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Aiya Ilquen !  (Bonjour à tous!)
Ce site représente ma passion pour l'univers de Tolkien.


A l'heure actuelle, j'entreprends de réécrire tous les articles publiés depuis 2005 en articles beaucoup plus complets et riches, et j'envisage de monter une encyclopédie. C'est la raison pour laquelle vous verrez peut-être certains articles encore en élaboration. Tous vos encouragements sont les bienvenus.

 

Je suis toujours ouvert aux questions, qu'elles soient précises ou non. N'hésitez pas à m'envoyer un mail à tol-eressea@live.fr


 

 

 

 

 

 

 

Peinture

J'essaie d'utiliser en priorité des tableaux. Ils sont surtout de Ted Nasmith, de John Howe ou bien d' Alan Lee.(Le signaler pendant le texte le rendrait encore plus lourd à lire, alors je le fais ici). Parfois les tableaux sont trop volumineux pour rentrer, alors j'utilise des images du film, ce qui rend le texte peut-être plus compréhensible. La plupart des images sont présentes sur internet en format réel, et je peux en envoyer sans problème si vous me le demandez, mais vous les trouverez sur les sites respectifs des auteurs:

www.tednasmith.com

www.john-howe.com

(Pour Alan Lee, vous pouvez en trouver à partir de cette page... http://fan.theonering.net/ )

 

Utùlie'n aurë! Auta i lomë!

" Utùlie'n aurë! Aiya Eldalië ar Atanatàri, utùlie'n aurë!
The day has come! Behold, people of the Eldar and Fathers of Men, the day has come!"
And all those who heard his great voice echo in the hills answered crying: 'Auta i lomë! The night is passing!

The Silmarillion, XX. Of Nirnaeth Arnoediad

 
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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 21:17

Originaire du Belfalas, cette noble dame vécut en Lossarnach avant d'être l'épouse du Roi Thengel de Rohan, pour lequel elle quitta le Gondor. Mère de Théoden, le dernier Roi de la Seconde Lignée, grand-mère d'Eowyn et d'Eomer, grâce à elle furent réunies les branches longtemps disjointes des lignées du Gondor et du Rohan.

 
Noms: Morwen  de Lossarnach (du sindarin mor-, noir; et wen, jeune fille: jeune fille sombre); la Scintillante; la Blanche comme l'acier. (ne pas confondre avec Morwen, l'épouse de Hùrin au Premier Âge)
Parenté: descendante d'un Prince de Dol Amroth (haute noblesse nùmenoréenne).  Fille du premier Seigneur de Lossarnach. Existence probable d'un frère ou d'une soeur.
Epoux: Thengel, Roi de la Marche du Rohan.
Enfants: Une première fille, puis Théoden (2948) et une autre fille inconnue, tous nés au Gondor; puis une fille et enfin Théodwyn (2963), nées au Rohan.
Résidence: Belfalas (si pays de naissance), Lossarnach, Rohan (à partir de 2960environ)
Dates: 2915 (Belfalas?) - ? (décès entre 2963 et 3002 sûrement en Rohan) 

 


 

  ~plan de l'article~

I. Une dame de haute lignée

1) une allure noble

2) Le fief de Belfalas

3) La seigneurie du Lossarnach

 

II. L'union entre le Gondor et le Rohan

1) Morwen  + Thengel

2) Un descendance liée au destin du Gondor

 

 

I. Une dame de haute lignée

 

  1) Une noble allure

 

Alan-Lee/ Eowyn-et-AragornMorwen de Lossarnach devait être grande, et élancée, car elle transmit son physique à Eowyn, la fille de sa fille Theodwyn, qui hérita également de son teint très pâle1. Ce teint était devenu populaire parmi les Rohirrim qui avaient surnommé Morwen la "Blanche comme l'Acier" ou même la "Scintillante" en référence à sa peau très blanche qui contrastait avec la leur (les Rohirrim étaient apparentés aux Nortmen, et seulement de loin aux Gondoriens, d'où une différence de physique). Son nom sindarin, "jeune fille sombre", se rattache probablement à sa "sombre chevelure" 2 et non pas à son teint, car si Morwen était dite de Lossarnach elle n'avait aucun lien de sang avec la population de cette région (qui descendait des Hommes Sauvages vivant dans les montagnes) dont la peau était basanée3. La pâleur d'Eowyn comme de Morwen laissait entrevoir un sang et une ascendance autrement plus illustres. 

 

2) Le fief de Belfalas

 

C'est de la région du Belfalas que provient la famille de Morwen. C'était une famille noble, car son père descendait "d'un ancien Prince" 4 de Belfalas et appartenait donc à la famille princière de Dol AmLa fuite des Elendili. Nasmithroth, une des plus nobles familles du Gondor. Au-delà de leur rang de "seigneurs" de Belfalas, cette famille p rincière était de fait en parenté avec Elendil le Grand, premier Roi du Gondor5, et ainsi les Princes de Dol Amroth étaient les plus prestigieux vassaux du Roi et de l'Intendant. Dans les veines de Morwen coulait donc un  sang de Nùmenor comme il y en avait peu en Terre du Milieu, et même au Gondor, où les héritiers d'Elendil n'étaient plus. Car la lignée d'Anarion s'étant éteinte, et hormis donc les descendants d'Isildur en Arnor il ne restait de famille liée à Elendil que celle des Princes de Dol Amroth. Cette parenté entre Morwen de Lossarnach et les  Princes de Dol Amroth devait être reconnue explicitement bien plus tard, lors de la fameuse Guerre de l'Anneau en 3019 du Troisième Âge, lorsque le Prince Imrahil de Dol Amroth reconnut en Eomer (le petit-fils de Morwen) un membre véritable de sa parenté6.

Par ailleurs, la légende de Dol Amroth attribuait aux Princes de Belfalas du sang elfe (car  le Prince Imrazôr aurait prit pour femme une suivante de Nimrodel7), et c'est aussi ce que reconnaît Legolas Vertefeuille en voyant le Prince Imrahil8. Selon toute vraisemblance, Morwen de Lossarnach devait avoir avoir conservé une petite partie au moins de cet héritage elfique.

 

3) La seigneurie du Lossarnach

 

Attiré par la beauté du Lossarnach, le père de Morwen avait quitté le Belfalas9 et était devenu seigneur du Lossarnach, la région la plus proche de Minas Tirith au sud.  Cette région avait été colonisée très tôt par les Exilés de Nùmenor10, mais était principalement peuplée par une population basanée qui descendait des Hommes Sauvages d'avant la venue des Rois du Gondor11. Mais cLossarnachomme on l'a dit plus haut, Morwen n'était d'aucune façon basanée, car elle n'apparetenait pas au peuple de Lossarnach mais à la "haute noblesse nùmenoréenne" 12 par l'appartenance de son père à la famille princière de Dol Amroth.
Il est difficile de déterminer si Morwen est née ou non en Lossarnach, car son père vint s'y établir et fut le premier seigneur de cette terre. Elle-même naquit en 2915 du Tiers Âge13, mais il est possible que Morwen soit née en Belfalas, dans le pays d'origine de son père, voire à Dol Amroth même. Cette idée est soutenue par un fait  singulier, que précise Tolkien: que Thengel ne prenne épouse que tard dans sa vie. S'il avait connu Morwen plus tôt, peut-être l'aurait-il épousée; mais ce ne pouvait pas être possible si elle ne se trouvait pas à la cour de Minas Tirith, mais encore en Belfalas, jusqu'à l'âge de 25 ans environ (elle se maria à 28 ans); mais ce n'est qu'une hypothèse. Qu'elle s'appelle "de Lossarnach" a pu n'être qu'un qualificatif le jour où les Gondoriens la virent à Minas Tirith.
Quel que soit son lieu de naissance, on aurait pu penser que le Lossarnach, en tant qu'un des plus petits fiefs du royaume du Gondor, aurait eut tôt fait d'amoindrir son prestige et celui de sa famille. Mais il n'en fut rien: comme en témoigne le poème des Tertres de Mundburg, dédié à ceux qui tombèrent devant Minas Tirith lors de la Guerre de l'Anneau en 3019 T.A.,  le seigneur du Lossarnach du moment, Forlong, fut nommé comme l'égal de tous les autres seigneurs. Mais Morwen devait jouir d'un destin qui prouve son appartenance à la haute noblesse: elle fut mariée à Thengel, futur roi de Rohan, et engendra une lignée de Rois.  

Mais Forlong le Vieux ne semble pas apparenté à Théoden, et les deux filles de Morwen qui naquirent au Gondor s'établirent probablement au Rohan avec leur père Thengel quand il monta sur le trône. On peut cependant déduire de l'existence de Forlong le Vieux, seigneur du Lossarnach lors de la Guerre de l'Anneau, le fait que Morwen avait un frère ou une soeur qui perpétua la lignée des seigneurs du Lossarnach.

 

II. L'union entre le Gondor et le Rohan


1) L'union de Morwen  et Thengel


En 2943 T.A., Morwen de Lossarnach épouse Thengel de Rohan. Celui-ci est le fils du roi Fengel de Rohan et vit au Gondor depuis qu'il a atteint "l'âge d'homme"; mais c'est déjà un homme d'âge mûr quand il se marie à Morwen, qui n'a que vingt-huit ans. Même si Thengel ne devient roi qu'en 2945, il est un hôte de marque pour le Gondor et son mariage ne doit pas se faire avec n'importe quelle dame; et comme on l'a vu, Morwen est d'ascendance illustre. Ils ont d'abord trois enfants, deux filles et un fils, Théoden (2948), qui naissent au Gondor. Mais à la mort de Fengel, Thengel est rappelé au Rohan pour monter sur le trône, et Morwen abandonne le Gondor. Deux filles complètent la famille: la dernière est Théodwyn en 2963:  "tard-venue", car Morwen a désormais 48 ans.14

Le reste de la vie de Morwen est difficile à distinguer: nulle information sur sa mort, nulle tombe mentionnée pour une si haute dame au Rohan. Tolkien dit que "Théodwyn" est l'enfant d'un âge avancé: peut-être Morwen ne bénéficiait-elle pas de la longueur de vie associée à une haute ascendance nùmenoréenne. Mais si elle avait survécu à Thengel, qui était plus vieux qu'elle, peut-être serait-elle revenue vivre au Gondor ou au pays de ces ancêtres.

 

  2) Une descendance liée au destin du Gondor


On dit souvent que le Serment de Cirion et d'Eorl fut une des raisons de la survie du Gondor lors de la Guerre de l'Anneau. Sans Cirion et Eorl, qui présidèrent à la création d'un lien fort entre le Rohan et le Gondor, aucun renfort ne serait venu lors de la Bataille des Champts du Pelennor. Il en est de même pour Mithrandir, sans qui le Gondor serait tombé.

Mais sans Morwen de Lossarnach (et cet élément est beaucoup moins connu) et sa descendance, qu'en aurait-il été? Aucun ThéoEowyn et le Roi Sorcierden, fils de Morwen, pour rassembler ses hommes et partir défendre le Gondor, chevauchant en avant de tous lors de l'assaut final sur les légions du Mordor. Aucune Eowyn, petite-fille de Morwen, pour faire tomber le Roi-Sorcier.

Et étrangement, ce fut grâce à Théodwyn,  la dernière fille de Morwen, que le Rohan fut sauvé. Théodred mort, c'est Eomer fils de Theodwyn qui devint Roi du Rohan à la suite de Théoden en 3019 T.A. Non seulement Eomer sauva la royauté (il était le dernier de sang royal), mais il épousa aussi Lothiriel, la fille du Prince Imrahil de Dol Amroth15, liant le Gondor au Rohan comme Morwen et Thengel avant lui. De la même manière, mais inverse, Eowyn, la soeur d'Eomer, épousa Faramir, Intendant du Roi Elessar, liant le Rohan au Gondor. Ainsi débuta le Quatrième Âge dans l'harmonie entre le Rohan et le Gondor, alors que leur alliance était presque oubliée16 avant la Guerre de l'Anneau.


 


Notes


I. 1.

1. Le Seigneur des Anneaux, Appendice A, II, La maison d'Eorl

2. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, I, Appendice.

3. Livre V, chap. 1.

 

I. 3

9. Contes et Légendes Inachevés, le Troisième Âge, I, Appendice.

10. voir la thèse qui arrive à cette conclusion dans l'article sur le Lossarnach (II. 1)

11. Le Retour du Roi, Livre V,  chap. 1

12. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, I, Appendice.

13. Le Seigneur des Anneaux, Appendice A, II, La maison d'Eorl

I. 2.

4. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, II, note 39.

5. Ibidem.

6. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, I, Appendice.

7. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, II, note 39.

8. Le Retour du Roi, Livre V, chap. 9

 

II. 1

14.  Le Retour du Roi, Appendice A, II, La maison d'Eorl

II. 2.

15. Contes et Légendes Inachevés, le Tiers Âge, I, Appendice.

16. Le Retour du Roi, Livre V chapitre 4: " [Théoden] viendra t-il? Se souviendra t-il de notre alliance?".

 

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 13:16

 

Le Dùnadan Halbarad était un parent d'Aragorn II. Rôdeur et gardien de la Comté, il fut surtout le chef de la Compagnie Grise et le porteur de l'étendard confectionné par Arwen pour le Roi du Gondor. Halbarad tomba lors de la Bataille des Champs du Pelennor.

Halbarad

Noms: Halbarad (seul nom connu). Sindarin. Signification précise inconnue. Peut-être hall, "élevé, de haut rang", barad "destiné, maudit" (et non "tour, forteresse")*.
Race: Dùnadan.
Lignée: Inconnue; "parent" d'Aragorn (son "cousin") à un degré non précisé.
Fonction: Rôdeur (angl. "Ranger")
Résidence: Terres du Nord (terres de l'ancien Arnor).
Dates: Naissance inconnue   - 15 mars 3019. (Comme les autres Dùnedain, Halbarad avait probablement passé la quarantaine tout en restant dans la fleur de l'âge).

* voir la traduction donnée par ces termes dans le dictionnaire Sindarin d'Hiswelokë.

 


 

"On put voir dans le clair de lune un cavalier mettre pied à terre et s'avancer lentement. Sa main se détachait, blanche, comme il la levait, paume en avant, en signe de paix, mais les hommes du roi empoignèrent leurs armes (...). Sa voix claire retentit alors (...).

- Je suis Halbarad Dunadan, Rôdeur du Nord, cria l'homme. Nous cherchons un certain Aragorn fils d'Arathorn, et nous avons entendu dire qu'il était en Rohan"

SdA, Livre III, chapitre 2.


~plan de l'article~


I. Le Rôdeur du Nord

1) Un Dùnadan
2) La défense de la Comté

 

II. Un acteur dans la Guerre de l'Anneau

1) Un chef des Dùnedain?

2) L'ami d'Aragorn...

3) ...qui tombe au champ d'honneur.


 



 


I. Le Rôdeur du Nord


1) Un Dùnadan

Halbarad était "grand" et c'est le seul détail de son physique que nous ayons. Sûrement était-il un "homme fort et majestueux" ou avait-il le "visage farouche, marqué (...) comme un  roc altéré par les intempéries" (Livre V, ch. 2) comme les autres Dùnedain de la Compagnie Grise. C'était en tout cas un Rôdeur "à la main obstinée" (signifiant par là son habileté aux armes).


2) La défense de la Comté

Halbarad faisait partie des Rôdeurs qui protégeaient Bree et la Comté. Il dit à Aragorn: "ce sont de petites personnes que les gens de la Comté, mais de grande valeur. Ils ne connaissent pas  grand cHalbaradhose  de notre long labeur pour la préservation de leurs frontières, mais je ne leur en tiens pas rigueur" (L iv re V, ch. 2). De fait, les Rôdeurs avaient eu affaire aux Nazgul les 22 et 23 septembre 3018, au moment où Frod on quittait Cul-de-Sac, et ils étaient depuis longtemps aux prises avec les orques ou autres créatures: le départ de la Compagnie Grise fit découvrir aux populations de Bree l'effroi du Mal, et la Comté vit s' élever le pouvoir de Saroumane qui put en traverser les frontières sans encombres.
Halbarad faisait peut-être partie de ceux qui pouvaient encore affronter les Nazgul de jour (car de nuit leur pouvoir devenait trop grand), mais trop peu de détails existent sur les Dùnedain et lui en particulier.



II. Un acteur dans la Guerre de l'Anneau

 

1) Un chef des Dùnedain?

Ce fut lui qui parla au nom de la Compagnie lorsqu'elle fut arrêtée par l'escorte du Roi Théoden de Rohan, ce qui autorise à penser que c'était lui qui la menait, bien qu'il n'en ait rien dit ni revendiqué (il dit de manière neutre "J'ai avec moi trente hommes (...) que nous avons pu rassembler")
D'autre part, il portait l'étendard d'Arwen confectionné pour Aragorn, et semble avoir été au courant de sa fabrication ("Elle l'a confectionné en secret, et la fabrication en  fut longue. Mais elle envoie aussi ce message..."). Il était probablement un homme de confiance pour Elrond et Arwen, qu'ils connaissaient mieux que les autres Dùnedain.


2) L'ami d'Aragorn.

Il semble être un ami d'Aragorn, qui "étreignit le nouvel arrivant. Halbarad! dit-il. De toutes les joies, voici bien la plus inattendue!". Un autre passage peut nous informer de la qualité de leur relation :http://www.bracegirdle.it/Arda/images/halbarad.jpg
"-Où est Aragorn? demanda [Merry]
- Dans une chambre haute du Fort [de Helm], dit Legolas (...). Il y est monté (...) disant qu'il lui fallait réfléchir, et seul son parent Halbarad est allé avec lui". C'est le moment où Aragorn décida d'user de la Palantir et de se montrer à Sauron, un moment d'importance où l'accompagna ce que l'on peut imaginer être son compagnon d'armes et ami. Néanmoins une personne à qui il peut parler d'autre chose que de la guerre:
"Puis il se tourna vers Halbarad.
- Voilà partis trois hommes que j'aime, et le jeune non le moins, dit-il. Il ne sait pas vers quelle fin il se dirige; mais il n'en irait pas moins s'il le savait."
De même, au moment où Eowyn supplie Aragorn de l'autoriser à partir avec lui, " il la releva. Puis il lui baisa la main, sauta en selle et partit sans se retourner; et seuls ceux qui le connaissaient bien et étaient près de lui virent la douleur dont il était saisi", ceux dont fait partie probablement Halbarad. Néanmoins c'est surtout Aragorn qui lui adresse la parole, comme si Halbarad savait l'attitude qu'il devait adopter face au Chef des Dùnedain.

 

3) ... qui tombe au champ d'honneur.

Le fait qu'Halbarad nous soit présenté, parmi tous les autres Dùnedain, nous permet de savoir sa fin. Halbarad tomba le 15 mars 3019 à la Bataille du Pelennor. "Beaucoup (...) avaient été blessés, estropiés ou tués sur le champ de bataille. (...) Hirluin le beau ne retournerait pas à Pinnath Gelin (...) non plus que Halbarad dans les Terres du Nord." (Livre V, chapitre 6)

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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 09:15

 

L'Argonath est une antique construction du Gondor représentant Isildur et Anarion statufiés. Datant du milieu du Troisième Âge, elle fut érigée pour  dissuader les étrangers de descendre l'Anduin et d'atteindre le Gondor. Après l'âge d'or et le temps des Grands Rois, elle fut peu à peu abandonnée, mais la grandeur et la finesse des deux statues témoignent encore de l'art de Nùmenor avant son déclin. La Communauté de l'Anneau passa entre ces deux piliers peu avant sa dissolution.l'Argonath

 

Noms: Argonath (nom sindarin; Ar-, roi, gon-, pierre). Portes de l'Argonath, Piliers des Rois (Angl. Pillars of the Kings), Pierres des Rois (trad. du sindarin), Porte des Rois.
Détail: Deux grandes statues d'Isildur et d'Anarion, coiffées d'un heaume et d'une couronne, portant une hache à la main droite et levant la main gauche.
Emplacement: Entrée du lac Nen Hithoel sur l'Anduin, près de l'Emyn Muil au nord du Gondor.
Fonction: Interdit la descente de l'Anduin aux étrangers du Nord, mais ne marque pas la frontière.
Dates: Troisième Âge. Construction vers 1248 et abandon probable en 1636 du T.A. .



 

"Elles étaient, en fait, taillées et façonnées: l'art et le pouvoir de jadis s'y étaient appliquées, et elles conservaient encore en dépit des soleils et des pluies d'années oubliées, les puissantes images qui leur avaient été données. Sur de grands socles fondés dans les profondeurs des eaux se dressaient deux grands rois de pierre: hiératiques, ils contemplaient sévèrement le nord de leurs yeux voilés, sous des sourcils crevassés. Leur main gauche était levée, paume en dehors, en un geste d'avertissement; la main droite tenait une hache; sur leurs têtes étaient un heaume et une couronne effrités. Gardiens silencieux d'un royaume depuis longtemps disparu, ils étaient encore empreints d'une grande puissance et d'une impressionnante majesté. Une crainte respectueuse envahit Frodon (...). Même Boromir baissa la tête (...) sous l'ombre permanente des sentinelles de Nùmenor."

La Communauté de l'Anneau, Livre II.



~Plan de l'article~

I. Une construction menaçante
1) Les ennemis du Gondor et l'aspect menaçant de l'Argonath
2) le territoire du Gondor à son apogée

II. Un symbole de l'art perdu de Nùmenor
1) Une construction impressionnante...
2) ...mais une roche naturelle

III. Représentations picturales
1) Howe ou la version filmique de P. Jackson
2) Hildebrandt, une alternative
3) Nasmith, le respect du texte
 



I. Une construction menaçante

 

1) L'origine de la construction de l'Argonath: les ennemis du Gondor


Au début du XIII siècle, le Gondor s'était protégé des incursions des Orientaux en octroyant la région au sud de Vertbois-le-Grand aux Nortmen (ou Hommes du Nord), car les Orientaux s'étaient toujours infiltrés par la plaine entre les Monts Cendrés et la Mer Intérieure. Malheureusement pour le Gondor, certains Hommes du Nord en vinrent à s'allier aux Orientaux dans leurs raids contre Gondor, provoquant la guerre qu'en 1248, Minalcar, fils du roi du Gondor et régent du royaume depuis 1240, allait mener contre les Orientaux. Il remonta jusqu'à la Mer intérieure de Rhûn à l'est de laquelle il détruisit "tous leurs campements et établissements" (Appendice A, II), et prit alors le nom de gloire "Romendacil" ("Vainqueur de l'Est) pour marquer cette victoire, nom sous lequel il fut couronné en 1304. Entre 1248 et 1250, Romendacil, qui n'était encore que le régent du Royaume, entreprit de fortifier l'Anduin entre l'Emyn Muil et le Limeclair (un confluent de l'Anduin venant de la Forêt de Fangorn). Et ce fut vers cette date que fut érigée l'Argonath.

 


2) Le territoire du Gondor à son apogée

 

Son emplacement "aux abords du lac Nen Hithoel" plutôt qu'à la frontière plus au Nord (laquelle s'étendait de part et d'autre de l'Anduin jusqu'à Fangorn et la Forêt Noire) s'explique par le fait qu'après l'Argonath se trouvaient les montagnes, infranchissables pour une armée, de l'Emyn Muil, qui interLe lac Nen Hithoel et l'Argonath.disaient à quiconque venant de l'est la traversée du Grand Fleuve, et donc que personne ne pouvait embarquer après l'Argonath. Au nord de l'Emyn Muil et de l'Argonath, par contre, de nombreux bas-fond entre les deux méandres de l'Anduin incitèrent à la constitution d'une ligne de défense du côté occidental de l'Anduin. Mais surtout, si l'ennemi décidait, non de traverser l'Anduin, mais de descendre le Grand Fleuve qui l'amènerait au coeur du Gondor, il le pouvait justement jusqu'au lac Nen Hithoel avant les chutes du Rauros, où il pouvait débarquer du côté occidental. Une peur qui explique l'emplacement de l'Argonath, à l'entrée du lac, et la fortification d'Amon Hen, et d'Amon Lhâw de l'autre côté de l'Anduin).L'on pouvait ensuite faire le reste du trajet à pied, mais aussi embarquer après les chutes du Rauros, puisqu'il arrivait que des embarcations parviennent à Osgiliath par le Nord.


3) La menace des deux rois

 

C'est pourquoi la situation de l'Argonath, en tant que dernier avertissement aux étrangers malveillants ayant entrepris la descente de l'Anduin, est intéressante. Minalcar y fit représenter les deux figures légendaires des créateurs du Gondor, les deux frères Isildur et Anarion, qui avant l'Ultime Alliance se partagèrent le pouvoir du royaume. Ce choix n'est pas anodin: il aurait pu s'agit de Minalcar lui-même, ou simplement de deux guerriers menaçants (puisque c'est à peu près déjà le cas). En fait, Minalcar joue sur le fait que ces deux figures ont probablement revêtu une allure de mythe au-delà du Gondor et que leur représentation est à même de rappeler la puissance du Royaume.
Ceci dit, l'aspect des deux rois ne fait aucun doute quant à leur fonction: ils étaient (la Communauté de l'Anneau, Livre II) "menaçants", des formes "menaçantes dans leur mutisme", "contemplant sévèrement" le nord, véritables "sentinelles" et "gardiens". Enfin, "hiératiques" et aux visages "puissants", ils étaient empreints "d'une grande majesté". Des attributs permettaient de les reconnaître et d'ajouter à leur force: une hache pour chacun; "un heaume et une couronne" sur chacune des têtes (ceci dit, la Couronne du Gondor est en fait un heaume serti d'une couronne). Enfin, les deux rois de l'Argonath levaient "leur main gauche en un signe d'avertissement". On en conclut que si la hache est tenue par la main droite, c'est qu'elle est prête à être utilisée si l'avertissement ne suffit pas.


II. Un symbole de l'art perdu de Nùmenor
  

 1) Un édifice impressionnant...


Ces "grandes et vastes formes" "étaient, en fait, taillées et façonnées: l'art et le pouvoir de jadis s'y étaient appliquées". L'art et le pouvoir de jadis, autrement dit le temps où le Gondor était au faîte de sa grandeur, une époque où l'héritage de Nùmenor se maintenait encore. Cet héritage peut se lire ailleurs: non à Minas Anor, Ithil, ou Osgiliath, qui ont plus à voir avec Nùmenor qu'avec le Gondor, mais en des places fortes comme Aglarond (le futur Gouffre de Helm) ou Angrenost (Isengard en langue du Rohan) et sa tour Orthanc, constructions grandioses dont l'édification remonte plus que probablement à cette période où le Gondor était à son apogée, du XIe au XVIe siècle environ. La plus impressionnante caractéristique de l'Argonath est bien sa taille: les statues s'élèvent "à des hauteurs vertigineuses" et nécessitent dans les profondeurs des eaux "de grands socles" de pierre.
Le 25 Février 3019, lors du passage de la Compagnie de l'Anneau, l'Argonath a donc 1800 ans, et, abandonnée et abimée par les intempéries, on y voit alors que les couronnes sont "effritées".
Pourtant, les statues sont "encore empreintes d'une grande puissance et d'une impressionnante majesté" si bien  que Frodon fut envahi "d'une crainte respectueuse" et que "même Boromir baissa la tête".


2) ...mais en partie naturel


L'Argonath n'est pas une pure édification. Il s'agissait avant cela probablement de deux avancées rocheuses qui furent par la suite sculptées par les Gondoriens. On peut comparer ce genre de construction à la tour d'Orthanc, véritable pic naturel qui fut seulement aménagé et ciselé, et non érigé. L'Argonath appartiendrait donc à l'Emyn Muil, comme le laisse supposer le paysage rocheux de ces montagnes.
La description qu'en donne Tolkien dans le Livre II abonde en ce sens: il s'agissait de "deux grands rochers", de "falaises".

 

III. Représentations de l'Argonath: fantaisies et réalités.


1) Howe et la représentation filmique de P.J.

     
La représentation du film est la plus populaire et la plus éloignée d
 esArgonath PJ descriptions de To  lkien. Ces st atues se distinguent de l'Argonath originelle par plusieurs aspects, dont le plus  futile n'est e ncore que le remplacement de la hache par une épée pour l'un des deux rois. Mais ces statues, qui devaient être de "grands rochers", n'ont presq ue plus rien qui rappelle leur ancien état naturel, hormis leur bases et leurs flancs (remarquez à quel point la pierre de l'Argonath n'est pas la même que celle des falaises).

 

Surtout, alors qu'il s'agissait d'édifices "verticaux", tels des "colonnes de pierre" Argonathou des "tours" ou des "piliers", les bras sont tendus horizontalement vers le Nord (alo rs que Tolkien ne mentionne que la main gauche, et non un bras entier). Cette conception est particulièrement  farfelue si l'on remarque que l'Argonath de  P.J. fait apparaître les rainures des blocs de pierre sculptée sur tout l'édifice, comme si l'Argonath avait été élevée pierre par pierre,  ce qui est particulièrement visible sur la seconde l'image ci-contre. Si c'était effectivement le cas, il est difficile de soutenir l'idée que les bras d'Isildur et Anarion puissent tenir, même avec tout l'art de Nùmenor.

 

Malgré tout, lJohn Howe - The Argonatha reconstitution du film est de loin la plus précise (la seule à avoir imaginé et dessiné des sandales nobles pour les deux rois) et reste très soignée (le drapé, le visage) et globablement fidèle tout de même (remarquez la beauté du heaume-couronne du Gondor, avec les ailes sur les côtés) ce qui la rend digne d'être comparée aux autres versions.

Howe a servi de source d'inspiration, ici comme en bien d'autres choses, pour les équipes de Peter Jackson. Son tableau, ci-contre à gauche, rappelle la filiation par les deux bras très relevés, et on peut aussi remarquer un visage imberbe et un autre barbu, comme dans le film. Par contre, les deux haches sont bien présentes et Howe insiste sur le paysage rocheux environnant, comme si les piliers avaient bien été taillés et non édifiés.


2) Hildebrandt, une alternative.
  

     
Hildebrandt, la représentation la plus ancienne,  propose une idée plus proche de celle
 d e  THildebrandtolkien, puisque cet te fois-ci les bras sont levés vers le ciel, et non tendus vers le Nord comme dans Howe. Cette conception plus verticale reste assez vraisemblable, vu que la pierre de l'Argonath est la même que celle des falaises. Les deux visages sont vieux, mais portent une couronne et non un heaume. On ne distingue que peu la hache... En fait, les deux rois sont systématiquement identiques.

 
3) Ted Nasmith, le respect du texte.

 
C'est
Ted Nasmithassurément Nasmith qui mérite le plus l'attention. Son Argonath est clairement beaucoup plus originale et reste la plus crédible aussi, dans le sens où bras et mains sont rapprochées du reste du corps, ce qui rend vraisemblable le fait de la roche taillée et rappelle au mieux le nom "Piliers des Rois" alors que les autres versions ressemblent plus à des statues. Les rois sont aussi plus minces. C'est la seule version où Isildur et Anarion portent la hache près de leur coeur. Remarquez l'originalité des visages et des parures des ris. Néanmoins, il faut remarquer que les bras sont toujours tendus l'avant, mais pas autant que ceux de l'Argonath de PJ.


27/11/2005 14:00  - 23/07/2010 10:54

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13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 22:35

Les palantiri sont les pierres de vision lointaine. Au nombre de huit, elles  servaient à observer des lieux éloignés ou à s'entretenir d'une pierre à l'autre. Leur origine est antique, mais elles sont connues des hommes depuis le Deuxième Âge, lorsqu'elles furent offertes par les Eldar d'Aman aux Elendili de Nùmenor. Amenées en Terre du Milieu lors de la submersion de l'île, elles furent réparties dans les places-fortes des Royaumes en Exil d'Arnor et Gondor. Dans le Seigneur des Anneaux, on les connait pour être les instruments de Denethor II de Gondor, Saroumane, et Sauron, luttant, servant ou commandant par l'intermédiaire des Pierres.


lotri6-1.jpgNoms:  une palantir (nom Quenya; pluriel palantiri. Palan "partout"; Tir-, "regarder, surveiller"); Pierre de vision lointaine ("Seeing-stone, far-seer"); Clairvoyante; Pierre (ainsi que: Pierre-Orthanc; Pierre-Ithil pour la palantir de Minas Ithil passée à Sauron; Pierre-Anor pour la palantir de  Mina s Tirith, Pierre-Elendil, pour la palantir d'Elostirion).

Emplacements:  Voir tableau ci-dessous.

Distinctions: quatre Pierres Mineures: à Minas Anor, Minas Ithil, Orthanc, Annùminas; deux Pierres Majeures: Osgiliath, Amon Sûl; une pierre à Emyn Beraid dirigée exclusivement vers l'ouest; une Pierre-Maîtresse qui n'a jamais quitté l'ouest, à Tol Eressëa.

Créateur: Fëanor, durant l'Âge des Arbres, avant la création des Silmarilli.

 


 

 

Palantiri (découpe arbitraire) Emplacement Pouvoirs Changements intervenus au cours du Troisième Âge
1 Tour d'Avallonë (Tol Eressëa) Pierre Maîtresse.

 

Aucun changement connu

2 Elostirion (Arnor)

Pierre spéciale. Fixe l'Occident. Correspondance impossible avec les autres pierres.

 

Ramenée par Cirdan en Aman lors du départ des Havres Gris en 3021.

3 Annùminas (Arnor)

Pierre Mineure.

 

Déplacée à Fornost, puis perdue dans Forochel en 1975.

4 Amon Sûl (Arnor) Pierre Majeure.

 

Déplacée à Fornost en 1409, puis perdue dans  Forochel en 1975.

5 Orthanc (Gondor) Pierre Mineure.

Tour fermée sous les Surintendants1 jusqu'à Saroumane en 2759.

Pierre utilisée par Saroumane à partir de 3000 environ.

Ramenée à Minas Tirith par Aragorn en 3019 2

6 Minas Ithil (Gondor) Pierre Mineure.

Prise en 2002 par les Nazgul, conservée à Minas Morgul.

Apportée à Sauron à son retour au Mordor (2942-2951).

Détruite lors de la chute de Barad-dûr en 3019.

7 Minas Anor/Tirith (Gondor) Pierre Mineure.

 

Vision fixée sur les mains de Dénéthor.

"Inutilisable"3.

8 Osgiliath (Gondor) Pierre Majeure.

  Perdue dans l'Anduin lors de la Guerre Fratricide de 1437.

 

 

1Contes et Légendes Inachevés, Le Troisième Âge, V, Appendice B. "Les clefs d'Orthanc furent soigneusement remisées à Minas Tirith".

2Le Retour du Roi, Livre VI, chapitre 6. " La palantir d'Orthanc, le Roi la gardera".

3 ibidem. " Il n'en reste plus qu'une d'utilisable, répondit Aragorn".


 ~plan de de l'article~

 

I. Histoire des Palantiri

1) Un héritage ancestral

2) Placement originel des Palantiri en Terre du Milieu au début du Tiers Âge

3) Enjeux de conflits et déplacement de palantiri à la fin du Tiers Âge


II. Qu'est-ce qu'une palantir?

1) Aspect

2) Pouvoirs 

 3) Un objet caché du public?

4) Des utilisateurs légitimes

 



I. Histoire des Palantiri


1) Un héritage ancestral

 

Quand Gandalf explique à Pippin l'origine des palantiri, il commence par lui apprendre qu'elles "venaient (...) d'Eldamar. Les Noldor les fabriquèrent. Il se peut que Fëanor lui même les ait conçues, en des jours si lointains que le temps ne peut être mesuré en années"1. Le magicien ne se trompait pas:  Fëanor, le plus doué des elfes, qui avait créé de nombreux joyaux dont les Silmarilli, "fit d'autres cristaux, dans lesquels on pouvait apercevoir, petites mais nettes, des choses lointaines, comme avec les yeux des Aigles de Manwë"2. Les Palantiri furent donc créées au temps des Deux Arbres de Valinor, mais avant que Fëanor n'atteigne "sa pleine maturité"et donc avant les Silmarilli. Ce fut d'ailleurs "le moindre de ses travaux". On peut par ailleurs faire un lien entre le nombre des palantiri (8) et le fait que Fëanor ait eu sept fils avec lesquels il aurait pu vouloir rester en contact. Ce n'est néanmoins que supposition.

 

Avec l'exil des Noldor et de Fëanor, les palantiri restèrent en Aman tout le Premier Âge et une grande partie du Second, jusqu'à ce qu'elles fussent offertes par les Eldar à Amandil, le père d'Elendil, à l'époque où Nùmenor sombrait dans la folie et le mépris de Valinor. On peut déduire que les palantiri arrivèrent à Nùmenor entre 3262 et 3319, c'est-à-dire entre le moment de l'emprisonnement de Sauron et la submersion de l'île.  On ne sait pas beaucoup de la période nùménoréenne des Pierres, sinon qu'étant un don à la Maison d'Amandil, Elendil avait toute légitimité à les emporter. La fuite des ElendiliElles étaient destinées au "confort des Fidèles Nùmenoréens"3 en leur facilitant la vie face aux serviteurs de  Sauron, le maître véritable de Nùmenor. La Pierre-Maîtresse, la plus puissante de toutes, les Eldar la conservèrent en  une tour à Avallonë, sur Tol Eressëa, peut-être moins pour rester en contact avec les Nùmenoréens qu e po ur pouvoir continuer à surveiller de loin le reste du monde. En conséquence, tout ce qui  se rappo rte à cette Pierre ne peut qu'être déduit.

 

Lors de la submersion de l'île qui vint punir l'arrogance de Nùmenor, seuls purent s'échapper ceux qui étaient restés fidèles aux Valar et à Eru. Elendil, qui après le départ de son père pour Aman était devenu le chef des Fidèles, débarqua au port du Lindon en Eriador en ayant pris avec lui trois palantiri. Les quatre autres avaient été emmenées par ses fils Isildur et Anarion, dont les vaisseaux les menèrent bien au-delà des bouches de l'Anduin. Cette histoire des sept pierres est rapportée dans un poème, très connu au Gondor4:

 

Tall ships and tall Kings

  Three times three

What brought they from the foundered Land

       Over the flowing sea?

Seven stars and seven stones

      And one white Tree.

 

  De grands vaisseaux et de grands rois

Trois fois trois

Qu'ont-ils apporté de la Terre effondrée

          Sur le flot de la mer?

Sept étoiles et sept pierres

      Et un Arbre blanc. 


NB: Trois fois trois fait référence aux neuf vaisseaux qui s'échappèrent de Nùmenor avant sa submersion, pour les trois futurs rois: Elendil (quatre), Isildur (trois), et Anarion (deux vaisseaux).


2) Placement originel des palantiri en Terre du Milieu au début du Tiers-Âge

 

 Après la défaite de Sauron et la victoire de l'Ultime Alliance à la fin du Second Âge, les royaumes d'Arnor et de Gondor, tout récemment constitués et délimités, détenaient les palantiri dans des places fortes attribuées, qui ne changèrent pas.

En Arnor, une palantir se trouvait à Annùminas, la Tour de l'Ouest, et une à Amon Sûl, la fière tour de garde du haut de laquelle Elendil avait vu arriver la grande armée des Elfes de Gil-Galad peu avant le départ pour Emyn Beraidle Mordor. La question de savoir pourquoi furent choisis ces deux emplacements plutôt que Fornost n'a pas de réponse unique. On peut supposer qu'Annùminas devait recevoir une palantir puisqu'elle était la capitale de l'Arnor; concernant Fornost et Amon Sûl, la Tour de Garde était plus éloignée d'Annùminas que Fornost, d'où une plus grande nécessité de devoir joindre Amon Sûl et surtout, pour Amon Sûl, de pouvoir avertir Annùminas. Par ailleurs, rien n'indique que Fornost existât au début du Troisième Âge. La véritable question serait de savoir pourquoi Amon Sûl a hérité d'une palantir plus puissante qu'Annùminas, ce qui pourrait être expliqué par le fait que la fonction de tour de garde d'Amon Sûl la prédisposait à ce genre de prérogative, ou que le Roi ait été plus souvent à Amon Sûl qu'à Annùminas, étant l'utilisateur légitime de la Pierre; rien ne permet de valider une thèse plutôt qu'une autre. Quoi qu'il en soit, Elendil plaça la troisième pierre à Elostirion, la plus haute des tours d'Emyn Beraid (les Collines aux Tours), non pour un usage politique ou militaire, mais pour tenter d'apercevoir par-delà la Grande Mer les rivages de Tol Eressëa, ce qui était impossible, car Eru avait séparé Aman et Eressëa du reste d'Arda.

Au Gondor, contrairement à l'Arnor, la pierre majeure fut placée dans la capitale Osgiliath, sous le Dôme des Etoiles. Les deux rois Isildur et Anarion commandaient à deux le nouveau royaume, comme le montre le fait qu'il y avait un trône pour chacun à Osgiliath. D'ailleurs, si chacun possédait une cité-forteresse -Anarion Minas Anor, et Isildur Minas Ithil - Osgiliath était le symbole de leur union. En conséquence, il est tout à fait vraisemblable qu'ils aient décidé d'y installer la palantir majeure plutôt que l'un des deux la garde pour lui. Minas Anor et Minas Ithil reçurent chacune une Palantir (qu'on nomma respectivement Pierre-Anor et Pierre-Ithil, ou même Pierre d'Isildur pour cette dernière). Quand Orthanc fut aménagée au Troisième Âge dans le cercle d'Isengard, la tour reçut aussi une palantir. Il est impossible de savoir où était cette dernière palantir avant qu'elle ne soit confiée à Orthanc, ou alors il s'agirait de prouver qu'Orthanc fut bâtie en même temps que les autres forteresses.


3) Enjeux de conflits et déplacements des palantiri à la fin du Tiers Âge


Au cours du Troisième Âge et plus particulièrement à partir du XVe siècle, des changements majeurs intervinrent dans l'agencement de ces pierres.

En Arnor, dès 1409, Amon Sûl fut détruite par le Roi Sorcier, et sa palantir transférée à Fornost. La palantir Les Palantiri au Troisième Âged'Annùminas fut également transférée à Fornost et en 1974, lorsque le Roi Sorcier prit Fornost et mit fin au royaume du Nord, le dernier roi de l'Arnor Arvedin prit la fuite dans le nord avec les deux palantiri d'Annùminas et d'Amon Sûl. Le bateau de Cirdan venu secourir Arvedin dans la baie de Forochel coula avec le roi et les palantiri, les perdant à jamais, en 1975. Il ne restait donc en Arnor que la Pierre-Elendil, fixée sur la vision de la Grande Mer et Tol Eressëa. Elle resta à Elostirion jusqu'à la fin du Troisième Âge, jusqu'au départ de Cirdan, Gandalf, Galadriel et Elrond le 21 septembre 3021. C'était les elfes de Cirdan qui avaient en leur garde la palantir, et leur départ signifiait que la palantir partiraient avec eux.

En Gondor, la situation est aussi intéressante:

En 1437 du Troisième Âge, la guerre civile au Gondor entraîne l'incendie d'Osgiliath, la destruction du Dôme des Etoiles et la perte du Palantir dans l'Anduin. La Pierre-Ithil fut en possession des serviteurs de Sauron lors de la prise de Minas Ithil en 2002, mais Sauron ne put en faire l'usage qu'à son retour en Mordor (2942 T.A.) quand il fit reconstruire Barad-dûr (2951), donc la palantir fut conservée par les Spectres de l'Anneau dans la haute Tour blanche de Minas Ithil jusqu'à cette époque.

A la fin du Troisième Âge, le Gondor possédait toujours la Pierre-Anor, mais celle-ci ne permettait pas de voir autre chose que "deux mains de vieillard se desséchant dans la flamme"5, c'est-à-dire celles de Dénéthor II. C'est pourquoi, après la chute de Sauron le 25 mars 3019, Aragorn prit possession de l'Isengard ainsi que de la Pierre-Orthanc dont Saroumane avait fait usage, puisqu'il était installé à Isengard depuis 2759 (néanmoins il n'avait pas osé utiliser la palantir dès le début). Aragorn dit à propos des palantiri "qu'il n'en rest[ait] plus qu'une d'utilisable [la Pierre-Orthanc] (...). Celle-ci, le Roi la gardera". 


 

II. Qu'est-ce qu'une palantir?

 

1) Forme

 

Toutes les palantiri présentent la même apparence de boule de cristal, ou de "globe de cristal lisse"6 car "elles étaient parfaitement sphériques", "parfaitement lisses" et "semblaient avoir été façonnées dans un seul bloc de verre ou de cristal". Elles étaient "d'un noir opaque" et "n'étaient marquées d'aucun signe extérieur"7

Les palantiri étaient probablement "très lourdes"8, et Pippin dit "C'était si lourd!", mais le Hobbit arriva quand même à "soulever lentement la masse", qui d'ailleurs "ne lui parut pas tout à fait aussi lourde qu'il s'y attendait"9.

Leur taille varie: "les plus petites avaient environ un pied de diamètre" (un pied = 30 centimètres) mais les pierres majeures comme celles d'Amon Sûl ou Osgiliath étaient probablement beaucoup plus grosses; a fortiori celle d'Avallonë.

Elles étaient extrêmement solides, "et si par accident ou vilénie, elles étaient déplacées ou bousculées, elles ne subissaient point de dommage. Et de fait, aucune violence dont était capable l'homme de l'époque ne les pouvait briser", à l'image d'autres oeuvres indestructibles forgées par des maîtres forgerons, comme Sauron et l'Anneau Unique (n'oublions pas que les palantiri furent forgées par Fëanor).

Enfin, "initialement elles étaient posées sur un socle accordé à leurs dimensions, et aux usages prévus: une table basse en marbre noir, de forme circulaire, où l'on pouvait au besoin les faire pivoter à la main". "Elles étaient logées dans [ce] site originel de manière à se tenir droite".


2) Pouvoirs et utilisation


Elles comportaient deux pôles, inférieur et supérieur, invisibles mais permanents, situés de part et d'autre du diamètre du globe. Les pôles devaient être orientés de manière à ce que le pôle inférieur pointe vers le sol. Ainsi seulement la palantir pouvait accueillir les visions.Saroumane et la palantir

Pour ce faire, l'observateur devait se situer par rapport à ce qu'il voulait observer: celui "qui désirait voir l'Ouest s'installait du côté Est de la Pierre, et s'il désirait transférer sa vision vers le Nord, il lui fallait se déplacer vers sa gauche, en direction du Sud" 10  

Concernant la lumière émise par la pal antir lorsqu'elle est utilisée, il s'agit d'une sorte de flamme v acillante qui éclaire le visage de l'observateur: "(...) et voilà qu'il avait entre les mains une palantir. Et comm  e il l'élevait, le globe parut aux assistants commencer à luire d'une flamme intérieure,[inner flame] de sorte que le visage émacié du seigneur était éclairé comme d'un feux rouge". On notera que la lumière qu'émettait la palantir était suffisamment forte pour être vue de loin. Ainsi "nombre d'entre nous virent une étrange lumière dans la chambre haute, dit Beregond". Jusqu'au point peut-être d'être vue depuis toute la cité, puisque "on a longtemps murmuré dans la Cité [Minas Tirith] que le Seigneur luttait parfois en pensée avec son Ennemi"11


a) Pierres Mineures et Pierres Majeures


Il semble que les pierres mineures, comme celles de Minas Anor, Ithil, Orthanc et Annùminas, avaient "une orientation fixe, de telle sorte que leur face ouest (par exemple) était tournée vers l'Ouest, et [que] manoeuvrée dans une autre direction, [elle] ne reflétait plus rien". On en a l'exemple avec Pippin, qui réussit  à voir dans la Pierre-Orthanc, parce qu'il est du côté Ouest et regarde vers l'Est, en plus d'avoir par chance installé correctement la palantir. A l'inverse, on remarque que Dénéthor II a pu entrer en contact avec Orthanc et aussi sonder le Mordor depuis la Pierre Anor (qui est une pierre mineure). La Pierre Anor devait originellement tournée vers Osgiliath, aussi ne pouvait-elle pas, théoriquement, fonctionner avec la Pierre Orthanc, si l'on suit la citation ci-dessus. S'il faut faire la part des choses expliquées dans les Contes et Légendes Inachevés, peut-être doit-on déduire qu'un utilisateur doté d'une grande force de volonté (comme c'était le cas pour Dénéthor) et d'une légitimité dans l'utilisation de la Pierre (comme c'était également le cas) pouvait malgré tout forcer les limites de celle-ci. Par ailleurs, une note de Tolkien lui-même contredit cette version en disant que les palantiri n'étaient "ni polarisées ni orientées" 12, ce qui dans ce cas, remet en question aussi la "chance" de Peregrïn Touque. Par contre, on peut exclure que la Pierre-Anor était été une pierre majeure, on qu'encore on ait interverti celles d'Osgiliath et de Minas Anor, afin de doter Minas Anor de la plus puissante (et qu'en fin de compte on aurait perdu la palantir mineure). En effet, la perte de la palantir majeure date de 1437 tandis que la Maison du Roi fut déplacée d'Osgiliath à Minas Anor en 1640.  Enfin, la dernière caractéristique des pierres mineures est leur portée limitée à 500 milles ("soit la distance qui séparait la Pierre-Orthanc de la Pierre-Anor").

A l'inverse, "les pierres majeures n'avaient pas de telles contraintes: on pouvait les faire pivoter, elles n'en voyaient pas moins dans toutes les directions". Elles avaient, en outre, une plus grande portée de vision que les mineures. Surtout, seules les pierres majeures pouvaient "écouter aux portes" lorsque deux autres Pierres étaient en contact. Il semble qu'aucune force de volonté n'ait pu parvenir à augmenter la portée de la Pierre ni à pouvoir écouter aux portes: en effet, "Sauron, quant à lui, ne pouvait s'entremettre dans ces entretiens [de Dénéthor et Saroumane]", une troisième Pierre Mineure trouvant les deux premières "muettes" lorsqu'elles étaient en contact.


b) Les visions du passé. Les visions des lieux. Les entretiens.


"Or ces Pierres avaient pour vertu qu'on pouvait y voir des choses très éloignées, que ce fût dans le temps ou dans l'espace"

Silm., Les Anneaux de Pouvoir...


Les Palantiri pouvaient voir "en un passé lointain", qui était le passé  vécu par la Pierre. Il s'agissait apparemment d'un phénomène qui n'était pas maîtrisé ("les scènes se présentant sans aucune explication"), en tout cas pas à l'époque de la décadence du Gondor. Une note indique  cependant que l'on  pouvait se "projeter" dans le passé, donc que le phénomène a pu êytre volontaire. Par ailleurs, la vision du passé était plus nette à mesure que l'on remontait dans le passé" mais pour éviter que les pierres ne se surchargent de souvenirs, on les couvrait, ou les gardait dans l'obscurité, d'un coffre noir par exemple pour les "mettre en sommeil". Car "elles conservaient les images reçues, de sorte que chacune d'entre elles contenait en elle-même une profusion d'images et de scènes, remontant parfois au passé immémorial". Gandalf dit d'ailleurs  "Mon coeur désire (...) regarder au-delà des vastes océans d'eau et de temps vers Tirion la Belle, et voir à l'oeuvre la main et la pensée inconcevables de Fëanor, alors que l'Arbre Blanc et l'Arbre d'Or étaient tous deux en fleur!" 13 .

 

Mais principalement, les palantiri servaient "à voir à grande distance et à s'entretenir en pensée avec les autres". En ce qui concerne la vision des lieux, les palantiri pouvaient traverser tous les obstacles matériels, une chaîne de montagnes aussi bien que les murs d'une chambre, et de fait leur nom en quenya  en rend compte: l'élément "palan" de palantir signifie "partout". Il existait cependant une contrainte, qui était d'abord la portée de vision pour les pierres mineures, et aussi le fait qu'il y avait une "bonne distance, variable selon les Pierres, qui livrait l'image la plus nette des objets considérés". Cette distance "parfaite", en dehors de laquelle l'objet devenait plus flou (que celui-ci soit proche ou lointain) était d'environ 500 milles pour les Pierres Mineures, c'est-à-dire 800km si l'on prend le mille anglais de 1,6km, soit la distance Minas Tirith - Orthanc. D'ailleurs, la "Pierre Ithil était trop rapprochée" des deux Pierre d'Osgiliath et Minas Tirith, et ne servaient pas "pour les contacts personnels avec Minas Anor". La Pierre avait donc une vue précise à 500 milles, et c'était tout. L'autre contrainte était la clarté de la scène. Une palantiri n'éclaire pas, si bien qu'elle peut montrer une scène qui se passe dans une caverne sans pour autant rendre visible les protagonistes "si aucune lumière n'éclaire la scène". "De sorte qu'elles pouvaient voir au travers d'un pan de ténèbres ou d'ombre", car il n'y a pas d'obstacle à leur vue, "mais ne rien discerner à l'intérieur qui ne fût éclairé", car elles n'éclairent pas. C'est pourquoi on plaçait les palantiri dans l'obscurité afin qu'elles ne voient ni n'enregistrent rien. Par contre elles pouvaient toujours voir d'autres lieux, si tant est qu'ils fussent éclairés. C'est pourquoi, étant donné qu'elles passaient outre tout obstacle physique, "on pense, ou du moins on imagine, que dans leurs sites originels, les Clairvoyantes étaient renfermées dans (...) des coffres-étuis, [qui] devaient être fabriqués en un quelconque métal ou une autre substance aujourd'hui inconnue" et qui devaient mettre complètement les Pierres en sommeil.

Par ailleurs, "non soumises à un esprit directeur, elles se faisaient fantasques" et délivraient des visions "sans aucune explication". On notera que, "aux époques les plus tardives, l'observateur avait des difficultés à dégager les visions qu'il voulait ou désirait révéler".


Enfin, les palantiri pouvaient entrer en contact les unes avec les autres. Un usage politique et non altruiste, car c'est de cette manière, dixit Gandalf, que les Hommes "gardèrent longtemps et qu'ils unirent le royaume de Gondor"14. On lit aussi que "dans l'ancien temps du Gondor,  ils [les feux d'alarme] n'étaient pas nécessaires, car ils avaient les Sept Pierres"15. Il convient de rappeler qu'elles "ne pouvaient que voir: elles ne transmettaient aucun son"."Lorsque deux esprits en accord mutuel sondaient une Pierre, la pensée pouvait se transmettre (c'est-à-dire sous forme de parole) et les visions qui occupaient l'esprit d'un observateur pouvaient dès lors être vues par l'autre. " "Par le truchement des Pierres, deux observateurs échangeraient des pensées; non toutes leurs pensées ou leurs intentions véritables, mais un discours silencieux, c'est-à-dire les pensées qu'ils souhaitaient précisément transmettre (et qui avaient déjà pris forme linguistique dans leur esprit ou avaient même été prononcées à haute voix) et que leur correspondant recevait et traduisait immédiatement en paroles". Comme il a déjà été précisé, seule une Pierre Majeure pouvait s'inviter dans la conversation de deux autres Pierres, une pierre mineure trouvant deux autres Pierres muettes si elles étaient en entretien. Surtout, à l'origine les Pierres étaient "innocentes", car "Sauron fut seul à faire usage d'une Clairvoyante pour imposer sa volonté"; mais tout usage de la Pierre requérait une grande concentration et "entraînait un état de tension mentale", comme cela fut visible chez Dénéthor avec son aspect "prématurément vieilli".

c) Un objet caché du public?


Au tout début de l'essai sur les palantiri dans les Contes et Légendes Inachevés, Tolkien précise que "les palantiri ne furent certes jamais d'usage courant ni de notoriété publique, même à Nùmenor" (rappelons qu'à Nùmenor elles étaient destinées aux Elendili, les amis des Elfes, et non aux les serviteurs de Sauron ou même au roi Ar-Pharazôn, ce qui implique une utilisation secrète ou clandestine). De même, en Terre du Milieu "on les tenait enfermées (...); on ne les consultait ni ne les exposait jamais au vu de tous". Enfin leur souvenir même devait s'oblitérer du sens commun", durant la décadence du Gondor au Troisième Âge. Il est cependant intéressant de noter trois personnages du Seigneur des Anneaux qui ont connaissance des palantiri. Le premier est Faramir. Il est probable qu'il connaisse les palantiri grâce à son éducation et à sa culture hors pair, mais aussi par le fait qu'il est le fils du Surintendant: "Jusqu'à ce moment ou quelque autre au-delà de la vision des Pierres de Vision de Nùmenor, Adieu!" 16. Le second est Eomer, qui n'a pu en avoir connaissance que par ouï-dire (contrairement à Faramir qui en a une connaissance sûre) et n'avait pas du entendre beaucoup à leur sujet, mais qui se doutait de la présence d'une palantir dans la Tour Blanche. Gollum (qui est un véritable puits de science en matière de traditions) est même capable, en parlant de Minas Ithil, de dire "dedans, il y avait une pierre semblable à la Lune". Gandalf dit que "les hommes les avaient presques oubliées. Même en Gondor, c'était un secret connu seulement d'un petit nombre; en Arnor ils n'étaient plus rappelés que dans un chant traditionnel parmi les Dùnedain"17 ou bien "les Intendants s'imagin[aient] que c'était un secret connu d'eux seuls" 18. En bref, l'image des palantiri ne s'est transmise que de manière traditionnelle, par le biais  de la  "chanson archaïque" comme De grands vaisseaux et de grands rois, trois fois trois présentée plus haut. Cet oubli populaire va d'ailleurs de pair avec la perte de connaissances concernant les Palantiri qui accompagnèrent la décadence du Gondor.


d) Des utilisateurs légitimes


"Les Pierres se laissaient beaucoup plus aisément manier par leurs usagers légitimes" 19. Il y a deux types de légitimité: A l'origine, la pierre était un "don inaliénable fait à Elendil et à ses héritiers": ainsi Aragorn avait tout à fait le droit (ainsi que la force nécessaire) de défier Sauron par l'intermédiaire de la Pierre-Orthanc peu après la chute de Saroumane (ce qu'il ne révèle que dans le Retour du Roi), étant " de jure le Roi légitime et du Gondor et de l'Arnor". Les héritiers d'Elendil ne restreignirent pas l'utilisation des palantiri à Saroumane et la Palantir d'Orthanceux seuls, et légalisèrent le maniement d'une Pierre par quiconque détiendrait une "autorisation, soit  d'un héritier d'Anarion, soit d'un héritier d'Isildur, autrement dit d'un roi légitime du Gondor ou de l'Arn or". Ces autorisations concernaient les gardiens, qui pouvaient visionner les Pierres à intervalles réguliers (comm e cela a du être le cas pour la palantir d'Isengard, où aucun roi ne résidait) ou sur ordre, et les hauts foncti onnaires, comme les Intendants dont allait faire partie Dénéthor, ainsi que pléthore de "ministres de la C ouronne chargés plus particulièrement des Renseignements", auxquels on donnait le droit de sonder la Pierre . Avec la fin de l'Ere des Rois et la transmission héréditaire de la fonction de Surintendant (1998), la palantir était devenue de fait la propriété "de plein droit" du Surintendant.

Pour ceux ne disposant pas d'autorité légitime, comme Saroumane, l'utilisation était rendue plus difficile.  Même si "ceux qui avaient assez de volonté et de force d"esprit pouvaient apprendre à diriger leur regard"20, les Contes et Légendes Inachevés insistent sur le fait que "Saroumane tomba sous l'emprise de Sauron (...) alors que Denethor devait rester inébranlable"21. On peut donc en déduire qu'en plus de se laisser manier plus docilement, la Pierre apporte une assise mentale à l'observateur légitime; et Aragorn en bénéficia peut-être, lui qui dit que sa force  ne fut suffisante face à Sauron que de justesse.


Références 

I. Histoire des Palantiri

12. note n°17, CLI, idem

  1. Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours, Livre III, chapitre 11

13. Les Deux Tours, Livre 3, chapitre 11

  2. History of Middle-Earth, tome 10: Morgoth's Ring. Partie Trois, I, 6: Des Silmarils et de l'enténèbrement de Valinor. (traduction française par Dior, Eru, Incanus.). Même citation dans le Silmarillion, chapitre 6.

14. Les Deux Tours, livre III chap. 11

  3. Le Silmarillion, Les Anneaux de Pouvoir et le Troisième Âge

15 (Le Retour du Roi, livre V, chap.1

  4. Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours, Livre III, chapitre 11.

16 Les Deux Tours, livre IV, fin du chapitre 6

  5. Le Seigneur des Anneaux, Le Retour du Roi, Livre V, chapitre 7

17. Les Deux Tours, Livre III chapitre 11

II. Qu'est-ce qu'une palantir?

18. Le Retour du Roi, Livre V chapitre 7

6. Les Deux Tours, III, 11

  19. CLI, idem

7 CLI, Les Palanti

20. Silmarillion, les Anneaux de Pouvoir et le troisième Âge

8 CLI, Les Palantiri

  21. CLI, idem

9 Les Deux Tours, III, 11

 
10.  CLI. , idem
 
11. Le Retour du Roi, livre V chapitre 7  

 

 



L'article sur les palantiri a été originellement posté le 19/12/2005 20:32, puis fut édité en Juin 2010. 

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 01:15

 
Gondolin, la Cité Cachée, fut durant le Premier Âge la cité de Turgon et la protégée du pouvoir d'Ulmo, le Vala des Eaux. Après Nirnaeth Arnoediad et la chute de Nargothrond, Gondolin fut le dernier bastion elfe à rendre la maîtrise de Melkor sur le Beleriand incomplète. Finalement mise à bas au terme du plus grand siège de tous les âges, son nom reste à jamais ancré dans les chants et légendes de la Terre du Milieu, notamment comme étant le lieu de l'accomplissement du destin de Tuor fils de Huor, de par la naissance d'Eärendil, dont l'action engendra la chute de Melkor.
Noms: En quenya ou Haut-Elfique, on la nomme Ondolindë (le Roc de la Musique des Eaux), et en sindarin Tuor atteint la cité de GondolinGondolin (originellement traduit par la Pierre de Chanson; en réalité le Roc Caché). En langage commun, on la désigne comme la Cité Cachée. Mais les Sept Noms de Gondolin sont: Gondolin la Pierre de Chanson (selon la traduction archaïque des Contes Perdus), Gondobar la Cité de Pierre, Gondothlimbar la Cité de Ceux qui demeurent dans la Pierre, Gwarestrin la Tour de Garde, Gar Thurion le Lieu Secret, Loth la Fleur, Lothengriol la Fleur qui fleurit sur la Plaine.

Type:  Grande cité des Noldor, mais y vivent également des Sindar, sans doute plus nombreux.
Roi: Turgon, dit le Sage, second fils de Fingolfin, frère de Fingon et de Finrod Felagund.
Emplacement: plaine de Tumladen au centre d'Echoriath, à l'Ouest du Dorthonion au Nord du Beleriand.
Dates: 102 -  510 du Premier Âge

 



~Plan de l'article~

I. Genèse. Paix et Prophétie
1) De Turgon et de l'apparition d'Ulmo
2) "Côr se dresse à nouveau!" ou la splendeur de la cité
3) Sur Aredhel, Eöl et Maeglin

II. La Guerre en Beleriand
1) Dagor Bragollach, Nirnaeth Arnoediad, et la retraite de Turgon.
2) Tuor, l'envoyé d'Ulmo.
3) La recherche de Gondolin par Melkor et la trahison de Maeglin.


1) Les forces en présence
2) "Melko est sur nous"
3) L'accomplissement des destinées

IV. Historiographie de "La Chute de Gondolin"
Le legs de Gondolin dans l'oeuvre de Tolkien




I. Genèse. Paix et Prophétie

Gondolin est pour la première fois nommée peu avant l'an 1 du Soleil (Premier Âge), lorsque les Noldor menés par Fëanor rencontrent un Maia serviteur du Vala Vefantur : "[il] les aperçut et, demandant ce que pouvait signifier ce cheminement, plaida avec eux qu'ils revinssent, mais ils lui répondirent avec mépris, de sorte que se tenant sur un rocher élevé il leur parla d'une voix forte, et sa voix porta même jusqu'à la flotte sur les vagues; et il leur prédit un grand nombre des mauvaises aventures qui leur advinrent, les avertissant à l'encontre de Melko, et enfin il dit: "Grande est la Chute de Gondolin", et personne qui se trouvait présent ne comprit le sens de ces paroles (...)" (LCPt1, VII). Mais les Noldor n'avaient pas encore affronté la traversée du désert de glace de l'Helcaraxë et devaient n'arriver que bien plus tard en Beleriand. On sait aussi que Melkor craignait beaucoup Turgon, car à Valinor "chaque fois qu'il s'approchait de lui une ombre venait peser sur son esprit, annonçant que dans un avenir encore inconnu c'est de Turgon que viendrait sa ruine" (Silm, XX)

1) Turgon et l'apparition d'Ulmo


L' histoire de la Fondation de Gondolin commença en la 30e année du Premier Âge. Cette année-là, les fils du Roi Fingolfin virent en songe Ulmo, le Vala des Eaux, qui leur inspira la recherche de lieux aisément fortifiables où bâtir une ville hors d'atteinte de Melkor. L'aîné, Finrod, battit Nargothrond, à l'image des cavernes de Menegroth en Doriath. Mais Turgon ne trouva rien qui convint, car il n'avait d'autre modèle que la belle cité des Noldor en Aman, Tirion, que les Noldor avaient abandonnée et dont la beauté ne souffrait de rivale. Après une année, Ulmo réapparut à Turgon à qui il montra la vallée de Tumladen dont la colline centrale, Amon Gwareth, serait pour la future Gondolin le haut promontoire qu'était la colline de Tùna pour Tirion. Regagnant son royaume, Turgon commença à élaborer en secret les plans d'une ville ressemblant à sa Tirion bien-aimée.

En l'an 50, Turgon accéléra la mise en oeuvre de son plan. Les armées Eldalië venaient d'entamer un siège contre Angband qui en 400 ans n'allait jamais aboutir, et Melkor, conséquemment cantonné, ne représentait  qu'une donnée inconnue bien plus dangereuse et le potentiel d'une revanche assurée. Ainsi commença la construction de la cité dans le secret le plus grand, car la réussite complète de l'entreprise ne dépendait  que de l'ignorance de l'Ennemi, de sorte que les alliés de Turgon n'en furent pas plus informés. Pendant cinquante-deux années, les artisans de Turgon oeuvrèrent en secret, protégés par  le pouvoir d'Ulmo. Lorsqu'en 102 la cité fut achevée, Turgon quitta Vinyamar en Nevrast en emmenant avec lui les Noldor de son royaume ainsi que de nombreux Sindar qui résidaient alors avec eux. Au moment du départ, Ulmo lui apparut pour la dernière fois et lui signifia ses paroles pleines de sens:
"Gondolin tiendra plus longtemps devant Melkor que tous les autres Royaumes Eldalië (...). Il se peut donc que la malédiction des Noldor te rejoigne avant la fin, et que la trahison se réveille derrière tes remparts. Mais si vraiment ce péril approchait, c'est de Nevrast encore qu'un messager viendra t'en avertir. Laisse donc dans cette maison des armes et une épée afin que le jour venu il puisse les trouver, et tu ne te tromperas pas." (Silm, XV)
De ses paroles ne découlent que des vérités: Gondolin sera le dernier fort Elfe à s'élever contre la toute-puissance de Melkor; Turgon sera trahi par l'un des siens; un messager viendra l'aider de la part d'Ulmo. Enfin, Turgon restera soumis à la Malédiction de Mandos, comme tous les Noldor, et à ce titre Gondolin semble déjà condamnée.

2) La splendeur de la cité (analyse)

a) L'héritière de Tirion

La documentation au sujet de Gondolin est d'une telle profusion qu'elle permet une étude approfondie de cette pierre angulaire de la mythologie tolkienienne, ce mythe au coeur du mythe; mais l'intérêt d'une telle étude se justifie, car aucune autre cité Elfe n'a jamais été décrite aussi précisemment par Tolkien et ceci fait d'elle la principale référence concernant l'architecture elfique et de l'organisation cité: Gondolin ne fut-elle pas, lors de sa conception, voulue par  Turgon le Sage comme une digne réplique de la belle Tirion en Aman, une des premières cités des Premiers-Nés sur Arda, que les Noldor furent nombreux à regretter lors de leur exil ? En effet, ceux-ci "aimaient trop Tirion et ce qu'ils y avaient construit", et ils "se retournèrent souvent pour voir la belle cité qu'ils abandonnaient (...), conservèrent dans leur exil le souvenir du bonheur qu'ils avaient laissé." (Silm, IX). N'oublions pas non plus que la première cité de Turgon, Vinyamar ("Nouveau port") fut construite comme pour permettre aux Noldor de mieux vivre leur nostalgie d'exilés: donnant sur la mer, faisant face sans les voir aux côtes d'Aman et à ce que les Noldor venaient d'abandonner, Vinyamar n'était pas une ville mais un observatoire, qui plus que la mer, regardait vers le passé. Un passé lourd de tristesse: comme b.eaucoup d'autres, la femme de Turgon mourut loCarte de Gondolinrs de la traversée de terres glacées de l'Helcaraxë. C'est la raison pour laquelle ce peuple maudit par les dieux tient tant à se rappeler son passé idyllique, et pourquoi lorsque Gondolin fut achevée il s'écria "Côr se dresse à nouveau!" (Les lais du Beleriand, chap. II, 3; Côr, Kor ou Khor étant le nom primitif de Tirion). Ce que nous savons par ailleurs de l'aspect de Tirion est étroitement apparenté avec ce qui nous parvient de l'architecture de Gondolin: la colline de Tirion, Tùna ou primitivement Tûn, [était] "couronnée de tours" (ibid, chap. II, 1). Y étaient construites "des fontaines d'une grande beauté", "de belles demeures de blanc brillant", et des "rues blanches", et à son sommet se trouvait "la demeure d'Inwë [plus tard Finwë] qui surplombait toutes les autres et possédait une mince tour d'argent qui pointait vers le ciel comme une aiguille" (LCP t1, chap. V).
L'étude de Gondolin, voulue et acceptée comme la nouvelle Tirion en Terre du Milieu, permet d'ouvrir les portes de toutes les autres cités elfes affiliées, car l'histoire de Gondolin traversa les âges telle une légende et continua d'influencer les peuples, de la même manière que les cavernes de Menegroth furent le modèle avoué de la cité des Elfes de la Forêt Noire.
Mais l'intérêt de Gondolin n'est pas seulement théorique: si elle impressionna tant les générations suivantes, c'est de par son cadre naturel hors du commun, de par les descriptions enchanteresses que donne Tolkien  de sa beauté quasi-divine: rappelons-nous que quand Tuor posa ses yeux sur elle, "il alla tel un homme pris dans quelque rêve des dieux, car il jugea de telles choses impossibles à voir par des hommes, même pendant les visions de leur sommeil, si grande était sa stupeur devant la splendeur de Gondolin" (LCPt2, III). C'est sa splendeur si particulière que nous allons tenter de restituer, en hommage à la cité dont rien n'égalait la beauté, sinon son histoire grandiose; cette cité qui se dressait autrefois "dans le milieu de la plaine", mais "pas tout à fait au  centre" de Tumladen, sur la colline du guet, Amon Gwareth, "au sommet nivelé". Une plaine qui était assez grande pour demander une journée de "marche légère" à ceux qui voulaient atteindre son centre, mais un peu moins pour les hordes de l'Ennemi qui se précipitaient vers le Destin depuis les monts enneigés de l'Echoriath.

b) Architecture: une cité de Roc. "Gondobar, La Cité de Pierre"

En ce qui concerne la structure architecturale de la cité, c'est sur les tours que Tolkien insiste particulièrement. C'est aussi le premier élément de ressemblance avec Tirion. Leur importance s'explique par leur nombre, car elles "parsèment la cité" et sont "nombreuses"; ainsi que par leur hauteur surprenante: elles "piquent les cieux" ; sont "dressées" et  "s'élèvent dans le ciel", ce qui rapproche la cité du domaine de Manwë et des ses aigles, dont certains survolent avec bienveillance la plaine de Tumladen. Si les Fêanoriens ont renié les Valar, il n'en est rien pour le reste des Noldor qui continue d'honorer les puissances de l'Occident: en témoignent la Place des Dieux, ainsi peut-être que le nom d'une des compagnies de la soldatesque de Gondolin, celle d Gondolin sur Amon Gwareth e l' Arc en Ciel.
La plus belle d'entre elles (ou du moins la plus hautes des tours) fait office de palais pour le roi Turgon, dont la demeure domine ainsi le reste de la ville et Tumladen, comme la tour de Finwë dominait Tirion au sommet de Tùna. Mais plus que des bâtisses de protections ou de simples tours de guet, les tours de Gondolin s'élèvent fièrement, car ce sont des tours "de grande finesse et beauté", "bâties de marbre blanc et sculptées très merveilleusement". Ce raffinement ne fait qu'insister sur la maîtrise architecturale des Noldor, à qui peu de sciences résistent (les Noldor, rappelons-le, sont les Elfes les plus versés dans la connaissance): en effet, Gondolin finalement "se dresse belle à voir". Par la référence au grand intérêt accordé à la pierre et à la construction, une autre Companie de soldats de la cité porte le nom de l'Arche, un autre type de haut et noble édifice.
La hauteur n'est cependant pas, et de loin, le premier des éléments décrits par Tolkien: avec les "pinacles reluisants" sont introduites, avec l'idée de la hauteur, celles de la blancheur et de la lumière: Gondolin était "très claire", les "pinacles reluisants", et le " marbre blanc", d'une blancheur comparable à celle de Tirion. De plus,  "les  murs [étaient] en pierre", et les escaliers, "de pierre et de marbre", étaient "bordés par de délicates balustrades". Quant aux rues, "pavées de pierres", elles sont "larges", ce qui s'oppose ici aux chemins tortueux, et s'apparenterait plutôt à la clarté de la vision; et disposent aussi de "trottoirs de marbre". Tout dans la cité indique la finition, la perfection des allées. Enfin, les maisons sont "belles" et "disposées"  autour des voies, une idée de l'ordre qui rejoint celle des maisons de Tirion qui s'élevaient chacune "d'une "paule plus haute que la précédente"
Grâce à ce portrait de Gondolin, nous pouvons nous représenter une ville resplendissante,  pleine de splendeur, dont les principaux éléments sont la hauteur et la beauté de l'architecture (les hautes tours finement ouvragées), et la blancheur d'une cité faite de marbre 
 
c) L'élément de l'eau ou la présence d'Ulmo. "Ondolindë, le Roc de la Musique des Eaux"


L'eau occupe une place notable dans le décor et la vie de tous les jours, ce qui n'étonne guère quand on sait l'importance qu'a eue Ulmo, le Vala des Eaux (aussi bien des Océans et des Mers que des rivières et des lacs) dans la création de la cité. Il faut en contre-partie dénoter l'inexistence d'un culte ou d'un hommage particulier qui lui serait rendu: si l'eau fait partie intégrante de la construction de la cité, c'est peut-être moins pour signifier l'allégeance des Noldor au dieu que pour représenter la protection d'Ulmo, et par là, la présence continuelle des Valar auprès des Noldor par-delà même la Malédiction de Mandos. Après tout, les Gondothlim ne sont pas fëanoriens et ne poussent pas plus loin l'outrage du Massacre fratricide d'Alqualondë.

Du côté des Valar, Ulmo a toujours été le plus excentrique, vivant seul et à l'écart de tous. Symboliquement peut-être, représente-t-il le lien entre Valinor et le Beleriand, car sa résidence est Belegaer, le Grand Océan entre les deux terres. On le sait puissant Vala et grand ami de Manwë depuis le début d'Arda, et pourtant il n'assiste pas à tous les conseils des Valar, ne venant qu'à ceux qui importent pour lui: Ulmo semble vouloir affirmer son indépendance vis-à-vis de Valinor, sans pour autant se désintéresser d'Arda puisque Gondolin et Nargothrond sont créées grâce à lui. Le rôle d'Ulmo est donc d'une importance capitale pour le Beleriand: c'est la seule divinité qui viendra en aide aux Noldor, les autres Valar restant délibérement inactifs face à la montée en force de Melkor, et qui préparera la défaite de ce dernier (car le refus des Valar prendra fin avec la requête d'Eärendil, le dernier espoir des Hommes et des Elfes, fils de Tuor l'envoyé d'Ulmo).

La particularité de Gondolin tient en ceci: son destin est d'abriter Eärendil, l'union de Tuor et d'Idril, celui qui demandera pardon pour les Noldor et qui déclenchera la Guerre de la Colère, c'est-à-dire le déchaînement des forces de Valinor. C'est ce qui fait de Gondolin une cité si importante, ce qui fait qu'elle a du rester cachée, et que sa chute sera aussi terrible que la cité était splendide. Car à l'instar de Gondolin, Nargothrond a elle aussi été inspirée par Ulmo, mais celle-ci ne semble pas forcer l'hommage au Vala par l'existence de nombreuses fontaines, comme c'est le cas à Gondolin. Véritablement, cette cité est le lieu de l'accomplissement de destinées qui présidèrent à la fin du Premier Âge.

Ces raisons justifient le fait qu'Ulmo soit sans conteste le Vala vénéré de la cité, comme l'indique l'omniprésence de l'eau dans toute la ville. De multiples références indiquent la nature aquaphile de la cité: tout d'abord les subtiles cascades, « minces », qui « raffraichissent » par des « bons », « comme des fils qui partaient à la recherche de la plaine, depuis les fontaines d'Amon Gwareth », ces cascades qui sont donc « à l'origine du nom Ondolindë: Roc de la Musique des Eaux », « car des sources naissaient sur la colline ». Vient ensuite la magie des fontaines qui « illuminent les places » et qui « jaillissaient à vingt et sept brasses dans l'air », c'est-à-dire 27x1,8 mètre, soit une hauteur impressionnante de 49 mètres; avant de retomber en une pluie « chantante », « de cristal » (on retrouve l'idée de la Musique des Eaux).; en outre, les rares descriptions de Tirion font aussi état de belles fontaines. L'eau devient finalement un élément de beauté: « Au dedans le soleil étincelait magnifiquement le jour, et la lune miroitait avec grande magie la nuit. » (LCP,t2, III). La place principale de la ville contient « un grand puits de grande profondeur », ce qui n'est pas contraire à une tout aussi grande «pureté». De nombreux noms, parsemés dans la ville, insistent sur la place accordée à l'eau: aussi bien le « Puits du Peuple » que la « Voie des Eaux Courantes » ou encore la « Rue des Pompes », sans compter le « Lieu du Puits », ou les « Fontaines du Sud ». Autre référence, une compagnie des gardes de Gondolin, et non une des moindres puisqu'il s'agit de celle d'Ecthelion, se nomme « la Compagnie de la Fontaine » dont les soldats, qui comme il se doit, partent à la bataille « accompagnés d'une musique de flûtes ». Le nom de Ondolindë est bien clair: un roc, au centre d'une plaine, dont les cascades sont musique. Si la musique est à ce point mise à l'honneur, c'est parce que Ulmo peut être considéré comme le Vala "qui fait de la musique au plus profond de l'Abysse" (LCP, t2, III)  notamment avec ses conques. Il faut aussi se souvenir que le premier des signes apparus à Tuor (CLI, Premier Âge, I), est que l'eau d'Ulmo se réveille sous l'effet de la musique de Tuor: "à mesure qu'il chantait, la source, à ses pieds, se mit à bouillonner avec un grand flux d'eau, et elle déborda". Plus tard, celui-ci demeure à écouter la musique de l'eau: "écoutant la rumeur perpétuelle des eaux", avant d'y méler la sienne, car il "éleva la voix et toucha les cordes de sa harpe, couvrant le fracas des eaux" (CLI). Ulmo lui-mêle crée la musique: "Ulmo brandit une trompe puissante et l'emboucha, et il sonna une note unique, si grave que le mugissement de la tempête n'était guère plus, à côté, que le  murmure d'une brise". Cette musique semble étroitement liée à la mer car "à l'instant même où il entendit cette note (...) il sembla à Tuor (...) qu'il contemplait toutes les eaux de la Terre (...). Son regard plongeait jusqu'aux entrailles de la Mer Immense" on trouve aussi une occurence de "la musique-des-mers d'Ulmo" et de "son grand instrument de musique ; (...) soufflant dedans et jouant de ses long doigts il fabriquait des mélodies profondes, d'une magie plus grande qu'aucun autre" (LCP, t2, III); c'est ce lien entre Eau et Musique qui est incarné dans le nom d'Ondolindë, "roc de la musique des eaux" . Enfin, cette effusion d'honneurs à l'élément d'Ulmo ne peut manquer de s'accompagner d'un hommage aux Valar de par la "Place des Dieux", une des grandes places de la ville, proche du palais de Turgon.

Comme nous le verrons dans la troisième partie, l'eau revêtira toute son importance lors de la bataille pour la défense de la ville, où elle affrontera  le feu des serviteurs de Morgoth de façons diverses: Ecthelion recouvrera ses forces grâce à la Fontaine de la Place des Dieux, et c'est la même fontaine qui tuera Gothmog. Son assèchement assène au lecteur une triste vérité: Gondolin est perdue, tout comme Ecthelion est mort. Tolkien qualifie aussi cet affrontement de "batailles de flammes en des eaux fraîches",  mais on pourrait aussi dire "Morgoth contre Ulmo". Enfin, Ulmo aidera Gondolin et Eärendil jusqu'au bout, en recouvrant d'une brume (la vapeur d'eau provenant des sources asséchées par les dragons et balrogs) les survivants s'achappant de la cité, ce qui les rendra invisibles aux yeux des serviteurs de l'Ennemi.


d) La nature et la musique: "Loth, la Fleur", "Gondolin, la Pierre de Chanson"

La Nature se trouve être très présente à Gondolin, où les arbres sont "anciens" et les jardins constitués de "fleurs vives". La place des dieux abrite des "chênes et peupliers", "nombreux" et "magnifiques". On note aussi une "Allée des Roses" et la Compagnie de la "Fleur d'Or" dont le chef  est Glorfindel (dont le nom signifie Cheveux d'Or).  Mais la plus belle preuve de l'amour de la nature se trouve dans le souvenir des Deux Arbres d'Aman: "De chaque côté des portes du palais étaient deux arbres, l'un qui portait une floraison d'or et l'autre d'argent, et ils ne se fanaient jamais, car ils étaient d'antiques scions des Arbres glorieux de Valinor, et ces arbres les Gondothlim les nommaient Glingol et Bansil" (LCP, t2, III). Cependant la version du Silmarillion contredit le fait que les arbres se trouvent devant la porte, ainsi que la parenté entre les arbres de Gondolin et ceux d'Aman, puisqu'il ne s'agit que de sculptures: "Dans les palais de Turgon se dressaient des images des Arbres d'autrefois, taillées par le Roi lui-même avec le talent des Elfes. L'arbre qu'il sculpta d'or fut nommé Glingal, celui dont les fleurs étaient d'argent étaient Brethil" (Silm, XV). Cette référence au passé des Eldar semble aller de pair avec les honneurs faits aux Dieux: ce n'est pas parce que les Noldor ont été maudits qu'ils ont renié ce qu'ils ont abandonné, pas plus que les dieux qui ne les aident pas. Encore une fois, une des Maisons ou Compagnies de Gondolin porte le nom de l'Arbre. De manière plus générale, il convient de rappeler que deux des sept noms de Gondolin sont Loth (la Fleur) et Lothengriol (la Fleur qui fleurit sur la Plaine).
Mais la Nature est étroitement liée à la Musique, car les oiseaux "chantaient dans le branchage de leurs arbres anciens", et la musique elle-même est largement chantée par ces oiseaux,  qui étaient "de la blancheur de la neige" et dont les "voix" étaient "plus douces qu'une berceuse de musique". L'amour des oiseaux est retrouvé dans les Compagnies de l'Hirondelle et de l'Aile Blanche (celle des cygnes que Tuor croisa à Vi nyamar), et celui de la musique dans la Compagnie de la Harpe (sans oublier la Compagnie de la Fontaine, dont les soldats jouent de la flûte). Chose notable, durant la bataille finale les hurlements des orcs s'opposent aux clameurs des Gondothlim, ce qui sera vu dans la partie III. Mais en conclusion, souvenons-nous que Turgon avait voulu cette cité comme une image de Tirion la belle, sur Tùna en Aman, et que c'est ce qu'elle devint, "d'une beauté digne d'être comparée avec la cité des Elfes, Tirion d'au-delà des mers".

3) Sur Aredhel, Eöl et Maeglin

Aredhel était une elfe de sang royal qui vécut pendant longtemps à Gondolin aux côtés de s onRoyaumes du Beleriand frère, le roi Turgon le Sage. Mais en l'an 302 du Premier Âge, elle entreprit de rendre visite aux fils de Fëanor qui résidaient en Himlad, et partit en dépis des conseils de Turgon. "Pars donc, si tu le veux, mais cela va à l'encontre de tout ce que je sais, et je prévois qu'il n'en sortira que du mal pour toi comme pour moi." En effet, quiconque s'aventurait hors de Gondolin pouvait être pris par l'Ennemi et révéler l'emplacement de la Cité Cachée, et c'était une des plus grandes peurs des Gondothlim, avec celle d'être trahi par un Elfe réapparaissant étrangement après de longues années d'oubli et qui était en fait enchaîné à la volonté de Melko et ne servait que ses intérêts malveillants.

Note sur les esclaves de Morgoth: Car les esclaves elfes, surtout Noldor, qui peuplaient les mines de Melkor n'en sortaient qu'en s'échappant, ou en étant relâchés par Melkor pour espionner les Eldar. La peur des tourments de Melkor semblait souvent être la plus forte, si bien que les Eldar en vinrent à se méfier de leurs parents qu'ils avaient crus morts et qui s'étaient soi-disant échappés d'Angband. Rejetés, les fugitifs finissaient par se regrouper: à Gondolin, les forgerons de la Maison du Marteau étaient en réalité tous d'anciens esclaves de Melkor et leur taille était d'ailleurs bien inférieure à celle des autres Noldor, car courbée par les années d'esclavage.

Aredhel partit avec une escorte que lui avait donnée Turgon, mais ses gardes la perdirent en chemin et revinrent à Gondolin avec des nouvelles funestes. Elle avait pourtant bien continué à avancer vers l'Himlad, où elle trouva les gens de la Maison des fils de Fëanor, mais sans les fils eux-mêmes, et après les avoir attendus un an, elle repartit à l'aventure. C'est en pénétrant dans la forêt de Nan Elmoth qu'elle fut piégée par son unique habitant, qui tissa des sortilèges pour qu'elle ne puisse sortir et qu'elle arrive finalement à sa demeure. Il s'agissait d'Eöl l'Elfe Noir, un des plus grands forgerons elfes de son temps, avec qui elle se maria et eut un fils que son père nomma Maeglin ("Regard Vif") quand il eut 12 ans. Aredhel ne fut pas complètement retenue contre son gré, car elle se plaisait dans Nan Elmoth, mais Eöl lui ordonnait de fuir la lumière du jour et au fur et à mesure que le temps passait, elle en vint à regretter Gondolin. Maeglin était de son côté plein de qualités et noble d'esprit, et avec sa mère ils formèrent le projet de s'enfuir et de rejoindre la Cité Cachée. Ils partirent avec deux jours d'avance sur Eöl, mais celui-ci était si furieux d'avoir été dupé qu'il oublia qu'il n'aimait pas le Soleil et finit par arriver sur leurs talons aux Sept Portes qui protégeaient la cité.Eöl est mené sur les remparts
Aredhel et Maeglin furent "accueillis avec joie" (Silm, XVI) par Turgon et les habitants, et Maeglin prêta allégeance à Turgon, mais il était émerveillé par la cité et en particulier par la fille du Roi, Idril Celebrindal. Cependant, voici qu'Eöl arrive et, prétendant qu'Aredhel est sa femme, il est conduit par les gardes de Gondolin jusqu'à Turgon. Celui-ci le traita "honorablement, se leva, et voulut lui prendre la main", le déclarant son parent, mais il ne put lui cacher qu'il devrait rester à Gondolin; car telle était la règle pour tous ceux qui découvraient son entrée. A cela Eöl répondit avec mépris, et il retira sa main, crachant que les Noldor n'avaient aucun droit sur les terres qu'ils occupaient, et déclara qu'il partait avec Maeglin, avec ou sans le consentement de Turgon. "Turgon alors remonta sur le trône, il saisit le sceptre de la loi, et parla d'une voix sévère: "Tes forêts sans soleil ne sont défendues que par les épées des Noldor (...). Tu n'as qu'un seul choix: rester ici, ou mourir ici, et il en est de même pour ton fils"." Animé par son orgueil, Eöl déclara prendre le second choix pour lui et pour son fils, et il prit un javelot qu'il lança sur Maeglin. Alors Aredhel s'interposa et reçut le javelot dans l'épaule à la place de Maeglin, et elle mourut, si bien qu'Eöl fut condamné à être précipité depuis les remparts dans le Gouffre de Caragdür. Voyant que son fils Maeglin allait le regardait mourir sans rien dire, Eöl lui prédit une fin similaire."Alors c'est ici que tu perdras tout espoir, ici aussi que tu mourras de la même mort que moi!" Et ainsi mourut Eöl de Nan Elmoth. Mais le mal avait commencé à germer dans la paix de Gondolin.

II. La Guerre en Beleriand


1) Dagor Bragollach, Nirnaeth Arnoediad et la retraite de Turgon

a) Dagor Bragollach ou le retour de Melkor

Après deux siècles de paix, à l'hiver 455 de ce Premier Âge, Melkor attaqua soDagor Bragollachudainement; "et on dit que son désir fit taire sa raison, car s'il avait pu attendre un peu plus, jusqu'à l'achèvement de ses plans, les Noldor eussent péri jusqu'au dernier". Mais en réalité Melkor submergea les Elfes et ainsi s'amorça leur chute et la reconquête du Beleriand. Car les Noldor, en dépit de leur haine pour Melkor, avaient sous-estimé ses forces pendant qu'elles croissaient, lentement et sûrement dans les tréfonds d'Angband, et quand elles sortirent, jamais elfe n'avait vu d'armée plus grande et terrible. Pourtant, hormis Fingolfin, Angrod, et Aegnor, ils avaient été peu à s'en soucier, et cependant tous moururent à la fin.
Ard-galen, la Verte Région qui s'étendait devant Angband, s'enflamma soudainement: elle brûla les Noldor qui furent emprisonnés dans ses flammes et dès lors on renomma cette plaine  Anfauglith, la Poussière d'Agonie. Ainsi le siège des armées Eldalië soutenu depuis 400 ans fut-il emporté par Dagor Bragollach, la Bataille de la Flamme Subite, et les armées de Melkor, Glaurung le Père des Dragons en tête, se déversèrent sur le Beleriand.
Hithlum, le territoire occidental du Haut Roi des Noldor Fingolfin, fut défendu à grands-pertes, mais tint bon; et Gondolin ne fut pas touchée, car Melkor ignorait son existence. Mais Dorthonion tomba  tout comme Lothlann, et les armées de Melkor s'engouffrèrent à l'est en causant la défaite des fils de Fëanor qui les défendaient. Les Noldor, étaient séparés les uns des autres, avaient subi de très lourdes pertes, et faisaient face à un ennemi beaucoup plus puissant que ce qu'ils avaient escompté. Poursuivant sur son élan, Morgoth allait attaquer de nouveau en 457 et 462, réussissant même à s'emparer de la citadelle de Minas Tirith sur Tol Sirion, l'ancienne forteresse de Finrod Felagund.
Voyant dans Dagor Bragollach la fin de son peuple et la ruine finale des elfes, le Haut Roi des Noldor Fingolfin chevaucha vers Angband provoquer Morgoth en duel. Après sa mort, son fils Fingon, le frère de Turgon, prit la relève; les larmes cessèrent et la contre-attaque s'organisa.

b) Nirnaeth Arnoediad et la retraite de Turgon

A la même époque, un Silmaril fut arraché de la couronne de Melkor par Beren et Lùthien; et dans le coeur de Maedhros, le fils aîné de Fëanor, se dessina alors la certitude que Melkor pouvait être vaincu si on lui opposait  tous ses ennemis réunis. Maedhros entreprit alors avec Fingon de créer une ligue, qui rassembla, outre les Noldor, des Nains, des Hommes de l'Est (Easterlings) ainsi que des Hommes des Maisons de Haleth et de Hador, des maisons amies des Elfes; et en toute dernière vint, sans y avoir été invitée, l'armée de Gondolin, totalement inattendue, et sa venue fut comme une tempète de joie pour les Noldor.
Mais Melkor avait entendu les échos des projets de Maedhros bien avant l'heure de la bataille, et il avait envoyé en conséquence ses espions nouer des amitiés secrètes avec les hommes de l'Est. Il déjoua le plan de Maedhros et attira l'armée de Fingon, qui malgré l'ordre d'attendre fut emportée par la colère "et si féroce et rapide fut leur assaut que les plans de Morgoth en furent presque anéantis" (Silm, XX), car leur fureur les fit même pénétrer dans Angband, mais là ils furent pris, et les plans de Morgoth furent enfin prêts à être réalisés. "Au quatrième jour de la guerre commença Nirnath Arnoediad, la bataille des Larmes InnombraFingon et Gothmogbles, car aucun chant ou conte ne peut contenir toute sa peine". Ce jour-là de l'an 472, la Ligue fut repoussée avec vigueur par Morgoth; et au cinquième jour, alors que Turgon arrivait enfin aux côtés de son frère Fingon, Angband se vida et Fingon fut séparé de Maedhros, qui ne put contrer le mauvais coup de la trahison des Hommes de l'Est et fut défait; enfin Fingon se trouva aussi séparé de Turgon et fut tué par Gothmog en personne.
Alors Hurin dit à Turgon: "Allez maintenant, seigneur, pendant qu'il est encore temps! Car l'espoir des Eldar vit en vous, et tant que Gondolin se dressera, le coeur de Morgoth connaîtra encore la peur!"
Mais Turgon répondit: "Gondolin ne peut plus rester cachée longtemps, et tombera une fois découverte"
Alors Huor parla et dit: "Mais si elle tient encore un peu, alors de votre maison  viendra l'espoir des Elfes et des Hommes. Ceci je vous le dis, seigneur, alors les yeux de la mort: Quoique nous nous séparions maintenant pour toujours,  et que plus jamais je ne porterai mon regard sur vos blanches murailles, une nouvelle étoile s'élèvera de vous et de moi . Allez!"
Et Maeglin, le fils de la soeur de Turgon, qui se tenait à côté, entendit ces mots, et ne les oublia pas; mais il ne dit rien." (Silm, XX)
Alors Turgon ordonna à son armée de repartir et il s'en fut, emmenant avec lui à Gondolin ce qu'il put rassembler de l'armée et du peuple de Fingon, car il savait qu'il était protégé sur ses arrières par Huor et Hurin ainsi que par les restes des hommes de Dor-lomin, qui les empêcheraient d'être poursuvis. Mais Hurin fut pris vivant car Morgoth voulait désormais connaître l'emplacement de la cité du nouveau Haut Roi des Noldor, qui seule avec Nargothrond s'opposait encore à sa mainmise sur le Beleriand.



2) Tuor l'Envoyé d'Ulmo et le Refus de Turgon

En 472, la même année que Nirnaeth Arnoediad, naquit en Hitlum Tuor, fils de Huor. Et il fut tôt abandonné par Rian, sa mère, qui partit pour le Mont des Morts rejoindre son époux. Après avoir vécu seize ans aux côtés des Elfes Gris, il fut capturé et mis en esclavage par les populations d'Orcs et d'Orientaux qui avaient pris possession de l'ancien royaume des Noldor. Il endura trois années de captivité avant de s'enfuir et de vivre dans la solitude d'un hors-la-loi. En 495, Tuor traversa l'Hitlum vers l'ouest où il pénétra dans l'ancien territoire de Turgon, Nevrast, car Ulmo avait choisi Tuor "pour être l'instrument de ses plans" (Silm, XXIII) . Lors Tuor trouva les pierres délaissées de Vinyamar et s'empara des armes laissées par Turgon en 102 avant son départ, et enfin rencontra Ulmo lui-même, qui lui signifia la teneur de sa mission:
"Quel est donc mon but, Seigneur?"
" Cela même à quoi ton coeur a toujours aspiré, répondit Ulmo. Trouver Turgon, et de tes yeux contempler la cité cachée. (...) Seras-tu mon émissaire?
"Je le serai, Seigneur".
"(...). De la vaillance des Edain, toujours se souviendront les Elfes durant les siècles à venir (...). Mais ce n'est pas seulement pour ta valeur que je t'envoie, mais pour apporter au monde un espoir qui échappe à ton regard, et une lumière qui percera les ténèbres". (Contes et Légendes Inachevés, Premier Âge, I)Ulmo et Tuor
Sur sa route, Tuor rencontra Voronwë, un marin du dernier bateau que Turgon avait envoyé pour quérir de l'aide à l'ouest. De cette manière parvinrent-ils à Gondolin, car Voronwë était un Gondothlim qui connaissait le chemin de la Cité Cachée et il était dévoué à la mission divine qui était assignée à Tuor. Quand ils arrivèrent enfin à Gondolin, l'année 495 avait vu la cité de Nargothrond s'effondrer; et sa chute, orchestrée par Glaurung, signifiait que Gondolin demeurait le dernier bastion des Noldor en Beleriand, et le seul bastion elfique à se dresser encore contre Melkor, car la ruine était aussi tombée sur Doriath du fait du Silmaril de Thingol. C'est donc en ces temps où les orcs et les loups pouvaient traverser à leur guise les terres autrefois défendues que Tuor parvint à Gondolin. Là on le reconnut pour tel qu'il était, Tuor fils de Huor, honoré parmi les Elfes; mais aussi on vit l'armure de Nevrast dont il était revêtu, et que beaucoup reconnaissaient, car ils avaient vu Turgon "en personne suspendre ce harnais sur le mur, derrière le grand trône de Vinyamar" (CLI, PÂ, I). Mais enfin tous entendirent les paroles d'Ulmo qui sortirent de la bouche de l'Adan transfiguré:
"Voici, ô père de la Cité de Pierre, je suis mandé par celui qui fait de la musique au plus profond de l'Abysse, et qui connaît les esprits des Elfes et des Hommes, pour te dire que les jours de Libération approchent. Il est venu jusqu'aux oreilles d'Ulmo des échos de votre demeure et de votre colline de vigilance contre la malice de Melko, et il est heureux: mais son coeur est irrité et les coeurs des Valar sont pris de courroux, qui siègent dans les montagnes de Valinor et qui contemplent le monde puis le pic de Taniquetil, à considérer le chagrin dee la servitude des Noldoli et les errances des Hommes; car Melko les cerne dans le Pays des Ombres au-delà des collines de fer. C'est pourquoi j'ai été mené par un chemin secret pour te demander de compter tes armées et de te préparer à la bataille, car les temps sont mûrs". (LCP, t2, III) Turgon reçoit Tuor et Voronwë
"Turgon réfléchit longuement aux conseils d'Ulmo, et il lui vint à l'esprit les mots qui lui avaient été adressés jadis à Vinyamar: "Ne t'attache pas trop aux oeuvres de tes mains ni aux désirs de ton coeur, souviens-toi que le véritable espoir des Noldor est à l'Ouest et qu'il vient de la mer" Mais l'orgueil lui était venu au coeur, Gondolin lui semblait aussi belle que le souvenir de l'elfique Tirion et il se fiait encore à ses remparts invulnérables et secrets, même si Un Vala lui disait le contraire" (Silm, XXIII). Et finalement "Turgon dit qu'il était roi de Gondolin et qu'aucune volonté ne le forcerait contre son propre avis à mettre en péril le cher labeur de longs âges révolus" (LCP, t2, III). 
Ainsi Turgon prit-il cet avis pourtant contre son propre intérêt, car Melkor allait mettre tous ses forces pour trouver et détruire Gondolin. Mais si la ville semblait dès lors condamnée, étant la seule à s'opposer fièrement au joug de l'Ennemi, un espoir parut naître quand Tuor décida de rester à Gondolin car "son coeur était empli d'amour" pour Idril, la fille de Turgon. Tuor et Idril Celbrindal s'unirent après que se soient passées sept années depuis sa venue, au grand dam de Maeglin; et ce fut, après celle de Beren et Lùthien, la deuxième union des Hommes et des Elfes; puis en 503 naquit Eärendil, le futur tout premier  'Roi des Hommes de l'Ouest', ultime espoir des Eldar et des Edain contre la furie de Morgoth.

3) La recherche de Gondolin par Melkor et la trahison de Maeglin.

Peu après Dagor Bragollach, les jeunes frères Huor et Hurin étaient partis à la guerre et avaient été amenés à combattre si près de la mort que l'aigle Thorondor les avait fait secourir par deux aigles qui les amenèrent à Gondolin, "qu'aucun Humain n'avait encore vue". Ceci était en même temps le germe de l'espoir que celui de la défaite, car de cette manière Turgon rencontra Huor, le futur père de Tuor, et se lia d'amitié avec les deux frères; mais ayant quitté Gondolin  la faveur du Roi, les frères revirent leurs proches qui les questionnèrent sur leur absence d'une année; et leur silence, qu'ils avaient promis à Turgon, en fit deviner beaucoup quant à la nature de la vérité, et c'est ainsi que "l'étrange aventure de Hurin et Huor parvint aux oreilles des serviteurs de Morgoth" (Silm, XVIII)
En effet, Melkor était "inquiet malgré ses victoires, et voulut savoir à tout prix ce que faisaient Felagund et Turgon. Car ils s'étaient évanouis sans que nul n'en sache rien, pourtant ils n'étaient pas morts, et il craignait ce qu'ils pourraient entreprendre contre lui. Il connaissait bien le nom de Nargothrond, mais rien ni de l'endroit où elle se trouvait ni de sa force, il ignorait tout de Gondolin et en était d'autant plus inquiet en pensant à Turgon" (Silm, XVIII). Cet épisode explique la joie de Turgon quand ils se retrouvèrent, au plus fort de la bataille à Nirnaeth Arnoediad, et la teneur du discours des frères lorsqu'ils choisirent de mourir aux marais du Serech pour défendre la retraite de Turgon, le nouveau Grand Roi des Noldor. Mais comme Melkor avait entendu parler de "l'étrange aventure" des frères, il fit prendre Hurin vivant, sachant bien l'amitié qui l'unissait à Turgon. "Morgoth ne cessait de penser à Turgon, car de tous les ennemis qu'il voulait en premier capturer ou détruire, c'était celui qui lui avait échappé. Et ces pensées le troublaient, faisaient tâche sur sa victoire, d'autant que Turgon, de la Haute Maison de Fingolfin, était maintenant de droit Roi de tous les Noldor" (Silm, XX). Morgoth donc questionna Hurin, mais celui-ci "lui résista et l'accabla de moqueries". Hurin alors fut maudit, sa lignée destinée à s'éteindre, et lui, prisonnier, condamné à voir de ses yeux le destin s'accomplir. Quand enfin mourût son fils Turin Tùrambar,  Morgoth relâcha Hurin.  Il alla devant Echoriath, le cercle des Montagnes entourant Gondolin, mais là Turgon le laissa à l'extérieur, le jugeant corrompu; et quand enfin il se ravisa, Hurin avait disparu. Celui-ci pourtant, "ne se souciant pas d'être entendu", s'écria "Turgon, Turgon, souviens-toi du Marais du Serech! Ô Turgon, n'entends-tu rien derrière tes remparts?" (Silm, XXII). Ainsi les serviteurs de Morgoth qui avaient suivi Hurin entendirent-ils ces paroles, et l'Ennemi sut désormais où se tenait Turgon.
Morgoth disposait de bien des espions qu'il envoya vers Echoriath: des orcs, des serpents, des loups et des chiens, des fouines, des hiboux, des faucons. Tous  sont des animaux prédateurs: le serpent, l'hibou, le faucon, la fouine se nourrissent de petits mammifères; par ailleurs, les loups, fouines et hiboux sont connotés par leur activité nocturne élevée. Cependant ces serviteurs infatigables étaient aidés dans leurs recherches par les moins braves des esclaves Noldor (selon LCP) qui les avaient rejoints par peur des menaces de tourments. Leur aide fut précieuse, car ils étaient seuls capables de percevoir l'entrée secrète aménagée dans la montagne, ce "Chemin d'Evasion par où Tuor et Voronwë [étaient entrés] auparavant". D'autre part, de nombreuses créatures parvenaient à approcher les environs de Gondolin par les montagnes: selon LCP certaines purent voir Gondolin de loin mais ne purent continuer, du fait de la difficulté du terrain; le Silmarillion dit que les orcs qui s'approchaient trop d'Echoriath étaient immédiatement attrappés par les aigles, de sorte que le secret de l'emplacement de la cité fut gardé.
Cependant cette myriade d'espions n'aurait pas eu d'aboutissement s'il n'y avait eu ce que l'on peut considérer comme la plus grande trahison de l'histoire des Elfes, c'est-à-dire la fourberie de Maeglin. Un jour que celui-ci s'était aventuré dans les montagnes pour trouver des matériaux utiles à la forge, ce malgré l'interdiction de Turgon, il fut pris par des orcs qui patrouillaient. Selon LCP, alors que ceux-ci allaient le tuer, Maeglin révéla tout du dispositif de défense de Gondolin pour sauver sa vie, et fut amené à Angband où il participa activement à l'élaboration d'un plan pour prendre la cité. Selon le Silmarillion, il fut directement amené à Angband, où les tortures eurent raison de sa résistance et lui firent avouer l'emplacement de Gondolin. Dans les deux cas il revint sain et sauf à Gondolin avec la garantie qu'il "pourrait posséder Idril Celebrindal dès que la ville serait prise. Son désir pour Idril et sa haine pour Tuor facilitèrent la trahison". Cette trahison fut décisive pour Melkor car elle lui permit de cerner l'emplacement et de comprendre les défenses de Gondolin. Pourtant elle était aussi dirigée par le destin, car Maeglin était forgeron comme son père, et c'est pour cela qu'il fut pris; sa parenté avec Turgon lui permit de se faire une place auprès du roi, mais cela même lui interdisait une union avec Idril, qu'il aimait. Ce crime d'amour permet de réhabiliter quelque peu Maeglin, dont Tolkien dit qu'il n'était '"ni faible ni lâche". Pourtant ce fut par sa faute que Gondolin tomba, et désormais le destin n'avait plus beaucoup à attendre avant de s'abattre.

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Abréviations:
LCP:  Les Contes Perdus
Silm: Le Silmarillion
CLI: Contes et Légendes Inachevés

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 01:14
I. Genèse de Gondolin. (rejoindre l'article)
II La guerre en Beleriand (rejoindre l'article)

III. "Grande est la Chute de Gondolin"
 

Le 20 juin de l'année 510 du Premier Âge, toute la population de Gondolin, rassemblée sur les remparts, s'apprêtait à saluer l'arrivée du nouvel été. Les troupes de Melkor arrivèrent à ce moment de joie, comme lui-même autrefois lorsqu'il s'était introduit à Valinor pour détruire les Deux Arbres et que les Elfes festoyaient.  Au moment de la soirée où le soleil disparut à l'ouest, une lueur rouge se manifesta au nord,  "là où les montagnes étaient les plus hautes, et la garde moins importante" (Silmarillion).  En quelques heures, les hordes de Melkor étaient dans Tumladen.
1) Les forces en présence

a) Les armées de Melkor


Gothmog, le Balrog, était leur chef, étant le grand capitaine d'Angband et le fils spirituel de Melkor.
On distinguait alors les orcs, armés de cimeterres et de lances, qui formaient en même temps les troupes de choc et les troupes de pillage. Elles permirent à Gothmog de prendre rapidement des quartiers non défendus en se déversant dans la cité et de submerger les Elfes.
Les unités de cavalerie légère, les chevaucheurs de loups, étaient de petites unités et n'eurent pas à jouer un grand rôle (le principal enjeu de la bataille étant d'abord de prendre la Porte, puis de gagner la ville rue par rue), mais semblèrent assignées à attaquer les fuyards.
Ces troupes de fantassins et de cavalerie étaient appuyés par les Balrog (mot elfique donc invariable)  - une demi-douzaine probablement, même si Les Contes Perdus insistent sur des centaines, version que Tolkien rejeta finalement lui-même. Ce sont des esprits de feu, qui pouvaient aussi bien infliger des dégâts au corps à corps avec leurs griffes de feu et leur fouet, que tirer des flèches de feu pour produire un incendie dans la cité. Leur force impressionnante leur permit de faire littéralement tomber la grande Tour de Turgon.
Les Dragons, fils de Glaurung le Doré, furent d'une aide importante pour ce qui était de déblayer les points de résistance dans la ville ou de tenir une place, du fait de leur souffle et de leur taille, mais semblèrent moins mobiles et en même temps plus résistants que les Balrog.
Cependant ces troupes classiques de Melkor n'auraient jamais pu prendre la cité, n'eût été la trahison de Maeglin. Car celui-ci, qui était un grand forgeron, "poussa [Melkor] à façonner des bêtes comme des serpents et des dragons", et ces créatures artificielles étaient de métal ou de feu. On en distingue trois types:
Des transports d'orcs; "Certains étaient tout de fer si adroitement relié qu'ils pouvaient couler comme de lentes rivières de métal ou bien s'enrouler autour et par-dessus tout obstacle (...); ils étaient emplis dans leurs intérieurs profonds par les plus sinistres des Orcs". Pendant la bataille ils servirent également à entreposer les futurs esclaves.
Des transports de Balrog: "D'autres étaient des créatures de pure flamme qui se tordaient comme des cordes de métal fondu, et ils ruinaient tout tissu dont ils s'approchaient, et le fer et la pierre fondaient devant eux et devenaient comme de l'eau, et sur ceux-ci chevauchaient des Balrog"
Enfin, des Dragons de métal: " D'autres de bronze et de cuivre reçurent des coeurs et des esprit de feu brûlant, et ils réduisaient en cendres tout ce qui se trouvait devant eux par la terreur de leur souffle ou écrasaient tout ce qui échappait à leur ardeur".


b) Les armées de Gondolin


On doit distinguer pour Gondolin deux choses: Gondolin elle-même, ses remparts et protections immobiles; enfin ses forces proprement dites.
D'abord, les remparts, la fierté de Turgon; c'est leur grandeur qui incita Melkor à construire des monstres de métal pour les surmonter. Sur les remparts on trouvait des "engins et catapultes"; les uns servaient à arroser les ennemis de métaux fondus et de feu, les autres de flèches et de pierres.
A l'ouest, Sept Portes permettaient de défendre l'entrée de Gondolin. Les Sept Portes avaient érigées là en raison de la faiblesse constituée par le Chemin d'Evasion, qui se situait au sud-ouest de Tumladen, dans les profondeurs de l'Echoriath. Les Portes ne se situaient pas dans la plaine (contrairement au tableau de Ted Nasmith) mais directement dans le ravin sur la colline de Gondolin. Chacune des portes était faite d'un matériau différent et était finement ouvragée. Il y avait un type de garde pour chacune, mais c'était Ecthelion de la Fontaine qui commandait la dernière. Leur matériau était de plus en plus résistant: il y avait d'abord les portes de Bois, de Pierre, de Bronze, Fer forgé, d'Argent; puis se trouvait la Porte d'Or, la plus belle et la plus résistante des six portes érigées par Turgon avant Nirnaeth Arnoediad; mais la Septième l'avait été par Maeglin au retour de cette guerre, et c'était la Porte d'Acier.
Les deux seules sorties de Tumladen étaient donc le Chemin d'Evasion au sud-ouest, et le col des Aigles, ou Cirith Thoronath ou encore Cristhorn au sud, de parcours difficile et qu'aucune garde ne surveillait, sinon la vigilance constante des Aigles.Idril Celebrindal (emblème)
Une sortie dérobée à l'intérieur de Gondolin fut construite à l'initiative d'Idril Celebrindal, car la fille de Turgon « par sa pensée, possédait un grand pouvoir de pénétration de l'obscurité dans le coeur des Elfes et des Hommes, et des pénombres de l'avenir qui en découlaient – plus loin encore que le pouvoir habituel des peuples des Eldalië ». Ainsi en prévoyance du malheur à venir incita t-elle Tuor à organiser le forage de ce tunnel, qui amenait à plusieurs lieues au sud de Tumladen, près du Chemin d'Evasion, sans y mener tout à fait.

Enfin, les forces armées de Gondolin, comme sa population étaient divisées en onze Maisons. Chacune avait ses couleurs, son emblème, ses habiletés, et son chef. Lors du tumulte produit à la vue des armées de Melkor, les onze maisons se rassemblèrent avec discipline (probablement devant le Palais de Turgon). Elles étaient:
- La Maison du Roi; ses couleurs étaient de blanc, d'or, et de rouge, et ses emblèmes la lune, le soleil et le coeur écarlate; ce coeur était celui de Fingon, que Turgon avait arraché aux Orcs à Nirnaeth avant d'en faire son emblème. Leur mission était de ne pas entrer dans la bataille avec les autres les Maisons afin d'être dispos pour protéger le Roi si jamais elles étaient défaites.
La Maison de la Taupe, commandée par Maeglin, n'avait pas d'emblème; mais ses guerriers était vêtus couleur de sable, portaient des peaux de taupes, et se battaient avec des haches à double tranchant; beaucoup avaient « la mine sombre et le regard menaçant ».
La Maison de l'Hirondelle, commandée par Duilin, le plus sûr des archers; ses guerriers « portaient un éventail de plumes sur les heaumes, et leur parure était de blanc et de bleu foncé, et de pourpre et de noir; et ils montraient une pointe de flèche sur leurs boucliers ». (LCP, t2, III)
La Maison de l'Arche Céleste, commandée par Egalmoth, qui tirait plus loin que tous les gens de sa Maison et qui était le seul à combattre avec une épée courbe. Elle était composée des meilleurs archers; ils étaient donc placés sur l'enceinte. Leur richesse était grande et « leurs armes étaient serties de joyaux s'enflammant dans la lumière ».
Les Maisons du Pilier et de la Tour « obéissaient à Penlod, le plus grand des Gnomes en taille. »
La Maison de l'Arbre avait pour seigneur Galdor, le plus valeureux des Gondothlim; ses soldats étaient habillés de vert, et combattaient « avec des massues cloutées de fer ou bien avec des frondes ».
La Maison de la Fleur d'Or avait Glorfindel; et ses gens portaient un bouclier où figurait un soleil rayonnant?
La Maison de la Fontaine, dont les gens habitaient au Sud, avait pour chef Ecthelion; ils combattaient avec « des épées très longues et brillantes et pâles, et ils partaient à la bataille accompagnés d'une musique de flûtes ».
La Maison de la Harpe, commandée par le lâche Salgant, « qui flattait Maeglin »; il était lourd et trapu, le seul à cheval, et portait une harpe d'or. Leur blason était une harpe d'argent sur fond noir.
La Maison du Marteau de la Colère, dirigée par Rog, « le plus fort des Gnomes ». Elle était très nombreuse, et composée des meilleurs forgerons et artisans. « Ils combattaient avec d'énormes masses d'armes comme des marteaux, et leurs boucliers étaient lourds, car leurs bras étaient très forts ». Beaucoup parmi eux s'étaient échappés des mines de Melkor et « la haine de cette maison envers les oeuvres de cet être maléfique (...) outrepassait tout ». Leur emblème était « l'Enclume frappée, et un marteau lançant des étincelles était représenté sur leur bouclier ».
A ces onze Maisons s'ajouta celle de Tuor, la Maison de l'Aile, car Idril lui avait donné pour conseil « que certains des plus valeureux et les plus loyaux des seigneurs et des guerriers des Gondothlim fussent choisis avec grand soin et (...) devaient être groupés en une garde robuste, et porter son emblème et devenir ses gens, et de faire ainsi sous le prétexte du droit et de la dignité d'un grand seigneur, de la famille du Roi ». Le secret du chemin creusé sous Gondolin ne fut révélé qu'aux guerriers de cette Maison, afin qu'aucune oreille malveillante ne puisse avoir connaissance de cette issue. Mais Maeglin avait fini par en entendre parler et avait pris ses dispositions pour contrecarrer ce plan.

2) "Melko est sur nous"


Résumé succinct de la Prise de Gondolin

 "La ville fut assiégée sans espoir de salut" (Silm, XXIII)
1) La porte Nord cède et Gothmog tient rapidement une partie de la cité nord.
2) Les Gondothlim reculent progressivement et l'incendie se déclare dans la cité, mais Rog effectue sa sortie meurtrière.
3) A la mort de Rog les Gondothlim reculent à nouveau vers le centre; Gothmog a gagné la moitié de la ville et n'avance pas plus en attendant l'acheminement des Balrogs.
4) Les Balrogs débarquent, les forces convergent vers la Place du Roi; mort de Gothmog et d'Ecthelion. Le Roi tient un dernier conseil et jette sa couronne; il s'enferme dans sa tour; Tuor et les survivants s'en vont, excepté la Maison du Roi; destruction de la Tour par les Balrogs et mort de Turgon.
5) Tuor et Idril gagnent le passage et s'enfuient. Une fois dans la plaine, une partie des survivants s'en va vers le chemin d'Evasion vers un destin de mort; Tuor et les autres montent vers la Faille des Aigles; la ville est en flammes.
6) Les Aigles viennent au secours des rescapés attaqués par les orcs; mort de Glorfindel et errance de Tuor et des huit cents survivants, qui descendent le Sirion jusqu'en Arvenien.
(Pour un résumé précis de la bataille lire les pp231-263 des Contes Perdus tome 2, Edition Pocket.)


a) La bravoure des Gondothlim

Malgré la supériorité numérique écrasante, les Eldar parvinrent à infliger force de revers aux armées de Melko; des exploits très nombreux furent accomplis, et en vérité beaucoup le furent par Tuor. Cependant si les Gondothlim n'eurent pas peur de se battre et le firent vaillamment, il est inutile de parler de tous ici alors qu'il est important d'en dénombrer trois principaux:
Dans les premières heures de la bataille, alors que les orcs tenaient la Porte Nord, un incendie se déclarea dans la cité du fait des Balrog en contrebas des remparts, qui tiraient des flèches enflammées. Alors la Maison du Marteau, qui affrontait depuis le début les orcs et perdait progressivement du terrain "sous le nombre toujours croissant", effectua une percée, remonta jusqu'à la Porte et effectua une sortie inattendue. Fondant sur Tumladen, Rog entraîna la Maison du Marteau à l'assaut des Balrogs, "et le nombre des balrogs qui périt là fut un prodige et une terreur pour les armées de Melko, car avant ce jour jamais un Balrog ne périt des mains d'un Elfe ou d'un Homme". Cependant Gothmog referma sur eux un piège mortel en les empêchant de revenir dans la cité. Promise à la mort, "la Maison du Marteau se dispersa en tous sens, frappant et tailladant les troupes stupéfaites de Melko (...). Là autour de Rog ils périrent, frappant jusqu'au dernier". L'exploit de Rog exprime combien il aurait été nécessaire pour Gondolin de faire une sortie dès le début, comme l'avaient conseillé Tuor et les autres seigneurs, Rog compris. Rog effectua donc cette sortie sans en avoir reçu l'ordre et contre l'avis du Roi, qui était enclin à écouter les paroles corrompues de Maeglin, et prouva par l'exemple le tort de Turgon, car on peut voir aussi qu'aucune Maison ne les suivit, et que Turgon était décidé à défendre une cité au prix des nombreuses pertes qui allaient suivre.
Glorfindel et le Balrog Le deuxième grand haut fait de la bataille fut accompli par Ecthelion de la Maison de la Fontaine. Les Gondothlim, submergés, reculèrent jusqu'à la Place du Roi où convergeaient les armées de Melkor, et là, au coeur du carnage qui s'ensuivit, s'avança Gothmog, le capitaine des armées d'Angband. "Alors bondit Ecthelion, seigneur de la Fontaine, le plus beau parmi les Noldoli, droit sur Gothmog (...) et le Balrog hurla et tomba en avant; mais tous deux chutèrent dans le bassin de la fontaine (...). Là cette créature trouva sa destinée mortelle; et Ecthelion sous son fardeau d'acier coula dans les profondeurs, et ainsi périt le seigneur de la Fontaine après bataille de flammes en eaux fraîches". Ecthelion était mort, mais la mort de Gothmog, Prince des Balrogs, constitua une des plus grandes victoires au sein de la bataille, et vengea en partie la mort de Fingon.
Le dernier exploit se déroula après la bataille, lorsque Tuor, Idril, et Eärendil, accompagnés de tous les rescapés qu'ils avaient pu trouver, furent attaqués par une troupe d'orcs dans le Col des Aigles. Un Balrog apparut alors: "Glorfindel bondit en avant sur le Balrog et son arume dorée luisit étrangement sous la lune". Glorfindel, qui commandait la Maison de la Fleur d'Or, combattit contre ce démon avec "ardeur" dans un "combat mortel", le "repoussant", et lui infligeant un véritable "tourment de la douleur et de la peur", malgré le fait que ce démon "faisait deux fois sa taille". Enfin Glorfindel "réussit à percer le ventre du Balrog" mais en tombant celui-ci "s'aggripa aux mèches jaunes de Glorfindel (...) et tous deux tombèrent dans le gouffre" (le même scénario se produisit avec Gandalf, le Balrog emportant son ennemi dans la mort). Ce Glorfindel, Seigneur de la Fleur d'Or, est le même qui au cours du Troisième Âge prédit que le Roi-Sorcier d'Angmar ne serait pas tué par un homme, et qui plus tard sauva Frodon des Nazgûl (voir le Seigneur des Anneaux). Après sa mort contre le Balrog, l'esprit de Glorfindel quitta son corps (comme il est toujours le cas pour les elfes) gagna les Cavernes de Mandos, cavernes de l'attente où sont rassemblés les esprits des morts. Là il lui fut permis de se réincarner, et ainsi naquit-il une nouvelle fois en Terre du Milieu: et c'était bien le même, avec les mêmes souvenirs du Premier Âge

b) "Bataille de flammes en eaux fraîches"

Il est intéressant de voir à quel point Tolkien oppose les éléments du feu et de l'eau, assimilés aux deux divinités protectrices des deux armées: Melkor et Ulmo. En réalité, toute la bataille tourne autour de leur combat personnel. On a vu combien l'élément de l'eau était présent dans la cité (voir I. 2. c. sur les fontaines et rôle d'Ulmo dans la création de la cité) et que Melkor utilisait des Balrog (divinités de feu), des Dragons, et des machines (qui peuvent être de flamme ou avec un coeur de feu). Le relevé et l'analyse de ces éléments permet de bien mieux comprendre l'enjeu et l'issue de la bataille.
La Chute de Gondolin (Alan Lee) Le fait que les Balrogs aient enflammé la cité peut être caractéristique de n'importe quel siège, mais Gondolin était une ville aquaphile, et l'approche seule des serpents de métal et de feu fit que "toutes les sources de la cité, hormis seule la fontaine du Roi, s'échauffèrent et fumèrent" (on sait que la fontaine de la Place du Roi était la plus profonde). On remarque aussi que les eaux qui dévallent les pentes d'Amon Gwareth " éteignent les flammes" de ces démons. Malgré tout à la Place du Puits "les eaux étaient polluées des carcasses [des orcs]". Mais le fait le plus significatif est l'épisode de la mort de Gothmog. Ecthelion avait été blessé et rammené par Tuor à la Fontaine du Roi où, évanoui, Tuor " lui donna à boire, éclaboussant son visage afin que son évanouissement le quittât". Alors que Tuor combattait aux alentours, Ecthelion "gisait au bord de la Fontaine". C'est pourquoi quand Gothmog apparut le seigneur de la Maison de la Fontaine était "de la pâleur de l'acier gris "et  que son "bras-bouclier pendait sans vie"; pourtant, la Fontaine permit à Ecthelion de recouvrer ses forces et d'accomplir l'exploit que l'on sait. Au moment le plus intense de la bataille, sur la Place du Roi, ce fut le paroxysme du combat de l'Eau contre le Feu, d'Ulmo contre Morgoth, à représentants interposés, ce que synthétise Tolkien dans sa formule "bataille de flammes en eaux fraîches". Ainsi Ecthelion, qui était bien " de la Fontaine", représente l'eau, et Gothmog, qui était un Esprit de Feu ou Balrog, lui est antithétiquement opposé. Leur affrontement les annule donc, et tous deux périrent. Par ailleurs, la Fontaine permit aussi à Tuor de se reposer et d'accomplir d'autres combats.
Cependant après leur duel la Fontaine fut assechée; la disparition de l'eau de la Fontaine dans le conte est tragique et correspond à la mort d'Ecthelion et au fait que Gondolin est perdue. Ainsi Melkor, en ayant asséché les sources de Gondolin et mis la ville en flammes, fut-il victorieux en partie sur Ulmo. Mais seul Ulmo savait ce qu'il en était véritablement: c'est grâce à lui que les survivants qui s'enfuirent dans Tumladen furent protégés par une brume, qui les dissimula; "ces airs brumeux" d'ailleurs créés par les évaporations des sources de la ville. Après la bataille, Ulmo pouvait encore espérer gagner la guerre, car les rescapés portaient dans leurs bras Eärendil, l'ultime espoir des Enfants d'Ilùvatar.
On peut aussi remarquer que l'eau n'était pas le seul élément à dépérir du fait de Melkor, et la parole de Turgon "Et maintenant [Ulmo] laisse se faner [La Fleur de la Plaine] dans le feu" le montre bien. Peu avant la chute de sa tour, les deux Arbres (qui dans le Silmarillion ne sont que des images taillées) étaient bien mal en point: "Glingol était flétri (...) et Bansil entièrement noirci"; l'Allée des Roses était devenue une "ruelle de noirceur", et la Place du Puits qui "avait auparavant abrité de nombreux arbres (...) était pleine de l'émeute (...) de ce peuple hideux". Le même relevé peut se faire concernant la musique, qui était l'un des éléments de Gondolin: Ecthelion arriva en renfort avec "une douce musique" mais les orcs poursuivis par Rog émettèrent des "hurlements [qui] déchirèrent les airs". Si en effet Rog parla " d'une voix puissante" ou "élève sa voix puissante" pour effrayer ses ennemis, le dragon de feu blessé par Tuor et Gothmog touché par Ecthelion "hurlèrent" tous deux, de même que les orcs qui "hurlèrent de dérision" quand Turgon "s'écria d'une voix pareille à une corne soufflée au milieu des montagnes".

3) L'accomplissement des destinées

de Maeglin
Alors que le combait venait de s'engager à la Porte Nord, Tuor passa faire ses adieux à Idril. Arrivé à sa demeure il vit les gens de Maeglin, et aussi Maeglin qui avait emporté Idril sur les remparts pour lui faire voir la chute cruelle de son fils dans les flammes du contrebas. "Tuor fut sur lui et sa fureur était terrible à voir". Tuor prit sur les murs Maeglin et le "lança au loin (...). Longue fut la chute de son corps, et il frappa Amon Gwareth trois fois avant de chuter au milieu des flammes" Maeglin mourut donc comme son père le lui avait prédit, et personne, malgré les circonstances qu'on pourrait lui prêter, ne le pleura car "le nom de Maeglin a disparu dans la honte d'entre les Eldar et les Noldoli".

de Turgon
Profitant du désarroi lors de la chute de Gothmog, la Maison du Roi attaqua et dispersa les forces de Melkor. Les rescapés se rallièrent devant le Palais où se tenait Turgon et alors il dit  "Grande est la chute de Gondolin", et tous tressaillirent". Ils se tenaient là, Turgon et Tuor, "comme ils s'étaient tenus lorsque Tuor annonça l'ambassade d'Ulmo. Mais Turgon dit "Le malheur ai-je mené sur la Fleur de la Plaine malgré Ulmo, et maintenant il la laisse se faner dans le feu. Voici! Il n'y a plus d'espoir en mon coeur pour ma cité de ravissement, mais les enfants des Noldoli ne seront pas toujours vaincus". Alors Turgon jetta sa couronne, et Glingol qui la ramassa lui représenta, mais il la refusa et monta "au pinacle de la tour blanche"; et de là il leur cria "Grande est la victoire des Noldoli!", mais jamais plus on ne l'entendit, car il voulut seul affronter le destin qu'il s'était forgé. Ce dépit peut s'expliquer par le fait qu'il ait enfin compris pourquoi Ulmo l'avait mis en garde contre son attachement à Gondolin: son aveuglement et sa croyance en l'invulnérabilité de la cité, sa confiance en Maeglin furent pour une part responsable de la chute de Gondolin. Cependant l'amour qu'il nourrissait pour sa cité prenait sa source dans la nostalgie de Tirion, l'abandonnée des Noldor; et Ulmo le savait bien, de la même manière qu'il avait prévenu Turgon de la trahison de l'un des siens. Destin et destinées se mélèrent encore lorsque le secret absolu de la cité fut trahi par Turgon lui-même, quand il cèda la sortie à sa soeur, qui eut pour fils Maeglin, ou aux frères Huor et Hurin, dont l'aventure ne passa pas inaperçue, mais qui sauvèrent le secret de Turgon à Nirnaeth Arnoediad et grâce à qui s'éleva Tuor. Ainsi peut-on expliquer ce "malheur" qu'il amena sur sa propre cité.

de Tuor, Idril et Eärendil
C'est donc grâce à la clairvoyance d'Idril qu'il y eut des rescapés, et parmi eux Eärendil; elle seule avait pressenti le sort de la cité et avait mis au point une solution pour y échapper. Mais on doit apprécier à quel point Idril perçait le voile du destin car le forage du tunnel avait commencé avant la trahison de Maeglin, et car toujours pressant Tuor (qui la suivait car "meilleure est n'importe quelle idée en l'absence de conseil") d'accélérer le forage, elle lui avait dit "cette voie ne doit pas mener vers le Chemin d'Evasion (...) mais au contraire jusqu'en ce col très lointain de la Faille aux Aigles"; en effet, Maeglin allait apprendre plus tard l'élaboration de ce tunn La fuite de Gondolin el et en conséquence indiquer aux troupes de Gothmig de s'y rendre afin d'y surprendre des rescapés. Et c'est ce qui se produisit car "une grande compagnie d'hommes et de femmes se sépara de Tuor et s'en fut vers Bad Uthwen, et là dans les mâchoires d'un monstre". Les rescapés qui avaient assisté à l'exploit de Glorfindel étaient environ 800; de là on peut en déduire que la compagnie qui emprunta le tunnel devait s'approcher des 1500; mais un dizième moururent dans le tunnel du fait d'éboulements. Après avoir erré longtemps en descendant le Sirion jusqu'au Lac du Crépuscule (Aelin Uial) et en endurant des escarmouches ainsi que les maladies, cette compagnie fut au final réduite à 580 survivants, un bien triste reste des Gondothlim quand on sait que déjà, devant probablement chaque porte de Gondolin, se trouvaient 300 archers. Les rescapés "prirent le nom de Lothlim, le peuple de la fleur, car Gondothlim est un nom trop douloureux pour leurs coeurs".
Mais Gondolin avait rempli son rôle: elle n'aurait pu, seule, vaincre contre Melkor, mais avoir tenu fièrement contre lui pour abriter l'espoir qui allait déclencher la Guerre de la Colère fut sa victoire. Tuor, vieillisant, qui se languissait de la mer depuis qu'il était venu à Vinyamar, prit la mer en secret, et l'immortalité lui fut accordée à Valinor. Eärendil tenta de le retrouver chez Mandos et fit naufrage, mais Ulmo le sauva et lui ordonna de naviguer vers Kôr (Tirion), lui disant "car pour ceci as-tu été sauvé de la destruction de Gondolin". Idril prit la mer seule un soir et se rendit à Valinor retrouver Tuor. Quant à Eärendil, désormais porteur du Silmaril arraché par Beren et Lùthien de la couronne de Morgoth, sa mission était de demander pardon aux Valar. "Les Valar tinrent conseil (...). Eärendil parut devant eux et leur porta le message des Deux Races. Il demanda pardon pour les Noldor, pitié pour leurs souffrances, grâce pour les Elfes et les Humains et secours pour leur détresse. Sa prière fut entendue." (Silm, XXIV) L'armée de l'Occident franchit Belegaer, "Beleriand s'embrasa", et Melkor fut vaincu.

IV. Historiographie de La Chute de Gondolin:
Le legs de Gondolin dans l'oeuvre de Tolkien


Lectures et choix de lecture

Tout d'abord, le caractère unique de Gondolin s'exprime en dehors de toute lecture par la documentation exceptionnellement abondante qui la concerne; Pas moins de trois textes sont entièrement dédiés à sa chute: au sein du Silmarillion, le chapitre XXIII, Tuor et la Chute de Gondolin, qui fait consensus; dans le Second Livre des Contes Perdus, le chapitre III, La Chute de Gondolin, qui est le plus riche; et dans les Contes et Légendes Inachevés, le chapitre I, De Tuor et de sa venue à Gondolin, qui se concentre sur l'aventure de Tuor. A ces proses s'ajoute le fameux et fragmentaire lai La Chute de Gondolin (au sein des Lais du Beleriand, II, 3).
Les différences entre les textes sont parfois énormes, c'est pourquoi j'ai pris soin de préciser à chaque fois d'où venait la citation, si citation il y a. Autrement, le découpage de l'histoire a fait l'objet d'un questionnement, et j'ai la plupart du temps laissé le choix au lecteur pour ce qui était de savoir si Glingol et Bansil étaient de vrais arbres ou bien de simples sculptures, si Melkor connaissait l'emplacement de la cité ou non, si Maeglin révélait simplement l'emplacement de Gondolin ou aidait à la construction des machines de fer (Christopher Tolkien commente d'ailleurs qu'il aurait alors été "un transfuge de bien grande valeur!") mais les textes, en particulier en fait ceux du Silmarillion et des Contes Perdus, sont si imbriqués (car le texte du Silmarillion est une synthèse) qu'il paraissait nécessaire de les faire voir ensemble, et non de trancher en faveur d'une version plus récente qui ferait l'unanimité ou non. Ce qu'il fallait c'était retranscrire l'avec le plus de précision l'épopée entière de Gondolin, qu'importe si le personnage de Maeglin avait eu une évolution dans l'esprit de Tolkien, ceci n'important que si l'on faisait un tableau à son sujet (dans le Silmarillion il n'est "ni faible, ni lâche" alors que dans LCP il aide même Melkor sans en être obligé).
La plus grande différence cependant, et il faut noter, concernait les Balrog, que Tolkien dénombrait par "centaines" dans LCP, si bien que Tuor en tue trois, Ecthelion quatre en comptant Gothmog et qu'un assaut vigoureux en tua " deux vingtaines, ce qui fut une très grande prouesse en vérité". Devant l'étonnante facilité avec laquelle les Elfes pouvaient tuer un Balrog alors que Gandalf, lui, dut peiner pendant bien des heures avant d'y parvenir, il était certain que cette fois l'évolution du Balrog dans la démiurgie tolkienienne le faisait partir d'une trop grande faiblesse pour qu'il soit intégré à l'ensemble de l'histoire, et d'ailleurs Tolkien corrigea à la fin de sa vie en disant qu'il n'y en avait que "sept, au plus". J'ai donc cette fois-ci tranché en défaveur des Contes Perdus; mais pour le reste il est certains qu'un trop grand nombre d'éléments restent généralement inconnus peut-être à cause de ce dédain de la version "primitive", alors qu'il s'agit (à mon avis) des textes les plus riches et les plus intéressants.
Cependant, j'ai eu recours à de nombreux autres textes pour offrir un panorama complet sur Gondolin. Ainsi dans le Silmarillion, le texte Tuor et La Chute de Gondolin (le chapitre XXIII) ne concerne t-il qu'une partie de l'histoire, et retrouve t-on le reste du conte éparpillé dans d'autres chapitres; par exemple la découverte de la vallée de Tumladen par Turion est-elle située dans le chapitre XIII (Le retour des Noldor) et la construction de la cité entamée au chapitre XV (Les Noldor à Beleriand). Ces textes sont bien entendu tout aussi nécessaires pour la compréhension de l'histoire générale que celui qui traite de la Chute proprement dite; difficile en effet d'écarter l'histoire de Maeglin (chapitre XVI). A ceci s'ajoutent les lectures concernant Tirion (LCP t1, V; Silmarillion, V, IX, XXIV;  les Lais du Beleriand, II, 1), utiles pour la comparaison avec Gondolin, et tout ce qui concerne enfin le contexte historique.

Le souvenir de La Chute de Gondolin dans l'oeuvre tolkienienne:
Le chant de Gimli "Le monde était jeune..."

Dans le conte de la Chute de Gondolin, nombreuses sont les références au futur, car l'histoire est racontée bien après les évènements par des elfes vivant en Aman. Le narrateur (Petitcoeur, fils de Bronweg) fait une intrusion dans son texte, rompant le temps du récit par le temps du discours. Ici ces commentaires concernent presque exclusivement le siège de la ville, par exemple lorsque Rog effectue sa sortie: "Une grande action fut cette sortie, comme les Noldoli la chantent encore". Petitcoeur ajoute plus loin que "on chante encore que chaque homme du Marteau de la Colère prit la vie de sept ennemis". Au moment de la contre-attaque d'Ecthelion, il précise "et on dit que le peuple d'Ecthelion occit là plus de gobelins que jamais il n'en tombât dans toutes les batailles des Eldalië". Lors de la bataille près de la Place du Roi, on lit que "cette résistance fut la plus obstinée et la plus valeureuse dont on se souvienne dans tous les chants ou dans quelque conte". Il n'est pas non plus du plus inutile de relever que "Toujours, les Eldar disent lorsqu'ils voient un combat courageux d'un pouvoir bien faible contre une furie de maléfice: "Hélas, C'est Glorfindel et le Balrog".
Si l'on se place du point de vue de Tolkien écrivant son récit, c'est inscrire, dès l'écriture du conte, le souvenir de Gondolin dans la mémoire de ceux qui vécurent après elle, comme Petitcoeur. Mais la vérité est que l'histoire de Gondolin est si grande qu'elle transcende son histoire pour s'inscrire dans d'autres. Ainsi les commentaires de Petitcoeur fils de Bronweg ne sont-ils pas exagérés.

Dans le Seigneur des Anneaux (livre II, 3), lorsque la Compagnie traverse la Moria, Gimli entonne un chant:

"Le monde était jeune et les montagnes vertes.
Aucune tache encore sur la Lune ne se voyait,
Aucun mot n'était apposé sur les rivières ou les pierres,
Quand Durïn s'éveilla et marcha solitaire. (...)

Le monde était beau, les montagnes altières
Aux Jours Anciens d'avant la chute
De puissants rois en Nargothrond
Et en Gondolin, qui maintenant
Au-delà des Mers Occidentales ont disparu ;
Le monde était beau en l'Ere de Durïn (...)"

Hormis dans ce même livre II où Elrond dit qu'il est le fils d' "Eärendil, né à Gondolin" ce poème est bien la seule référence à Gondolin dans le Seigneur des Anneaux. " La chute de puissants rois"  fait référence aux Ve et VIe siècles du Premier Âge (Nargothrond chute en 495, Gondolin en 510), peu avant la Guerre de la Colère qui balaiera le Beleriand. Donc la "beauté" se situe donc dans une période qui va jusqu'à la Chute de Gondolin, qui marque l'entrée dans une période sombre. D'ailleurs, s'il fallait faire une analogie dans l'Histoire, je comparerais volontiers Gondolin à Troie, car sa chute (vers 1250 av. JC) correspond justement à ce que les historiens appellent les Âges Sombres; l'autre ressemblance est que les rescapés, dans les deux cas, s'enfuient par un chemin secret pendant que la ville brûle. Notons que c'est cependant l'antique cité grecque de Thèbes qui est connue pour ses Sept Portes.
Revenons au chant de Gimli: cette référence peut paraître mince, mais elle offre l'aperçu unique de ce dont parle Petitcoeur fils de Bronweg: les chants. Le poème de Gimli ne parle pas particulièrement de Gondolin, mais  les poèmes qui abordent Gondolin d'habitude sont différents: ils ne sont pas insérés dans le contexte d'une autre histoire comme celle du Seigneur des Anneaux. Ce sont des poèmes livrés dans des recueils comme dans les Lais du Beleriand, des poèmes qui forment déjà un tout. Bien entendu ces poèmes, que j'ai cités plus haut comme bibliographie, sont censés avoir été et être chantés par des elfes. Mais ils ne le sont pas en contexte, on entend pas les elfes les chanter quand on croise des elfes dans tel ou tel récit. Ici  il s'agit d'un chant dit par un protagoniste, Gimli, au sein d'une histoire totalement différente de Gondolin, celle du SdA. La réalité de l'immortalité de Gondolin, qu'évoque Petitcoeur au sein du Conte, est confirmée par cette évocation de Gondolin dans le chant de Gimli. C'est ce qui fait de ce poème une pièce unique, rien que par l'évocation de cette cité antique.
Le souvenir de La Chute de Gondolin dans l'oeuvre tolkienienne:
La découverte des épées de Gondolin dans Bilbo le Hobbit
 
Une référence peut-être moins riche de sens mais plus croustillante historiquement est donnée dans l'autre oeuvre majeure de Tolkien, Bilbo le Hobbit. Je n'insiste pas sur le fait que Gondolin est ainsi citée dans chacune des oeuvres de Tolkien, car beaucoup d'autres mythes le sont; cependant la plupart  de ceux-ci sont des mythes souvent proches des protagonistes (histoire de Nùmenor pour Aragorn, Beren et Lùthien pour Arwen, etc.), contrairement à Gondolin qui n'a que peu légué d'elle-même (ses rejetons n'ont pas fondé de royaume) mais dont le mythe traverse tout de même les Âges de la Terre du Milieu. (pas loin de 6000 ans entre sa chute et Bilbo ou le SdA). Ainsi, alors que Gandalf, les nains, et Bilbo sont dans l'antre d'un Troll (chapitre 2):

"Il y avait quantité d'effets suspendus au mur (...) et parmi ceux-ci se voyaient plusieurs épées (...). Deux attirèrent particulièrement leur regard à cause des superbes fourreaux et des gardes enrichies de pierreries. (...)
"On dirait de bonnes lames, dit le magicien, les tirant à demi et les regardant avec curiosité. Elles n'ont pas été forgées par un Troll, ni par un homme de cette région ou même de ce temps. Mais nous en saurons plus quand nous aurons pu déchiffrer les runes qui y sont gravées"

Par la suite (chapitre 3):

"Elrond savait tout des runes de toute sorte. Ce jour-là, il examina les épées qu'ils avaient emportées du repaire des trolls, et il dit: "Elles n'ont pas été fabriquées par les trolls. Ce sont des épées anciennes, très anciennes, des Hauts Elfes de l'Ouest, ma famille. Elles furent forgées à Gondolin pour les Guerres des Gobelins. Elles doivent venir d'un trésor de dragon ou d'un butin de gobelin, car cette ville fut détruite il y a des siècles par les dragons et les gobelins. Cette épée, Thorïn, les runes la nomment Orcrist, le fendoir à gobelins dans l'ancienne langue de Gondolin. Ceci, Gandalf, était Glamdring, le marteau à ennemis que portait jadis le roi de Gondolin. Gardez-les bien!
- Comment sont-elles venues entre les mains des trolls, je me demande? dit Thorïn, examinant son épée avec un intérêt nouveau.
- Je n'en sais rien, répondit Elrond, mais on peut penser que vos trolls avaient pillé d'autres pilleurs ou étaient tombés sur les restes d'anciens brigandages dans quelque trou des montagnes de jadis."

On en apprend par la suite un peu plus (chapitre 4):

"Et il ne s'est pas expliqué sur ceci!
[Le gobelin] tendit l'épée que Thorïn avait portée, cette épée qui venait de l'antre des trolls.
Le grand Gobelin poussa un hurlement de rage véritablement affreux quand il la regarda, et tous ses soldats grincèrent des dents, entrechoquèrent leurs boucliers et trépignèrent. Ils avaient aussitôt reconnu l'épée. Elle avait tué bien des gobelins en un temps, quand les elfes blonds de Gondolin les pourchassaient dans les collines ou bataillaient devant leurs murs. Ils l'avaient appelée Orcrist, le fendoir à gobelins, mais les gobelins l'appelaient simplement Mordeuse. Ils la haïssaient (...).
Glamdring, le marteau à ennemis. Les gobelins l'appelaient seulement Batteuse, et ils la haïssaient encore plus que Mordeuse, si la chose était possible".

L'une des énigmes de ce texte (à laquelle il est bien difficile de répondre) est la rapidité avec laquelle les gobelins (ou orcs) reconnaissent les deux épées. L'ont-ils jamais vue -et si c'est le cas, à l'oeuvre, donc à Gondolin, il y a 6000 ans? Ou en ont-ils tous seulement entendu parler et leur peur s'est répandue comme une rumeur (mais comment expliquer qu'ils les aient reconnues au premier coup d'oeil, eux qui ne lisent pas les runes elfiques?) ? Toujours est-il qu'un élément auquel aucun texte précédemment cité ne faisait allusion est apparu: Glamdring, l'épée de Turgon. Certes, il s'agit d'une broderie sur le thème récurent chez Tolkien du passé, lointain, afin d'en faire connaître la profondeur au lecteur; mais toujours est-il qu'Elrond ajoute un élément que nous pourrions intégrer au récit des Contes Perdus ou du Silmarillion, ce qui est une référence à Gondolin d'un genre vraiment nouveau, puisque les références dont on parlait jusqu'ici se contentaient de citer Gondolin sous un aspect que l'on connaissait déjà. C'est parce qu'il s'agit finalement d'une référence, non aux textes de Tuor et la Chute de Gondolin, mais à Gondolin elle-même, celle qui pour eux a existé il y a plus de six millénaires, une référence intra-diégétique, que seuls peuvent faire ceux qui vivent en Terre du Milieu. Cette seule indication d'Elrond nous fait partir de ce qu'a écrit Tolkien et ouvre une fenêtre sur ce qu'il n'a pas écrit, sous-entendant que bien d'autres éléments au sujet de ces épées (comme sur n'importe quel sujet) pourraient être ajoutés en temps utile puisqu'il s'agit de l'Histoire et que Tolkien est un historien.
D'autre part, si Elrond reconnaît cette épée pour être celle de Turgon, c'est qu'il a lu quelque part quelque chose qui s'y rapporte, une lecture que nous-mêmes ne connaissons pas, mais peut-être s'agit-il aussi bien de son souvenir. Car c'est ainsi aussi que l'histoire de Gondolin a traversé les siècles du monde de Tolkien: en dehors des lectures qui nous sont proposées (restituées) aujourd'hui. La frayeur des gobelins le montre bien, eux qui ne semblent pas être érudits mais qui peut-être échangent le soir les histoires d'antan, histoires dont nous n'avons aucun écho mais qui existent bien au sein de cet univers (c'est-à-dire intra-diégétiquement); d'ailleurs la tradition orale se révèle être centrale dans la transmission de ce savoir ancestral, puisque c'est au coin du feu que Petitcoeur raconte son histoire de Tuor et Gondolin. Dans le monde de Tolkien, c'est aussi grâce à cette oralité que Gondolin est immortelle.

"... et le grand conte de Tuor en vient à son déclin.
Alors dit Petitcoeur fils de Bronweg: "Hélas pour Gondolin".
Et personne dans toute la Salle-aux-bûches ne parla ni ne bougea durant un long moment."


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13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 21:40
Le Serment de Fëanor est l'un des faits les plus marquants de l'histoire tolkienienne. Prononcé peu avant l'Âge du Soleil après le vol des Silmarilli de Fëanor par Melkor, il ouvre aux Noldor, le peuple de Fëanor, un destin singulier: partir à la suite de Melkor en Terre du Milieu pour lui réclamer les joyaux forgés par Fëanor. Il n'est pas présomptueux de dire que ce serment, qui est le point de départ de la croisade des Noldor, sera la matrice du Premier Âge.
De la venue des Hauts Elfes
en Terre du Milieu




La distinction entre Hauts et Bas Elfes n'est pas sociale, mais historique.

Longtemps avant les guerres qui ravagèrent les terres d'Arda, et avant même la venue des Hommes sur ces mêmes terres, les Elfes qui naquirent d'Eru Ilùvatar, Père de Tout, se cindèrent en plusieurs peuples. Certains choisirent de s'établir en Aman, terre des dieux, et leur visage fut alors à jamais marqué par l'éclat des deux Arbres qui éclairaient à l'époque Aman.
Les autres patientèrent dans l'obscurité des étoiles d'Elbereth jusqu'à la venue de la Soleil et de le Lune.
Ainsi furent distingués les Calaquendi, Elfes de Lumière qui virent les Arbres avant leur destruction par Melkor le sombre et Ungoliant mère des araignées, des Moriquendi, Elfes de la Nuit qui vécurent dans les tréfonds de la Terre du Milieu en ayant décliné l'invitation des Valar à vivre sur leurs Terres.
 
Cependant, on rencontre dans certains ouvrages, le Seigneur des Anneaux pour ne pas le citer, de Hauts Elfes en Terre du Milieu: Galadriel, par exemple, qui vécut un temps en Aman. A l'inverse, Legolas et son père Thranduil vivent dans la forêt noire depuis la nuit des temps. Quand les armées de Gil-Galad, le dernier Roi Haut Elfe en Terre du Milieu, partirent combattre Sauron lors de l'Ultime Alliance avec les Hommes d'Elendil, les légions des Moriquendi du père de Thranduil furent si indisciplinées qu'elles partirent à l'assaut avant même que l'ordre d'attaquer ne fût donné, supportant mal le commandement des Noldor. Il s'agissait bien de deux peuples elfes distincts, sous différentes bannières.
Mais pourquoi et comment les Hauts Elfes auraient-ils débarqué en Terre du Milieu après être restés si longtemps en Aman?
Il s'agit en réalité du fait d'un seul Elfe, Fëanor, le plus doué de tous, qui entraîna le clan des Noldor hors des frontières d'Aman à la poursuite de Melkor.
Il le fit par la rage de celui qui a été volé de la plus belle oeuvre qui ait jamais été sur Arda: les Silmarilli, trois joyaux qui contenaient en leur sein la belle lumière des Deux Arbres, et qui de ce fait brillaient de leur lumière propre.
Cette rage était d'autant plus intense que c'était Fëanor lui-même, le plus grand forgeron Elfe de tous les temps, qui avait forgé ces Silmarilli. Et c'est dans son grand orgueil qu'il appela son peuple à poursuivre le grand voleur, qui n'était autre que Melkor le vil. Ensemble, lui et ses fils jurèrent un terrible serment, qui les bannit dès lors de leurs propres terres d'Aman; un serment qui ne prenait pas seulement pour témoin les Valar, hautes instances de ce monde, mais Eru Ilùvatar lui-même, grand ordonnateur et démiurge d'Arda, père des divinités Valar et Maiar. Dans leur grande folie, les Noldor s'exilèrent d'Aman et poursuivirent Melkor jusque dans ses terres: au Beleriand, de l'autre côté de la Grande Mer qui sépare Aman des Terres du Milieu.
 
Qu'il soit ennemi ou ami, qu'il soit répugnant ou pur,
Progéniture de Morgoth ou lumineux Vala,

Elda ou Maia ou un venant Après,
Homme encore non né en Terre du Milieu,
Aucune loi, ni amour, ni ligue d'épées,
Terreur ni danger, ni le Destin lui-même,
Ne défendra de Fëanor, et des parents de Fëanor,
Quiconque cache ou amasse, ou prend dans sa main,
Garde après l'avoir trouvé ou rejette au loin
Un Silmaril. Ceci nous le jurons tous...
Nous lui apporterons la mort avant la fin des Jours,
Le malheur jusqu'à la fin du Monde ! Entends nos paroles,
Eru Père suprême ! Aux éternelles
Ténèbres condamne-nous, si notre action échoue...
Sur la montagne sacrée soyez témoins,
et souvenez-vous de notre voeu, Manwë et Varda!

                                                      
“Be he foe or friend, be he foul or clean
Brood of Morgoth or bright Vala,
Elda or Maia or Aftercomer,
Man yet unborn upon Middle-earth,
Neither law, nor love, nor league of swords,
Dread nor danger, not Doom itself
Shall defend him from Fëanor, and Fëanor’s kin,
Whoso hideth or hoardeth, or in hand taketh,
Finding keepeth or afar casteth
A Silmaril. This swear we all…
Death we will deal him ere Day’s ending,
Woe unto world’s end! Our word hear thou,
Eru Allfather! To the everlasting
Darkness doom us if our deed faileth…
On the holy mountain hear in witness
and our vow remember,
Manwë and Varda!"

Ce serment s'adresse prioritairement à ses fils et est à l'origine des colonies Noldor en Beleriand, situé de l'autre côté de Belegaer la Grande Mer.
Tous les Noldor sont rassemblés sur la colline de Tùna, le centre de leur cité Tirion à Aman, et le Premier Âge n'a pas encore commencé.
 
La traduction est faite mot à mot, afin que chacun puisse se faire sa propre idée. Cette version-ci du serment m'a paru la meilleure en clarté et en poésie, et elle se trouve dans le History of Middle-Earth X, (Morgoth's Ring) encore non traduit à l'heure actuelle. Sachez cependant qu'un texte du même genre existe dans le HoME* III (les Lais du Beleriand), sorti en mai 2006.
*Les HoME, History of Middle Earth, sont douze volumes traitant de la Terre du Milieu et d'Aman sortis après la mort de Tolkien. Les deux premiers ont été traduits en français par Adam Tolkien dans les années 80 sous la dénomination de Livre des Contes Perdus et Second Livre des Contes Perdus. Des projets sont en cours concernant les tomes 4 et 5.

Quelques termes classiques du vocabulaire tolkienien:

- un vala, des valar, les hautes divinités d'Arda.
- un maia, des maiar, dieux de moindre importance que les valar. Ces deux classes forment les Ainur, les Bénis, ceux qui naquirent de la pensée d'Eru Ilùvatar avant même la conception d'Arda.
- un elda des eldar, ce mot désignant ici le peuple des elfes, même s'il a pris par ailleurs le sens de ceux des Elfes qui ont quitté
la Terre du Milieu pour le pays d'Aman (Hauts-Elfes ou Tareldar, Elfes de Lumière ou Calaquendi)
  -Un silmaril, des silmarilli, les trois plus beaux joyaux d'arda renfermant la lumière d'Aman, créés par Fëanor et volés par Melkor. 

Noms propres:
- Eru père suprême: Eru Ilùvatar, dieu. Celui qui engendra les Ainur.
- Morgoth: de son premier nom Melkor, Fëanor appela Morgoth (le Noir Ennemi) celui qui lui vola les Silmarilli. Melkor, "Le puissant qui se dresse" est le grand Vala déchu, au moins aussi puissant que Manwë.
- Manwë et Varda, comme roi et reine au sommet du mont Olympe. Manwë est le chef des Valar. Son épouse Varda est aussi appelée Elbereth ("Ô Elbereth Gilthoniel") ou Tintallë, celle qui donna naissance aux étoiles pour éclairer la nuit de la Terre du Milieu avant le Soleil et la Lune. Manwë et Varda siègent au sommet du Taniquetil, plus haute montagne d'Aman aussi appelée Montagne Bénie.

précision philologique:
  - "Entends nos paroles, Eru père suprême" ici en anglais le tutoiement est effectué par un "thou" rare et qui habituellement casse une relation déférente au profit d'une plus intime, et existe notamment pour désigner le dieu de la religion chrétienne:  Though I walk through the valley of the shadow of death, I will fear no evil: for thou art with me (dans un Psaume du nouveau testament: "Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort je n'ai pas peur, car tu es avec moi). On remarque que les dialogues du Silmarillion sont la plupart du temps en vieil anglais, ce qui explique la présence de formes archaïques telles que " Thou hast had thy due" (Tu as eu ton dû), réponse de Melkor à Ungoliant après la destruction des Deux Arbres, lorsqu'elle lui demande ce qu'il tient caché dans sa main, et qui n'est autre que les Silmarilli fraîchement dérobés.
- Quant à "Père suprême", il a été traduit ainsi aux dépens d'un "Père de tout" allfather plus lourd et moins significatif).
- Le mot "parents de fëanor" est en anglais Fëanor's kin dons "parenté" de Fëanor. Ici ses fils plus  précisément.
                                    
 
 La suite de l'histoire ?
 
   Si vous cherchez dans le Silmarillion, il n'en est fait état que par un passage fade et nettement moins intéressant...il ne nécessite toutefois qu'un Siilmarillion!
"Alors Fëanor fit un serment terrible. Ses sept fils sautèrent à ses côtés et firent ensemble la même promesse. Le reflet des torches ensanglantait leurs épées. Un serment que nul ne pourrait briser, ni reprendre même au nom d'Ilùvatar, sans attirer sur sa tête les Ténèbres Eternelles. Ils prirent pour témoins Manwë et Varda, et les hauteurs sacrées du Taniquetil, et jurèrent de poursuivre de leur haine et de leur vengeance jusqu'aux confins du monde tout Vala, Démon, Elfe, tout humain ou tout être encore à naître, toute créature grande ou petite, bonne ou mauvaise qui pourrait venir au monde jusqu'à la fin des temps et qui aurait un Silmaril en sa possession."

Si la traversée du désert gelé de l'Helcaraxë et la poursuite de Melkor étaient défendables vis-à-vis de la morale, il est une chose pour laquelle les Noldor furent maudits. Quand leur fuite les amena aux plages d'Aman, ils tentèrent de persuader leurs frères Teleri, qui gardaient les plus beaux bâteaux qui aient jamais navigué sur les mers d'Arda, de les accompagner. Mais les Teleri refusèrent. Et Fëanor revint, lui, avec son peuple, s'emparer des bâteaux, et là les épées furent tirés. C'est ce qu'on appelle le massacre fratricide  d'Alqualondë, quand les elfes s'en prirent aux elfes, et que là commença, invisible, la chute des Noldor.

Les Valar ne voulaient pas les arrêter par la force. Alors que les Noldor naviguaient, apparut devant eux Mandos.
La Malédiction de Mandos concerne tous les Noldor qui ont fui les Terres immortelles derrière Fëanor.
 "
Vous pleurerez des larmes sans nombre* et les Valar fortifieront Valinor pour vous enfermer au dehors, afin que même l'écho de vos plaintes ne franchisse plus les montagnes. La colère des Valar s'étend de l'Est à l'Ouest sur la maison de Fëanor " ;
" Vous avez répandu injustement le sang de vos frères, et avez souillé la terre d'Aman. Pour le sang vous verserez le sang, et au-delà d'Aman vous marcherez dans l'ombre de la Mort"
(le Silmarillion, la fuite des Noldor)
*
Mandos semble voir par-delà le temps. Allusion à Nirnaeth Arnoediad, la Bataille des Larmes Innombrables, véritable déconfiture des Noldor face à Melkor qui étend alors son influence sur tout le Beleriand, à l'exception de la cité cachée de Gondolin , dernier bastion des Noldor.

Cependant, il est vu qu'après la Guerre de l'Anneau à la fin du Troisième Âge, Galadriel, seule elfe en Terre du Milieu à être de la maison de Finwë et à avoir vécu la fuite des Noldor, puisque c'en était une, retourna dans l'ouest aux côtés des Valar. De quel droit pouvait-elle se le permettre? Si Galadriel n'a tué personne, et  n'a fait que suivre sa maison, elle était quand même concernée par la malédiction.

Cela parce qu'il y eut un elfe pour demander pardon aux Valar et les appeler au secours:
Eärendil, fils de Tuor et d'Idril, petit fils de Turgon roi de Gondolin. Futur père d'Elros, premier Roi de Nùmenor, et d'Elrond. Eärendil, le Béni, le Navigateur, qui eut dans sa main un Silmaril, et qui eut la sagesse et la pureté de le jeter au loin, fut apprécié des Valar. Il implora leur pardon, et leur aide. Car l'entreprise des Noldor s'était soldée par l'échec: Depuis la prise de Gondolin, où périt Gothmog, mais aussi Turgon, les Noldor étaient perdus, et Melkor avait étendu son emprise sur tout le Beleriand.

Alors les Valar forgèrent la plus grande armée. Valinor partit en guerre contre Melkor, traversa Belegaer la grande, et le vainquit. Ses armées furent balayées, Ancalagon fut terrassé par Eärendil alors que les Aigles défiaient les autres dragons. Les Balrogs furent détruits, et seuls quelques-uns purent s'échapper des les profondeurs du Monde, dans les Monts brumeux de la future Moria, pour ne pas les citer. Sauron, lieutenant de Melkor, s'enfuit lui aussi au loin. Alors qu'Angband se vidait ainsi progressivement, Melkor lui aussi fut pris et enchaîné pour l'éternité. Ainsi le Beleriand fut-il détruit par l'énergie de la bataille qui marqua la fin du Premier Âge.


En fin de compte, Fëanor tombera au combat sans même revoir sesFingon et Gothmog Silmarilli. Il sera tué par Gothmog, prince des Balrog, le même qui tuera Fingon à Nirnaeth Arnoediad, la Bataille des Larmes Innombrables, et qui sera terrassé par Ecthelion lors de la prise de Gondolin.
De ses fils, seuls deux les toucheront, quand
Maedhros et Maglor les voleront à l'armée de Valinor après la défaite de Melkor. Les splendides joyaux brûleront leur main impure, et  c'est d'un désespoir ironique que Maedhros se précipitera dans une crevasse avec le sien, alors que Maglor le jettera à la mer, pour finalement errer à jamais non loin de celle-ci, éloigné pour toujours des autres de sa race.
Tout ceci faisant en tout et pour tout...

Un silmaril au coeur d'Arda, car Maedhros tombe dans un "brasier" qui n'est sans doute
pas éloigné à la correspondance de deux plaques tectoniques et à la disparition du Beleriand.

Un deuxième est dans la mer, il n'appelle personne, non pas comme l'Anneau Unique duquel émane le maléfice et qui ensorcèle, dans le but de retourner à son maître.

Le dernier est dans le ciel, sur le front d'Eärendil. Eärendil avait préférer jeter son Silmaril, le même qui avait autrefois été arraché de la couronne de Melkor par Beren lui-même, lors de la formidable aventure de Beren et Lùthien.
Mais les Valar considérèrent son geste, et lui rendirent son Silmaril, car son coeur était pur. Ainsi eut-il la faveur des Valar, qui l'écoutèrent quand le temps fut venu pour eux de venir au secours des peuples du Beleriand.

  


La lignée de Fëanor s'éteint au Second Âge avec la mort de Celebrimbor, le fils de Curufin (voir tableau à gauche).

L'assassinat de Celebrimbor par Sauron, ancien lieutenant de Melkor, coïncide avec la résurgence du mal en Terre du Milieu.

Après avoir fait forger par les elfes forgerons les Anneaux de pouvoir, et créé l'Anneau Unique, Sauron marchera sur eux en tuant Celebrimbor au passage, arrachant les anneaux pour les redistribuer ensuite.




Celebrimbor est le
forgeron des anneaux portés par Galadriel, Elrond, et Gandalf, soit les trois  plus puissants  Anneaux de Pouvoir. Il est aussi le créateur de la porte de la Moria.


Cette mort confirme en fin de compte la malédiction de Mandos. (Mandos, est-il utile de le rappeler, est le Vala du jugement, et c'est tout ce qui lui importe).

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11 juin 2006 7 11 /06 /juin /2006 10:43
Littéralement "la musique des Ainur", Ainulindalë est le premier chapitre du Silmarillion. On peut le considérer sans se méprendre comme un prologue ou une genèse. Il raconte comment Eru, l'Unique, après avoir engendré les Ainur, les Bénis, créa le monde d'Arda à partir de leur musique. Cette histoire permet également d'éclairer la chute d'un des Ainur, Melkor, ses relations avec Eru et les autres divinités, et comment finalement les Bénis se divisèrent par sa faute.
Noms: Ainulindalë, La Musique des Ainur, Le Grand Chant.  

 

Type: Musique Divine, en émanation directe. Pas de précision sur des instruments ou mêmes des vo ix. 

But: Création du Monde ou d'Arda 

Acteurs: Eru, et tous le s Ainur. 

Lieu: Le néant, en dehors d'Arda puisqu'avant sa création 

Epoque: Au commencement du Monde, bien avant l'Âge des Lampes.

 

~Plan de l'article~




I. Ainulindalë
a) Eru et les Bénis
b) le rêve d'Arda

II. La création d'Arda
a) La guerre entre Melkor et les Valar
b) la venue des Elfes

III. Une vision chrétienne de la création?

 

 I.

Il y  eut Eru, le Premier, qu'en Arda on appelle Ilùvatar; il créa d'abord les Ainur, les Bénis, qu'il engendra de sa pensée.

Valar 

Il leur proposa une merveilleuse musique et, émerveillés, eux continuèrent de la jouer   longtemps après l'avoir entendue. D'entre eux, Melkor était le plus doué et créait un autre thème d'une nature autre encore, et sa  musique ne s'accordait pas avec l'ensemble. 

Si certains essayèrent de s'accorder sur son étrange invention, ils furen

t trop destabilisés pour continuer.
Deux thèmes s'élevaient terriblement l'un contre l'autre dans une tempète de sons infernale.

Et Eru, qui était toujours à l'écart, continuait d'écouter.

De sa main jaillit prodigieusement un autre grand thème, surprenant et magnifique. Mais Melkor, redoublant de force et de tappage, surpassa tous les autres à nouveau. Alors Eru ouvrit son autre main, et un thème encore plus beau se fit entendre.

Celui de Melkor était répétitif et assommant. Sa musique n'était que bruit assourdissant, alors que celle d'Eru incarnait puissamment la beauté mélodique.

Melkor fut finalement vaincu, et Eru avait un visage grave.

"Nul ne peut imaginer la musique malgré moi. Celui qui le tente n'est que mon instrument, il crée des merveilles qu'il n'aurait pas imaginé lui même!"

Alors Ilùvatar emmena les Bénis devant le grand Vide.

" Il leur communiqua une vision, leur donnant la vue alors qu'ils n'avaient encore que l'ouïe. Ils virent un Monde nouveau apparaître devant eux, une sphère au milieu du Vide (...) A mesure qu'ils regardaient et qu'ils s'émerveillaient, ce monde dévoilait son histoire et il leur semblait voir vivre et se développer "

Ce monde était issu de la Grande Musique, qui avait été jouée par chacun d'entre eux. Melkor, qui avait, en lui-même réunis, les dons de tous les autres, fut pris d'une secrète colère: Comme d'autres il eut envie d'aller sur Arda, mais lui voulait les Enfants d'Ilùvatar, plus tard appelés Elfes et Humains, comme des serviteurs, et rêvait de s'entendre appeler "Seigneur".
Quelques-uns des plus puissants Ainur descendirent, plongeant dans cette vision irréelle, sur Arda. Virtuellement, Ulmo s'appropria l'élément de l'eau, et Manwë le vent. Ces deux furent alliés dès cette époque, la pluie des nuages alimentant les sources. Pendant ce temps, le solitaire Melkor prévoyait
gel et fournaises.

Tout cela n'était encore que dans leur esprit, rien n'était réel.

II

Eru dit : Eä! Que ces choses soient!
Et alors fut créé le Monde.

Ainsi Eru engendra t-il les Valar et les Maiar, et comment, rassemblés, ils jouèrent ensemble la Grande Musique, mère d' Arda.

Les Valar se mirent à préparer la terre pour les enfants d'Ilùvatar, dont la vision révélait qu'ils ne viendrait que plus tard, sans dévoiler ni de lieu ni de moment précis. Dans leur travail ils furent pour la seconde fois opposés à Melkor, qui rabaissait ce qu'ils élevaient comme montagne, comblait ce qu'ils voulaient vallée. Ainsi Arda fut-elle modelée.

Par dessus tout Melkor aspirait à la lumière, au feu impérissable et secret qu'il voulait posséder pour lui seul, et cette frustration, car seul Eru connaissait l'emplacement du feu secret, en même temps que sa vanité et son orgueil l'écartèrent des autres Ainur. Quand il descendit sur Arda, appelé à prendre une forme matérielle il en prit une qui était plus majestueuse, plus belle que toutes celles des Valar.  

Car les Ainur s'étaient inspirés, pour leur enveloppe charnelle, de ce qu'ils avaient vu des elfes dans leur vision.

"Aulë le forgeron construisit deux lampes pour éclairer Arda; les Valar les juchèrent en haut des gigantesques colonnes, plus hautes que toutes les montagnes (...) ; une fut dressée au nord, Illuin, et l'autre au sud: Ormal ". Par ce procédé, la terre reçut la lumière sans interruption: il n'y avait pas de nuit.

Melkor s'était retiré dans sa forteresse d'Utumno, le premier des repères du mal. Et à partir de cette époque il n'était plus seul, car nombreux étaient ceux qui s'étaient ralliés à lui, envoûtés et convaincus, agissant désormais contre l'ordre établi par les Valar. On nomma les plus puissants d'entre-eux Valaraukar, c'est-à-dire Démons Puissants, et en elfique, on les appela simplement Balrogs.
Quand Melkor
attaqua les deux lampes des Valar et qu'elles tombèrent de leur hauteur, le cataclysme ouvrit la terre et elle en fut marquée à jamais.


Cette carte peut être un bon repère pour Arda mais ce n'est en aucun cas une vérité, plusieurs périodes y sont condensées: Nùmenor n'est pas à la surface, si Illuin est présente alors Valinor n'est pas censée exister, etc..).


Une grande mer, Belegaer, ondoyait désormais sur une Arda divisée en deux.
 Le bouleversement qu'entraîna la chute des Lampes contraignit les Valar à s'établir ailleurs et à bâtir Valinor, la cité des Dieux de l'occident.
Pour se défendre de Melkor qui parcourait librement le monde, les Valar élevèrent les Pelori, de très hautes montagnes qui, de tous côtés, faisaient rempart contre l'extèrieur.

L'obscurité quitta Valinor quand Yavanna créa Deux Arbres, Telperion et Laurelin. Ces arbres illuminaient Aman mais seulement Aman. Alors, préparant la venue des elfes, Varda cueillit la rosée et la disposa dans la voûte céleste pour éclaircir la nuit permanente de l'Orient.

Puis les Elfes s'éveillèrent, en Terre du Milieu: les Premiers Nés. Et avec leur venue fut créée en peu de temps par Melkor l'ignoble race des orques. Une partie des elfes suivit le Vala Oromë et se rendit en Aman: leur nom est depuis toujours lié à la lumière, ce sont les Calaquendi.

Les autres sont des Moriquendi, car ils restèrent à la seule lumière des étoiles qui éclairaient la Terre du Milieu. Les royaumes de Thranduil en forêt noire ou de Thingol dans la forêt de Doriath sont des bons exemples de Moriquendi.

Une grande bataille opposa les Valar à Melkor, qui fut emprisonné, perdant sa forteresse Utumno.

Relâché, il n'eut pas l'intention d'oeuvrer dans un droit chemin. Il commença à s'intéresser à Fëanor, le plus doué des elfes qu'ait jamais porté Arda, sans doute le l'inventeur des palantiri, mais surtout l'elfe qui, à partir de la lumière de Telperion et Laurelin (les arbres argenté et doré), créa les 3 silmarilli, les plus beaux joyaux d'Arda de tous les temps.

Melkor détruisit les deux arbres et vola les silmarilli. Les deux arbres mourants donnèrent naissance au soleil et à la lune, et ainsi commença le Premier Âge du Soleil.


Le vol des silmarilli rendit fou de rage Fëanor, et il réalisa alors avec ses fils le serment
qui porte son nom: Ils devaient retrouver et garder les silmarilli, par tous les  moyens... même tuer des compatriotes (tableau).
Ils entraînèrent  une grande partie de leur peuple pour poursuivre Melkor et lui reprendre les Silmarilli. Les Noldor vinrent s'installer en Beleriand, au sud de la nouvelle forteresse de Melkor, Angband.


  

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1 juin 2006 4 01 /06 /juin /2006 12:33
   L'anneau prend la clé des Champs

La victoire de l'Ultime Alliance sur le Mordor se déclara quand Isildur, héritier orphelin du trône, donna le coup de grâce à un Sauron auparavant assassin de Gil-Galad et d'Elendil. Cet acte décisif mais mince de bravoure fut beaucoup glorifié par la suite, notamment parce qu'Isildur se proclama roi des Dùnedain du nord comme du sud. Il aimait en effet saisir gloire et honneur par des actes de vaillance, et ainsi fut sauvé l'arbre blanc et pris l'anneau unique.

 

        C'est parti...

En la deuxième année du Tiers Âge, le nouveau Roi des hommes décida de partir retrouver à Fondcombe son quatrième fils Valandil, mais sans doute voulait-il aussi s'entretenir avec Elrond au sujet de ce qui allait être nommé plus tard Fléau d'Isildur. (houu)

Le gros des forces de l'Arnor était revenu à Fornost et Isildur prend donc congé d'Osgiliath avec ses trois fils aînés (Elendur, Aratan, Ciryon) entouré d'une garde de deux cents hommes qui comprennait, précision ultime, une vingtaine d'archers. Vous verrez l'importance de ce détail plus tard.

En effet, Isildur connait bien le chemin pour l'avoir emprunté à l'aller lors de l'Ultime Alliance, d'où la petitesse de sa garde. Et après tout, Sauron n'a t-il pas disparu?

Le problème c'est que quand Isildur a emprunté la route avec l'Ultime alliance, il ne risquait rien:
       1) il n'avait pas l'anneau, donc aucune raison qu'on s'en prenne à lui particulièrement;
       2) il avait autour de lui une armée forte de plusieurs dizaines de milliers de soldats, alors il était un peu plus sécurisé que par cette escorte (de parade...?)
       3) Isildur ignore un fait. Le connaît-il et s'en moque, ou n'y a t-il pas pensé? Car ce fait,
c'est que le maia obscur, le grand et futur Rouge-Oeil, avait renvoyé du Mordor toutes les forces dont il n'avait pas besoin afin d'harceler l'Ultime alliance durant son trajet. Il y avait donc une horde qui se cachait dans Mirkwood (la grande Forêt Noire), et qui, attendant son heure, guettait.

   


Ces orcs avaient vu passer Elrond et les forces elfes de Gil-galad.
 L'armée sylvaine de Thranduil   passa aussi sans encombres.


En réalité, les immondes créatures pensaient que tous ces soldats avaient perdu la guerre, par conséquent elles ignoraient la chute de Sauron. 

Ces armées, même bien affaiblies, faisaient trop peur aux Orcs. Alors par contre, quand passa la compagnie d'Isildur, ils décidèrent d'attaquer. Car ils étaient près de dix fois supérieurs en nombre, et profitant d'un ciel un instant couvert, ils dévalèrent la pente qui les séparait d'Isildur. 

En voyant cela, Isildur ordonna une formation thangail: deux rangées défensives pouvant s'incurver en un cercle, sur lesquelles les meilleurs éléments orcs se heurtent et fuient finalement, ayant subi de grosses pertes.

La compagnie reprend la marche, et  les Orcs revinrent un peu plus tard. Conscients de l'échec qu'ils viennent d'essuyer ils changent (?) de tactique et s'alignent sur un large front, sans deuxième ligne, qui s'incurve peu à peu et qui finit par encercler les hommes. La nuit était tombée, et peu nombreux étaient ceux qui voyaient les orcs avancer doucement (ce qui empèche aux archers de tirer ).
Puis, un cor sonna. Les Orcs sautaient à plusieurs sur un même Dunadan, et à ce jeu les hommes d'Isildur perdaient, même en faisant subir le triple des pertes. Ainsi, les dùnedain eurent le dessous du combat; Ciryon était mort, Aratan avait été blessé mortellement, mais Elendur cherchait son père.

Isildur était facilement reconnaissable dans la nuit: sur son front brillait l'Elendilmir, une pierre façonnée il y a longtemps en Aman (terre des dieux) et qui brillait d'un éclat blanc; Les orcs en avaient une peur certaine et donc s'en écartaient.(les orcs, ayant été mis au monde dans des cavernes ou des grottes, n'apprécient pas la lumière du soleil.)

Quand Elendur trouva Isildur, il le pria de fuir; et celui-ci partit, non sans avoir précisé qu'il n'aurait pas quitté ses hommes si on ne lui avait demandé! Mais portant avec lui le trésor de l'ennemi (l'anneau) et étant le Roi de tous les Dùnedain, il était un devoir pour lui de s'enfuir.
Et on lit (Contes et Légendes inachevés, le Tiers Age), que quand il mit l'anneau, outre la douleur qui s'ensuivit (car il avait été brûlé à son premier contact avec l'unique, et la douleur ne le quitta qu' à sa mort), la lumière de l'Elendilmir ne cessa pas; elle devint rouge, et tous ceux qui la virent s'en écartèrent quand Isildur partit, bien que lui-même fut invisible. Mais il abaissa son capuchon et alors on ne la vit plus.

Isildur arrivait à l'Anduin, et il le lui fallait traverser pour regagner la forêt noire et chercher secours chez les elfes sylvains. (car ils avaient auparavant emprunté un pont devant se rendre chez Elrond. ils se trouvaient donc sur le côté ouest de l'anduin à la dernière attaque.)

Même pour un homme dans la force de l'âge comme Isildur, ce n'était pas chose aisée que de traverser le Grand Fleuve. Le courant était fort, le fleuve très large, et Isildur se débarassa de son épée, de sa cotte de mailles, de son écu, avant de traverser.

Quand il arriva de l'autre côté, (et il avait l'eau aux genoux), il se trouvait parmi des roseaux. Mais il s'aperçut alors que l'annau l'avait quitté; et sa masse humaine imposante apparut aux orcs qui campaient sur cette rive là. Il fut transpersé de nombreux traits, et ainsi mourût Isildur, voilà comment l'anneau a été perdu.
Il y eut des rescapés. Ohtar et un comagnon s'échappèrent et avec eux, les tronçons de Narsil dont il avait la charge de rapporter jusqu'à Fondcombe (la lame qui fut brisée quand Elendil tomba sur elle. (et non pas quand Sauron marcha dessus, ce qui n'est jamais arrivé; de même que le film montre Isildur mort dans le fleuve, alors qu'il meurt bien sur l'autre rive [et sans son armure, évidemment! difficile de nager sinon...).
. un autre avait été assomé au début des combats et prit pour mort par la suite.
Aux orcs les bucherons et les elfes leur tendirent des embuscades et ils furent massacrés, mais trop tard. De toute manière si sauron avait appris que ces imbéciles avaient laissé passé l'anneau, j'imagine qu'ils l'auraient senti passer (ou pas, telle est la question.).

Après l'avènement du Roi Elessar (ou Aragorn, si vous préférez), certaines choses furent découvertes. On soupçonnait Saroumane d'avoir cherché les traces de l'anneau unique (les anneaux étaient sa spécialité...) près des champs aux Iris, et souvent ses propres sbires détournaient ceux de Sauron ou les tuaient, car le Maître de l'anneau cherchait aussi; Bien que Sauron ait pris connaissance de ces faits, il ne s'en inquiétait point, car il savait de quelle manière s'y prendre avec cet istar).

Or la preuve en fut faite, car dans une armoire d'Orthanc on retrouva le sachet qui pendait au cou d'Isildur comme un pendentif, et dans lequel, un âge auparavant, se trouvait l'anneau. On retrouva aussi l'elessar, et la joie fut grande car on croyait ce joyau perdu. S'ensuit ce passage des contes et légendes inachevés, à propos des ossements d'Isildur.
" Saroumane les aurait-il trouvés et profanés? Les aurait-il brûlés en dérision, dans l'un de ses fourneaux? Si cela avait eu lieu, c'était là oeuvre honteuse. Mais on lui connaissait de bien plus noirs forfaits."

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19 avril 2006 3 19 /04 /avril /2006 18:09
Noms ou surnoms: Aragorn II, connu aussi comme l'Héritier d'Isildur; nom de couronnement Elessar ("Pierre Elfique"); Estel ("Espoir") durant sa jeunesse à Fondcombe; Thorongil ("Aigle de l'Etoile") quand il servit Thengel de Rohan et Ecthelion II de Gondor; Grands-Pas à Bree; Pieds-Aîlés pour Eomer, Dùnadan pour Bilbon.
Race: Homme, Dùnadan. Descendant des Dùnedain Nùmenoréens.
Maison: Appartient à la Maison de Valandil, fondée par le seul fils d'Isildur survivant. Fonde la Maison Telcontar à son couronnement en 3019.
Lignée: Fils unique de Gilraen et d'Arathorn II. 39e descendant en droite ligne (masculine) d'Isildur. Affilié à Elendil et à Elros, le premier Roi de Nùmenor.
Naissance:  le 1er mars 2931 du Troisième Âge.
Mort: en l'an 120 du Quatrième Âge, à 210 ans.
Règne: Roi du Royaume Réunifié (Gondor et Arnor) pendant 122 ans, du 1er mai 3019 T.A. à l'an 120 du Q.A.

Estel ou la prophétie d'Aragorn

Aragorn devint l'Héritier d'Isildur à deux ans, à la mort de son père. Pour le protéger de la malveillance de Sauron et cacher son importance des yeux de l'Ennemi, Elrond le prit sous sa protection à Fondcombe le nomma Estel, Espoir, tout en ne lui révélant rien de son ascendance. Durant cette époque, Elrond "se voulut un père pour lui et vint à l'aimer comme son fils".
En 2951, peu après ses vingt ans, Elrond apprit à Aragorn qui il était vraiment, et il lui remit l'Anneau de Barahir donné par Finrod Felagund au Premier Âge ainsi que les tronçons de Narsil, la fameuse épée brisée d'Elendil, mort en combattant Sauron au Second Âge. C'était un héritage bien noble pour un homme de vingt ans, qui plus est un homme qui ne savait rien de son ascendance véritable, mais Elrond lui prédit: qu'il était "voué à accomplir de grandes actions" et qu'il "vivra[it] plus longtemps que le commun des Mortels". En revanche, Elrond lui signifia qu'une longue et dure période d'épreuve l'attendait, et que le sceptre d'Annùminas ne lui serait remis que s'il en sortait vainqueur (le Seigneur des Anneaux, Appendice A, I, V). Ce sceptre symbolisait la souveraineté de droit de chaque Chef Dùnadan sur l'ensemble des Dùnedain de l'Arnor oublié, et Elrond ne lui donna finalement qu'à son couronnement à Minas Tirith. L'épreuve en question était donc d'accomplir sa destinée, qui était la réunification du Royaume et le Retour du Roi, ce qu'il lui dit par la suite "Tu es promis à un illustre destin" ; qu'il ne l'accomplisse pas et il sombrerait "dans les ténèbres, entraînant avec [lui] les débris de [sa] race".
"Tout ce qui est or ne brille pas,
Tous ceux qui errent ne sont pas perdus,
Le vieux qui est fort ne dépérit point,
Les racines profondes ne sont pas atteintes par le gel.
Des cendres, un feu s'éveillera,
Des ombres, une lumière jaillira,
Renouvelée sera la lame qui fut brisée,
Le sans-couronne sera de nouveau roi"

Grands-Pas: les années d'errance  (les voyages, aspect, pistage de frodon- pippin, avec gollum, compétences martiales)

Quand Elessar perce sous Aragorn
 (culture elfique, Bilbon, langue, connait l'histoire et les poèmes; commande aux Hommes sous le nom de Thorongil, sagesse car il se retire, argonath, arrivée à minas tirith, apprend beaucoup de Gandalf, rôle secondaire dans la communauté, puis de guide, le départ de fondcombe signifie bcp pour lui)

Elessar le sage
 (juge seul finalement, fait la guerre et la paix, n'oublie pas l'arnor ni les hobbits, Grand Roi de Nùmenor qui ressemble à Elendil)


Arwen (amour qui réunit les deux races pour la troisième fois, concrétise le salut apporté par Aragorn. Se serait-il marié à une rohirrim?)

 


ARTICLE EN CONSTRUCTION (19.03.2010)

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