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Aiya Ilquen !  (Bonjour à tous!)
Ce site représente ma passion pour l'univers de Tolkien.


A l'heure actuelle, j'entreprends de réécrire tous les articles publiés depuis 2005 en articles beaucoup plus complets et riches, et j'envisage de monter une encyclopédie. C'est la raison pour laquelle vous verrez peut-être certains articles encore en élaboration. Tous vos encouragements sont les bienvenus.

 

Je suis toujours ouvert aux questions, qu'elles soient précises ou non. N'hésitez pas à m'envoyer un mail à tol-eressea@live.fr


 

 

 

 

 

 

 

Peinture

J'essaie d'utiliser en priorité des tableaux. Ils sont surtout de Ted Nasmith, de John Howe ou bien d' Alan Lee.(Le signaler pendant le texte le rendrait encore plus lourd à lire, alors je le fais ici). Parfois les tableaux sont trop volumineux pour rentrer, alors j'utilise des images du film, ce qui rend le texte peut-être plus compréhensible. La plupart des images sont présentes sur internet en format réel, et je peux en envoyer sans problème si vous me le demandez, mais vous les trouverez sur les sites respectifs des auteurs:

www.tednasmith.com

www.john-howe.com

(Pour Alan Lee, vous pouvez en trouver à partir de cette page... http://fan.theonering.net/ )

 

Utùlie'n aurë! Auta i lomë!

" Utùlie'n aurë! Aiya Eldalië ar Atanatàri, utùlie'n aurë!
The day has come! Behold, people of the Eldar and Fathers of Men, the day has come!"
And all those who heard his great voice echo in the hills answered crying: 'Auta i lomë! The night is passing!

The Silmarillion, XX. Of Nirnaeth Arnoediad

 
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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 01:15

 
Gondolin, la Cité Cachée, fut durant le Premier Âge la cité de Turgon et la protégée du pouvoir d'Ulmo, le Vala des Eaux. Après Nirnaeth Arnoediad et la chute de Nargothrond, Gondolin fut le dernier bastion elfe à rendre la maîtrise de Melkor sur le Beleriand incomplète. Finalement mise à bas au terme du plus grand siège de tous les âges, son nom reste à jamais ancré dans les chants et légendes de la Terre du Milieu, notamment comme étant le lieu de l'accomplissement du destin de Tuor fils de Huor, de par la naissance d'Eärendil, dont l'action engendra la chute de Melkor.
Noms: En quenya ou Haut-Elfique, on la nomme Ondolindë (le Roc de la Musique des Eaux), et en sindarin Tuor atteint la cité de GondolinGondolin (originellement traduit par la Pierre de Chanson; en réalité le Roc Caché). En langage commun, on la désigne comme la Cité Cachée. Mais les Sept Noms de Gondolin sont: Gondolin la Pierre de Chanson (selon la traduction archaïque des Contes Perdus), Gondobar la Cité de Pierre, Gondothlimbar la Cité de Ceux qui demeurent dans la Pierre, Gwarestrin la Tour de Garde, Gar Thurion le Lieu Secret, Loth la Fleur, Lothengriol la Fleur qui fleurit sur la Plaine.

Type:  Grande cité des Noldor, mais y vivent également des Sindar, sans doute plus nombreux.
Roi: Turgon, dit le Sage, second fils de Fingolfin, frère de Fingon et de Finrod Felagund.
Emplacement: plaine de Tumladen au centre d'Echoriath, à l'Ouest du Dorthonion au Nord du Beleriand.
Dates: 102 -  510 du Premier Âge

 



~Plan de l'article~

I. Genèse. Paix et Prophétie
1) De Turgon et de l'apparition d'Ulmo
2) "Côr se dresse à nouveau!" ou la splendeur de la cité
3) Sur Aredhel, Eöl et Maeglin

II. La Guerre en Beleriand
1) Dagor Bragollach, Nirnaeth Arnoediad, et la retraite de Turgon.
2) Tuor, l'envoyé d'Ulmo.
3) La recherche de Gondolin par Melkor et la trahison de Maeglin.


1) Les forces en présence
2) "Melko est sur nous"
3) L'accomplissement des destinées

IV. Historiographie de "La Chute de Gondolin"
Le legs de Gondolin dans l'oeuvre de Tolkien




I. Genèse. Paix et Prophétie

Gondolin est pour la première fois nommée peu avant l'an 1 du Soleil (Premier Âge), lorsque les Noldor menés par Fëanor rencontrent un Maia serviteur du Vala Vefantur : "[il] les aperçut et, demandant ce que pouvait signifier ce cheminement, plaida avec eux qu'ils revinssent, mais ils lui répondirent avec mépris, de sorte que se tenant sur un rocher élevé il leur parla d'une voix forte, et sa voix porta même jusqu'à la flotte sur les vagues; et il leur prédit un grand nombre des mauvaises aventures qui leur advinrent, les avertissant à l'encontre de Melko, et enfin il dit: "Grande est la Chute de Gondolin", et personne qui se trouvait présent ne comprit le sens de ces paroles (...)" (LCPt1, VII). Mais les Noldor n'avaient pas encore affronté la traversée du désert de glace de l'Helcaraxë et devaient n'arriver que bien plus tard en Beleriand. On sait aussi que Melkor craignait beaucoup Turgon, car à Valinor "chaque fois qu'il s'approchait de lui une ombre venait peser sur son esprit, annonçant que dans un avenir encore inconnu c'est de Turgon que viendrait sa ruine" (Silm, XX)

1) Turgon et l'apparition d'Ulmo


L' histoire de la Fondation de Gondolin commença en la 30e année du Premier Âge. Cette année-là, les fils du Roi Fingolfin virent en songe Ulmo, le Vala des Eaux, qui leur inspira la recherche de lieux aisément fortifiables où bâtir une ville hors d'atteinte de Melkor. L'aîné, Finrod, battit Nargothrond, à l'image des cavernes de Menegroth en Doriath. Mais Turgon ne trouva rien qui convint, car il n'avait d'autre modèle que la belle cité des Noldor en Aman, Tirion, que les Noldor avaient abandonnée et dont la beauté ne souffrait de rivale. Après une année, Ulmo réapparut à Turgon à qui il montra la vallée de Tumladen dont la colline centrale, Amon Gwareth, serait pour la future Gondolin le haut promontoire qu'était la colline de Tùna pour Tirion. Regagnant son royaume, Turgon commença à élaborer en secret les plans d'une ville ressemblant à sa Tirion bien-aimée.

En l'an 50, Turgon accéléra la mise en oeuvre de son plan. Les armées Eldalië venaient d'entamer un siège contre Angband qui en 400 ans n'allait jamais aboutir, et Melkor, conséquemment cantonné, ne représentait  qu'une donnée inconnue bien plus dangereuse et le potentiel d'une revanche assurée. Ainsi commença la construction de la cité dans le secret le plus grand, car la réussite complète de l'entreprise ne dépendait  que de l'ignorance de l'Ennemi, de sorte que les alliés de Turgon n'en furent pas plus informés. Pendant cinquante-deux années, les artisans de Turgon oeuvrèrent en secret, protégés par  le pouvoir d'Ulmo. Lorsqu'en 102 la cité fut achevée, Turgon quitta Vinyamar en Nevrast en emmenant avec lui les Noldor de son royaume ainsi que de nombreux Sindar qui résidaient alors avec eux. Au moment du départ, Ulmo lui apparut pour la dernière fois et lui signifia ses paroles pleines de sens:
"Gondolin tiendra plus longtemps devant Melkor que tous les autres Royaumes Eldalië (...). Il se peut donc que la malédiction des Noldor te rejoigne avant la fin, et que la trahison se réveille derrière tes remparts. Mais si vraiment ce péril approchait, c'est de Nevrast encore qu'un messager viendra t'en avertir. Laisse donc dans cette maison des armes et une épée afin que le jour venu il puisse les trouver, et tu ne te tromperas pas." (Silm, XV)
De ses paroles ne découlent que des vérités: Gondolin sera le dernier fort Elfe à s'élever contre la toute-puissance de Melkor; Turgon sera trahi par l'un des siens; un messager viendra l'aider de la part d'Ulmo. Enfin, Turgon restera soumis à la Malédiction de Mandos, comme tous les Noldor, et à ce titre Gondolin semble déjà condamnée.

2) La splendeur de la cité (analyse)

a) L'héritière de Tirion

La documentation au sujet de Gondolin est d'une telle profusion qu'elle permet une étude approfondie de cette pierre angulaire de la mythologie tolkienienne, ce mythe au coeur du mythe; mais l'intérêt d'une telle étude se justifie, car aucune autre cité Elfe n'a jamais été décrite aussi précisemment par Tolkien et ceci fait d'elle la principale référence concernant l'architecture elfique et de l'organisation cité: Gondolin ne fut-elle pas, lors de sa conception, voulue par  Turgon le Sage comme une digne réplique de la belle Tirion en Aman, une des premières cités des Premiers-Nés sur Arda, que les Noldor furent nombreux à regretter lors de leur exil ? En effet, ceux-ci "aimaient trop Tirion et ce qu'ils y avaient construit", et ils "se retournèrent souvent pour voir la belle cité qu'ils abandonnaient (...), conservèrent dans leur exil le souvenir du bonheur qu'ils avaient laissé." (Silm, IX). N'oublions pas non plus que la première cité de Turgon, Vinyamar ("Nouveau port") fut construite comme pour permettre aux Noldor de mieux vivre leur nostalgie d'exilés: donnant sur la mer, faisant face sans les voir aux côtes d'Aman et à ce que les Noldor venaient d'abandonner, Vinyamar n'était pas une ville mais un observatoire, qui plus que la mer, regardait vers le passé. Un passé lourd de tristesse: comme b.eaucoup d'autres, la femme de Turgon mourut loCarte de Gondolinrs de la traversée de terres glacées de l'Helcaraxë. C'est la raison pour laquelle ce peuple maudit par les dieux tient tant à se rappeler son passé idyllique, et pourquoi lorsque Gondolin fut achevée il s'écria "Côr se dresse à nouveau!" (Les lais du Beleriand, chap. II, 3; Côr, Kor ou Khor étant le nom primitif de Tirion). Ce que nous savons par ailleurs de l'aspect de Tirion est étroitement apparenté avec ce qui nous parvient de l'architecture de Gondolin: la colline de Tirion, Tùna ou primitivement Tûn, [était] "couronnée de tours" (ibid, chap. II, 1). Y étaient construites "des fontaines d'une grande beauté", "de belles demeures de blanc brillant", et des "rues blanches", et à son sommet se trouvait "la demeure d'Inwë [plus tard Finwë] qui surplombait toutes les autres et possédait une mince tour d'argent qui pointait vers le ciel comme une aiguille" (LCP t1, chap. V).
L'étude de Gondolin, voulue et acceptée comme la nouvelle Tirion en Terre du Milieu, permet d'ouvrir les portes de toutes les autres cités elfes affiliées, car l'histoire de Gondolin traversa les âges telle une légende et continua d'influencer les peuples, de la même manière que les cavernes de Menegroth furent le modèle avoué de la cité des Elfes de la Forêt Noire.
Mais l'intérêt de Gondolin n'est pas seulement théorique: si elle impressionna tant les générations suivantes, c'est de par son cadre naturel hors du commun, de par les descriptions enchanteresses que donne Tolkien  de sa beauté quasi-divine: rappelons-nous que quand Tuor posa ses yeux sur elle, "il alla tel un homme pris dans quelque rêve des dieux, car il jugea de telles choses impossibles à voir par des hommes, même pendant les visions de leur sommeil, si grande était sa stupeur devant la splendeur de Gondolin" (LCPt2, III). C'est sa splendeur si particulière que nous allons tenter de restituer, en hommage à la cité dont rien n'égalait la beauté, sinon son histoire grandiose; cette cité qui se dressait autrefois "dans le milieu de la plaine", mais "pas tout à fait au  centre" de Tumladen, sur la colline du guet, Amon Gwareth, "au sommet nivelé". Une plaine qui était assez grande pour demander une journée de "marche légère" à ceux qui voulaient atteindre son centre, mais un peu moins pour les hordes de l'Ennemi qui se précipitaient vers le Destin depuis les monts enneigés de l'Echoriath.

b) Architecture: une cité de Roc. "Gondobar, La Cité de Pierre"

En ce qui concerne la structure architecturale de la cité, c'est sur les tours que Tolkien insiste particulièrement. C'est aussi le premier élément de ressemblance avec Tirion. Leur importance s'explique par leur nombre, car elles "parsèment la cité" et sont "nombreuses"; ainsi que par leur hauteur surprenante: elles "piquent les cieux" ; sont "dressées" et  "s'élèvent dans le ciel", ce qui rapproche la cité du domaine de Manwë et des ses aigles, dont certains survolent avec bienveillance la plaine de Tumladen. Si les Fêanoriens ont renié les Valar, il n'en est rien pour le reste des Noldor qui continue d'honorer les puissances de l'Occident: en témoignent la Place des Dieux, ainsi peut-être que le nom d'une des compagnies de la soldatesque de Gondolin, celle d Gondolin sur Amon Gwareth e l' Arc en Ciel.
La plus belle d'entre elles (ou du moins la plus hautes des tours) fait office de palais pour le roi Turgon, dont la demeure domine ainsi le reste de la ville et Tumladen, comme la tour de Finwë dominait Tirion au sommet de Tùna. Mais plus que des bâtisses de protections ou de simples tours de guet, les tours de Gondolin s'élèvent fièrement, car ce sont des tours "de grande finesse et beauté", "bâties de marbre blanc et sculptées très merveilleusement". Ce raffinement ne fait qu'insister sur la maîtrise architecturale des Noldor, à qui peu de sciences résistent (les Noldor, rappelons-le, sont les Elfes les plus versés dans la connaissance): en effet, Gondolin finalement "se dresse belle à voir". Par la référence au grand intérêt accordé à la pierre et à la construction, une autre Companie de soldats de la cité porte le nom de l'Arche, un autre type de haut et noble édifice.
La hauteur n'est cependant pas, et de loin, le premier des éléments décrits par Tolkien: avec les "pinacles reluisants" sont introduites, avec l'idée de la hauteur, celles de la blancheur et de la lumière: Gondolin était "très claire", les "pinacles reluisants", et le " marbre blanc", d'une blancheur comparable à celle de Tirion. De plus,  "les  murs [étaient] en pierre", et les escaliers, "de pierre et de marbre", étaient "bordés par de délicates balustrades". Quant aux rues, "pavées de pierres", elles sont "larges", ce qui s'oppose ici aux chemins tortueux, et s'apparenterait plutôt à la clarté de la vision; et disposent aussi de "trottoirs de marbre". Tout dans la cité indique la finition, la perfection des allées. Enfin, les maisons sont "belles" et "disposées"  autour des voies, une idée de l'ordre qui rejoint celle des maisons de Tirion qui s'élevaient chacune "d'une "paule plus haute que la précédente"
Grâce à ce portrait de Gondolin, nous pouvons nous représenter une ville resplendissante,  pleine de splendeur, dont les principaux éléments sont la hauteur et la beauté de l'architecture (les hautes tours finement ouvragées), et la blancheur d'une cité faite de marbre 
 
c) L'élément de l'eau ou la présence d'Ulmo. "Ondolindë, le Roc de la Musique des Eaux"


L'eau occupe une place notable dans le décor et la vie de tous les jours, ce qui n'étonne guère quand on sait l'importance qu'a eue Ulmo, le Vala des Eaux (aussi bien des Océans et des Mers que des rivières et des lacs) dans la création de la cité. Il faut en contre-partie dénoter l'inexistence d'un culte ou d'un hommage particulier qui lui serait rendu: si l'eau fait partie intégrante de la construction de la cité, c'est peut-être moins pour signifier l'allégeance des Noldor au dieu que pour représenter la protection d'Ulmo, et par là, la présence continuelle des Valar auprès des Noldor par-delà même la Malédiction de Mandos. Après tout, les Gondothlim ne sont pas fëanoriens et ne poussent pas plus loin l'outrage du Massacre fratricide d'Alqualondë.

Du côté des Valar, Ulmo a toujours été le plus excentrique, vivant seul et à l'écart de tous. Symboliquement peut-être, représente-t-il le lien entre Valinor et le Beleriand, car sa résidence est Belegaer, le Grand Océan entre les deux terres. On le sait puissant Vala et grand ami de Manwë depuis le début d'Arda, et pourtant il n'assiste pas à tous les conseils des Valar, ne venant qu'à ceux qui importent pour lui: Ulmo semble vouloir affirmer son indépendance vis-à-vis de Valinor, sans pour autant se désintéresser d'Arda puisque Gondolin et Nargothrond sont créées grâce à lui. Le rôle d'Ulmo est donc d'une importance capitale pour le Beleriand: c'est la seule divinité qui viendra en aide aux Noldor, les autres Valar restant délibérement inactifs face à la montée en force de Melkor, et qui préparera la défaite de ce dernier (car le refus des Valar prendra fin avec la requête d'Eärendil, le dernier espoir des Hommes et des Elfes, fils de Tuor l'envoyé d'Ulmo).

La particularité de Gondolin tient en ceci: son destin est d'abriter Eärendil, l'union de Tuor et d'Idril, celui qui demandera pardon pour les Noldor et qui déclenchera la Guerre de la Colère, c'est-à-dire le déchaînement des forces de Valinor. C'est ce qui fait de Gondolin une cité si importante, ce qui fait qu'elle a du rester cachée, et que sa chute sera aussi terrible que la cité était splendide. Car à l'instar de Gondolin, Nargothrond a elle aussi été inspirée par Ulmo, mais celle-ci ne semble pas forcer l'hommage au Vala par l'existence de nombreuses fontaines, comme c'est le cas à Gondolin. Véritablement, cette cité est le lieu de l'accomplissement de destinées qui présidèrent à la fin du Premier Âge.

Ces raisons justifient le fait qu'Ulmo soit sans conteste le Vala vénéré de la cité, comme l'indique l'omniprésence de l'eau dans toute la ville. De multiples références indiquent la nature aquaphile de la cité: tout d'abord les subtiles cascades, « minces », qui « raffraichissent » par des « bons », « comme des fils qui partaient à la recherche de la plaine, depuis les fontaines d'Amon Gwareth », ces cascades qui sont donc « à l'origine du nom Ondolindë: Roc de la Musique des Eaux », « car des sources naissaient sur la colline ». Vient ensuite la magie des fontaines qui « illuminent les places » et qui « jaillissaient à vingt et sept brasses dans l'air », c'est-à-dire 27x1,8 mètre, soit une hauteur impressionnante de 49 mètres; avant de retomber en une pluie « chantante », « de cristal » (on retrouve l'idée de la Musique des Eaux).; en outre, les rares descriptions de Tirion font aussi état de belles fontaines. L'eau devient finalement un élément de beauté: « Au dedans le soleil étincelait magnifiquement le jour, et la lune miroitait avec grande magie la nuit. » (LCP,t2, III). La place principale de la ville contient « un grand puits de grande profondeur », ce qui n'est pas contraire à une tout aussi grande «pureté». De nombreux noms, parsemés dans la ville, insistent sur la place accordée à l'eau: aussi bien le « Puits du Peuple » que la « Voie des Eaux Courantes » ou encore la « Rue des Pompes », sans compter le « Lieu du Puits », ou les « Fontaines du Sud ». Autre référence, une compagnie des gardes de Gondolin, et non une des moindres puisqu'il s'agit de celle d'Ecthelion, se nomme « la Compagnie de la Fontaine » dont les soldats, qui comme il se doit, partent à la bataille « accompagnés d'une musique de flûtes ». Le nom de Ondolindë est bien clair: un roc, au centre d'une plaine, dont les cascades sont musique. Si la musique est à ce point mise à l'honneur, c'est parce que Ulmo peut être considéré comme le Vala "qui fait de la musique au plus profond de l'Abysse" (LCP, t2, III)  notamment avec ses conques. Il faut aussi se souvenir que le premier des signes apparus à Tuor (CLI, Premier Âge, I), est que l'eau d'Ulmo se réveille sous l'effet de la musique de Tuor: "à mesure qu'il chantait, la source, à ses pieds, se mit à bouillonner avec un grand flux d'eau, et elle déborda". Plus tard, celui-ci demeure à écouter la musique de l'eau: "écoutant la rumeur perpétuelle des eaux", avant d'y méler la sienne, car il "éleva la voix et toucha les cordes de sa harpe, couvrant le fracas des eaux" (CLI). Ulmo lui-mêle crée la musique: "Ulmo brandit une trompe puissante et l'emboucha, et il sonna une note unique, si grave que le mugissement de la tempête n'était guère plus, à côté, que le  murmure d'une brise". Cette musique semble étroitement liée à la mer car "à l'instant même où il entendit cette note (...) il sembla à Tuor (...) qu'il contemplait toutes les eaux de la Terre (...). Son regard plongeait jusqu'aux entrailles de la Mer Immense" on trouve aussi une occurence de "la musique-des-mers d'Ulmo" et de "son grand instrument de musique ; (...) soufflant dedans et jouant de ses long doigts il fabriquait des mélodies profondes, d'une magie plus grande qu'aucun autre" (LCP, t2, III); c'est ce lien entre Eau et Musique qui est incarné dans le nom d'Ondolindë, "roc de la musique des eaux" . Enfin, cette effusion d'honneurs à l'élément d'Ulmo ne peut manquer de s'accompagner d'un hommage aux Valar de par la "Place des Dieux", une des grandes places de la ville, proche du palais de Turgon.

Comme nous le verrons dans la troisième partie, l'eau revêtira toute son importance lors de la bataille pour la défense de la ville, où elle affrontera  le feu des serviteurs de Morgoth de façons diverses: Ecthelion recouvrera ses forces grâce à la Fontaine de la Place des Dieux, et c'est la même fontaine qui tuera Gothmog. Son assèchement assène au lecteur une triste vérité: Gondolin est perdue, tout comme Ecthelion est mort. Tolkien qualifie aussi cet affrontement de "batailles de flammes en des eaux fraîches",  mais on pourrait aussi dire "Morgoth contre Ulmo". Enfin, Ulmo aidera Gondolin et Eärendil jusqu'au bout, en recouvrant d'une brume (la vapeur d'eau provenant des sources asséchées par les dragons et balrogs) les survivants s'achappant de la cité, ce qui les rendra invisibles aux yeux des serviteurs de l'Ennemi.


d) La nature et la musique: "Loth, la Fleur", "Gondolin, la Pierre de Chanson"

La Nature se trouve être très présente à Gondolin, où les arbres sont "anciens" et les jardins constitués de "fleurs vives". La place des dieux abrite des "chênes et peupliers", "nombreux" et "magnifiques". On note aussi une "Allée des Roses" et la Compagnie de la "Fleur d'Or" dont le chef  est Glorfindel (dont le nom signifie Cheveux d'Or).  Mais la plus belle preuve de l'amour de la nature se trouve dans le souvenir des Deux Arbres d'Aman: "De chaque côté des portes du palais étaient deux arbres, l'un qui portait une floraison d'or et l'autre d'argent, et ils ne se fanaient jamais, car ils étaient d'antiques scions des Arbres glorieux de Valinor, et ces arbres les Gondothlim les nommaient Glingol et Bansil" (LCP, t2, III). Cependant la version du Silmarillion contredit le fait que les arbres se trouvent devant la porte, ainsi que la parenté entre les arbres de Gondolin et ceux d'Aman, puisqu'il ne s'agit que de sculptures: "Dans les palais de Turgon se dressaient des images des Arbres d'autrefois, taillées par le Roi lui-même avec le talent des Elfes. L'arbre qu'il sculpta d'or fut nommé Glingal, celui dont les fleurs étaient d'argent étaient Brethil" (Silm, XV). Cette référence au passé des Eldar semble aller de pair avec les honneurs faits aux Dieux: ce n'est pas parce que les Noldor ont été maudits qu'ils ont renié ce qu'ils ont abandonné, pas plus que les dieux qui ne les aident pas. Encore une fois, une des Maisons ou Compagnies de Gondolin porte le nom de l'Arbre. De manière plus générale, il convient de rappeler que deux des sept noms de Gondolin sont Loth (la Fleur) et Lothengriol (la Fleur qui fleurit sur la Plaine).
Mais la Nature est étroitement liée à la Musique, car les oiseaux "chantaient dans le branchage de leurs arbres anciens", et la musique elle-même est largement chantée par ces oiseaux,  qui étaient "de la blancheur de la neige" et dont les "voix" étaient "plus douces qu'une berceuse de musique". L'amour des oiseaux est retrouvé dans les Compagnies de l'Hirondelle et de l'Aile Blanche (celle des cygnes que Tuor croisa à Vi nyamar), et celui de la musique dans la Compagnie de la Harpe (sans oublier la Compagnie de la Fontaine, dont les soldats jouent de la flûte). Chose notable, durant la bataille finale les hurlements des orcs s'opposent aux clameurs des Gondothlim, ce qui sera vu dans la partie III. Mais en conclusion, souvenons-nous que Turgon avait voulu cette cité comme une image de Tirion la belle, sur Tùna en Aman, et que c'est ce qu'elle devint, "d'une beauté digne d'être comparée avec la cité des Elfes, Tirion d'au-delà des mers".

3) Sur Aredhel, Eöl et Maeglin

Aredhel était une elfe de sang royal qui vécut pendant longtemps à Gondolin aux côtés de s onRoyaumes du Beleriand frère, le roi Turgon le Sage. Mais en l'an 302 du Premier Âge, elle entreprit de rendre visite aux fils de Fëanor qui résidaient en Himlad, et partit en dépis des conseils de Turgon. "Pars donc, si tu le veux, mais cela va à l'encontre de tout ce que je sais, et je prévois qu'il n'en sortira que du mal pour toi comme pour moi." En effet, quiconque s'aventurait hors de Gondolin pouvait être pris par l'Ennemi et révéler l'emplacement de la Cité Cachée, et c'était une des plus grandes peurs des Gondothlim, avec celle d'être trahi par un Elfe réapparaissant étrangement après de longues années d'oubli et qui était en fait enchaîné à la volonté de Melko et ne servait que ses intérêts malveillants.

Note sur les esclaves de Morgoth: Car les esclaves elfes, surtout Noldor, qui peuplaient les mines de Melkor n'en sortaient qu'en s'échappant, ou en étant relâchés par Melkor pour espionner les Eldar. La peur des tourments de Melkor semblait souvent être la plus forte, si bien que les Eldar en vinrent à se méfier de leurs parents qu'ils avaient crus morts et qui s'étaient soi-disant échappés d'Angband. Rejetés, les fugitifs finissaient par se regrouper: à Gondolin, les forgerons de la Maison du Marteau étaient en réalité tous d'anciens esclaves de Melkor et leur taille était d'ailleurs bien inférieure à celle des autres Noldor, car courbée par les années d'esclavage.

Aredhel partit avec une escorte que lui avait donnée Turgon, mais ses gardes la perdirent en chemin et revinrent à Gondolin avec des nouvelles funestes. Elle avait pourtant bien continué à avancer vers l'Himlad, où elle trouva les gens de la Maison des fils de Fëanor, mais sans les fils eux-mêmes, et après les avoir attendus un an, elle repartit à l'aventure. C'est en pénétrant dans la forêt de Nan Elmoth qu'elle fut piégée par son unique habitant, qui tissa des sortilèges pour qu'elle ne puisse sortir et qu'elle arrive finalement à sa demeure. Il s'agissait d'Eöl l'Elfe Noir, un des plus grands forgerons elfes de son temps, avec qui elle se maria et eut un fils que son père nomma Maeglin ("Regard Vif") quand il eut 12 ans. Aredhel ne fut pas complètement retenue contre son gré, car elle se plaisait dans Nan Elmoth, mais Eöl lui ordonnait de fuir la lumière du jour et au fur et à mesure que le temps passait, elle en vint à regretter Gondolin. Maeglin était de son côté plein de qualités et noble d'esprit, et avec sa mère ils formèrent le projet de s'enfuir et de rejoindre la Cité Cachée. Ils partirent avec deux jours d'avance sur Eöl, mais celui-ci était si furieux d'avoir été dupé qu'il oublia qu'il n'aimait pas le Soleil et finit par arriver sur leurs talons aux Sept Portes qui protégeaient la cité.Eöl est mené sur les remparts
Aredhel et Maeglin furent "accueillis avec joie" (Silm, XVI) par Turgon et les habitants, et Maeglin prêta allégeance à Turgon, mais il était émerveillé par la cité et en particulier par la fille du Roi, Idril Celebrindal. Cependant, voici qu'Eöl arrive et, prétendant qu'Aredhel est sa femme, il est conduit par les gardes de Gondolin jusqu'à Turgon. Celui-ci le traita "honorablement, se leva, et voulut lui prendre la main", le déclarant son parent, mais il ne put lui cacher qu'il devrait rester à Gondolin; car telle était la règle pour tous ceux qui découvraient son entrée. A cela Eöl répondit avec mépris, et il retira sa main, crachant que les Noldor n'avaient aucun droit sur les terres qu'ils occupaient, et déclara qu'il partait avec Maeglin, avec ou sans le consentement de Turgon. "Turgon alors remonta sur le trône, il saisit le sceptre de la loi, et parla d'une voix sévère: "Tes forêts sans soleil ne sont défendues que par les épées des Noldor (...). Tu n'as qu'un seul choix: rester ici, ou mourir ici, et il en est de même pour ton fils"." Animé par son orgueil, Eöl déclara prendre le second choix pour lui et pour son fils, et il prit un javelot qu'il lança sur Maeglin. Alors Aredhel s'interposa et reçut le javelot dans l'épaule à la place de Maeglin, et elle mourut, si bien qu'Eöl fut condamné à être précipité depuis les remparts dans le Gouffre de Caragdür. Voyant que son fils Maeglin allait le regardait mourir sans rien dire, Eöl lui prédit une fin similaire."Alors c'est ici que tu perdras tout espoir, ici aussi que tu mourras de la même mort que moi!" Et ainsi mourut Eöl de Nan Elmoth. Mais le mal avait commencé à germer dans la paix de Gondolin.

II. La Guerre en Beleriand


1) Dagor Bragollach, Nirnaeth Arnoediad et la retraite de Turgon

a) Dagor Bragollach ou le retour de Melkor

Après deux siècles de paix, à l'hiver 455 de ce Premier Âge, Melkor attaqua soDagor Bragollachudainement; "et on dit que son désir fit taire sa raison, car s'il avait pu attendre un peu plus, jusqu'à l'achèvement de ses plans, les Noldor eussent péri jusqu'au dernier". Mais en réalité Melkor submergea les Elfes et ainsi s'amorça leur chute et la reconquête du Beleriand. Car les Noldor, en dépit de leur haine pour Melkor, avaient sous-estimé ses forces pendant qu'elles croissaient, lentement et sûrement dans les tréfonds d'Angband, et quand elles sortirent, jamais elfe n'avait vu d'armée plus grande et terrible. Pourtant, hormis Fingolfin, Angrod, et Aegnor, ils avaient été peu à s'en soucier, et cependant tous moururent à la fin.
Ard-galen, la Verte Région qui s'étendait devant Angband, s'enflamma soudainement: elle brûla les Noldor qui furent emprisonnés dans ses flammes et dès lors on renomma cette plaine  Anfauglith, la Poussière d'Agonie. Ainsi le siège des armées Eldalië soutenu depuis 400 ans fut-il emporté par Dagor Bragollach, la Bataille de la Flamme Subite, et les armées de Melkor, Glaurung le Père des Dragons en tête, se déversèrent sur le Beleriand.
Hithlum, le territoire occidental du Haut Roi des Noldor Fingolfin, fut défendu à grands-pertes, mais tint bon; et Gondolin ne fut pas touchée, car Melkor ignorait son existence. Mais Dorthonion tomba  tout comme Lothlann, et les armées de Melkor s'engouffrèrent à l'est en causant la défaite des fils de Fëanor qui les défendaient. Les Noldor, étaient séparés les uns des autres, avaient subi de très lourdes pertes, et faisaient face à un ennemi beaucoup plus puissant que ce qu'ils avaient escompté. Poursuivant sur son élan, Morgoth allait attaquer de nouveau en 457 et 462, réussissant même à s'emparer de la citadelle de Minas Tirith sur Tol Sirion, l'ancienne forteresse de Finrod Felagund.
Voyant dans Dagor Bragollach la fin de son peuple et la ruine finale des elfes, le Haut Roi des Noldor Fingolfin chevaucha vers Angband provoquer Morgoth en duel. Après sa mort, son fils Fingon, le frère de Turgon, prit la relève; les larmes cessèrent et la contre-attaque s'organisa.

b) Nirnaeth Arnoediad et la retraite de Turgon

A la même époque, un Silmaril fut arraché de la couronne de Melkor par Beren et Lùthien; et dans le coeur de Maedhros, le fils aîné de Fëanor, se dessina alors la certitude que Melkor pouvait être vaincu si on lui opposait  tous ses ennemis réunis. Maedhros entreprit alors avec Fingon de créer une ligue, qui rassembla, outre les Noldor, des Nains, des Hommes de l'Est (Easterlings) ainsi que des Hommes des Maisons de Haleth et de Hador, des maisons amies des Elfes; et en toute dernière vint, sans y avoir été invitée, l'armée de Gondolin, totalement inattendue, et sa venue fut comme une tempète de joie pour les Noldor.
Mais Melkor avait entendu les échos des projets de Maedhros bien avant l'heure de la bataille, et il avait envoyé en conséquence ses espions nouer des amitiés secrètes avec les hommes de l'Est. Il déjoua le plan de Maedhros et attira l'armée de Fingon, qui malgré l'ordre d'attendre fut emportée par la colère "et si féroce et rapide fut leur assaut que les plans de Morgoth en furent presque anéantis" (Silm, XX), car leur fureur les fit même pénétrer dans Angband, mais là ils furent pris, et les plans de Morgoth furent enfin prêts à être réalisés. "Au quatrième jour de la guerre commença Nirnath Arnoediad, la bataille des Larmes InnombraFingon et Gothmogbles, car aucun chant ou conte ne peut contenir toute sa peine". Ce jour-là de l'an 472, la Ligue fut repoussée avec vigueur par Morgoth; et au cinquième jour, alors que Turgon arrivait enfin aux côtés de son frère Fingon, Angband se vida et Fingon fut séparé de Maedhros, qui ne put contrer le mauvais coup de la trahison des Hommes de l'Est et fut défait; enfin Fingon se trouva aussi séparé de Turgon et fut tué par Gothmog en personne.
Alors Hurin dit à Turgon: "Allez maintenant, seigneur, pendant qu'il est encore temps! Car l'espoir des Eldar vit en vous, et tant que Gondolin se dressera, le coeur de Morgoth connaîtra encore la peur!"
Mais Turgon répondit: "Gondolin ne peut plus rester cachée longtemps, et tombera une fois découverte"
Alors Huor parla et dit: "Mais si elle tient encore un peu, alors de votre maison  viendra l'espoir des Elfes et des Hommes. Ceci je vous le dis, seigneur, alors les yeux de la mort: Quoique nous nous séparions maintenant pour toujours,  et que plus jamais je ne porterai mon regard sur vos blanches murailles, une nouvelle étoile s'élèvera de vous et de moi . Allez!"
Et Maeglin, le fils de la soeur de Turgon, qui se tenait à côté, entendit ces mots, et ne les oublia pas; mais il ne dit rien." (Silm, XX)
Alors Turgon ordonna à son armée de repartir et il s'en fut, emmenant avec lui à Gondolin ce qu'il put rassembler de l'armée et du peuple de Fingon, car il savait qu'il était protégé sur ses arrières par Huor et Hurin ainsi que par les restes des hommes de Dor-lomin, qui les empêcheraient d'être poursuvis. Mais Hurin fut pris vivant car Morgoth voulait désormais connaître l'emplacement de la cité du nouveau Haut Roi des Noldor, qui seule avec Nargothrond s'opposait encore à sa mainmise sur le Beleriand.



2) Tuor l'Envoyé d'Ulmo et le Refus de Turgon

En 472, la même année que Nirnaeth Arnoediad, naquit en Hitlum Tuor, fils de Huor. Et il fut tôt abandonné par Rian, sa mère, qui partit pour le Mont des Morts rejoindre son époux. Après avoir vécu seize ans aux côtés des Elfes Gris, il fut capturé et mis en esclavage par les populations d'Orcs et d'Orientaux qui avaient pris possession de l'ancien royaume des Noldor. Il endura trois années de captivité avant de s'enfuir et de vivre dans la solitude d'un hors-la-loi. En 495, Tuor traversa l'Hitlum vers l'ouest où il pénétra dans l'ancien territoire de Turgon, Nevrast, car Ulmo avait choisi Tuor "pour être l'instrument de ses plans" (Silm, XXIII) . Lors Tuor trouva les pierres délaissées de Vinyamar et s'empara des armes laissées par Turgon en 102 avant son départ, et enfin rencontra Ulmo lui-même, qui lui signifia la teneur de sa mission:
"Quel est donc mon but, Seigneur?"
" Cela même à quoi ton coeur a toujours aspiré, répondit Ulmo. Trouver Turgon, et de tes yeux contempler la cité cachée. (...) Seras-tu mon émissaire?
"Je le serai, Seigneur".
"(...). De la vaillance des Edain, toujours se souviendront les Elfes durant les siècles à venir (...). Mais ce n'est pas seulement pour ta valeur que je t'envoie, mais pour apporter au monde un espoir qui échappe à ton regard, et une lumière qui percera les ténèbres". (Contes et Légendes Inachevés, Premier Âge, I)Ulmo et Tuor
Sur sa route, Tuor rencontra Voronwë, un marin du dernier bateau que Turgon avait envoyé pour quérir de l'aide à l'ouest. De cette manière parvinrent-ils à Gondolin, car Voronwë était un Gondothlim qui connaissait le chemin de la Cité Cachée et il était dévoué à la mission divine qui était assignée à Tuor. Quand ils arrivèrent enfin à Gondolin, l'année 495 avait vu la cité de Nargothrond s'effondrer; et sa chute, orchestrée par Glaurung, signifiait que Gondolin demeurait le dernier bastion des Noldor en Beleriand, et le seul bastion elfique à se dresser encore contre Melkor, car la ruine était aussi tombée sur Doriath du fait du Silmaril de Thingol. C'est donc en ces temps où les orcs et les loups pouvaient traverser à leur guise les terres autrefois défendues que Tuor parvint à Gondolin. Là on le reconnut pour tel qu'il était, Tuor fils de Huor, honoré parmi les Elfes; mais aussi on vit l'armure de Nevrast dont il était revêtu, et que beaucoup reconnaissaient, car ils avaient vu Turgon "en personne suspendre ce harnais sur le mur, derrière le grand trône de Vinyamar" (CLI, PÂ, I). Mais enfin tous entendirent les paroles d'Ulmo qui sortirent de la bouche de l'Adan transfiguré:
"Voici, ô père de la Cité de Pierre, je suis mandé par celui qui fait de la musique au plus profond de l'Abysse, et qui connaît les esprits des Elfes et des Hommes, pour te dire que les jours de Libération approchent. Il est venu jusqu'aux oreilles d'Ulmo des échos de votre demeure et de votre colline de vigilance contre la malice de Melko, et il est heureux: mais son coeur est irrité et les coeurs des Valar sont pris de courroux, qui siègent dans les montagnes de Valinor et qui contemplent le monde puis le pic de Taniquetil, à considérer le chagrin dee la servitude des Noldoli et les errances des Hommes; car Melko les cerne dans le Pays des Ombres au-delà des collines de fer. C'est pourquoi j'ai été mené par un chemin secret pour te demander de compter tes armées et de te préparer à la bataille, car les temps sont mûrs". (LCP, t2, III) Turgon reçoit Tuor et Voronwë
"Turgon réfléchit longuement aux conseils d'Ulmo, et il lui vint à l'esprit les mots qui lui avaient été adressés jadis à Vinyamar: "Ne t'attache pas trop aux oeuvres de tes mains ni aux désirs de ton coeur, souviens-toi que le véritable espoir des Noldor est à l'Ouest et qu'il vient de la mer" Mais l'orgueil lui était venu au coeur, Gondolin lui semblait aussi belle que le souvenir de l'elfique Tirion et il se fiait encore à ses remparts invulnérables et secrets, même si Un Vala lui disait le contraire" (Silm, XXIII). Et finalement "Turgon dit qu'il était roi de Gondolin et qu'aucune volonté ne le forcerait contre son propre avis à mettre en péril le cher labeur de longs âges révolus" (LCP, t2, III). 
Ainsi Turgon prit-il cet avis pourtant contre son propre intérêt, car Melkor allait mettre tous ses forces pour trouver et détruire Gondolin. Mais si la ville semblait dès lors condamnée, étant la seule à s'opposer fièrement au joug de l'Ennemi, un espoir parut naître quand Tuor décida de rester à Gondolin car "son coeur était empli d'amour" pour Idril, la fille de Turgon. Tuor et Idril Celbrindal s'unirent après que se soient passées sept années depuis sa venue, au grand dam de Maeglin; et ce fut, après celle de Beren et Lùthien, la deuxième union des Hommes et des Elfes; puis en 503 naquit Eärendil, le futur tout premier  'Roi des Hommes de l'Ouest', ultime espoir des Eldar et des Edain contre la furie de Morgoth.

3) La recherche de Gondolin par Melkor et la trahison de Maeglin.

Peu après Dagor Bragollach, les jeunes frères Huor et Hurin étaient partis à la guerre et avaient été amenés à combattre si près de la mort que l'aigle Thorondor les avait fait secourir par deux aigles qui les amenèrent à Gondolin, "qu'aucun Humain n'avait encore vue". Ceci était en même temps le germe de l'espoir que celui de la défaite, car de cette manière Turgon rencontra Huor, le futur père de Tuor, et se lia d'amitié avec les deux frères; mais ayant quitté Gondolin  la faveur du Roi, les frères revirent leurs proches qui les questionnèrent sur leur absence d'une année; et leur silence, qu'ils avaient promis à Turgon, en fit deviner beaucoup quant à la nature de la vérité, et c'est ainsi que "l'étrange aventure de Hurin et Huor parvint aux oreilles des serviteurs de Morgoth" (Silm, XVIII)
En effet, Melkor était "inquiet malgré ses victoires, et voulut savoir à tout prix ce que faisaient Felagund et Turgon. Car ils s'étaient évanouis sans que nul n'en sache rien, pourtant ils n'étaient pas morts, et il craignait ce qu'ils pourraient entreprendre contre lui. Il connaissait bien le nom de Nargothrond, mais rien ni de l'endroit où elle se trouvait ni de sa force, il ignorait tout de Gondolin et en était d'autant plus inquiet en pensant à Turgon" (Silm, XVIII). Cet épisode explique la joie de Turgon quand ils se retrouvèrent, au plus fort de la bataille à Nirnaeth Arnoediad, et la teneur du discours des frères lorsqu'ils choisirent de mourir aux marais du Serech pour défendre la retraite de Turgon, le nouveau Grand Roi des Noldor. Mais comme Melkor avait entendu parler de "l'étrange aventure" des frères, il fit prendre Hurin vivant, sachant bien l'amitié qui l'unissait à Turgon. "Morgoth ne cessait de penser à Turgon, car de tous les ennemis qu'il voulait en premier capturer ou détruire, c'était celui qui lui avait échappé. Et ces pensées le troublaient, faisaient tâche sur sa victoire, d'autant que Turgon, de la Haute Maison de Fingolfin, était maintenant de droit Roi de tous les Noldor" (Silm, XX). Morgoth donc questionna Hurin, mais celui-ci "lui résista et l'accabla de moqueries". Hurin alors fut maudit, sa lignée destinée à s'éteindre, et lui, prisonnier, condamné à voir de ses yeux le destin s'accomplir. Quand enfin mourût son fils Turin Tùrambar,  Morgoth relâcha Hurin.  Il alla devant Echoriath, le cercle des Montagnes entourant Gondolin, mais là Turgon le laissa à l'extérieur, le jugeant corrompu; et quand enfin il se ravisa, Hurin avait disparu. Celui-ci pourtant, "ne se souciant pas d'être entendu", s'écria "Turgon, Turgon, souviens-toi du Marais du Serech! Ô Turgon, n'entends-tu rien derrière tes remparts?" (Silm, XXII). Ainsi les serviteurs de Morgoth qui avaient suivi Hurin entendirent-ils ces paroles, et l'Ennemi sut désormais où se tenait Turgon.
Morgoth disposait de bien des espions qu'il envoya vers Echoriath: des orcs, des serpents, des loups et des chiens, des fouines, des hiboux, des faucons. Tous  sont des animaux prédateurs: le serpent, l'hibou, le faucon, la fouine se nourrissent de petits mammifères; par ailleurs, les loups, fouines et hiboux sont connotés par leur activité nocturne élevée. Cependant ces serviteurs infatigables étaient aidés dans leurs recherches par les moins braves des esclaves Noldor (selon LCP) qui les avaient rejoints par peur des menaces de tourments. Leur aide fut précieuse, car ils étaient seuls capables de percevoir l'entrée secrète aménagée dans la montagne, ce "Chemin d'Evasion par où Tuor et Voronwë [étaient entrés] auparavant". D'autre part, de nombreuses créatures parvenaient à approcher les environs de Gondolin par les montagnes: selon LCP certaines purent voir Gondolin de loin mais ne purent continuer, du fait de la difficulté du terrain; le Silmarillion dit que les orcs qui s'approchaient trop d'Echoriath étaient immédiatement attrappés par les aigles, de sorte que le secret de l'emplacement de la cité fut gardé.
Cependant cette myriade d'espions n'aurait pas eu d'aboutissement s'il n'y avait eu ce que l'on peut considérer comme la plus grande trahison de l'histoire des Elfes, c'est-à-dire la fourberie de Maeglin. Un jour que celui-ci s'était aventuré dans les montagnes pour trouver des matériaux utiles à la forge, ce malgré l'interdiction de Turgon, il fut pris par des orcs qui patrouillaient. Selon LCP, alors que ceux-ci allaient le tuer, Maeglin révéla tout du dispositif de défense de Gondolin pour sauver sa vie, et fut amené à Angband où il participa activement à l'élaboration d'un plan pour prendre la cité. Selon le Silmarillion, il fut directement amené à Angband, où les tortures eurent raison de sa résistance et lui firent avouer l'emplacement de Gondolin. Dans les deux cas il revint sain et sauf à Gondolin avec la garantie qu'il "pourrait posséder Idril Celebrindal dès que la ville serait prise. Son désir pour Idril et sa haine pour Tuor facilitèrent la trahison". Cette trahison fut décisive pour Melkor car elle lui permit de cerner l'emplacement et de comprendre les défenses de Gondolin. Pourtant elle était aussi dirigée par le destin, car Maeglin était forgeron comme son père, et c'est pour cela qu'il fut pris; sa parenté avec Turgon lui permit de se faire une place auprès du roi, mais cela même lui interdisait une union avec Idril, qu'il aimait. Ce crime d'amour permet de réhabiliter quelque peu Maeglin, dont Tolkien dit qu'il n'était '"ni faible ni lâche". Pourtant ce fut par sa faute que Gondolin tomba, et désormais le destin n'avait plus beaucoup à attendre avant de s'abattre.

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Abréviations:
LCP:  Les Contes Perdus
Silm: Le Silmarillion
CLI: Contes et Légendes Inachevés

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commentaires

Koulou 10/06/2010 08:16



J'irai bien y passer une petite semiane de vacance moi dans cette cité.



Llyfr 16/04/2010 23:40



D'accord pour le CSS, je ferai ça quand j'aurai un peu plus de temps.


Si tu peux me donner quelques rudiments, ce serait cool ! :)



Mino 13/04/2010 16:55



salut,


Merci d'avoir rejoint la communauté.


Je trouve ton blog super interressant et fort complet. Bravo.


Mino



Tiki 13/04/2010 18:20



Merci =)


J'espère que cette collaboration sera fructueuse ^^