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Aiya Ilquen !  (Bonjour à tous!)
Ce site représente ma passion pour l'univers de Tolkien.


A l'heure actuelle, j'entreprends de réécrire tous les articles publiés depuis 2005 en articles beaucoup plus complets et riches, et j'envisage de monter une encyclopédie. C'est la raison pour laquelle vous verrez peut-être certains articles encore en élaboration. Tous vos encouragements sont les bienvenus.

 

Je suis toujours ouvert aux questions, qu'elles soient précises ou non. N'hésitez pas à m'envoyer un mail à tol-eressea@live.fr


 

 

 

 

 

 

 

Peinture

J'essaie d'utiliser en priorité des tableaux. Ils sont surtout de Ted Nasmith, de John Howe ou bien d' Alan Lee.(Le signaler pendant le texte le rendrait encore plus lourd à lire, alors je le fais ici). Parfois les tableaux sont trop volumineux pour rentrer, alors j'utilise des images du film, ce qui rend le texte peut-être plus compréhensible. La plupart des images sont présentes sur internet en format réel, et je peux en envoyer sans problème si vous me le demandez, mais vous les trouverez sur les sites respectifs des auteurs:

www.tednasmith.com

www.john-howe.com

(Pour Alan Lee, vous pouvez en trouver à partir de cette page... http://fan.theonering.net/ )

 

Utùlie'n aurë! Auta i lomë!

" Utùlie'n aurë! Aiya Eldalië ar Atanatàri, utùlie'n aurë!
The day has come! Behold, people of the Eldar and Fathers of Men, the day has come!"
And all those who heard his great voice echo in the hills answered crying: 'Auta i lomë! The night is passing!

The Silmarillion, XX. Of Nirnaeth Arnoediad

 
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Derniers Articles

1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 01:14
I. Genèse de Gondolin. (rejoindre l'article)
II La guerre en Beleriand (rejoindre l'article)

III. "Grande est la Chute de Gondolin"
 

Le 20 juin de l'année 510 du Premier Âge, toute la population de Gondolin, rassemblée sur les remparts, s'apprêtait à saluer l'arrivée du nouvel été. Les troupes de Melkor arrivèrent à ce moment de joie, comme lui-même autrefois lorsqu'il s'était introduit à Valinor pour détruire les Deux Arbres et que les Elfes festoyaient.  Au moment de la soirée où le soleil disparut à l'ouest, une lueur rouge se manifesta au nord,  "là où les montagnes étaient les plus hautes, et la garde moins importante" (Silmarillion).  En quelques heures, les hordes de Melkor étaient dans Tumladen.
1) Les forces en présence

a) Les armées de Melkor


Gothmog, le Balrog, était leur chef, étant le grand capitaine d'Angband et le fils spirituel de Melkor.
On distinguait alors les orcs, armés de cimeterres et de lances, qui formaient en même temps les troupes de choc et les troupes de pillage. Elles permirent à Gothmog de prendre rapidement des quartiers non défendus en se déversant dans la cité et de submerger les Elfes.
Les unités de cavalerie légère, les chevaucheurs de loups, étaient de petites unités et n'eurent pas à jouer un grand rôle (le principal enjeu de la bataille étant d'abord de prendre la Porte, puis de gagner la ville rue par rue), mais semblèrent assignées à attaquer les fuyards.
Ces troupes de fantassins et de cavalerie étaient appuyés par les Balrog (mot elfique donc invariable)  - une demi-douzaine probablement, même si Les Contes Perdus insistent sur des centaines, version que Tolkien rejeta finalement lui-même. Ce sont des esprits de feu, qui pouvaient aussi bien infliger des dégâts au corps à corps avec leurs griffes de feu et leur fouet, que tirer des flèches de feu pour produire un incendie dans la cité. Leur force impressionnante leur permit de faire littéralement tomber la grande Tour de Turgon.
Les Dragons, fils de Glaurung le Doré, furent d'une aide importante pour ce qui était de déblayer les points de résistance dans la ville ou de tenir une place, du fait de leur souffle et de leur taille, mais semblèrent moins mobiles et en même temps plus résistants que les Balrog.
Cependant ces troupes classiques de Melkor n'auraient jamais pu prendre la cité, n'eût été la trahison de Maeglin. Car celui-ci, qui était un grand forgeron, "poussa [Melkor] à façonner des bêtes comme des serpents et des dragons", et ces créatures artificielles étaient de métal ou de feu. On en distingue trois types:
Des transports d'orcs; "Certains étaient tout de fer si adroitement relié qu'ils pouvaient couler comme de lentes rivières de métal ou bien s'enrouler autour et par-dessus tout obstacle (...); ils étaient emplis dans leurs intérieurs profonds par les plus sinistres des Orcs". Pendant la bataille ils servirent également à entreposer les futurs esclaves.
Des transports de Balrog: "D'autres étaient des créatures de pure flamme qui se tordaient comme des cordes de métal fondu, et ils ruinaient tout tissu dont ils s'approchaient, et le fer et la pierre fondaient devant eux et devenaient comme de l'eau, et sur ceux-ci chevauchaient des Balrog"
Enfin, des Dragons de métal: " D'autres de bronze et de cuivre reçurent des coeurs et des esprit de feu brûlant, et ils réduisaient en cendres tout ce qui se trouvait devant eux par la terreur de leur souffle ou écrasaient tout ce qui échappait à leur ardeur".


b) Les armées de Gondolin


On doit distinguer pour Gondolin deux choses: Gondolin elle-même, ses remparts et protections immobiles; enfin ses forces proprement dites.
D'abord, les remparts, la fierté de Turgon; c'est leur grandeur qui incita Melkor à construire des monstres de métal pour les surmonter. Sur les remparts on trouvait des "engins et catapultes"; les uns servaient à arroser les ennemis de métaux fondus et de feu, les autres de flèches et de pierres.
A l'ouest, Sept Portes permettaient de défendre l'entrée de Gondolin. Les Sept Portes avaient érigées là en raison de la faiblesse constituée par le Chemin d'Evasion, qui se situait au sud-ouest de Tumladen, dans les profondeurs de l'Echoriath. Les Portes ne se situaient pas dans la plaine (contrairement au tableau de Ted Nasmith) mais directement dans le ravin sur la colline de Gondolin. Chacune des portes était faite d'un matériau différent et était finement ouvragée. Il y avait un type de garde pour chacune, mais c'était Ecthelion de la Fontaine qui commandait la dernière. Leur matériau était de plus en plus résistant: il y avait d'abord les portes de Bois, de Pierre, de Bronze, Fer forgé, d'Argent; puis se trouvait la Porte d'Or, la plus belle et la plus résistante des six portes érigées par Turgon avant Nirnaeth Arnoediad; mais la Septième l'avait été par Maeglin au retour de cette guerre, et c'était la Porte d'Acier.
Les deux seules sorties de Tumladen étaient donc le Chemin d'Evasion au sud-ouest, et le col des Aigles, ou Cirith Thoronath ou encore Cristhorn au sud, de parcours difficile et qu'aucune garde ne surveillait, sinon la vigilance constante des Aigles.Idril Celebrindal (emblème)
Une sortie dérobée à l'intérieur de Gondolin fut construite à l'initiative d'Idril Celebrindal, car la fille de Turgon « par sa pensée, possédait un grand pouvoir de pénétration de l'obscurité dans le coeur des Elfes et des Hommes, et des pénombres de l'avenir qui en découlaient – plus loin encore que le pouvoir habituel des peuples des Eldalië ». Ainsi en prévoyance du malheur à venir incita t-elle Tuor à organiser le forage de ce tunnel, qui amenait à plusieurs lieues au sud de Tumladen, près du Chemin d'Evasion, sans y mener tout à fait.

Enfin, les forces armées de Gondolin, comme sa population étaient divisées en onze Maisons. Chacune avait ses couleurs, son emblème, ses habiletés, et son chef. Lors du tumulte produit à la vue des armées de Melkor, les onze maisons se rassemblèrent avec discipline (probablement devant le Palais de Turgon). Elles étaient:
- La Maison du Roi; ses couleurs étaient de blanc, d'or, et de rouge, et ses emblèmes la lune, le soleil et le coeur écarlate; ce coeur était celui de Fingon, que Turgon avait arraché aux Orcs à Nirnaeth avant d'en faire son emblème. Leur mission était de ne pas entrer dans la bataille avec les autres les Maisons afin d'être dispos pour protéger le Roi si jamais elles étaient défaites.
La Maison de la Taupe, commandée par Maeglin, n'avait pas d'emblème; mais ses guerriers était vêtus couleur de sable, portaient des peaux de taupes, et se battaient avec des haches à double tranchant; beaucoup avaient « la mine sombre et le regard menaçant ».
La Maison de l'Hirondelle, commandée par Duilin, le plus sûr des archers; ses guerriers « portaient un éventail de plumes sur les heaumes, et leur parure était de blanc et de bleu foncé, et de pourpre et de noir; et ils montraient une pointe de flèche sur leurs boucliers ». (LCP, t2, III)
La Maison de l'Arche Céleste, commandée par Egalmoth, qui tirait plus loin que tous les gens de sa Maison et qui était le seul à combattre avec une épée courbe. Elle était composée des meilleurs archers; ils étaient donc placés sur l'enceinte. Leur richesse était grande et « leurs armes étaient serties de joyaux s'enflammant dans la lumière ».
Les Maisons du Pilier et de la Tour « obéissaient à Penlod, le plus grand des Gnomes en taille. »
La Maison de l'Arbre avait pour seigneur Galdor, le plus valeureux des Gondothlim; ses soldats étaient habillés de vert, et combattaient « avec des massues cloutées de fer ou bien avec des frondes ».
La Maison de la Fleur d'Or avait Glorfindel; et ses gens portaient un bouclier où figurait un soleil rayonnant?
La Maison de la Fontaine, dont les gens habitaient au Sud, avait pour chef Ecthelion; ils combattaient avec « des épées très longues et brillantes et pâles, et ils partaient à la bataille accompagnés d'une musique de flûtes ».
La Maison de la Harpe, commandée par le lâche Salgant, « qui flattait Maeglin »; il était lourd et trapu, le seul à cheval, et portait une harpe d'or. Leur blason était une harpe d'argent sur fond noir.
La Maison du Marteau de la Colère, dirigée par Rog, « le plus fort des Gnomes ». Elle était très nombreuse, et composée des meilleurs forgerons et artisans. « Ils combattaient avec d'énormes masses d'armes comme des marteaux, et leurs boucliers étaient lourds, car leurs bras étaient très forts ». Beaucoup parmi eux s'étaient échappés des mines de Melkor et « la haine de cette maison envers les oeuvres de cet être maléfique (...) outrepassait tout ». Leur emblème était « l'Enclume frappée, et un marteau lançant des étincelles était représenté sur leur bouclier ».
A ces onze Maisons s'ajouta celle de Tuor, la Maison de l'Aile, car Idril lui avait donné pour conseil « que certains des plus valeureux et les plus loyaux des seigneurs et des guerriers des Gondothlim fussent choisis avec grand soin et (...) devaient être groupés en une garde robuste, et porter son emblème et devenir ses gens, et de faire ainsi sous le prétexte du droit et de la dignité d'un grand seigneur, de la famille du Roi ». Le secret du chemin creusé sous Gondolin ne fut révélé qu'aux guerriers de cette Maison, afin qu'aucune oreille malveillante ne puisse avoir connaissance de cette issue. Mais Maeglin avait fini par en entendre parler et avait pris ses dispositions pour contrecarrer ce plan.

2) "Melko est sur nous"


Résumé succinct de la Prise de Gondolin

 "La ville fut assiégée sans espoir de salut" (Silm, XXIII)
1) La porte Nord cède et Gothmog tient rapidement une partie de la cité nord.
2) Les Gondothlim reculent progressivement et l'incendie se déclare dans la cité, mais Rog effectue sa sortie meurtrière.
3) A la mort de Rog les Gondothlim reculent à nouveau vers le centre; Gothmog a gagné la moitié de la ville et n'avance pas plus en attendant l'acheminement des Balrogs.
4) Les Balrogs débarquent, les forces convergent vers la Place du Roi; mort de Gothmog et d'Ecthelion. Le Roi tient un dernier conseil et jette sa couronne; il s'enferme dans sa tour; Tuor et les survivants s'en vont, excepté la Maison du Roi; destruction de la Tour par les Balrogs et mort de Turgon.
5) Tuor et Idril gagnent le passage et s'enfuient. Une fois dans la plaine, une partie des survivants s'en va vers le chemin d'Evasion vers un destin de mort; Tuor et les autres montent vers la Faille des Aigles; la ville est en flammes.
6) Les Aigles viennent au secours des rescapés attaqués par les orcs; mort de Glorfindel et errance de Tuor et des huit cents survivants, qui descendent le Sirion jusqu'en Arvenien.
(Pour un résumé précis de la bataille lire les pp231-263 des Contes Perdus tome 2, Edition Pocket.)


a) La bravoure des Gondothlim

Malgré la supériorité numérique écrasante, les Eldar parvinrent à infliger force de revers aux armées de Melko; des exploits très nombreux furent accomplis, et en vérité beaucoup le furent par Tuor. Cependant si les Gondothlim n'eurent pas peur de se battre et le firent vaillamment, il est inutile de parler de tous ici alors qu'il est important d'en dénombrer trois principaux:
Dans les premières heures de la bataille, alors que les orcs tenaient la Porte Nord, un incendie se déclarea dans la cité du fait des Balrog en contrebas des remparts, qui tiraient des flèches enflammées. Alors la Maison du Marteau, qui affrontait depuis le début les orcs et perdait progressivement du terrain "sous le nombre toujours croissant", effectua une percée, remonta jusqu'à la Porte et effectua une sortie inattendue. Fondant sur Tumladen, Rog entraîna la Maison du Marteau à l'assaut des Balrogs, "et le nombre des balrogs qui périt là fut un prodige et une terreur pour les armées de Melko, car avant ce jour jamais un Balrog ne périt des mains d'un Elfe ou d'un Homme". Cependant Gothmog referma sur eux un piège mortel en les empêchant de revenir dans la cité. Promise à la mort, "la Maison du Marteau se dispersa en tous sens, frappant et tailladant les troupes stupéfaites de Melko (...). Là autour de Rog ils périrent, frappant jusqu'au dernier". L'exploit de Rog exprime combien il aurait été nécessaire pour Gondolin de faire une sortie dès le début, comme l'avaient conseillé Tuor et les autres seigneurs, Rog compris. Rog effectua donc cette sortie sans en avoir reçu l'ordre et contre l'avis du Roi, qui était enclin à écouter les paroles corrompues de Maeglin, et prouva par l'exemple le tort de Turgon, car on peut voir aussi qu'aucune Maison ne les suivit, et que Turgon était décidé à défendre une cité au prix des nombreuses pertes qui allaient suivre.
Glorfindel et le Balrog Le deuxième grand haut fait de la bataille fut accompli par Ecthelion de la Maison de la Fontaine. Les Gondothlim, submergés, reculèrent jusqu'à la Place du Roi où convergeaient les armées de Melkor, et là, au coeur du carnage qui s'ensuivit, s'avança Gothmog, le capitaine des armées d'Angband. "Alors bondit Ecthelion, seigneur de la Fontaine, le plus beau parmi les Noldoli, droit sur Gothmog (...) et le Balrog hurla et tomba en avant; mais tous deux chutèrent dans le bassin de la fontaine (...). Là cette créature trouva sa destinée mortelle; et Ecthelion sous son fardeau d'acier coula dans les profondeurs, et ainsi périt le seigneur de la Fontaine après bataille de flammes en eaux fraîches". Ecthelion était mort, mais la mort de Gothmog, Prince des Balrogs, constitua une des plus grandes victoires au sein de la bataille, et vengea en partie la mort de Fingon.
Le dernier exploit se déroula après la bataille, lorsque Tuor, Idril, et Eärendil, accompagnés de tous les rescapés qu'ils avaient pu trouver, furent attaqués par une troupe d'orcs dans le Col des Aigles. Un Balrog apparut alors: "Glorfindel bondit en avant sur le Balrog et son arume dorée luisit étrangement sous la lune". Glorfindel, qui commandait la Maison de la Fleur d'Or, combattit contre ce démon avec "ardeur" dans un "combat mortel", le "repoussant", et lui infligeant un véritable "tourment de la douleur et de la peur", malgré le fait que ce démon "faisait deux fois sa taille". Enfin Glorfindel "réussit à percer le ventre du Balrog" mais en tombant celui-ci "s'aggripa aux mèches jaunes de Glorfindel (...) et tous deux tombèrent dans le gouffre" (le même scénario se produisit avec Gandalf, le Balrog emportant son ennemi dans la mort). Ce Glorfindel, Seigneur de la Fleur d'Or, est le même qui au cours du Troisième Âge prédit que le Roi-Sorcier d'Angmar ne serait pas tué par un homme, et qui plus tard sauva Frodon des Nazgûl (voir le Seigneur des Anneaux). Après sa mort contre le Balrog, l'esprit de Glorfindel quitta son corps (comme il est toujours le cas pour les elfes) gagna les Cavernes de Mandos, cavernes de l'attente où sont rassemblés les esprits des morts. Là il lui fut permis de se réincarner, et ainsi naquit-il une nouvelle fois en Terre du Milieu: et c'était bien le même, avec les mêmes souvenirs du Premier Âge

b) "Bataille de flammes en eaux fraîches"

Il est intéressant de voir à quel point Tolkien oppose les éléments du feu et de l'eau, assimilés aux deux divinités protectrices des deux armées: Melkor et Ulmo. En réalité, toute la bataille tourne autour de leur combat personnel. On a vu combien l'élément de l'eau était présent dans la cité (voir I. 2. c. sur les fontaines et rôle d'Ulmo dans la création de la cité) et que Melkor utilisait des Balrog (divinités de feu), des Dragons, et des machines (qui peuvent être de flamme ou avec un coeur de feu). Le relevé et l'analyse de ces éléments permet de bien mieux comprendre l'enjeu et l'issue de la bataille.
La Chute de Gondolin (Alan Lee) Le fait que les Balrogs aient enflammé la cité peut être caractéristique de n'importe quel siège, mais Gondolin était une ville aquaphile, et l'approche seule des serpents de métal et de feu fit que "toutes les sources de la cité, hormis seule la fontaine du Roi, s'échauffèrent et fumèrent" (on sait que la fontaine de la Place du Roi était la plus profonde). On remarque aussi que les eaux qui dévallent les pentes d'Amon Gwareth " éteignent les flammes" de ces démons. Malgré tout à la Place du Puits "les eaux étaient polluées des carcasses [des orcs]". Mais le fait le plus significatif est l'épisode de la mort de Gothmog. Ecthelion avait été blessé et rammené par Tuor à la Fontaine du Roi où, évanoui, Tuor " lui donna à boire, éclaboussant son visage afin que son évanouissement le quittât". Alors que Tuor combattait aux alentours, Ecthelion "gisait au bord de la Fontaine". C'est pourquoi quand Gothmog apparut le seigneur de la Maison de la Fontaine était "de la pâleur de l'acier gris "et  que son "bras-bouclier pendait sans vie"; pourtant, la Fontaine permit à Ecthelion de recouvrer ses forces et d'accomplir l'exploit que l'on sait. Au moment le plus intense de la bataille, sur la Place du Roi, ce fut le paroxysme du combat de l'Eau contre le Feu, d'Ulmo contre Morgoth, à représentants interposés, ce que synthétise Tolkien dans sa formule "bataille de flammes en eaux fraîches". Ainsi Ecthelion, qui était bien " de la Fontaine", représente l'eau, et Gothmog, qui était un Esprit de Feu ou Balrog, lui est antithétiquement opposé. Leur affrontement les annule donc, et tous deux périrent. Par ailleurs, la Fontaine permit aussi à Tuor de se reposer et d'accomplir d'autres combats.
Cependant après leur duel la Fontaine fut assechée; la disparition de l'eau de la Fontaine dans le conte est tragique et correspond à la mort d'Ecthelion et au fait que Gondolin est perdue. Ainsi Melkor, en ayant asséché les sources de Gondolin et mis la ville en flammes, fut-il victorieux en partie sur Ulmo. Mais seul Ulmo savait ce qu'il en était véritablement: c'est grâce à lui que les survivants qui s'enfuirent dans Tumladen furent protégés par une brume, qui les dissimula; "ces airs brumeux" d'ailleurs créés par les évaporations des sources de la ville. Après la bataille, Ulmo pouvait encore espérer gagner la guerre, car les rescapés portaient dans leurs bras Eärendil, l'ultime espoir des Enfants d'Ilùvatar.
On peut aussi remarquer que l'eau n'était pas le seul élément à dépérir du fait de Melkor, et la parole de Turgon "Et maintenant [Ulmo] laisse se faner [La Fleur de la Plaine] dans le feu" le montre bien. Peu avant la chute de sa tour, les deux Arbres (qui dans le Silmarillion ne sont que des images taillées) étaient bien mal en point: "Glingol était flétri (...) et Bansil entièrement noirci"; l'Allée des Roses était devenue une "ruelle de noirceur", et la Place du Puits qui "avait auparavant abrité de nombreux arbres (...) était pleine de l'émeute (...) de ce peuple hideux". Le même relevé peut se faire concernant la musique, qui était l'un des éléments de Gondolin: Ecthelion arriva en renfort avec "une douce musique" mais les orcs poursuivis par Rog émettèrent des "hurlements [qui] déchirèrent les airs". Si en effet Rog parla " d'une voix puissante" ou "élève sa voix puissante" pour effrayer ses ennemis, le dragon de feu blessé par Tuor et Gothmog touché par Ecthelion "hurlèrent" tous deux, de même que les orcs qui "hurlèrent de dérision" quand Turgon "s'écria d'une voix pareille à une corne soufflée au milieu des montagnes".

3) L'accomplissement des destinées

de Maeglin
Alors que le combait venait de s'engager à la Porte Nord, Tuor passa faire ses adieux à Idril. Arrivé à sa demeure il vit les gens de Maeglin, et aussi Maeglin qui avait emporté Idril sur les remparts pour lui faire voir la chute cruelle de son fils dans les flammes du contrebas. "Tuor fut sur lui et sa fureur était terrible à voir". Tuor prit sur les murs Maeglin et le "lança au loin (...). Longue fut la chute de son corps, et il frappa Amon Gwareth trois fois avant de chuter au milieu des flammes" Maeglin mourut donc comme son père le lui avait prédit, et personne, malgré les circonstances qu'on pourrait lui prêter, ne le pleura car "le nom de Maeglin a disparu dans la honte d'entre les Eldar et les Noldoli".

de Turgon
Profitant du désarroi lors de la chute de Gothmog, la Maison du Roi attaqua et dispersa les forces de Melkor. Les rescapés se rallièrent devant le Palais où se tenait Turgon et alors il dit  "Grande est la chute de Gondolin", et tous tressaillirent". Ils se tenaient là, Turgon et Tuor, "comme ils s'étaient tenus lorsque Tuor annonça l'ambassade d'Ulmo. Mais Turgon dit "Le malheur ai-je mené sur la Fleur de la Plaine malgré Ulmo, et maintenant il la laisse se faner dans le feu. Voici! Il n'y a plus d'espoir en mon coeur pour ma cité de ravissement, mais les enfants des Noldoli ne seront pas toujours vaincus". Alors Turgon jetta sa couronne, et Glingol qui la ramassa lui représenta, mais il la refusa et monta "au pinacle de la tour blanche"; et de là il leur cria "Grande est la victoire des Noldoli!", mais jamais plus on ne l'entendit, car il voulut seul affronter le destin qu'il s'était forgé. Ce dépit peut s'expliquer par le fait qu'il ait enfin compris pourquoi Ulmo l'avait mis en garde contre son attachement à Gondolin: son aveuglement et sa croyance en l'invulnérabilité de la cité, sa confiance en Maeglin furent pour une part responsable de la chute de Gondolin. Cependant l'amour qu'il nourrissait pour sa cité prenait sa source dans la nostalgie de Tirion, l'abandonnée des Noldor; et Ulmo le savait bien, de la même manière qu'il avait prévenu Turgon de la trahison de l'un des siens. Destin et destinées se mélèrent encore lorsque le secret absolu de la cité fut trahi par Turgon lui-même, quand il cèda la sortie à sa soeur, qui eut pour fils Maeglin, ou aux frères Huor et Hurin, dont l'aventure ne passa pas inaperçue, mais qui sauvèrent le secret de Turgon à Nirnaeth Arnoediad et grâce à qui s'éleva Tuor. Ainsi peut-on expliquer ce "malheur" qu'il amena sur sa propre cité.

de Tuor, Idril et Eärendil
C'est donc grâce à la clairvoyance d'Idril qu'il y eut des rescapés, et parmi eux Eärendil; elle seule avait pressenti le sort de la cité et avait mis au point une solution pour y échapper. Mais on doit apprécier à quel point Idril perçait le voile du destin car le forage du tunnel avait commencé avant la trahison de Maeglin, et car toujours pressant Tuor (qui la suivait car "meilleure est n'importe quelle idée en l'absence de conseil") d'accélérer le forage, elle lui avait dit "cette voie ne doit pas mener vers le Chemin d'Evasion (...) mais au contraire jusqu'en ce col très lointain de la Faille aux Aigles"; en effet, Maeglin allait apprendre plus tard l'élaboration de ce tunn La fuite de Gondolin el et en conséquence indiquer aux troupes de Gothmig de s'y rendre afin d'y surprendre des rescapés. Et c'est ce qui se produisit car "une grande compagnie d'hommes et de femmes se sépara de Tuor et s'en fut vers Bad Uthwen, et là dans les mâchoires d'un monstre". Les rescapés qui avaient assisté à l'exploit de Glorfindel étaient environ 800; de là on peut en déduire que la compagnie qui emprunta le tunnel devait s'approcher des 1500; mais un dizième moururent dans le tunnel du fait d'éboulements. Après avoir erré longtemps en descendant le Sirion jusqu'au Lac du Crépuscule (Aelin Uial) et en endurant des escarmouches ainsi que les maladies, cette compagnie fut au final réduite à 580 survivants, un bien triste reste des Gondothlim quand on sait que déjà, devant probablement chaque porte de Gondolin, se trouvaient 300 archers. Les rescapés "prirent le nom de Lothlim, le peuple de la fleur, car Gondothlim est un nom trop douloureux pour leurs coeurs".
Mais Gondolin avait rempli son rôle: elle n'aurait pu, seule, vaincre contre Melkor, mais avoir tenu fièrement contre lui pour abriter l'espoir qui allait déclencher la Guerre de la Colère fut sa victoire. Tuor, vieillisant, qui se languissait de la mer depuis qu'il était venu à Vinyamar, prit la mer en secret, et l'immortalité lui fut accordée à Valinor. Eärendil tenta de le retrouver chez Mandos et fit naufrage, mais Ulmo le sauva et lui ordonna de naviguer vers Kôr (Tirion), lui disant "car pour ceci as-tu été sauvé de la destruction de Gondolin". Idril prit la mer seule un soir et se rendit à Valinor retrouver Tuor. Quant à Eärendil, désormais porteur du Silmaril arraché par Beren et Lùthien de la couronne de Morgoth, sa mission était de demander pardon aux Valar. "Les Valar tinrent conseil (...). Eärendil parut devant eux et leur porta le message des Deux Races. Il demanda pardon pour les Noldor, pitié pour leurs souffrances, grâce pour les Elfes et les Humains et secours pour leur détresse. Sa prière fut entendue." (Silm, XXIV) L'armée de l'Occident franchit Belegaer, "Beleriand s'embrasa", et Melkor fut vaincu.

IV. Historiographie de La Chute de Gondolin:
Le legs de Gondolin dans l'oeuvre de Tolkien


Lectures et choix de lecture

Tout d'abord, le caractère unique de Gondolin s'exprime en dehors de toute lecture par la documentation exceptionnellement abondante qui la concerne; Pas moins de trois textes sont entièrement dédiés à sa chute: au sein du Silmarillion, le chapitre XXIII, Tuor et la Chute de Gondolin, qui fait consensus; dans le Second Livre des Contes Perdus, le chapitre III, La Chute de Gondolin, qui est le plus riche; et dans les Contes et Légendes Inachevés, le chapitre I, De Tuor et de sa venue à Gondolin, qui se concentre sur l'aventure de Tuor. A ces proses s'ajoute le fameux et fragmentaire lai La Chute de Gondolin (au sein des Lais du Beleriand, II, 3).
Les différences entre les textes sont parfois énormes, c'est pourquoi j'ai pris soin de préciser à chaque fois d'où venait la citation, si citation il y a. Autrement, le découpage de l'histoire a fait l'objet d'un questionnement, et j'ai la plupart du temps laissé le choix au lecteur pour ce qui était de savoir si Glingol et Bansil étaient de vrais arbres ou bien de simples sculptures, si Melkor connaissait l'emplacement de la cité ou non, si Maeglin révélait simplement l'emplacement de Gondolin ou aidait à la construction des machines de fer (Christopher Tolkien commente d'ailleurs qu'il aurait alors été "un transfuge de bien grande valeur!") mais les textes, en particulier en fait ceux du Silmarillion et des Contes Perdus, sont si imbriqués (car le texte du Silmarillion est une synthèse) qu'il paraissait nécessaire de les faire voir ensemble, et non de trancher en faveur d'une version plus récente qui ferait l'unanimité ou non. Ce qu'il fallait c'était retranscrire l'avec le plus de précision l'épopée entière de Gondolin, qu'importe si le personnage de Maeglin avait eu une évolution dans l'esprit de Tolkien, ceci n'important que si l'on faisait un tableau à son sujet (dans le Silmarillion il n'est "ni faible, ni lâche" alors que dans LCP il aide même Melkor sans en être obligé).
La plus grande différence cependant, et il faut noter, concernait les Balrog, que Tolkien dénombrait par "centaines" dans LCP, si bien que Tuor en tue trois, Ecthelion quatre en comptant Gothmog et qu'un assaut vigoureux en tua " deux vingtaines, ce qui fut une très grande prouesse en vérité". Devant l'étonnante facilité avec laquelle les Elfes pouvaient tuer un Balrog alors que Gandalf, lui, dut peiner pendant bien des heures avant d'y parvenir, il était certain que cette fois l'évolution du Balrog dans la démiurgie tolkienienne le faisait partir d'une trop grande faiblesse pour qu'il soit intégré à l'ensemble de l'histoire, et d'ailleurs Tolkien corrigea à la fin de sa vie en disant qu'il n'y en avait que "sept, au plus". J'ai donc cette fois-ci tranché en défaveur des Contes Perdus; mais pour le reste il est certains qu'un trop grand nombre d'éléments restent généralement inconnus peut-être à cause de ce dédain de la version "primitive", alors qu'il s'agit (à mon avis) des textes les plus riches et les plus intéressants.
Cependant, j'ai eu recours à de nombreux autres textes pour offrir un panorama complet sur Gondolin. Ainsi dans le Silmarillion, le texte Tuor et La Chute de Gondolin (le chapitre XXIII) ne concerne t-il qu'une partie de l'histoire, et retrouve t-on le reste du conte éparpillé dans d'autres chapitres; par exemple la découverte de la vallée de Tumladen par Turion est-elle située dans le chapitre XIII (Le retour des Noldor) et la construction de la cité entamée au chapitre XV (Les Noldor à Beleriand). Ces textes sont bien entendu tout aussi nécessaires pour la compréhension de l'histoire générale que celui qui traite de la Chute proprement dite; difficile en effet d'écarter l'histoire de Maeglin (chapitre XVI). A ceci s'ajoutent les lectures concernant Tirion (LCP t1, V; Silmarillion, V, IX, XXIV;  les Lais du Beleriand, II, 1), utiles pour la comparaison avec Gondolin, et tout ce qui concerne enfin le contexte historique.

Le souvenir de La Chute de Gondolin dans l'oeuvre tolkienienne:
Le chant de Gimli "Le monde était jeune..."

Dans le conte de la Chute de Gondolin, nombreuses sont les références au futur, car l'histoire est racontée bien après les évènements par des elfes vivant en Aman. Le narrateur (Petitcoeur, fils de Bronweg) fait une intrusion dans son texte, rompant le temps du récit par le temps du discours. Ici ces commentaires concernent presque exclusivement le siège de la ville, par exemple lorsque Rog effectue sa sortie: "Une grande action fut cette sortie, comme les Noldoli la chantent encore". Petitcoeur ajoute plus loin que "on chante encore que chaque homme du Marteau de la Colère prit la vie de sept ennemis". Au moment de la contre-attaque d'Ecthelion, il précise "et on dit que le peuple d'Ecthelion occit là plus de gobelins que jamais il n'en tombât dans toutes les batailles des Eldalië". Lors de la bataille près de la Place du Roi, on lit que "cette résistance fut la plus obstinée et la plus valeureuse dont on se souvienne dans tous les chants ou dans quelque conte". Il n'est pas non plus du plus inutile de relever que "Toujours, les Eldar disent lorsqu'ils voient un combat courageux d'un pouvoir bien faible contre une furie de maléfice: "Hélas, C'est Glorfindel et le Balrog".
Si l'on se place du point de vue de Tolkien écrivant son récit, c'est inscrire, dès l'écriture du conte, le souvenir de Gondolin dans la mémoire de ceux qui vécurent après elle, comme Petitcoeur. Mais la vérité est que l'histoire de Gondolin est si grande qu'elle transcende son histoire pour s'inscrire dans d'autres. Ainsi les commentaires de Petitcoeur fils de Bronweg ne sont-ils pas exagérés.

Dans le Seigneur des Anneaux (livre II, 3), lorsque la Compagnie traverse la Moria, Gimli entonne un chant:

"Le monde était jeune et les montagnes vertes.
Aucune tache encore sur la Lune ne se voyait,
Aucun mot n'était apposé sur les rivières ou les pierres,
Quand Durïn s'éveilla et marcha solitaire. (...)

Le monde était beau, les montagnes altières
Aux Jours Anciens d'avant la chute
De puissants rois en Nargothrond
Et en Gondolin, qui maintenant
Au-delà des Mers Occidentales ont disparu ;
Le monde était beau en l'Ere de Durïn (...)"

Hormis dans ce même livre II où Elrond dit qu'il est le fils d' "Eärendil, né à Gondolin" ce poème est bien la seule référence à Gondolin dans le Seigneur des Anneaux. " La chute de puissants rois"  fait référence aux Ve et VIe siècles du Premier Âge (Nargothrond chute en 495, Gondolin en 510), peu avant la Guerre de la Colère qui balaiera le Beleriand. Donc la "beauté" se situe donc dans une période qui va jusqu'à la Chute de Gondolin, qui marque l'entrée dans une période sombre. D'ailleurs, s'il fallait faire une analogie dans l'Histoire, je comparerais volontiers Gondolin à Troie, car sa chute (vers 1250 av. JC) correspond justement à ce que les historiens appellent les Âges Sombres; l'autre ressemblance est que les rescapés, dans les deux cas, s'enfuient par un chemin secret pendant que la ville brûle. Notons que c'est cependant l'antique cité grecque de Thèbes qui est connue pour ses Sept Portes.
Revenons au chant de Gimli: cette référence peut paraître mince, mais elle offre l'aperçu unique de ce dont parle Petitcoeur fils de Bronweg: les chants. Le poème de Gimli ne parle pas particulièrement de Gondolin, mais  les poèmes qui abordent Gondolin d'habitude sont différents: ils ne sont pas insérés dans le contexte d'une autre histoire comme celle du Seigneur des Anneaux. Ce sont des poèmes livrés dans des recueils comme dans les Lais du Beleriand, des poèmes qui forment déjà un tout. Bien entendu ces poèmes, que j'ai cités plus haut comme bibliographie, sont censés avoir été et être chantés par des elfes. Mais ils ne le sont pas en contexte, on entend pas les elfes les chanter quand on croise des elfes dans tel ou tel récit. Ici  il s'agit d'un chant dit par un protagoniste, Gimli, au sein d'une histoire totalement différente de Gondolin, celle du SdA. La réalité de l'immortalité de Gondolin, qu'évoque Petitcoeur au sein du Conte, est confirmée par cette évocation de Gondolin dans le chant de Gimli. C'est ce qui fait de ce poème une pièce unique, rien que par l'évocation de cette cité antique.
Le souvenir de La Chute de Gondolin dans l'oeuvre tolkienienne:
La découverte des épées de Gondolin dans Bilbo le Hobbit
 
Une référence peut-être moins riche de sens mais plus croustillante historiquement est donnée dans l'autre oeuvre majeure de Tolkien, Bilbo le Hobbit. Je n'insiste pas sur le fait que Gondolin est ainsi citée dans chacune des oeuvres de Tolkien, car beaucoup d'autres mythes le sont; cependant la plupart  de ceux-ci sont des mythes souvent proches des protagonistes (histoire de Nùmenor pour Aragorn, Beren et Lùthien pour Arwen, etc.), contrairement à Gondolin qui n'a que peu légué d'elle-même (ses rejetons n'ont pas fondé de royaume) mais dont le mythe traverse tout de même les Âges de la Terre du Milieu. (pas loin de 6000 ans entre sa chute et Bilbo ou le SdA). Ainsi, alors que Gandalf, les nains, et Bilbo sont dans l'antre d'un Troll (chapitre 2):

"Il y avait quantité d'effets suspendus au mur (...) et parmi ceux-ci se voyaient plusieurs épées (...). Deux attirèrent particulièrement leur regard à cause des superbes fourreaux et des gardes enrichies de pierreries. (...)
"On dirait de bonnes lames, dit le magicien, les tirant à demi et les regardant avec curiosité. Elles n'ont pas été forgées par un Troll, ni par un homme de cette région ou même de ce temps. Mais nous en saurons plus quand nous aurons pu déchiffrer les runes qui y sont gravées"

Par la suite (chapitre 3):

"Elrond savait tout des runes de toute sorte. Ce jour-là, il examina les épées qu'ils avaient emportées du repaire des trolls, et il dit: "Elles n'ont pas été fabriquées par les trolls. Ce sont des épées anciennes, très anciennes, des Hauts Elfes de l'Ouest, ma famille. Elles furent forgées à Gondolin pour les Guerres des Gobelins. Elles doivent venir d'un trésor de dragon ou d'un butin de gobelin, car cette ville fut détruite il y a des siècles par les dragons et les gobelins. Cette épée, Thorïn, les runes la nomment Orcrist, le fendoir à gobelins dans l'ancienne langue de Gondolin. Ceci, Gandalf, était Glamdring, le marteau à ennemis que portait jadis le roi de Gondolin. Gardez-les bien!
- Comment sont-elles venues entre les mains des trolls, je me demande? dit Thorïn, examinant son épée avec un intérêt nouveau.
- Je n'en sais rien, répondit Elrond, mais on peut penser que vos trolls avaient pillé d'autres pilleurs ou étaient tombés sur les restes d'anciens brigandages dans quelque trou des montagnes de jadis."

On en apprend par la suite un peu plus (chapitre 4):

"Et il ne s'est pas expliqué sur ceci!
[Le gobelin] tendit l'épée que Thorïn avait portée, cette épée qui venait de l'antre des trolls.
Le grand Gobelin poussa un hurlement de rage véritablement affreux quand il la regarda, et tous ses soldats grincèrent des dents, entrechoquèrent leurs boucliers et trépignèrent. Ils avaient aussitôt reconnu l'épée. Elle avait tué bien des gobelins en un temps, quand les elfes blonds de Gondolin les pourchassaient dans les collines ou bataillaient devant leurs murs. Ils l'avaient appelée Orcrist, le fendoir à gobelins, mais les gobelins l'appelaient simplement Mordeuse. Ils la haïssaient (...).
Glamdring, le marteau à ennemis. Les gobelins l'appelaient seulement Batteuse, et ils la haïssaient encore plus que Mordeuse, si la chose était possible".

L'une des énigmes de ce texte (à laquelle il est bien difficile de répondre) est la rapidité avec laquelle les gobelins (ou orcs) reconnaissent les deux épées. L'ont-ils jamais vue -et si c'est le cas, à l'oeuvre, donc à Gondolin, il y a 6000 ans? Ou en ont-ils tous seulement entendu parler et leur peur s'est répandue comme une rumeur (mais comment expliquer qu'ils les aient reconnues au premier coup d'oeil, eux qui ne lisent pas les runes elfiques?) ? Toujours est-il qu'un élément auquel aucun texte précédemment cité ne faisait allusion est apparu: Glamdring, l'épée de Turgon. Certes, il s'agit d'une broderie sur le thème récurent chez Tolkien du passé, lointain, afin d'en faire connaître la profondeur au lecteur; mais toujours est-il qu'Elrond ajoute un élément que nous pourrions intégrer au récit des Contes Perdus ou du Silmarillion, ce qui est une référence à Gondolin d'un genre vraiment nouveau, puisque les références dont on parlait jusqu'ici se contentaient de citer Gondolin sous un aspect que l'on connaissait déjà. C'est parce qu'il s'agit finalement d'une référence, non aux textes de Tuor et la Chute de Gondolin, mais à Gondolin elle-même, celle qui pour eux a existé il y a plus de six millénaires, une référence intra-diégétique, que seuls peuvent faire ceux qui vivent en Terre du Milieu. Cette seule indication d'Elrond nous fait partir de ce qu'a écrit Tolkien et ouvre une fenêtre sur ce qu'il n'a pas écrit, sous-entendant que bien d'autres éléments au sujet de ces épées (comme sur n'importe quel sujet) pourraient être ajoutés en temps utile puisqu'il s'agit de l'Histoire et que Tolkien est un historien.
D'autre part, si Elrond reconnaît cette épée pour être celle de Turgon, c'est qu'il a lu quelque part quelque chose qui s'y rapporte, une lecture que nous-mêmes ne connaissons pas, mais peut-être s'agit-il aussi bien de son souvenir. Car c'est ainsi aussi que l'histoire de Gondolin a traversé les siècles du monde de Tolkien: en dehors des lectures qui nous sont proposées (restituées) aujourd'hui. La frayeur des gobelins le montre bien, eux qui ne semblent pas être érudits mais qui peut-être échangent le soir les histoires d'antan, histoires dont nous n'avons aucun écho mais qui existent bien au sein de cet univers (c'est-à-dire intra-diégétiquement); d'ailleurs la tradition orale se révèle être centrale dans la transmission de ce savoir ancestral, puisque c'est au coin du feu que Petitcoeur raconte son histoire de Tuor et Gondolin. Dans le monde de Tolkien, c'est aussi grâce à cette oralité que Gondolin est immortelle.

"... et le grand conte de Tuor en vient à son déclin.
Alors dit Petitcoeur fils de Bronweg: "Hélas pour Gondolin".
Et personne dans toute la Salle-aux-bûches ne parla ni ne bougea durant un long moment."


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commentaires

Ilúvatar 16/04/2010 19:57



Je suis siédéré par la richesse de tes articles. Cela doit te prendre un temps de fou que tout tanscrire, de tout commenter. Je suis admiratif.


 


Continue ce magnifique travail et à bientôt


 



Tiki 17/04/2010 00:11



Je te remercie =) Oui cela prend un temps fou. Mais le fou ne compte pas :p



Llyfr 13/04/2010 19:11



Bonjour,


Merci pour la visite sur mon univers!


Ton blog est très chouette et les articles vraiment intéressant.


Je repasserai bientôt ;)