en faire connaître la profondeur au lecteur; mais toujours est-il qu'Elrond ajoute un élément que nous pourrions intégrer au récit des Contes Perdus ou du Silmarillion, ce qui est une référence à Gondolin d'un genre vraiment nouveau, puisque les références dont on parlait jusqu'ici se contentaient de citer Gondolin sous un aspect que l'on connaissait déjà. C'est parce qu'il s'agit finalement d'une référence, non aux textes de Tuor et la Chute de Gondolin, mais à Gondolin elle-même, celle qui pour eux a existé il y a plus de six millénaires, une référence intra-diégétique, que seuls peuvent faire ceux qui vivent en Terre du Milieu. Cette seule indication d'Elrond nous fait partir de ce qu'a écrit Tolkien et ouvre une fenêtre sur ce qu'il n'a pas écrit, sous-entendant que bien d'autres éléments au sujet de ces épées (comme sur n'importe quel sujet) pourraient être ajoutés en temps utile puisqu'il s'agit de l'Histoire et que Tolkien est un historien.
D'autre part, si Elrond reconnaît cette épée pour être celle de Turgon, c'est qu'il a lu quelque part quelque chose qui s'y rapporte, une lecture que nous-mêmes ne connaissons pas, mais peut-être s'agit-il aussi bien de son souvenir. Car c'est ainsi aussi que l'histoire de Gondolin a traversé les siècles du monde de Tolkien: en dehors des lectures qui nous sont proposées (restituées) aujourd'hui. La frayeur des gobelins le montre bien, eux qui ne semblent pas être érudits mais qui peut-être échangent le soir les histoires d'antan, histoires dont nous n'avons aucun écho mais qui existent bien au sein de cet univers (c'est-à-dire intra-diégétiquement); d'ailleurs la tradition orale se révèle être centrale dans la transmission de ce savoir ancestral, puisque c'est au coin du feu que Petitcoeur raconte son histoire de Tuor et Gondolin. Dans le monde de Tolkien, c'est aussi grâce à cette oralité que Gondolin est immortelle.

"... et le grand conte de Tuor en vient à son déclin.
Alors dit Petitcoeur fils de Bronweg: "Hélas pour Gondolin".
Et personne dans toute la Salle-aux-bûches ne parla ni ne bougea durant un long moment."


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13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 22:40
Le Serment de Fëanor est l'un des faits les plus marquants de l'histoire tolkienienne. Prononcé peu avant l'Âge du Soleil après le vol des Silmarilli de Fëanor par Melkor, il ouvre aux Noldor, le peuple de Fëanor, un destin singulier: partir à la suite de Melkor en Terre du Milieu pour lui réclamer les joyaux forgés par Fëanor. Il n'est pas présomptueux de dire que ce serment, qui est le point de départ de la croisade des Noldor, sera la matrice du Premier Âge.
De la venue des Hauts Elfes
en Terre du Milieu




La distinction entre Hauts et Bas Elfes n'est pas sociale, mais historique.

Longtemps avant les guerres qui ravagèrent les terres d'Arda, et avant même la venue des Hommes sur ces mêmes terres, les Elfes qui naquirent d'Eru Ilùvatar, Père de Tout, se cindèrent en plusieurs peuples. Certains choisirent de s'établir en Aman, terre des dieux, et leur visage fut alors à jamais marqué par l'éclat des deux Arbres qui éclairaient à l'époque Aman.
Les autres patientèrent dans l'obscurité des étoiles d'Elbereth jusqu'à la venue de la Soleil et de le Lune.
Ainsi furent distingués les Calaquendi, Elfes de Lumière qui virent les Arbres avant leur destruction par Melkor le sombre et Ungoliant mère des araignées, des Moriquendi, Elfes de la Nuit qui vécurent dans les tréfonds de la Terre du Milieu en ayant décliné l'invitation des Valar à vivre sur leurs Terres.
 
Cependant, on rencontre dans certains ouvrages, le Seigneur des Anneaux pour ne pas le citer, de Hauts Elfes en Terre du Milieu: Galadriel, par exemple, qui vécut un temps en Aman. A l'inverse, Legolas et son père Thranduil vivent dans la forêt noire depuis la nuit des temps. Quand les armées de Gil-Galad, le dernier Roi Haut Elfe en Terre du Milieu, partirent combattre Sauron lors de l'Ultime Alliance avec les Hommes d'Elendil, les légions des Moriquendi du père de Thranduil furent si indisciplinées qu'elles partirent à l'assaut avant même que l'ordre d'attaquer ne fût donné, supportant mal le commandement des Noldor. Il s'agissait bien de deux peuples elfes distincts, sous différentes bannières.
Mais pourquoi et comment les Hauts Elfes auraient-ils débarqué en Terre du Milieu après être restés si longtemps en Aman?
Il s'agit en réalité du fait d'un seul Elfe, Fëanor, le plus doué de tous, qui entraîna le clan des Noldor hors des frontières d'Aman à la poursuite de Melkor.
Il le fit par la rage de celui qui a été volé de la plus belle oeuvre qui ait jamais été sur Arda: les Silmarilli, trois joyaux qui contenaient en leur sein la belle lumière des Deux Arbres, et qui de ce fait brillaient de leur lumière propre.
Cette rage était d'autant plus intense que c'était Fëanor lui-même, le plus grand forgeron Elfe de tous les temps, qui avait forgé ces Silmarilli. Et c'est dans son grand orgueil qu'il appela son peuple à poursuivre le grand voleur, qui n'était autre que Melkor le vil. Ensemble, lui et ses fils jurèrent un terrible serment, qui les bannit dès lors de leurs propres terres d'Aman; un serment qui ne prenait pas seulement pour témoin les Valar, hautes instances de ce monde, mais Eru Ilùvatar lui-même, grand ordonnateur et démiurge d'Arda, père des divinités Valar et Maiar. Dans leur grande folie, les Noldor s'exilèrent d'Aman et poursuivirent Melkor jusque dans ses terres: au Beleriand, de l'autre côté de la Grande Mer qui sépare Aman des Terres du Milieu.
 
Qu'il soit ennemi ou ami, qu'il soit répugnant ou pur,
Progéniture de Morgoth ou lumineux Vala,

Elda ou Maia ou un venant Après,
Homme encore non né en Terre du Milieu,
Aucune loi, ni amour, ni ligue d'épées,
Terreur ni danger, ni le Destin lui-même,
Ne défendra de Fëanor, et des parents de Fëanor,
Quiconque cache ou amasse, ou prend dans sa main,
Garde après l'avoir trouvé ou rejette au loin
Un Silmaril. Ceci nous le jurons tous...
Nous lui apporterons la mort avant la fin des Jours,
Le malheur jusqu'à la fin du Monde ! Entends nos paroles,
Eru Père suprême ! Aux éternelles
Ténèbres condamne-nous, si notre action échoue...
Sur la montagne sacrée soyez témoins,
et souvenez-vous de notre voeu, Manwë et Varda!

                                                      
“Be he foe or friend, be he foul or clean
Brood of Morgoth or bright Vala,
Elda or Maia or Aftercomer,
Man yet unborn upon Middle-earth,
Neither law, nor love, nor league of swords,
Dread nor danger, not Doom itself
Shall defend him from Fëanor, and Fëanor’s kin,
Whoso hideth or hoardeth, or in hand taketh,
Finding keepeth or afar casteth
A Silmaril. This swear we all…
Death we will deal him ere Day’s ending,
Woe unto world’s end! Our word hear thou,
Eru Allfather! To the everlasting
Darkness doom us if our deed faileth…
On the holy mountain hear in witness
and our vow remember,
Manwë and Varda!"

Ce serment s'adresse prioritairement à ses fils et est à l'origine des colonies Noldor en Beleriand, situé de l'autre côté de Belegaer la Grande Mer.
Tous les Noldor sont rassemblés sur la colline de Tùna, le centre de leur cité Tirion à Aman, et le Premier Âge n'a pas encore commencé.
 
La traduction est faite mot à mot, afin que chacun puisse se faire sa propre idée. Cette version-ci du serment m'a paru la meilleure en clarté et en poésie, et elle se trouve dans le History of Middle-Earth X, (Morgoth's Ring) encore non traduit à l'heure actuelle. Sachez cependant qu'un texte du même genre existe dans le HoME* III (les Lais du Beleriand), sorti en mai 2006.
*Les HoME, History of Middle Earth, sont douze volumes traitant de la Terre du Milieu et d'Aman sortis après la mort de Tolkien. Les deux premiers ont été traduits en français par Adam Tolkien dans les années 80 sous la dénomination de Livre des Contes Perdus et Second Livre des Contes Perdus. Des projets sont en cours concernant les tomes 4 et 5.

Quelques termes classiques du vocabulaire tolkienien:

- un vala, des valar, les hautes divinités d'Arda.
- un maia, des maiar, dieux de moindre importance que les valar. Ces deux classes forment les Ainur, les Bénis, ceux qui naquirent de la pensée d'Eru Ilùvatar avant même la conception d'Arda.
- un elda des eldar, ce mot désignant ici le peuple des elfes, même s'il a pris par ailleurs le sens de ceux des Elfes qui ont quitté
la Terre du Milieu pour le pays d'Aman (Hauts-Elfes ou Tareldar, Elfes de Lumière ou Calaquendi)
  -Un silmaril, des silmarilli, les trois plus beaux joyaux d'arda renfermant la lumière d'Aman, créés par Fëanor et volés par Melkor. 

Noms propres:
- Eru père suprême: Eru Ilùvatar, dieu. Celui qui engendra les Ainur.
- Morgoth: de son premier nom Melkor, Fëanor appela Morgoth (le Noir Ennemi) celui qui lui vola les Silmarilli. Melkor, "Le puissant qui se dresse" est le grand Vala déchu, au moins aussi puissant que Manwë.
- Manwë et Varda, comme roi et reine au sommet du mont Olympe. Manwë est le chef des Valar. Son épouse Varda est aussi appelée Elbereth ("Ô Elbereth Gilthoniel") ou Tintallë, celle qui donna naissance aux étoiles pour éclairer la nuit de la Terre du Milieu avant le Soleil et la Lune. Manwë et Varda siègent au sommet du Taniquetil, plus haute montagne d'Aman aussi appelée Montagne Bénie.

précision philologique:
  - "Entends nos paroles, Eru père suprême" ici en anglais le tutoiement est effectué par un "thou" rare et qui habituellement casse une relation déférente au profit d'une plus intime, et existe notamment pour désigner le dieu de la religion chrétienne:  Though I walk through the valley of the shadow of death, I will fear no evil: for thou art with me (dans un Psaume du nouveau testament: "Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort je n'ai pas peur, car tu es avec moi). On remarque que les dialogues du Silmarillion sont la plupart du temps en vieil anglais, ce qui explique la présence de formes archaïques telles que " Thou hast had thy due" (Tu as eu ton dû), réponse de Melkor à Ungoliant après la destruction des Deux Arbres, lorsqu'elle lui demande ce qu'il tient caché dans sa main, et qui n'est autre que les Silmarilli fraîchement dérobés.
- Quant à "Père suprême", il a été traduit ainsi aux dépens d'un "Père de tout" allfather plus lourd et moins significatif).
- Le mot "parents de fëanor" est en anglais Fëanor's kin dons "parenté" de Fëanor. Ici ses fils plus  précisément.
                                    
 
 La suite de l'histoire ?
 
   Si vous cherchez dans le Silmarillion, il n'en est fait état que par un passage fade et nettement moins intéressant...il ne nécessite toutefois qu'un Siilmarillion!
"Alors Fëanor fit un serment terrible. Ses sept fils sautèrent à ses côtés et firent ensemble la même promesse. Le reflet des torches ensanglantait leurs épées. Un serment que nul ne pourrait briser, ni reprendre même au nom d'Ilùvatar, sans attirer sur sa tête les Ténèbres Eternelles. Ils prirent pour témoins Manwë et Varda, et les hauteurs sacrées du Taniquetil, et jurèrent de poursuivre de leur haine et de leur vengeance jusqu'aux confins du monde tout Vala, Démon, Elfe, tout humain ou tout être encore à naître, toute créature grande ou petite, bonne ou mauvaise qui pourrait venir au monde jusqu'à la fin des temps et qui aurait un Silmaril en sa possession."

Si la traversée du désert gelé de l'Helcaraxë et la poursuite de Melkor étaient défendables vis-à-vis de la morale, il est une chose pour laquelle les Noldor furent maudits. Quand leur fuite les amena aux plages d'Aman, ils tentèrent de persuader leurs frères Teleri, qui gardaient les plus beaux bâteaux qui aient jamais navigué sur les mers d'Arda, de les accompagner. Mais les Teleri refusèrent. Et Fëanor revint, lui, avec son peuple, s'emparer des bâteaux, et là les épées furent tirés. C'est ce qu'on appelle le massacre fratricide  d'Alqualondë, quand les elfes s'en prirent aux elfes, et que là commença, invisible, la chute des Noldor.

Les Valar ne voulaient pas les arrêter par la force. Alors que les Noldor naviguaient, apparut devant eux Mandos.
La Malédiction de Mandos concerne tous les Noldor qui ont fui les Terres immortelles derrière Fëanor.
 "
Vous pleurerez des larmes sans nombre* et les Valar fortifieront Valinor pour vous enfermer au dehors, afin que même l'écho de vos plaintes ne franchisse plus les montagnes. La colère des Valar s'étend de l'Est à l'Ouest sur la maison de Fëanor " ;
" Vous avez répandu injustement le sang de vos frères, et avez souillé la terre d'Aman. Pour le sang vous verserez le sang, et au-delà d'Aman vous marcherez dans l'ombre de la Mort"
(le Silmarillion, la fuite des Noldor)
*
Mandos semble voir par-delà le temps. Allusion à Nirnaeth Arnoediad, la Bataille des Larmes Innombrables, véritable déconfiture des Noldor face à Melkor qui étend alors son influence sur tout le Beleriand, à l'exception de la cité cachée de Gondolin , dernier bastion des Noldor.

Cependant, il est vu qu'après la Guerre de l'Anneau à la fin du Troisième Âge, Galadriel, seule elfe en Terre du Milieu à être de la maison de Finwë et à avoir vécu la fuite des Noldor, puisque c'en était une, retourna dans l'ouest aux côtés des Valar. De quel droit pouvait-elle se le permettre? Si Galadriel n'a tué personne, et  n'a fait que suivre sa maison, elle était quand même concernée par la malédiction.

Cela parce qu'il y eut un elfe pour demander pardon aux Valar et les appeler au secours:
Eärendil, fils de Tuor et d'Idril, petit fils de Turgon roi de Gondolin. Futur père d'Elros, premier Roi de Nùmenor, et d'Elrond. Eärendil, le Béni, le Navigateur, qui eut dans sa main un Silmaril, et qui eut la sagesse et la pureté de le jeter au loin, fut apprécié des Valar. Il implora leur pardon, et leur aide. Car l'entreprise des Noldor s'était soldée par l'échec: Depuis la prise de Gondolin, où périt Gothmog, mais aussi Turgon, les Noldor étaient perdus, et Melkor avait étendu son emprise sur tout le Beleriand.

Alors les Valar forgèrent la plus grande armée. Valinor partit en guerre contre Melkor, traversa Belegaer la grande, et le vainquit. Ses armées furent balayées, Ancalagon fut terrassé par Eärendil alors que les Aigles défiaient les autres dragons. Les Balrogs furent détruits, et seuls quelques-uns purent s'échapper des les profondeurs du Monde, dans les Monts brumeux de la future Moria, pour ne pas les citer. Sauron, lieutenant de Melkor, s'enfuit lui aussi au loin. Alors qu'Angband se vidait ainsi progressivement, Melkor lui aussi fut pris et enchaîné pour l'éternité. Ainsi le Beleriand fut-il détruit par l'énergie de la bataille qui marqua la fin du Premier Âge.


En fin de compte, Fëanor tombera au combat sans même revoir sesFingon et Gothmog Silmarilli. Il sera tué par Gothmog, prince des Balrog, le même qui tuera Fingon à Nirnaeth Arnoediad, la Bataille des Larmes Innombrables, et qui sera terrassé par Ecthelion lors de la prise de Gondolin.
De ses fils, seuls deux les toucheront, quand
Maedhros et Maglor les voleront à l'armée de Valinor après la défaite de Melkor. Les splendides joyaux brûleront leur main impure, et  c'est d'un désespoir ironique que Maedhros se précipitera dans une crevasse avec le sien, alors que Maglor le jettera à la mer, pour finalement errer à jamais non loin de celle-ci, éloigné pour toujours des autres de sa race.
Tout ceci faisant en tout et pour tout...

Un silmaril au coeur d'Arda, car Maedhros tombe dans un "brasier" qui n'est sans doute
pas éloigné à la correspondance de deux plaques tectoniques et à la disparition du Beleriand.

Un deuxième est dans la mer, il n'appelle personne, non pas comme l'Anneau Unique duquel émane le maléfice et qui ensorcèle, dans le but de retourner à son maître.

Le dernier est dans le ciel, sur le front d'Eärendil. Eärendil avait préférer jeter son Silmaril, le même qui avait autrefois été arraché de la couronne de Melkor par Beren lui-même, lors de la formidable aventure de Beren et Lùthien.
Mais les Valar considérèrent son geste, et lui rendirent son Silmaril, car son coeur était pur. Ainsi eut-il la faveur des Valar, qui l'écoutèrent quand le temps fut venu pour eux de venir au secours des peuples du Beleriand.

  


La lignée de Fëanor s'éteint au Second Âge avec la mort de Celebrimbor, le fils de Curufin (voir tableau à gauche).

L'assassinat de Celebrimbor par Sauron, ancien lieutenant de Melkor, coïncide avec la résurgence du mal en Terre du Milieu.

Après avoir fait forger par les elfes forgerons les Anneaux de pouvoir, et créé l'Anneau Unique, Sauron marchera sur eux en tuant Celebrimbor au passage, arrachant les anneaux pour les redistribuer ensuite.




Celebrimbor est le
forgeron des anneaux portés par Galadriel, Elrond, et Gandalf, soit les trois  plus puissants  Anneaux de Pouvoir. Il est aussi le créateur de la porte de la Moria.


Cette mort confirme en fin de compte la malédiction de Mandos. (Mandos, est-il utile de le rappeler, est le Vala du jugement, et c'est tout ce qui lui importe).

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